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samedi 2 mars 2019

Vent d'est, vent d'ouest

Pearl Buck, Vent d'est, Vent d'ouest, 1959.
Encore une trouvaille parmi les livres amoncelés à l'étage. A la vue de sa couverture fleurie un peu désuète et en l'absence de résumé, il était impossible de deviner quel trésor se cachait entre ses pages jaunies par le temps. J'hésitais entre le donner parce que je ne le lirais jamais, ou le garder parce qu'il s'agissait tout de même d'un bel objet. C'est la télévision qui a tranché. Je suis une adepte assidue de l'émission d'Arte "Invitation au voyage", animée par la délicieuse Linda Lorin et j'essaie de n'en manquer que de très rares épisodes. Non seulement les destinations évoquées sortent des sentiers battus en ce qui concerne le ton et l'aspect abordé, mais la première d'entre elles établit toujours un lien entre un lieu et un artiste. Quand il s'agit d'écrivains, je tend l'oreille et mon stylo est prêt à bondir sur ma liste de futures lectures. C'est donc cette émission qui m'a permis de découvrir Pearl Buck, écrivaine américaine plus chinoise que yankee. Fille de missionnaires, elle passe une importante partie de sa vie en Chine, un pays en pleine évolution à cette époque. Tiraillée entre ses traditions et l'appel de la modernité, la Chine se déchire entre le respect des ancêtres et le vent de renouveau apporté par les communistes et par une toute nouvelle ouverture vers l'occident. 

Dans ce roman, Pearl Buck saisit parfaitement ces contradictions et les introduit au sein même d'une grande famille chinoise. La narratrice, tenue traditionnelle et pieds bandées, femme effacée et soumise que l'on a préparée durant toute son enfance et son adolescence à être la servante de son futur mari, doit épouser celui qui a été désigné pour jouer ce rôle depuis leur plus jeune âge. Produit d'une union arrangée entre deux grandes familles, rien ne prédispose ce couple à l'amour. D'autant plus que la jeune femme est complètement déboussolée par les manières de cet homme tout juste revenu de l'étranger où il a fait de brillantes études de médecine. Il veut que sa femme soit son égal, qu'elle débande ses pieds et qu'elle s'exprime. Celle-ci prend ce comportement pour un affront et une insulte. Or, petit à petit, les deux époux apprennent à se connaître et la jeune femme commence timidement à s'émanciper. Cependant, elle voue encore un respect sans bornes à ses parents et notamment à sa mère, matrone autoritaire et distante, véritable déesse. Lorsque le frère de la narratrice, lui aussi exilé pour un temps à l'ouest, rentre au pays au bras d'une étrangère qu'il a épousée là-bas, c'est le coup de grâce. La nouvelle venue est rejetée et on met une pression énorme sur les épaules du jeune homme pour qu'il épouse celle qui lui était initialement promise. L'enjeu principal de tout cela, c'est la naissance d'un héritier mâle, puisque les femmes n'ont aucun autre rôle que celui de se reproduire et de donner des fils, afin de perpétuer la lignée de nobles. 

Le roman de Pearl Buck, écrit dans un style plus chinois que celui des auteurs chinois, saluent les critiques, nous plonge dans un monde fermé, poétique, onirique, divin, interdit aux étrangers. Un monde dans lequel tout est codifié, de la présentation du thé au costume, en passant par le maquillage et les couleurs des pierres précieuses arborées. Un monde reculé, ancien et qui semble inébranlable. Pourtant, malgré cet ancrage millénaire qui le rend aussi figé qu'une peinture laquée, le vent d'ouest, vent de folie, s'introduit dans tous les interstices de la vie. Il ébranle l'ordre établi, fait trembler le tissu familial et modifie à jamais, sans retour en arrière possible, la Chine entière. C'est la superstition contre le progrès, la domination des hommes contre la prise de liberté des femmes. Le roman de Pearl Buck est d'une incroyable richesse. C'est à la fois un témoignage historique, une fresque romanesque et une sublime estampe au mille traits ciselés et délicats. 

mardi 5 février 2019

Nomade sur la voie d'Ella Maillart

Amandine Roche, Nomade sur la voie d'Ella Maillart, 2003. 
Il y a d'abord un sentiment enfoui, le pressentiment d'une quête à mener, la sensation de quelque chose d'incomplet qui nous taraude et ne demande qu'à se réparer. Comment ? On l'ignore encore. Et puis, soudain, un accident qui nous réveille, une rencontre qui nous révèle et c'est le départ. Comme Ella Maillart, on "prend son bâton de pèlerin" pour aller à la découverte de soi-même. Amandine Roche a vécu, les unes à la suite des autres, plusieurs de ces circonstances qui vous révèlent le sens de l'existence. D'abord, une rencontre avec le Dalaï Lama qui lui a montré le chemin des Droits Humains, l'une des raisons qui l'ont entraînée vers des études de droit international. Ensuite, un accident de voiture qui bouscule ses certitudes et fait jaillir mille interrogations existentielles. Enfin, une rencontre indirecte avec Ella Maillart, qu'elle se promet de retrouver. Malheureusement, lorsqu'elle parvient enfin à Chandolin, le dernier refuge de l'aventurière, la vieille dame s'est déjà envolée vers les cimes éternelles. Qu'importe, puisqu'elle veut absolument percer le mystère Ella, Amandine se lance sur les routes à sa recherche. D'abord, en mission avec l'UNICEF, puis seule, nomade, à travers l'Asie. Elle sent la nécessité viscérale de traverser tous les pays, toutes les frontières, les déserts et les montagnes que l'aventurière suisse a traversés afin de comprendre son fonctionnement, la nature de sa quête et surtout ce qui l'a amenée à connaître une spiritualité profonde, empreinte de sagesse. Comment trouver la paix et où se cache-t-elle ? Chez les nomades, sans doute, et dans leur mode de vie ancestral en harmonie avec la nature, dans un temps qui n'est pas le nôtre et un espace plus vaste que ceux dans lesquels nous vivons.

