samedi 18 février 2017

L'Alhambra sous toutes ses coutures

Après plusieurs heures de travail sur mon petit ordinateur... pfff... je publie (enfin !!!) cette petite vidéo concoctée par mes soins et dans laquelle sont rassemblés les meilleures vues de l'Alhambra de Grenade, ce célèbre palais musulman qui trône sur les hauteurs de la ville et qui fut le dernier bastion maure, repris par les catholiques en 1492. Meilleures vues prises la semaine dernière lors de mes retrouvailles avec Grenade dont je vous causais dans l'article précédent. Mais, trêve de plaisanterie, jugez par vous-même ! Ah, juste un avertissement avant que vous cliquiez sur "play : deux options au choix, soit vous regardez la vidéo en petit format et la qualité des images est bonne, soit vous la regardez en grand format et la qualité est médiocre. A vous de choisir et bon voyage ! 
video

vendredi 17 février 2017

Grenade hier et aujourd'hui

En 12 ans, une ville change, forcément. Je retrouve Grenade renouvelée, ses rues modernisées et l'apparition du tramway. Elle s'est refait une beauté. Cependant, je revois aussi la Grenade d'avant, l'Alhambra éternelle qui domine la ville, les odeurs délicieuses de buis et d'oranger dans toute la cité, la présence immuable des gitanes qui vous agrippent le bras pour vous vendre un brin de romarin porte-bonheur, "princesa", "mi reina". Mes pas me conduisent les yeux fermés vers la place Bib Rambla et ses petits déjeuners chocolate con churros, mon QG, et puis vers la plaza Trinidad, la rue Fabrica Vieja où j'habitais. Je croise encore une fois la cour des miracles autour de la sublimissime cathédrale, les marchands du temple de la galeria de artesanias et l'odeur âcre du cuir de chèvre. Finalement, viennent les bords romantiques du Rio Darro, le paseo de los Tristes flanqué de l'Albaycin et les vieux ponts de pierre. Les ruelles si petites qu'elles n'apparaissent sur aucun plan, les murailles musulmanes disséminées ça et là et, tout au là-bas, majestueuse, la Sierra Nevada et ses neiges immaculées. Il faut que je l'aime, Grenade, pour venir passer une journée sous la flotte. Il faut qu'elle m'aime en retour, pour m'offrir en cadeau une après-midi de soleil après toutes ces averses. 




Grenade est une ville dont on a vite fait le tour, parfois étouffante à cause de son urbanisation désordonnée et surchargée, mais c'est une ville que j'aime profondément et où, 12 ans après et sans l'avoir désiré, je me sens encore chez moi. Au passage, entre parenthèses, quelle chance d'avoir non pas un, mais plusieurs chez-soi dans le monde. N'est-ce pas ? Alors, en la quittant, le pincement au cœur que je ressens m'étonne et m'attendrit à la fois. Il y a des endroits sur terre, comme ça, qui nous collent à jamais à la peau et qui forgent notre identité. C'est ainsi. Mektoub. 


vendredi 10 février 2017

L'esclave de Dieu

Frison Roche, L'esclave de Dieu, 1985.
Suite et pas du tout fin des livres trouvés dans ma maison. Frison Roche, c'est surtout pour moi l'écrivain des montagnes, celui de Premier de cordée ou des Montagnards de la nuit, le chantre des cimes, le conteur des Alpes. Ce que je sais moins de lui, ce sont ses expéditions africaines, ses longues marches dans le désert saharien et ses écrits relatifs à cette expérience. En voyant ce livre à l'étage parmi tous les autres, je l'avais sélectionné comme une possible future lecture. Au terme de celle-ci, je me demande pourquoi je n'ai pas sauté dessus plus tôt et j'ai très envie d'aller lire l'intégralité de l'œuvre de Frison Roche. 
Ce livre est en fait un récit romancé des aventures de l'explorateur charentais René Caillié, fils de bagnard et très tôt obsédé par l'Afrique et la découverte de la merveilleuse cité de Tombouctou. Lecteur avide, il engrange dès son plus jeune âge de nombreux témoignages d'aventuriers et finit par ne plus vivre que pour son rêve. Maintes péripéties l'attendent cependant : d'une première expédition à laquelle il participe au départ du Sénégal, il retiendra que la lourdeur des campagnes militarisées et aux couleurs des grandes puissances, France ou Angleterre, rendent le périple plus dangereux qu'efficace. René Caillié décide alors d'aller vivre un an auprès des tribus Maures afin de perfectionner sa connaissance de l'arabe et de se convertir à l'Islam. Il s'invente un personnage et une légende, celle d'Abdallahi, "l'esclave de Dieu", qui traverse l'Afrique pour aller rejoindre ses ancêtres en Égypte. Au retour de son séjour chez les Maures, il est abandonné par son pays qui lui refuse l'aide promise et snobé par les Anglais. C'est seul, en mendiant illuminé par la foi, qu'il se joint donc successivement à plusieurs caravanes et se lance dans l'inconnu. Des cartes permettent de suivre sa route, à travers le Sénégal, la forêt tropicale, puis les terres arides du Mali. Enfin, il parvient à Tombouctou. Ensuite, le retour s'effectue par le Nord et c'est la grande traversée du Sahara jusqu'à Tanger qui le plonge dans des conditions effroyablement dures. Déjà frappé par le scorbut depuis les Tropiques, Abdallahi est épuisé, assoiffé et maltraité par les caravaniers qui le considèrent comme un esclave. L'un des plus grands explorateurs de notre histoire meurt en Charente à 38 ans, malade, isolé, perdu dans ses pensées qui le ramènent inexorablement vers l'Afrique. 
Et c'est là que je trouve Frison Roche magistral : à aucun moment il ne prend la décision de trancher sur la sincérité de la conversion à l'islam de René Caillié. Dieu est omniprésent pendant tout le récit et les prières à Allah sont autant d'hymnes qui s'élèvent des grandes solitudes ensablées du désert vers les millions d'étoiles qui guident la route des caravaniers. On comprend le message : peu importe qui on prie et dans quelles circonstances, l'immensité de l'Afrique est telle et les êtres qui la peuplent si minuscules que cette démesure incite au mystique. Faute de pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit de matériel, de tangible, on se raccroche à Dieu. Le désert, pour beaucoup d'aventuriers, et les longues marches solitaires en général, ancrent l'humain dans le divin, c'est ainsi. Parce qu'il faut être seul avec soi-même et avoir connu les privations et la douleur physique pour comprendre que nous sommes dérisoires, que quelque chose de plus grand que nous nous entoure et nous enveloppe, nous dépasse et nous guide. Un récit passionnant (je le dis souvent, mais cette fois, c'est puissance mille !) à mettre entre toutes les mains. 

