mercredi 10 octobre 2018

Professeur Leca, Chirurgien du cœur

Elizabeth Drévillon, Professeur Leca, chirurgien du cœur, 2003.
Drôle de voyage que ceux de ces enfants venus de pays d'Afrique, d'Asie ou d'ailleurs pour se faire réparer le cœur. Drôle d'aventure que celle de ces petits qui quittent leur pays pour plusieurs semaines, plusieurs mois pour affronter les examens, les piqûres et les opérations et rentrer plus vivants qu'avant dans leurs familles. Ce prodige est permis par l'association Mécénat Chirurgie cardiaque - Enfants du Monde, créée en 1996 par le professeur Francine Leca, première femme chirurgienne cardiaque en France. Toute cette incroyable histoire ne serait rien sans elle.
Déterminée, têtue, autoritaire, les qualificatifs ne font pas dans la demi-mesure. Née en 1938, ce n'est que tout récemment que la dame au caractère bien trempé arrête d'opérer, alors qu'elle flirte déjà avec les quatre-vingts ans. Durant toutes ces années, elle a été pionnière dans ses études, pionnière dans la chirurgie et plus encore dans la spécialité cardiaque. Un monde d'hommes. Parfois machistes, d'autres fois au contraire admiratifs, aucun n'est indifférent à l'ascension de Francine Leca dans la discipline. Une progression fulgurante mais qui n'est pas due au hasard. La jeune femme, après s'être fait renvoyer de deux lycées et pour prouver à ses parents, en particulier à son père, qu'elle est digne de confiance, se lance à corps perdu dans les études de médecine. Personne ne doute de sa réussite car, quand Francine veut quelque chose, elle l'obtient. En lisant son parcours, on comprend toute la difficulté de ces études ingrates, longues, l'externat, l'internat, le passage obligé par plusieurs spécialités, des heures de travail harassantes et un salaire ridicule par rapport à cet engagement, tout cela pour n'être dans un premier temps que le sous-fifre de ses supérieurs. Chaque jour, c'est accepter d'être en retrait et saisir au vol chacune des responsabilités que l'on vous demande de prendre. Cela, Francine le fait à merveille. Elle passe son temps à l'hôpital, ne compte pas ses heures, au grand désespoir de son mari qui lui reproche de délaisser la vie de famille. Leur couple en sera victime et le divorce sera houleux. Elle perdra la garde de ses enfants : à l'époque, qu'une femme mette autant d'énergie dans son travail est très mal perçu, le féminisme n'ayant pas encore le pouvoir de changer des conventions sociales arriérées et bien installées. Cependant, à entendre ses enfants, ce n'est pas la rancœur qui domine, mais l'admiration pour une mère certes dure, mais aimante et qui leur a appris une foule de choses, qui leur a permis, à travers son exemple et les valeurs qu'elle leur a transmises, de se tenir droits dans la vie et d'aller au bout de leurs projets. Une sorte d'émulation permanente. Certes, les vacances qu'ils passaient avec elle ne se déroulaient pas sous le signe du farniente. Dans l'hacienda du grand-père en Andalousie, quand les enfants veulent monter à cheval, il leur faut d'abord courir après leur monture et la saisir par l'encolure ! Rien ne leur tombe tout cru dans le bec, tout passe par un travail acharné. C'est la philosophie de Francine. Et apprendre, encore et toujours. Un exemple de cette soif de connaissance et de savoir : à 39 ans, alors qu'elle passe déjà de longues journées en tant que chirurgien, Francine se met en tête de passer un BTS agriculture, simplement parce qu'elle veut devenir spécialiste du sujet afin de créer une plantation d'eucalyptus dans la ferme familiale en Espagne. Elle ne l'obtiendra pas et cela la mettra en rage. Seulement, il ne faut pas appesantir sur les échecs, il n'en valent pas la peine. Avancer, toujours avancer. Aller de l'avant et ne jamais regarder en arrière.