Après une mission en Ouzbékistan qui se termine précipitamment par une tentative d'assassinat, Amandine poursuit son travail en Tadjikistan. Déjà, dans le cadre de son travail, Amandine part à la rencontre de l'autre et on perçoit toute sa sensibilité et son intérêt non feint pour les personnes qui se trouvent en face d'elle. Une fois sa mission terminée, elle décide de poursuivre seule. Ce sera le Kirghizistan, une épopée à travers le mythique et terrible désert du Takla Makan dans le Xinjiang chinois. Puis, le Pakistan montagneux et tribal, taliban aussi, et un séjour inoubliable en Afghanistan au moment des attentats du 11 septembre 2001. La guerre se prépare et Amandine, tandis que tous les ressortissants étrangers sont évacués, mesure l'horreur de ce qui est sur le point de se passer. Elle anticipe mentalement les ravages que ne manqueront pas de produire les bombardements américains sur ce pays et ce peuple auxquels elle est déjà tellement viscéralement attachée. Elle quitte l'Afghanistan avec des caravanes de réfugiés qui tentent, avec moins de chance qu'elle, de passer au Pakistan afin de sauver leur vie. Dans ses bagages, elle rapporte les yeux éplorés d'une petite fille qui la supplie de la prendre avec elle et qu'elle ne peut emmener. Parce qu'en prendre une, se serait une injustice si cruelle pour tous les autres enfants qui en auraient besoin. Cette rencontre-là marque Amandine au fer rouge et trace un profond sillon dans la route qu'elle est en train de se dessiner. En Inde, elle rencontre des sages. Au Tibet, elle voit la colonisation économique et culturelle chinoise qui muselle et interdit, réglemente et fait taire des moines qui, malgré tout, poursuivent leur sacerdoce et cette foi la touche profondément. Une fois encore, elle s'écarte des sentiers battus et côtoie les nomades. Puis, c'est la Chine. La froideur des gens, l'incompréhension, la modernité et le mutisme la choquent après la chaleur humaine incomparable qu'elle a éprouvée tout au long de son périple. Une fois la frontière russe passée et en dépit du froid intense de la Sibérie, elle se sent déjà en Europe. Il est temps de rentrer, elle le sait. Moscou, Saint Pétersbourg, Berlin et enfin Chandolin comme un retour aux sources. La paix, elle est là. Dans la montagne, face au Cervin, dans le calme infini du dernier refuge de l'aventurière suisse Ella Maillart. La paix, elle est là. En chacun de nous. Faire un long voyage. Revenir. Et trouver au point d'arrivée ce qu'on a mis tant de kilomètres à chercher. 
On peut lire ce livre comme un voyage initiatique. Ou un récit de voyage. Ou un document géographique, culturel, géopolitique, pourquoi pas spirituel. On peut s'arrêter là. Et on peut aussi, si on est curieux (c'est mon cas), aller voir plus loin. Apprendre que maintenant, après maintes péripéties, Amandine enseigne le yoga et la méditation aux humanitaires de la ligne de front et à d'anciens talibans en Afghanistan... Une princesse sur cette terre.
(Amandine Roche a ensuite publié Le vol des colombes en 2005 et La route vers soi en 2009... et on les lira !)