mardi 7 février 2017

J'apprends l'allemand ou mes aventures avec les langues étrangères

Apprendre une langue, c'est déjà voyager. C'est pénétrer la mentalité d'autres peuples, pouvoir ensuite communiquer avec eux directement, sans interprète, sans filtre et accéder à une culture autrement que comme un touriste guide du Routard, plutôt d'homme à homme, d'âme à âme. Une fois que vous avez compris ça, vous saisissez le pourquoi de cette boulimie qui me caractérise, cette envie féroce de baragouiner toutes les langues du monde. Depuis toujours, depuis l'école, entendre des gens parler un autre dialecte que le mien me fascine. Comme tout le monde, j'ai appris l'anglais, comme certains, j'ai appris aussi l'espagnol. Je voulais voir le Pérou, le temple du Soleil de Tintin et devenir archéologue au Mexique. Bon, c'est un peu raté, je ne suis devenue que prof d'espagnol. Mais le fait de transmettre n'est pas resté mon unique but, n'est pas devenu une voie de garage et je suis restée étudiante dans l'âme. Comme chacun sait, tous les explorateurs préparent leurs voyages en étudiant les différents idiomes qu'ils vont rencontrer lors de leurs périples à travers la planète. Non contente d'avoir trois langues à mon actif, je me suis dit au lycée que j'ajouterais bien l'italien à mon bagage, et c'était reparti ! Une langue, c'est une culture, une manière de penser, une histoire, une littérature, un humour, une vision artistique. Je ne pouvais pas m'imprégner de l'art de la Renaissance italienne sans en connaître les mots en VO. Voilà donc pour les quatre langues que je maîtrise. 

Ensuite, j'ai fait plusieurs incursions dans d'autres apprentissages. Le portugais m'a laissée sans voix. Pourtant une langue latine au même titre que celles que je parle déjà, je n'ai jamais réussi à formuler des phrases. Ce n'est pas faute d'avoir assisté à des heures et des heures de cours en brésilien sur la civilisation de ce grand pays ! Cependant, si je comprends assez bien cette langue, mes mandibules et mon cerveau ont toujours refusé de s'unir pour me permettre de la parler. Le portugais reste un mystère... Quant au japonais, s'il vous plaît, n'en parlons plus ! Dans l'éventualité de passer des diplômes pour enseigner le français à l'étranger, il fallait que je me mette dans la peau d'un apprenant et que je découvre une langue totalement inconnue. Il y a avait au menu du russe et du japonais, j'ai opté pour la seconde. Sauf que la prof, pendant les deux seules heures de cours nippones de ma vie, n'a pas émis une seule syllabe en français. De quoi être complètement déboussolée ! Et le quechua, dans tout ça ? Pour mes études et pour des raisons personnelles, j'ai aussi entrepris d'apprendre cette langue indigène d'Amérique Latine et j'avoue que j'avais bien progressé, je ne me débrouillais pas mal. En Bolivie, lors de mon dernier voyage en 2014, j'attrapais même au vol quelques bribes de conversation. Aujourd'hui, mes cahiers sont soigneusement rangés, mais si je m'y remettais, je pense que les bases reviendraient. J'avais aussi été tentée par le grec, belle langue, belle histoire, beau pays que j'adore. Et par l'allemand, parce que la Suisse, les films d'Arte en VO, la littérature, etc, etc. Et surtout, pourquoi pas ? C'est cette langue que je me suis mise en tête d'apprendre. Pas évident, sans professeur, mais mon oreille est aguerrie aux multiples prononciations et aux mécanismes d'apprentissage et de constructions grammaticales. Je suis encouragée au quotidien par plusieurs coachs, Berlin n'a qu'à bien se tenir !


