Le papillon: Salut l’amie ! Quoi de neuf sur la toile ?
L’araignée : Rien de nouveau, je tisse.
Le papillon : Mais tu n’en as pas marre de tisser, tu ne crois pas que ta toile a assez de ramifications comme ça ? Et puis, tu t’y retrouves là-dedans ?
L’araignée : Bien sûr, c’est très logique. Et puis je dois tisser ma toile, c’est comme ça.
Le papillon : Mais qui t’y oblige ?
L’araignée : C’est la nature qui me le dicte, c’est comme ça, c’est une obligation. Mes parents et mes grands-parents l’ont fait avant moi.
Le papillon : Mais tu n’as pas peur d’y rester enfermée, dans ta toile ?
L’araignée : Non, au contraire, elle me protège. Sans elle ma vie n’a plus de sens.
Le papillon : Mais tu fais peur à une multitude d’insectes, qui craignent de s’y prendre les pattes et d’y rester prisonniers.
L’araignée : Ma toile, ce n’est pas une prison, qui te permet ?!
Le papillon : C’est l’impression qu’elle peut donner. Je disais ça comme ça. Moi, je vis différemment.
L’araignée : Ah oui ? Mais ta manière de vivre ne m’intéresse pas et ne sera jamais la mienne.
Le papillon : Je ne te demande pas de l’adopter. Et puis, ta toile, moi, je l’aime.
L’araignée : Tu te moques de moi ?
Le papillon : Non, elle est belle ta toile. Tu la tisses avec tellement de conviction, en essayant de la faire à l’image de ce que tu voudrais qu’elle soit, en prenant modèle sur celle de tes parents. Et puis, cet acharnement à la consolider à chaque fois qu’une goutte d’eau la fait trembler. Elle brille au soleil, ta toile. Et puisqu’elle te rend heureuse, alors moi, je l’aime.
L’araignée : …
Le papillon : Je sais bien que moi je suis tout à fait différent de toi. Je n’ai pas de toile. Je vole. Parfois les courants d’air sont forts, mais je sais où je vais. Ma toile à moi est mentale.
L’araignée : Mais c’est totalement déraisonné de voler comme ça !
Le papillon : C’est ce que tu crois. Mais je ne vole pas au hasard. Je vais de fleur en fleur, je cherche à répandre la beauté, à rapprocher les essences, à les faire se renouveler et se multiplier. Je voudrais être dans la rose des amoureux, dans les dahlias des défunts, dans le myosotis que l’enfant cueille pour sa mère. Je cherche l’harmonie. Tout ce que je fais est dicté par l’amour.
L’araignée : C’est bien joli tout ça. Mais c’est un peu naïf. L’harmonie, ce n’est pas toi qui la fais. C’est la nature qui décide.
Le papillon : Mais ta toile, quand tu seras morte, elle te servira à quoi ?
L’araignée : Si je fais une belle toile, régulière, parfaite, si je fais de mon mieux, alors je serai récompensée. Toute ma vie je travaillerai pour cette toile, pour qu’ensuite j’aie ma place dans un autre monde.
Le papillon : Un autre monde ?
L’araignée : Oui, ce monde-là n’est rien, au fond. Je ne suis qu’un artisan.
Le papillon : Mais si tu sortais un peu de ta toile, de temps en temps ? Si tu sortais, tu verrais que le reste du monde est beau, que tu peux y être utile.
L’araignée : Je verrais le désordre, le chaos, la laideur, la violence.
Le papillon : Tu as peur ?
L’araignée : Souvent. Pas toi ?
Le papillon : J’ai peur parfois. Mais je continue de voler. Et puis tu vois, ta toile, elle n’est pas si rigide que ça. Regarde, depuis que je te parle, je suis posé dessus. Je ne suis pas prisonnier. Je l’ai un peu déformée, mais elle n’en est que plus belle je trouve.
L’araignée : Tu n’as pas tort. Ta présence sur ma toile ne me dérange pas. Mais tu ne peux pas y entrer, reste où tu es !
Le papillon : Ne t’inquiète pas, je ne la déferai pas. Mais je te propose un défi.
L’araignée : Un défi?
Le papillon : Oui, je te propose de faire une nouvelle toile. Une toile qu’on tisserait tous les deux. Tu y mettrais ce que tu as et j’y mettrais tout ce que j’ai, sans conditions. Elle nous rassurerait et en même temps elle serait ouverte. On pourrait voler et revenir, sans cesse.
L’araignée : Mais mes congénères araignées ne la trouveraient pas à leur goût, elles la rejetteraient.
Le papillon : Mais toi, qu’est-ce que tu en penses ?
L’araignée : Ce n’est pas moi qui décide. Je n’ai pas le droit de tisser une toile avec toi. Elle ne serait pas conforme.
Le papillon : ça, c’est ce que tu penses que les autres diraient. Mais ils pourraient aussi la trouver belle.
L’araignée : Belle ?
Le papillon : Oui, belle. Différente, mais belle. Parce que nous l’aurions fait toi et moi, avec ce que nous avons de mieux.
L’araignée : Belle…
Le papillon : Belle ! Alors, on la tisse cette toile ?
L'araignée: Mais, je ne sais pas voler!
Le papillon: Je t'apprendrai...