lundi 10 décembre 2018

Je suis de nulle part

Olivier Weber, Je suis de nulle part. Sur les traces d'Ella Maillart, 2003.
Nous avions déjà évoqué cette grande voyageuse qu'est Ella Maillart à travers un livre autobiographique dans lequel elle disait... ce qu'elle voulait bien dire, la dame n'étant pas forcément loquace sur les raisons profondes qui la poussèrent à parcourir le monde. Par la suite, j'ai écouté une passionnante émission sur l'aventurière suisse qu'évoquait l'écrivain et reporter Olivier Weber. Le temps d'un bivouac radiophonique, il nous entraînait sur les traces d'Ella Maillart qu'il avait lui-même suivies, de la Suisse à l'Afghanistan en passant par différents ports et autres déserts. En faisant ma vaisselle ce jour-là, je me suis dit qu'il fallait absolument que je mette la main (après l'avoir séchée) sur le livre en question. Car je pressentais qu'il ne s'agissait pas d'une simple biographie dont l'auteur aurait été vérifier les sources sur le terrain, mais plutôt d'une histoire en miroir, d'une folle quête de l'héroïne et, à travers elle, de soi. En fait, la quête de tous les voyageurs : qu'est-ce qu'on fout là ? Cette question lancinante fonctionne comme un ancrage, un leitmotiv fataliste pour qui ne se reconnaît plus dans le monde dans lequel il vit. A la veille de la deuxième guerre mondiale, Ella sent bien que quelque chose lui échappe, que la société européenne part à la dérive et, au lieu de combattre, de s'interroger, elle va voir ailleurs. Non pas pour fuir, car le fuyard revient une fois le péril évanoui. Non pas pour voir si l'herbe est plus verte ailleurs : elle aime son Lac Léman et ses cimes alpines. Plutôt, pour se reconnecter avec quelque chose de profond, pour retisser un lien qui aurait été rompu. Peu importe que l'autre bout du fil se situe à l'autre bout du monde. Peu importe qu'il s'agisse de terres hostiles peuplées, si peu, par des peuples nomades dont elle ne connaît pas les us et coutumes. Qu'est-ce qu'on fout là, c'est se questionner sur sa propre présence au monde, sur le hasard qui nous fait naître ici ou ailleurs et sur la possibilité de rencontrer une terre où l'on se sent soi, où les portes du possible sont ouvertes. Bien évidemment, pour Ella Maillart comme pour d'autres, la course est perpétuelle et la pause une perte de temps. Un retour au pays une incongruité puisque les réponses ne se situent pas là. Quoique, peut-être bien que si. A la fin de sa vie, l'aventurière retrouve sa terre natale et s'établit dans le village de Chandolin, avec une vue imprenable sur ce totem de granit qu'est le Cervin. Là, elle comprend que tout est là, tout le temps, en fait : à l'intérieur d'elle-même. Après tous ces voyages, la destination finale, c'est ce coin de Suisse où elle pose ses valises, celles, matérielles, de ses déplacements, et celles de l'âme. Elle a enfin (peut-être, car en est-on jamais sûr) atteint la plénitude. Et Olivier Weber de tenter de trouver la clé du mystère Maillart, sur des bateaux ballotés dans la tempête, dans les steppes, dans un ashram en Inde, en Afghanistan et finalement à Chandolin. Qu'est-ce qu'on fout là ? Ella Maillart reste imperturbable et ne lui livrera jamais complètement la clé de l'énigme. Alors, comme tant d'autres, sommes-nous condamnés à errer de part et d'autre de la planète, à la recherche d'une réponse à nos angoisses existentielles.
Un livre passionnant, total, à la fois géographique, philosophique et humain, brut, entier. 

vendredi 5 octobre 2018

Million dollar marathon

Philip Maffetone, Million dollar marathon, 2017.
Xi s'évade du Tibet, traverse les montagnes en courant, arrive en Inde, se fait repérer par un entraîneur et commence à courir des marathons. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? On pourrait reprocher à l'auteur de nous priver de descriptions, d'avoir survolé ses personnages et de ne pas avoir cherché à approfondir leurs caractères, leurs ressentis. On pourrait lui reprocher d'avoir écrit ce roman en courant. Or, les mots se suffisent à eux-mêmes et, en peu de pages, il dit tout. On visualise, on comprend, on s'attache, on adhère. Il gagne haut la main. Bien sûr, les amateurs de sport auront leur compte avec cette précision dans les chiffres lorsqu'il s'agit d'évoquer les temps de parcours des différentes courses et ce mythique passage sous les deux heures pour un marathon. On touche ici à la question des limites du corps humain, ainsi qu'à la course aux records toujours plus féroce, alimentée par les sponsors, les médias et les milliards de dollars qui circulent autour de cet événement sportif. Certains diront que ce n'est même plus du sport. Ce qui est incroyable, dans ce roman de Maffetone - qui connaît très bien le sujet de par ses compétences d'entraîneur sportif, de scientifique et médecin -, c'est que c'est un réfugié tibétain, berger, pieds nus, qui va tenter de pulvériser les deux heures de courses et de gagner ce million de dollars promis au vainqueur. Les codes sont brisés et on s'attaque aux clichés, aux a priori raciaux et sociaux. C'est aussi l'occasion, à travers cette fable, puisque c'en est une, de questionner nos valeurs et cette question des biens matériels qui prennent tellement de place dans nos vies, aux dépens de nos richesses culturelles, de nos traditions ancestrales et de notre essence profonde. Les valeurs de Xi sont celles de ses ancêtres : vivre en harmonie avec la nature et en liberté. C'est là que la question de l'invasion du Tibet par la Chine et sa féroce colonisation culturelle, économique, territoriale, politique prend toute sa dimension. L'auteur produit, l'air de rien, un récit engagé. Sans revendications, sans hargne, sans grands discours, simplement en suivant le rythme des pieds nus de son héros sur la piste et des chansons anciennes qu'il fredonne pour imprimer un rythme à sa course, au grand désarroi des observateurs, des spécialistes et de ses concurrents. Sommes-nous vraiment ouverts à ce genre de choses ? Sommes-nous réceptifs à ces personnages que l'on croise ici et là et qui pourraient, par leur action, leur comportement face à la vie, bouleverser l'ordre des choses et, pas après pas, changer la face du monde ? Enfin, dernière interrogation et pas des moindres : quand serons-nous enfin prêts à reconnaître l'immense valeur de ceux qui débarquent les mains vides mais l'âme si riche dans nos pays, rescapés de la guerre ou de la misère ? Le récit est peut-être un peu naïf, mais il est touchant et répond à une vraie réalité politique et historique, ainsi qu'à des problématiques sportives et financières importantes. Alors, qu'on soit passionné de sport, partisan de la liberté pour le Tibet, adulte, enfant, la lecture du roman de Philip Maffetone ne peut pas nous faire de mal. Comme se jeter de l'eau froide du torrent au visage pour se réveiller. 