Quelle méthode choisir, voilà une bonne question. Le mieux, c'est de commencer tout petit, c'est ce qu'on dit. Ensuite, il y a controverse : certains pensent que l'ancienne méthode faite de grammaire et conjugaisons à haute dose était la bonne ; d'autres plébiscitent le "bain linguistique", c'est-à-dire le fait d'apprendre sur place, dans le pays, avec un(e) petit(e) ami(e) du cru, c'est selon. Il semble qu'un bon dosage, un savant mélange entre les deux options soit un compromis acceptable. Étudier très sérieusement, assidûment... et appliquer ce que l'on sait lors de petits voyages pour se mettre à l'épreuve, enrichir son vocabulaire, améliorer sa prononciation et sa spontanéité. Vous l'aurez saisi, mes aventures avec les langues étrangères sont loin d'être terminées !

dimanche 5 février 2017

Une vie après la mine

Il était impossible pour moi de manquer la diffusion de ce documentaire sur les anciens mineurs français. C'est mon sujet de prédilection, je vous le rappelle ! Trois sites sont mis à l'honneur : celui de Loos en Gohelle, dans le Nord ; celui de Rosbruck en Moselle et celui de Carmaux dans le Tarn. Pour ces trois régions pionnières dans l'industrialisation de la France, la fermeture des mines dans les années 80 - 90 a sonné le glas d'une activité économique et sociale florissante. Les installations se sont mises à rouiller et les Charbonnages de France ont littéralement abandonné leurs anciens employés, les laissant dans le désarroi le plus complet, la plupart du temps atteints de la terrible silicose qui leur ronge les poumons. Cette maladie, injustement sous-estimée par les caisses de Sécurité Sociale, provoque encore aujourd'hui de nombreux décès, mais elle n'est pas la seule. Cancers du poumons, cancers de la vessie ou leucémies touchent aussi de plein fouets les travailleurs, et pas seulement ceux du fond, puisque ceux des ateliers manipulaient également des tas de produits hautement toxiques sans information, sans protection, sans aucune sensibilisation de la part de l'entreprise. Ce n'est qu'au terme de longues années de procédure que les mineurs, assistés par les syndicats, obtiennent en 2016 la condamnation des Charbonnages de France pour mise en danger de ses salariés et négligences. 150 000 morts plus tard de maladies respiratoires, la victoire est bien amère. 
(mine de Siglo XX - Bolivie) 
Outre les maladies, c'est aussi la dégradation accélérée des terrains qui affectent les populations locales. A cause des infiltrations d'eau dans les galeries abandonnées, les inondations se multiplient. Les sols se sont affaissés, parfois de plusieurs mètres. Des habitants nous montrent les fissures qui lézardent les murs de leurs maisons, ainsi qu'un plancher qui connaît un dénivelé de 50 cm de part et d'autre du bâtiment. De quoi souffrir de vertiges et de malaises, et se voir condamné à vivre dans une maison qui ne vaut plus un centime. Silicose, inondations, tassements de terrain et chômage très élevé, un cocktail détonant qui entraîne les citoyens, passés de la structure pyramidale rassurante de l'entreprise minière à un total abandon, à se tourner vers les extrêmes. 
(mine de la Machine - 58)
Cependant, à certains endroits, on choisit de miser autant sur la conservation de la mémoire que sur l'avenir. On dénombre ainsi un certain nombre de musées qui sont nés de l'initiative propre de petits groupes de mineurs lesquels, ensemble et de leurs propres mains, se son acharnés à reconstituer des galeries, à créer des espaces pédagogiques pour transmettre ces savoirs-faire qui tendront peu à peu à sombrer dans l'oubli. La fête de la Sainte Barbe, les spectacles vivants comme celui de Petite Rosselle, en Moselle, sont autant de témoignage vivaces de la mémoire minière. En ce qui concerne les communes, la plupart ont préféré tourner le dos au passé, mais certaines, en valorisant le patrimoine industriel, s'investissent complètement dans l'avenir. Le portrait du maire de Loos en Gohelle, dans le Nord, Jean-François Caron, est édifiant et redonne une haute dose d'espoir dans ce panorama attristant. Loin de rester dans la passivité, c'est lui qui est allé devant l'UNESCO afin que le bassin minier du nord de la France soit reconnu patrimoine mondial de l'humanité. Et c'est chose faite depuis 2012. Par ailleurs, il a opté pour sa commune pour le développement durable, la haute technologie, l'éco habitat, le "passage du noir au vert", comme il l'explique très bien. Certes, le tournage du film Germinal a beaucoup apporté, a mis en lumière cette région et sa tradition ouvrière. Mais ce fut un bref éclair et beaucoup de travail reste encore à faire pour ne pas sombrer. On le voit notamment avec cette discrimination qui subsiste envers les travailleurs immigrés marocains, arrivés dans les années 70, et qui vivent dans la misère à cause d'un cruel manque de reconnaissance et une inégalité criante de traitement. 
Vraiment, je suis restée émue, passionnée par ce reportage de France 2 et cela a décuplé mon envie, déjà grande, d'aller voir les régions minières françaises de plus près ! 
(mine de la Motte d'Aveillans - 38)
Et là mes quelques visites de mines en France et ailleurs :
- mine de La Machine (58)
- mine de Peisey Nancroix (73)
- mine de la Motte d'Aveillans (38)
- mines de Siglo XX (Bolivie)
- mines de Potosi (Bolivie) 