jeudi 2 août 2018

Croisières et caravanes

Ella Maillart, Croisière et caravanes, 1951.
Une sorte de version fantasque d'Alexandra David Neel mêlée à une anticipation de la backpakeuse à la recherche de son moi profond. Ella Maillart nait en 1903 au bord du Lac Léman dans une famille aisée. Elle pourrait se contenter de vivre une vie de fille destinée à être mère au foyer plus tard, mais elle préfère pratiquer le ski, monter une équipe féminine de hockey, naviguer sur le lac, profiter de tout ce que la région peut offrir d'activités sportives. Sacré nana, Ella. Et puis, elle a l'avantage de ne pas avoir à se soucier de travailler, la question financière étant plus que secondaire et la deuxième guerre mondiale étant encore si loin. En outre, en Suisse, que peut-on craindre ? Sa quête d'aventures, ou plutôt son simple syndrome de bougeotte aigüe, la mènent dans la Russie post révolutionnaire, en Europe Centrale puis en Orient au cours de plusieurs voyages mouvementés. Elle marche à travers la Chine et le Tibet, côtoie des nomades dont elle partage le quotidien. Ella est à la recherche d'une vie libérée de ses contraintes matérielles, proche du primitivisme et de l'essentiel. Le travail ? Pour quoi faire ! Or, elle n'est pas ethnologue, ni aventurière, encore moins écrivaine. Elle ne prétend pas instruire le monde sur ses découvertes et n'est pas à la recherche d'exploits, telle une Alexandra David Neel qui se change en mendiante pour être la première européenne à pénétrer dans Lhassa l'interdite. Cependant, pour financer ses voyages, elle doit tout de même se mettre à écrire des articles et des livres. Sans le vouloir, son importante production écrite contribue à diffuser un certain nombre d'informations sur des régions peu fréquentées dans cette période d'entre deux guerres. A la fin de cette autobiographie, Ella Maillart confie séjourner en Inde auprès de sages et de maîtres religieux afin d'introduire une certaine spiritualité dans sa vie. Un Mange, prie, aime de l'époque. Ella n'est pas si loin des blogueuses d'aujourd'hui dont les motifs qui les amènent à parcourir le monde sont avant tout un égocentrisme prononcé, le rejet d'une routine préétablie et un sentiment d'insatisfaction que l'on espère combler au prix de milliers de kilomètres. On exagère. Car Ella, c'est surtout une championne de ski, une navigatrice hors pair, une marcheuse qui n'a  pas froid aux yeux, une vie bien remplie et un regard aiguisé sur le monde. Une femme qui devrait être un modèle pour les jeunes filles d'aujourd'hui. 

dimanche 6 mai 2018

Dans les pas d'Alexandra David Néel

Eric Faye, Christian Garcin, Dans les pas d'Alexandra David Néel. Du Tibet au Yunnan, 2018.
Je m'étais jurée que je n'achèterais plus que des livres d'occasion. C'est raté. L'occasion était trop belle. Ce nom, cette aura : j'étais vaincue. Vingt euros plus tard, je ressortais de la librairie avec ce livre entre les mains. La vie d'Alexandra David Néel est en tous points admirable. Aventurière, romancière, indépendante, déterminée, passionnée, unique. Son exploit le plus mémorable consiste en une arrivée incognito à Lhassa dans les années 20, capitale interdite du Tibet, dans laquelle elle pénètre déguisée en mendiante au nez et à la barbe des Anglais. Mais Alexandra, c'est aussi d'autres grands voyages, jusqu'à un âge avancé, jusqu'à faire refaire son passeport à une étape de la vie où la plupart d'entre les hommes se reposent dans une maison de retraite. Au cas où. Pour avoir toujours une porte de sortie. C'est sur ses traces qu'Eric Faye et Christian Garcin sont allés marcher. Au Tibet, dans ces montagnes immenses de l'Himalaya, en Chine, ils ont mis leurs pas dans les siens et ont tenté de retrouver les lieux qui avaient accueilli l'aventurière. 

Or, tout a changé. Le tourisme de masse, l'omniprésence conquérante et dominatrice des Chinois, partout, dans tous les domaines et de manière systématique et implacable, leur tendance dévorante à tout reconstruire, annihiler la moindre trace d'histoire pour l'écraser de modernité sans saveur, sont autant de faits qui rendent compliquée la recherche de repères. Les Chinois déplacent les populations pour créer des villes nouvelles, tentaculaires, des barrages, des parcs, des complexes touristiques sans aucun compromis avec la tradition ou avec le passé. Sans aucune considération pour les gens qui vivent là. En cela, la déception peut être amère. Pourtant, nos voyageurs persistent dans leur démarche et, tout en se questionnant sur cette évolution bétonnée qui n 'a d'étonnante que sa rapidité de champignon, ils poursuivent leur périple et croisent les routes qu'Alexandra David Néel a parcourues avant eux. Avant le train, avant les autoroutes, ce qui ne fait que renforcer leur admiration pour cette femme déterminée et qui ne fera aucune concession pour parvenir à son but : Lhassa. Comme elle, les écrivains se demandent, après Lhassa, s'il est possible de voyager aussi loin. Pas en ce qui concerne les kilomètres, mais en matière de mythe, de lieu mystérieux et énigmatique, isolé et presque interdit. Car, encore aujourd'hui, il faut une autorisation expresse de l'état chinois pour pénétrer dans ces territoires occupés. Une sorte de panacée du voyage, pourtant bien amochée. Ce livre nous ouvre par conséquent plusieurs portes. Celle de l'aventure, en suivant les pas d'Alexandra David Néel et en refaisant son trajet, comme on referait la route de la Soie où les voyages d'Ulysse. Celle de la réflexion quant à l'urbanisation croissante et à l'accès toujours plus facilité à tous les recoins de la planète, ce qui dénature les sites et anéantit les traditions au profit d'une uniformisation macabre. Celle, enfin, de la constatation du rôle indéniable de la Chine dans la disparition de la culture tibétaine et l'action colonisatrice et violente de la grande puissante vis à vis de ces terres millénaires. De multiples voyages en un, voilà ce que nous manquons souvent de faire et ce que nous offrent Eric Faye et Christian Garcin avec leur ouvrage dans un style, qui plus est, qui ravira les yeux les plus critiques. 

lundi 5 mars 2018

Les Jésuites

Alain Woodrow, Les Jésuites, 1990.
Alors non, ce n'est pas ce que vous croyez, ce n'est pas que je n'ai plus rien à lire. Le sujet m'intéresse vraiment. Le rapport avec le voyage ? Énorme ! La Compagnie de Jésus, c'est ce petit groupe d'originaux créé par Ignace de Loyola au XVIème siècle qui se mettent en tête de s'essaimer partout dans le monde pour convertir les populations au christianisme. Une équipée d'illuminés dont les débuts sont un peu chaotiques et dont le pape de l'époque se méfie pas mal, mais qui ont le mérite de jurer fidélité au Saint Père et de se mettre à sa disposition, quelle que soit la mission que celui-ci leur confère : ça aide. La Compagnie de Jésus est finalement reconnue officiellement en 1540 et c'est parti pour une progression complètement dingue. Ils sont partout. Très vite, on les retrouve dans le nouveau monde, en Chine, au Japon, en Europe évidemment. Leur méthode est simple : se fondre dans la masse, à Rome faire comme les romains, adopter les coutumes locales. C'est presque du travestissement ! Ils appellent cela "l'inculturation". S'habiller en mandarin, pousser la ressemblance à son paroxysme et convertir les élites locales pour provoquer des conversions de masse parmi le peuple, ça s'apparente quand même à une grosse supercherie. Mais cela se fait dans le respect de l'Autre. Et puis, partout où ils opèrent, les Jésuites respectent et suivent non seulement les cultures autochtones, mais apprennent également la langue, inestimable vecteur de transmission. Pourquoi employer le latin face à des Indiens ou des Quechuas ? C'est une absurdité à laquelle les Jésuites n'adhèrent pas. Au contraire, le catéchisme mondial des Jésuites est polyglotte. 
Je connaissais déjà le sujet en ce qui concerne la partie américaine de leur épopée. Très tôt, la Compagnie de Jésus est appelée à la rescousse dans les colonies de la couronne espagnole afin de procéder au nombre incalculable de confessions engendrées par la christianisation forcée des populations. Leur présence sur les terres américaines est forcément contrastée, puisqu'ils sont là pour "extirper l'idolâtrie" et recourir à la sévérité si cela est nécessaire (dans le cas d'apostats qui pratiquent leur ancienne religion en cachette ou des "héchiceros" ("sorciers", en fait les prêtres des religions andines) pour lesquels on construit même des prisons : les idoles sont brûlées et les sanctuaires détruits. On n'est pas non plus à une époque formidable. Pourtant, les Jésuites s'opposent farouchement à la barbarie de l'Inquisition et aux thèses guerrières du vice-roi Toledo. Ils prônent la persuasion, la discussion, le prêche, afin d'amener pacifiquement les indigènes à se tourner vers la nouvelle religion, ce qui, à l'époque, ne va pas du tout de soi. De même qu'en Chine, ils enseignent le catéchisme dans les langues locales et ne voient pas en quoi les cultures andines s'opposeraient au catholicisme. 