vendredi 3 février 2017

La parole est aux expats ! Krys, une love story chinoise

1. Pourquoi la Chine ?
Mon mari est Chinois, tout simplement. Je suis à la base très attirée par la Corée, ce qui est toujours le cas actuellement, et c'est le fait que mon mari soit Chinois qui m'a fait m'intéresser à la Chine. Désolée si je déçois. Mais lors de mon premier voyage je suis tombée amoureuse de la Chine, vraiment ! Je partais avec une grosse appréhension et ce fut le coup de foudre ! Je me suis rendue compte qu'en France on croyait savoir des choses sur ce pays mais en fait on n'en connaît même pas les 3/4 ! Ce fut un déchirement pour moi de revenir en France !

2. Tes premiers pas en Chine : grisant ou déstabilisant ?
Mes premiers pas en Chine furent grisants ! Forcément c'était la première fois que je partais loin de chez moi ! Puis tout était complètement nouveau ! Un nouveau mode de vie, une nouvelle culture...je me régalais ! C'est après une fois redescendue que c'est devenu déstabilisant car nous sommes vraiment très différents… Tout nous oppose : les Français aiment mener la belle vie et le travail passe après pas mal de choses et le Chinois passent des heures au travail. L'argent pour nous est important mais tant que nous sommes entourés des gens que l'on aime c'est tout ce qui compte, mais en Chine c'est l'argent qui prime. Toutes ces choses nous font nous rendre compte qu'il y a bel et bien un fossé entre nous. Pas infranchissable mais ça peut compliquer les choses. Puis le fait pour moi de ne pas parler Mandarin, donc je passais d'une personne indépendante à dépendante de mon mari. Donc parfois il y a eu des bas mais il me suffit de sortir hors de Beijing pour retrouver la raison pour laquelle j'étais tombée amoureuse de ce pays.

3. La censure, on en parle ou on censure ?
La censure existe bel et bien, sinon pourquoi Facebook, Google, Twitter, Snapchat etc...seraient-ils bloqués ? Il y a clairement une volonté de censurer et d'empêcher les personnes de dire quoi que ce soit de mauvais sur la Chine. Il suffit tout simplement de regarder CCTV 1 pour se rendre compte que rien de mauvais n'est dit à propos de la Chine ou du parti !

4. Tu te prêtes au jeu du j’aime, j’aime pas ?
J'aime en Chine la richesse de sa culture, le fait que les Chinois soient fiers de leur nationalité malgré la vie difficile pour eux. Nous les Français on passe notre temps à dire j'aimerais être Americain, etc... eux ils sont fiers de leur nationalité. J'aime que lorsqu'on arrive dans les familles l'accueil est chaleureux, on est accueilli à bras ouverts, et quand on rentre dans une famille par exemple comme moi personnellement, ma Ayi (la mère de mon mari) me considère vraiment comme sa fille. Elle fait tout pour moi comme elle le fait avec son fils. Ça fait chaud au cœur. Les Chinois aiment également apprendre des choses de leur pays aux autres. Je ne parle pas des guides mais dans les petites villes, ou si tu connais bien quelqu'un, dans les petites rues il voudra toujours t'apprendre quelque chose sur cet endroit. Malgré toute la pauvreté et la dureté de la vie, les Chinois sont sincèrement généreux quand ils t'apprécient.
Après ce que je n’aime pas c'est que tout est relatif à l'argent. On leur met tellement en tête que l'argent fait tout, que c'est ce qui prime avant tout. Parfois la vie est tellement dure que personne ne sourit, personne n'est heureux sauf dans les campagnes. Ce que je n’aime pas non plus c'est les voir cracher dans la rue ou renifler car en tant qu'Occidentale, même si je comprends qu'ils préfèrent avoir les bactéries hors de leur corps, pour moi je trouve ça répugnant. Mais comme le dit souvent mon mari, ils sont trop nombreux et c'est dur de donner de l'éducation à tout le monde. Et le fait de ne jamais être totalement intégrée, un non Chinois est un non Chinois. Même si tu parles la langue, que tu restes dans le pays pendant des mois on n’est jamais comme eux. Contrairement à chez nous, où si quelqu'un reste des années on le considère aussi Français qu'un autre, chez eux non, tu ne seras jamais comme eux.
5. La Chine : une love story à vie ?
Une love story à vie c'est en quelque sorte obligé car maintenant je suis mariée à un Chinois donc je suis liée à sa culture et ça fera donc toujours partie de ma vie. Mais j'en suis heureuse car la Chine est vraiment un pays merveilleux qui mérite qu'on s'y attarde plus et à chaque voyage et à chaque chose que j'essaye de faire découvrir même moi je prends plaisir à apprendre. Chaque ville, chaque province apporte quelque chose d'unique et fait rencontrer des personnes uniques qui nous font prendre conscience de beaucoup de choses sur nous-même et sur notre manière de voir les choses.