Dans les années 70, c'est d'une autre forme d'ouverture d'esprit dont les Jésuites font preuve. Résolument tournée vers les pauvres dont elle partage le quotidien, la Compagnie se fait la voix des sans voix et finit inévitablement par lutter contre les dictatures en place, notamment en Amérique Centrale. De là à franchir le cap de l'engagement politique, il n'y a qu'un pas et les Pères le franchissent souvent spontanément. Non pas par attachement au marxisme, mais parce que certaines de ces thèses correspondent à leur vision de la justice sociale. Seulement voilà, le Pape et toute l'institution catholique ont une peur bleue du communisme et on trouve toutes sortes de prétextes pour accuser les Jésuites. Personne ne les défend lorsqu'ils se font assassiner dans les villages salvadoriens ou nicaraguayens. Jean-Paul II en personne durcit l'attitude de Rome. On a tendance à valoriser Jean-Paul pour son engagement de paix à travers le monde, mais on a tendance à oublier son soutien indéfectible envers les dictatures latino-américaine et son rejet farouche des mouvements populaires...auxquels les Jésuites prennent part. On se souvient de l'image marquante de la visite du Pape au Nicaragua en 1983, lorsqu'il admonesta vertement le Père Ernesto Cardenal dont il réprouvait l'engagement envers le peuple opprimé. Son frère, Fernando Cardenal, avait carrément été viré de l'Eglise par le Pape. C'est dire !
On ne peut qu'éprouver de la sympathie pour ces religieux qui mènent finalement une vie "comme les autres", travaillent (on veut parler ici des "prêtres ouvriers"), se syndicalisent, font de la résistance au nazisme pendant la guerre, et ont finalement tout pour plaire. Que l'on soit chrétien ou pas, l'histoire de la Compagnie de Jésus en dit long sur les tares de l'institution catholique, ses excès, son élitisme et son esprit étriqué. Le livre est, outre un document précieux pour qui s'intéresse à la Compagnie, un voyage étonnant dans les méandres de l'Eglise, ainsi que l'incroyable aventure d'hommes portés à favoriser la connaissance et le respect de l'Autre plus haut que tout. 

vendredi 29 septembre 2017

Mon top 10 des livres qui te font voyager...et réfléchir sur le voyage

La rubrique "livres" du blog étant très très très très fournie, voici une sélection de 10 livres ou auteurs qui te feront voyager, immobile dans ton canapé, mais mobile dans ta tête et dans tes rêves, et qui par la même occasion te feront réfléchir sur le sens du voyage ainsi que sur la manière dont tu le racontes, toi, modeste bloggeur... Prêt ? On y va ?

Bernard Ollivier, La longue marche
La route de la soie s'ouvre à vous, sans aucun obstacle, telle que Bernard Ollivier décide de la parcourir à 61 ans. Remise en question de toute son existence, départ géographique après le départ de sa femme, besoin de réapprendre à marcher sans elle. Plus qu'un projet de voyage, une interrogation existentielle qui le conduit jusqu'à X'ian. Anatolie, Iran, Ouzbékistan, Chine, les paysages défilent et ce que l'on croyait être un récit de marche solitaire se transforme en un collier dont les perles sont les multiples rencontres faites sur le chemin. Courage. Humilité. Et cette citation chère à mon cœur et qui définit parfaitement ma vision du voyage et du monde en général. Les gens avant tout, pas forcément très loin de soi, et s'intéresser à eux, à leur histoire, à ce qu'ils ont à nous dire et à nous apprendre :
"Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village,et une soupe, attablé avec des inconnus". 
Bernard Giraudeau
L'oeuvre de l'artiste en général. Depuis ses documentaires et sa voix envoûtante et déjà exotique, jusqu'à ses livres, invitations au voyage. Mais pas au voyage touristique, prévisible. Non. Au voyage cru, rude parfois, piquant, aux récits des hommes revêches, des marins sans port et des femmes au passé incertain, mi déesses mi putains. Si la mélancolie poétique vous tente, si un aller sans retour dans les bas fonds des cités portuaires ne vous effraie pas, Bernard Giraudeau, avec sa prose sans égal, sera le guide qu'il vous faut dans les méandres du monde. 

Tintin
Même adulte, la lecture des aventures du jeune journaliste belge nous procure encore des frissons, de l'émotion et de la joie. Indémodable, Tintin se lit à tous les âges et à toutes les époques. C'est Le Temple du Soleil qui m'a fait découvrir le Pérou et m'a donné l'envie irrésistible d'aller voir les Andes en vrai. Ce sont ses incroyables enquêtes qui m'ont tenue en haleine durant toute mon enfance et mon adolescence qui m'ont donné la curiosité d'aller découvrir le monde. 

Isabelle Autissier, L'amant de Patagonie
Un magnifique roman après la lecture duquel on n'a qu'une seule envie : filer tout droit en Patagonie. Là, dans le grand sud, redécouvrir autrement ces terres hostiles et reprendre contact avec ces peuples massacrés puis oubliés. Isabelle Autissier retrace dans son roman l'histoire de la rencontre ratée entre les colons européens et les autochtones, cette immense méprise qui nous a fait prendre, nous, les blancs, les indigènes pour des sauvages. Or, sauvages, nous l'étions complètement et nous le sommes restés, sans aucun état d'âme, jusqu'à l'assassinat du dernier Ona, du dernier Alakaluf. Laissez-vous emporter dans les paysages sublimes de la Patagonie, à la suite d'un auteur qui nous livre ici un hymne à cette terre et aux gens qui l'ont un jour peuplée. 

Paul Théroux, Patagonie Express
Le titre nous ramène au livre précédent, pourtant tous les deux n'ont rien à voir. Le livre de Théroux est un éloge au voyage pour le voyage, qu'importe le but pourvu que les routes soient belles. Un matin, il s'éclipse. Il prend le métro de Boston comme des milliers de gens qui vont travailler, à cette différence près : lui ne se rend pas au bureau mais... en Patagonie. De train en train, Théroux traverse l'Amérique du Nord au Sud, passe toutes les frontières et décrit ce qu'il voit, sans autre volonté que celle de raconter et d'avancer. Pas d'idéalisation touristique. Pas de visites. Pas de musées. Juste le train et les populations locales qu'il croise dans leur élément naturel et sur lesquelles il ne porte pas de jugement. Un anti tour du mondiste, anti routard, anti instagramer et ça fait du bien ! 

Claudie Gallay, Les déferlantes
Voyage intérieur autant que géographique. La Hague ne semble pas un lieu tellement passionnant pour un voyage littéraire, et pourtant... Le vent, les tempêtes, l'iode, les falaises, le phare, la pluie battante, les oiseaux partout. On se retrouve dans une atmosphère parfaite pour se retirer de l'agitation du monde. Le voyage n'est pas forcément une succession de lieux à voir que l'on enchaîne sans les approfondir. Il peut être aussi immobile et favorable à un travail d'introspection. Seule avec ses tourments dans une région au climat tourmenté, la protagoniste nous donne furieusement envie de venir l'accompagne dans ses marches interminables sur la lande battue par les vents...

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée
Voyage itinérant mais avant tout séjour incroyable au cœur de la langue française et des mots. Car, pour décrire un itinéraire ou un séjour, on croit souvent que l'alignement de toponymes et de superlatifs suffit. Or, Rufin nous remet à notre place de gribouilleurs de récits pour nous montrer ce que c'est vraiment que l'écriture du voyage. Il est possible que la lecture de ce livre ne vous donne même pas envie de "faire Compostelle", puisqu'on vous l'aura raconté avec tellement de génie qu'il vous semblera impossible de vivre en vrai un tel pèlerinage géographique, religieux et littéraire à la fois !  

Frances Mayes, Sous le soleil de Toscane
Le vaste débat de la résidence secondaire à l'étranger. La Toscane, pour ces Américains en quête de calme et de soleil. Et toutes les péripéties de maçonnerie, peinture et jardinage qui vont de pair avec la rénovation d'une vieille bâtisse dans une région du monde où l'on demeure malgré tout un étranger. Lé récit est tellement vivant et généreux qu'on a envie de venir les aider. Et puis il y a toutes ces saveurs, les tomates gorgées de soleil, l'huile d'olive qui coule comme une fontaine d'or, le sucre des fruits mûrs. Le voyage, en plus d'être un déplacement ou, comme dans ce livre, une installation, est aussi une aventure culinaire. Oui, le voyage se goûte et on en redemande ! 

Lolita Séchan, Les brumes de Sapa
Préparez-vous à chausser votre sac à dos pour suivre Lola dans ses innombrables avions, dans ses allers et retours incessants entre son monde et celui de son amie vietnamienne. Au départ, c'est un voyage intérieur qui a besoin d'aller voir ailleurs si son Moi y est. Et puis l'égocentrisme s'efface au profit de l'amitié. Alors, l'humain dans ce qu'il a de plus beau et de plus pur peut enfin éclater au grand jour. Oui, on peut s'attacher à des habitants des pays que l'on visite. Non, l'amour comme l'amitié n'ont pas de races, pas de frontières autres que celles que nous nous mettons dans la tête. Pas de descriptions de paysages ici, pas de mise en mots du décor : les dessins parlent d'eux-mêmes et on y plonge agréablement sans pouvoir en détacher nos yeux éblouis par tant de beauté. 

Emilie Beaudet, Bolivia Road Movie
Oui, j'y suis allée de mon petit roman voyageur. Oui, j'avoue, j'ai fait ça. Je ne sais pas ce que ça vaut, c'est à vous de le dire, mais j'avais envie de raconter autrement que par le blog quelque chose de mes voyages en Bolivie, quelque chose qui ferait voir le pays tel qu'il est, autrement que par ses musées et son folklore et qui en même temps me permettrait de glisser là-dedans des personnages qui ressemblent à des gens que j'ai croisés sur ma route et que j'ai trouvés beaux. 

vendredi 3 février 2017

La parole est aux expats ! Krys, une love story chinoise

1. Pourquoi la Chine ?
Mon mari est Chinois, tout simplement. Je suis à la base très attirée par la Corée, ce qui est toujours le cas actuellement, et c'est le fait que mon mari soit Chinois qui m'a fait m'intéresser à la Chine. Désolée si je déçois. Mais lors de mon premier voyage je suis tombée amoureuse de la Chine, vraiment ! Je partais avec une grosse appréhension et ce fut le coup de foudre ! Je me suis rendue compte qu'en France on croyait savoir des choses sur ce pays mais en fait on n'en connaît même pas les 3/4 ! Ce fut un déchirement pour moi de revenir en France !