Donc je pense pour tout ce que cela m'a apporté que oui c'est une love story à vie,même sans mon mari.
 Et vous pouvez suivre les aventures chinoises de Krys, sur son super blog : Une occidentale en Chine 


Légende des photos :
1. Beijing dans "Prince Gong Mansion", le plus grand Siheyuan (maison avec cour typique Chinoise) du monde.
2. Le Temple du Ciel à Beijing
3. Mengshang da Fo, dans le Shanxi la province de mon mari. Les personnes du Shanxi se plaisent à dire qu'il est plus grand que Leshan (dans le Sichuan) car il a les jambes croisées et non assis comme Leshan.
4. Moi au Palais d'Eté
5. Mon mari et moi, avec des noix de coco à la main à Sanya sur l'île de Hainan celle-ci est considérée comme la Hawaii Chinoise
6. Mon mari et moi s'amusant à Pingyao, une très ancienne cité, dans une salle qui était autrefois réservée à l'apprentissage du Kung fu
7. Mon mari et moi en tenue d'Empereur et d'impératrice

dimanche 22 janvier 2017

Ma part de Gaulois

Magyd Cherfi, Ma part de Gaulois, 2016.
Une claque. Une grosse claque que ce livre de Magyd, le chanteur charismatique du groupe toulousain Zebda. Cette voix enrouée et profonde se fait violente et poétique, crue et lyrique lorsqu'elle se met à écrire. Le style est d'une densité et d'une variété sans limites, un arc-en-ciel de tendances réunies, une liberté de ton, de vocabulaire, de registre et de parole qui force l'admiration. Quand il écrit, Magyd englobe tout un monde. Et le monde qu'il décrit, celui d'une cité toulousaine de l'aube des années 80 peuplée de parents immigrés et de mômes perdus de la deuxième génération, bouscule nos petites idées étriquées. 
          "Des fois, j'me dis qu'à 3000 bornes
De ma cité, y'a un pays
Que j'connaîtrai sûr'ment jamais
Que p't'être c'est mieux, p't'être c'est tant pis
Qu'là-bas aussi, j's'rai étranger
Qu'là-bas non plus, je s'rai personne."
Comme l'indique le titre, tout ou presque tourne autour de la question identitaire. Qui suis-je ? D'où viens-je ? Où vais-je ? En quoi et en qui dois-je me reconnaître ? Les jeunes de la cité sont "issus de l'immigration" et dans leur tête cela provoque un imbroglio indémêlable. A l'école, on leur dit qu'ils sont tous égaux, qu'ils sont français, mais sitôt sortis de la salle de classe, ils retrouvent leurs familles qui causent en kabyle, leurs pères ouvriers mal payés et leurs mères dépassées. Pas de blancs dans le quartier, pas de bacheliers. Pourtant, ils ne se reconnaissent plus dans les valeurs décalées de leurs aïeux, lesquels eux-mêmes leur demandent de "s'intégrer". Comment s'intégrer sans se désintégrer ? 
"J'suis pas encore allé en taule
Paraît qu'c'est à cause de mon âge
Paraît d'ailleurs qu'c'est pas Byzance
Que t'es un peu comme dans une cage
Parc'que ici tu crois qu'c'est drôle
Tu crois qu'la rue c'est les vacances."
La désintégration d'autrui, dans la cité, fait écho au propre tumulte intérieur que chacun dompte comme il peut. La colère gronde dans les esprits, les poings sont serrés et s'abattent sur ceux qui deviennent trop "français". Magyd est de ceux-là puisqu'il aime lire et que sa mère a misé sur lui pour l'obtention du premier Baccalauréat du quartier. Il dévore du bouquin et se la joue poète, glisse de la belle prose dans les poches des jeunes filles dont les grands frères viennent le tabasser ensuite. Il ne fait pas bon aimer Brassens et Victor Hugo. Être bon à l'école, s'instruire, c'est se plier aux codes des blancs et cela n'a pas lieu d'être. Magyd est donc encore plus tiraillé que les autres, se sentant à la fois du côté des laissés pour compte de la République et dans le camp des intellectuels, du théâtre et de voir plus loin que le bout de son nez. 
"Y'a un autr' truc qui m'branche aussi
C'est la musique avec des potes
On a fait un groupe de hard rock
On répète le soir dans une cave
Sur des amplis un peu pourris
Sur du matos un peu chourave."

Au lycée, il côtoie des jeunes d'autres horizons, des "français" et les portes qui s'ouvrent dans sa tête se heurtent aux barricades mentales de la cité. La place des filles est notamment évoquée, les traditions qui pèsent lourd, l'amour au grand jour ou pas, et le mot le plus obscène sans doute : l'avenir. Ensemble, sa bande hétéroclite et mixte organise le soutient scolaire, s'enferme pour réciter ou écrire du théâtre, jouer, se donner la réplique, mais Magyd a les épaules lourdes de chercher à endosser le rôle du sauveur. Car comment porter les autres quand en soi-même on ne sait pas se définir précisément ? C'est la musique qui va l'aider à se trouver. C'est le rock et la première fois qu'il chante en français. Et, enfin, la possibilité de devenir Magyd. 
Un hymne à la cité, un réquisitoire violent dans lequel certains de ses proches se sont reconnus et suite auquel ils se sont sentis offensés. Toute vérité n'est pas bonne à dire. Un cri identitaire. Une valse orientale effrénée et une course folle vers soi. Une claque. La classe. 
Les paroles de Renaud, autre idole de Magyd, illustrent parfaitement le sujet:


Et les mots de Zebda, de Magyd, qui complètent le paysage:

mercredi 18 janvier 2017

Mille femmes blanches

Jim Fergus, Mille femmes blanches, 1997.
Je l'ai aperçu en édition de poche bien en vue dans les librairies. D'après ce qu'on m'a dit, les lecteurs, surtout les lectrices, d'ailleurs, se l'arrachent. Eh bien, celui-là aussi, je l'avais dans ma bibliothèque ! Si on en parle autant en ce moment, c'est parce que l'auteur, Jim Fergus, vient d'en publier la suite. Mais voyons plutôt ce qu'il en est.
Nous sommes aux Etats-Unis, qui sont encore un tout jeune pays, en 1874. Le grand chef Cheyenne Little Wolf débarque à Washington avec toute sa tribu afin de négocier une paix durable avec les Blancs. Et que demande-t-il au président de la jeune république ? Mille femmes blanches, rien que ça ! Son idée est claire : lorsqu'ils naissent, les enfants appartiennent à la famille de leur mère. En épousant des femmes blanches et en concevant avec elles, c'est l'assurance de mêler les sangs et de créer un état de paix entre les Cheyennes et les Américains. Le traité est scellé et la première délégations de "volontaires" est échangée contre... des chevaux, ce qui à nos yeux semble un troc d'inégale valeur, mais qui l'est en réalité si l'on considère l'importance de ces animaux chez les indigènes. Si l'on met le mot "volontaires" entre guillemets, c'est que les femmes qui s'engagent à aller vivre avec les Cheyennes sont toutes d'anciennes détenues, des orphelines, des épouses ayant perdu leur mari ou des pensionnaires d'asiles psychiatriques. La détention, l'enfermement ou les Indiens. La liberté en échange d'un "petit" service rendu à l'état Américain. 
La protagoniste, May, s'est vue retirer ses enfants et enfermer dans un asile de fous sous prétexte qu'elle a aimé, hors des liens du mariage, un homme de basse condition. A l'époque, la mixité sociale et la liberté sexuelle sont deux gros mots, deux abominations. Quant au mélange racial, il n'existe pour ainsi dire pas. Pourtant, l'expérience que vont vivre les premières femmes blanches mariées à des indigènes va dépasser le simple assemblage hors normes. Elles vont découvrir leur vie, leur quotidien, leurs croyances et leur peuple pas si barbare que ce que les Blancs laissent entendre. Elles vont au contraire s'assimiler facilement et rapidement, apprendre à comprendre leurs nouvelles familles, se familiariser avec des coutumes et un caractère pacifique et tolérant. Un instant, on se dit que ça y est, on est retombé dans le fameux piège du "bon sauvage" idéalisé et dont on tait les cruautés. Cependant, l'auteur est extrêmement bien documenté et, au fil des pages, on réalise qu'il est dans le vrai, notamment lorsqu'il évoque la création des horribles réserves indiennes dans lesquelles nous, les blancs, avons parqué un peuple libre, ainsi que les ravages de l'alcool dont nous les avons généreusement abreuvés dans le seul but de les affaiblir et de les soumettre. Comment ne pas s'indigner ? Comment ne pas s'identifier à May, à sa liberté d'action et de parole, à son engagement moral envers son nouveau peuple ? Évidemment, l'histoire finit mal. Elle a beau être fictionnelle, elle colle à la réalité historique et reflète parfaitement, comme un constat implacable, une condamnation sans appel, les horreurs qui ont été commises par des colons assoiffés d'or.

mardi 17 janvier 2017

Au jardin du Luxembourg et alentours

Cela faisait longtemps que je n'avais pas mis les pieds dans le quartier. La station Odéon, les librairies, les universités, les marches de la Sorbonne et la rue des Écoles, le musée de Cluny, la rue monsieur le Prince et la librairie Hispano Américaine, le petit cinéma de la Clef, la mosquée... allez, je m'éloigne. J'ai bien souvent arpenté les rues de ce Paris lettré, de ce Paris intello guindé, historico bobo, ce Paris qui se la pète et qui tourne ostensiblement le dos aux quartiers populaires, comme une bulle de propreté et d'élégance au-milieu de la plèbe dégueulasse. On est loin des puces de la porte de Montreuil, loin des immeubles en briques rouges des boulevards de l'est, loin des maisons en carton au bord du Périph. Ici, tout n'est que plaisir de l'œil et délicate nourriture pour l'esprit. 