2. Tes premiers pas en Chine : grisant ou déstabilisant ?
Mes premiers pas en Chine furent grisants ! Forcément c'était la première fois que je partais loin de chez moi ! Puis tout était complètement nouveau ! Un nouveau mode de vie, une nouvelle culture...je me régalais ! C'est après une fois redescendue que c'est devenu déstabilisant car nous sommes vraiment très différents… Tout nous oppose : les Français aiment mener la belle vie et le travail passe après pas mal de choses et le Chinois passent des heures au travail. L'argent pour nous est important mais tant que nous sommes entourés des gens que l'on aime c'est tout ce qui compte, mais en Chine c'est l'argent qui prime. Toutes ces choses nous font nous rendre compte qu'il y a bel et bien un fossé entre nous. Pas infranchissable mais ça peut compliquer les choses. Puis le fait pour moi de ne pas parler Mandarin, donc je passais d'une personne indépendante à dépendante de mon mari. Donc parfois il y a eu des bas mais il me suffit de sortir hors de Beijing pour retrouver la raison pour laquelle j'étais tombée amoureuse de ce pays.

3. La censure, on en parle ou on censure ?
La censure existe bel et bien, sinon pourquoi Facebook, Google, Twitter, Snapchat etc...seraient-ils bloqués ? Il y a clairement une volonté de censurer et d'empêcher les personnes de dire quoi que ce soit de mauvais sur la Chine. Il suffit tout simplement de regarder CCTV 1 pour se rendre compte que rien de mauvais n'est dit à propos de la Chine ou du parti !

4. Tu te prêtes au jeu du j’aime, j’aime pas ?
J'aime en Chine la richesse de sa culture, le fait que les Chinois soient fiers de leur nationalité malgré la vie difficile pour eux. Nous les Français on passe notre temps à dire j'aimerais être Americain, etc... eux ils sont fiers de leur nationalité. J'aime que lorsqu'on arrive dans les familles l'accueil est chaleureux, on est accueilli à bras ouverts, et quand on rentre dans une famille par exemple comme moi personnellement, ma Ayi (la mère de mon mari) me considère vraiment comme sa fille. Elle fait tout pour moi comme elle le fait avec son fils. Ça fait chaud au cœur. Les Chinois aiment également apprendre des choses de leur pays aux autres. Je ne parle pas des guides mais dans les petites villes, ou si tu connais bien quelqu'un, dans les petites rues il voudra toujours t'apprendre quelque chose sur cet endroit. Malgré toute la pauvreté et la dureté de la vie, les Chinois sont sincèrement généreux quand ils t'apprécient.
Après ce que je n’aime pas c'est que tout est relatif à l'argent. On leur met tellement en tête que l'argent fait tout, que c'est ce qui prime avant tout. Parfois la vie est tellement dure que personne ne sourit, personne n'est heureux sauf dans les campagnes. Ce que je n’aime pas non plus c'est les voir cracher dans la rue ou renifler car en tant qu'Occidentale, même si je comprends qu'ils préfèrent avoir les bactéries hors de leur corps, pour moi je trouve ça répugnant. Mais comme le dit souvent mon mari, ils sont trop nombreux et c'est dur de donner de l'éducation à tout le monde. Et le fait de ne jamais être totalement intégrée, un non Chinois est un non Chinois. Même si tu parles la langue, que tu restes dans le pays pendant des mois on n’est jamais comme eux. Contrairement à chez nous, où si quelqu'un reste des années on le considère aussi Français qu'un autre, chez eux non, tu ne seras jamais comme eux.
5. La Chine : une love story à vie ?
Une love story à vie c'est en quelque sorte obligé car maintenant je suis mariée à un Chinois donc je suis liée à sa culture et ça fera donc toujours partie de ma vie. Mais j'en suis heureuse car la Chine est vraiment un pays merveilleux qui mérite qu'on s'y attarde plus et à chaque voyage et à chaque chose que j'essaye de faire découvrir même moi je prends plaisir à apprendre. Chaque ville, chaque province apporte quelque chose d'unique et fait rencontrer des personnes uniques qui nous font prendre conscience de beaucoup de choses sur nous-même et sur notre manière de voir les choses.

Donc je pense pour tout ce que cela m'a apporté que oui c'est une love story à vie,même sans mon mari.
 Et vous pouvez suivre les aventures chinoises de Krys, sur son super blog : Une occidentale en Chine 


Légende des photos :
1. Beijing dans "Prince Gong Mansion", le plus grand Siheyuan (maison avec cour typique Chinoise) du monde.
2. Le Temple du Ciel à Beijing
3. Mengshang da Fo, dans le Shanxi la province de mon mari. Les personnes du Shanxi se plaisent à dire qu'il est plus grand que Leshan (dans le Sichuan) car il a les jambes croisées et non assis comme Leshan.
4. Moi au Palais d'Eté
5. Mon mari et moi, avec des noix de coco à la main à Sanya sur l'île de Hainan celle-ci est considérée comme la Hawaii Chinoise
6. Mon mari et moi s'amusant à Pingyao, une très ancienne cité, dans une salle qui était autrefois réservée à l'apprentissage du Kung fu
7. Mon mari et moi en tenue d'Empereur et d'impératrice