A l'ouest du quartier, à quelques pas du théâtre de l'Odéon, le jardin du Luxembourg serait le comble du raffinement. Écrin de verdure parfaitement entretenu, le grand parc aux allées impeccables se targue d'être entouré, de près ou de loin, par des sommets de l'architecture. La Tour Montparnasse assistée de la Tour Eiffel font face au Panthéon, qui lui-même adresse un clin d'œil entendu au palais du Luxembourg et au Sénat. 


A l'extérieur, si l'on se prend à faire le tour du jardin, nos pas rencontrent l'Alliance française, le lycée Montaigne, une flopée d'universités, les Mines de Paris, l'ENA avec ses portes arabisantes et l'étonnant bâtiment de l'Institut d'Art et d'Archéologie. On a beau se sentir tout petit et un peu benêt devant cet étalage de savoir, il flotte dans le quartier un air de richesse intellectuelle qui donne une faim de loup aux esprits curieux. 


Et puis, tout au bout du jardin des Explorateurs, derrière l'Observatoire, il y a la Closerie des Lilas, le fief de Renaud et on se dit que, finalement, tout a un lien, même si la plupart sont trop prétentieux pour l'admettre. Bref. Retour au jardin. Il s'y passe quand même des choses étranges. Des retraités qui jouent au tennis avec des petits jeunes. Des enfants en tenue de sport coachés avec vigueur par un entraîneur bien décidé à leur faire oublier le froid. Un groupe de trois personnes qui semblent faire du tai-chi. Un monsieur barbu et chevelu qui dessine pendant que d'autres jouent aux échecs. Des joggeurs de toutes sortes et de tous styles. Des mouettes rieuses à l'idée de faire des glissades dans les flaques d'eau gelées. Des chaises vides qui regardent les promeneurs. Des statues qui se les pèlent à côté des policiers en faction qui n'ont pas plus chaud qu'elles. Etc, etc. Un assemblage hétéroclite de gens plantés dans ce jardin, des extraits de parisiens de tous bords réunis ici pour la beauté du lieu, des touristes et des titis, des Louboutin et des Adidas qui foulent les mêmes pavés. Et Paris tout autour, Paris qui bat la mesure...


vendredi 13 janvier 2017

La parole est aux expats ! Margaita, une basque à la Guadeloupe

Tout d’abord, merci de me donner la parole, je vais faire de mon mieux pour être à la hauteur de tes attentes! Je ne suis là que depuis 4 mois et demi, un peu court pour une étude de terrain approfondie. Je te livrerai donc des « premières impressions »...
En me présentant comme « une Basque à la Guadeloupe » tu mets précisément le doigt sur une question épineuse qui assaille quiconque met le pied sur ce territoire, celui de l’Identité. Une question complexe qui crispe les gens. Blancs, Noirs, Métisses, les 3 composantes de la société de Guadeloupe.

1. Réglons la question de suite : la Guadeloupe, encore l’ici ou déjà l’ailleurs ?
Peut-être en fait: France ou pas France, non?
Oui pour ce qui est des panneaux routiers, des enseignes, des panneaux publicitaires au bord des routes. Une impression de familiarité, de déjà-vu. Les mêmes produits dans les rayons. Les monuments aux morts, les drapeaux au fronton des mairies... Et bien sûr la langue.
Mis à part cela, le sentiment rapide d’une «France », certes, mais différente...
« Les Antillais ne savent pas s'ils sont des Français à part entière mais ils savent qu'ils sont des Français entièrement à part » Aimé Césaire, 1968.
Bien sûr, Césaire parlait plus là du statut des citoyens et des institutions françaises que de la condition de l’homme noir, mais ce « à part » se ressent fortement.
D'abord, un pays magnifique, un air de « Monde des tout premiers temps» qui souvent me remplit les yeux de larmes. Il m'arrive de me demander si ce que je vois est bien réel. La nature est époustouflante et donne une force intérieure, une sorte de souffle tellurique. Je t'assure, ça fait un peu prospectus New Age mais c'est vrai.
Et puis, à côté de cette merveille, des décharges à ciel ouvert, de la crasse, des carcasses de voitures, des routes défoncées, des chiens errants parfois en meute. Une incurie qui existe dans tous les pays pauvres. Un laissez-aller tout juste rafistolé par des pouvoirs locaux pléthoriques et inefficaces. Bref, une France du « Tiers-Monde » comme on disait avant, qui provoque une drôle de sentiment d'inégalité avec la Métropole où ces amoncellements de misère seraient inimaginables. Souvent je ne me sens pas « en France », je me considère presque comme une expatriée. Mais chut, ce n'est pas bien de le dire, je suis une « métro ». Pas dire « Blanc » non plus, même si les « Noirs » nous appellent comme ça. Penser mais pas dire...

2. Le soleil des Antilles, plus séduisant que le soleil basque ?
Le soleil ! Si beau, si brillant, si chaud et si brûlant parfois. Oh oui, il est plus intense que mon doux et beau soleil du Pays-Basque. Mon iruzki.
Le soleil, ici, on s'en protège, évidemment. D'abord bronzer c'est bon pour ces fous de Blancs qui veulent rendre les collègues envieux. Le bronzage c'est un peu le retour sur investissement du métropolitain en vacances. Et ça brûle.
Mais je dois t'avouer une passion coupable pour le sable blanc, la serviette et l'odeur de l'huile solaire chaude sur la peau...D’autant qu’ici les plages sont plantées de cocotiers, de raisiniers et d’autre arbres encore qui offrent une ombre merveilleuse pour lire après le bain… Une expatriée, je te dis !

3- La plage, le rhum, le zouk. Clichés ou réalité ?
Eh bien, des clichés réels.
La plage je t'en ai déjà parlé. Omniprésente. Tous les contours des îles de l'archipel. Sable blanc, sauf à portée du volcan où il est gris, moins avenant peut-être.
Le rhum, une merveille. Sans rien d'autre qu'un peu de sucre de canne et un quart de citron vert pressé. Le bonheur des sens, lorsque la nuit tombe, tôt, et que les grenouilles commencent à crier, fort. Je ne sais pas si elles coassent ici, ça fait plus stridulation aiguë. La bande sonore des Antilles.
Le zouk... comment dire... peut-être ne suis-je pas encore assez acclimatée. Disons que je fais comme les Antillais avec le soleil, je le fuis. Danse lascive, hyper cliché pour le coup, esthétique fluo années 80. Pas mon truc vraiment.

4. Qu’est-ce que tu gardes et qu’est-ce que tu jettes ?
Je prends tout. D'abord parce que je n'ai pas le choix (ce qui rend sage) et parce que ça romprait l'équilibre.
Enfin quand même... pour moi comme pour tous, j'éliminerais bien jusqu'au dernier cette punition de la nature qui accompagne ces contrées paradisiaques, ce vampire domestique qu'est le MOUSTIQUE, qui en plus semble adorer les peaux exotiques qui embarquent à Orly Sud... A nous trois nous avons déjà dû donner des litres de sang, une plaie.
Je jette aussi une conduite fantaisiste sur la route (¡Madre mía !je me demande si on enseigne ici le même code que là-bas, à voir...), des embouteillages permanents, des voitures sans feux stops, partout tout le temps.
Je jette la violence bien sûr. Réelle et en progression au dire des gens d’ici. Une violence de pays pauvre, des mômes qui tuent pour une bagnole. Flippants les récits de la presse à sensation, l'unique presse d'ailleurs. Je me tiens sur mes gardes, sans exagération.
Je jette les grosses chairs flasques et roses des touristes qui répugnent à s'habiller et à se chausser, au motif qu'on est sous les tropiques. Beurk.
Mais je jette aussi en face cette espèce de pudibonderie, corollaire je suppose des bondieuseries répandues par d'innombrables églises, temples et autres lieux de cultes qui pullulent et crient « Repentez-vous » à tous les carrefours, proprets dans leur chemise blanche amidonnée.
Je garde l'air, le ciel, la lune qui croît et décroît non pas verticalement mais horizontalement; ce qui fait qu'à la lune montante il y a un joli sourire dans la nuit noire comme du charbon.
Je garde les tempêtes phénoménales les éclairs sublimes et le tonnerre qui fait trembler les murs. Car j'aime que ma fille se glisse dans mon lit, la nuit, parce qu'elle a peur...
Je garde le poisson grillé et les beaux fruits comme s'ils étaient peints, même si je n'aime pas trop en manger.


5. La Guadeloupe, une porte vers l'expatriation ? 
Oui, par bien des aspects c'en est déjà une, comme je te le disais. Être ici c'est reconnaître des détails familiers sortis de leur contexte d'origine. Le décor est ressemblant mais la pièce est tout autre. C'est une France américaine, un peu déclassée, où la nature est superbe et la ville cassée.
Il faut changer certaines de ses habitudes et revoir ses attentes, comme on l’avait fait pour vivre en Inde, par exemple.
C'est un mélange de population qui donne parfois l'impression que l'on reconstitue des scènes historiques : chacun est à sa place, qu'il le veuille ou non, on lui assigne un rôle et on attend de lui qu'il s'y conforme sans chercher à en jouer un autre. Ici, on n'aime pas l'usurpation d'identité.
Tout ça est tour à tour surprenant, beau, laid, énervant, drôle, horripilant, amusant, émouvant....
Bref, c'est un précipité de vie que je suis heureuse de partager avec cette terre et ceux qui la peuplent.