Le temps passe et Francine est toujours aussi passionnée par son travail de "plomberie", comme elle dit. Un travail d'artisan, de précision, que celui de réparer des cœurs, d'autant plus lorsque ceux-ci sont de plus en plus petits. Francine Leca se spécialise dans les enfants et raconte dans son livre certaines des familles qu'elle a pu rencontrer, certains des jeunes qu'elle a opérés, parfois à de multiples reprises. Au bloc, la chirurgienne ne plaisante pas. Il faut que les gens qui l'entourent soient à la hauteur car elle ne supporte pas l'imperfection. Avec les parents, elle est au contraire douce et profondément humaine, bienveillante, présente à chaque instant. Sa porte est toujours ouverte. Un mélange de professionnalisme et d'humanité qui font les êtres exceptionnels. Pas étonnant qu'en plus de son travail à l'hôpital, elle trouve encore le temps et l'énergie de partir en mission à l'étranger. Pour une semaine, deux, un peu plus. C'est là qu'elle touche véritablement du doigt la pauvreté, le dénuement, le besoin criant de soins. On la suit notamment en Syrie où, en partenariat avec l'association Terre des Hommes, elle reçoit des dizaines et des dizaines d'enfants, avec des examens préalables parfois flous ou insuffisants - quand ils ne sont pas absents - et décide de qui il est urgent d'envoyer en France. Parfois, les mamans sont réticentes à laisser leurs enfants s'en aller. D'autres fois, les parents comprennent que c'est la seule chance pour leurs petits de survivre. Sans opération, dans le pays où ils vivent et avec leur condition sociale défavorisée, c'est la mort assurée. Et c'est là que le voyage commence.
Un accompagnateur vient chercher l'enfant dans son pays et prend l'avion avec lui jusqu'à Paris. Ensuite, les familles d'accueil prennent le relais. Une relation inouïe se lie entre ces enfants, malades et déracinés provisoires, et ces familles qui ont tant d'amour à donner, qui se dévouent pour prendre soin d'eux, les accompagner lors des examens à l'hôpital, avant et après l'opération, jusqu'à leur rétablissement et le retour au pays. Francine recommande de ne pas trop gâter les enfants, car leur pays d'accueil déborde de richesse en comparaison avec la région dans laquelle ils vivent. Le contraste peut être étouffant, déroutant, incompréhensible. Mais il est difficile de se retenir pour les familles d'accueil qui tiennent à ce que leurs petits protégés passent cette épreuve dans les meilleures conditions possibles. Les mauvaises langues se demandent bien quelle est l'utilité de soigner les enfants pour les renvoyer dans un pays en guerre, dans lequel il finiront par mourir de faim ou sous les bombes. Francine Leca monte sur ses grands chevaux : justement ! Tous les enfants ont le droit d'avoir des chances égales face à la dureté de la vie ! Et c'est pour cela pour qu'elle les soigne, pour qu'ils ne souffrent pas en plus d'un handicap. Pour qu'ils vivent comme les autres et qu'ils aient la possibilité de prendre le chemin qu'ils ont envie de prendre. Les lettres de reconnaissance affluent, des familles pleines de gratitude, des enfants sauvés, des possibilités offertes par la pleine santé.
Comment alors ne pas suivre aveuglément cette femme ? Comment ne pas lui vouer une admiration sans bornes ? Comment ne pas avoir envie de marcher dans ses pas, à sa propre mesure, chacun sur son chemin mais dans la même direction : développer un savoir à la perfection et offrir ses compétences en se dévouant aux autres ? Un exemple, un modèle, une femme merveilleuse. 

lundi 8 octobre 2018

Pourquoi on danse ?

D'abord, vient le mouvement. L'expression du corps, des émotions à travers les gestes, déliés, vifs, langoureux, énergiques, souples. C'est comme si, de tous temps, on avait commencé par danser. Avant d'aller à la guerre, après les batailles, pour se séduire, quand on se marie, pour les dieux, par habitude. Dans toutes les cultures, la danse est omniprésente. Pourquoi ? Parce ce qu'elle dit beaucoup de choses de nous, de là où on vient, de comment on vit et de notre philosophie de vie, d'ailleurs. Danser, c'est déjà s'exprimer. Au rythme des percussions, des violons, des sabots ou pieds nus sur le sol, partout dans le monde, on danse et on se rassemble. On se réunit autour d'un fait culturel commun dans lequel on se reconnaît et par lequel s'expriment nos ancêtres qui, longtemps avant nous, ont effectué les mêmes pas sur la terre, sur la pierre, sur les planches. Cela ressemble à une communion, quelque chose d'éminemment spirituel et, à la fois, de terriblement humain. Un lien social, un reflet de nos organisation, de nos croyances, de nos joies et de nos peines collectives. En fait, la danse est une sorte de livre vivant dans lequel est contenu l'ensemble de nos histoires en tant que peuples. Par la danse, on dit qui on est. 


On revendique sa culture, son Histoire. On met en scène des événements qui ont forgé nos sociétés, nos groupes ethniques, qu'ils soient dignes de fierté ou terribles. La colonisation, l'acculturation forcée, le mépris de l'indigène, la douleur de l'exil, d'un côté. Et puis la continuité dans les démonstrations culturelles, la perpétuation des traditions, la non résignation, le courage de résister. Les danses à travers le monde montrent parfaitement la capacité de résilience des peuples. Par là même, la danse devient politique. Un outil de revendication qui va bien au-delà des discours et des débats stériles. Quand les discussions s'évertuent à s'interroger sur le racisme, l'intégration, le respect, la danse leur rit au nez, se plante au centre, en pleine lumière et dit "je suis là", "j'existe", "je suis comme je suis". Métisse, mélangée, tissée d'influences multiples et hétérogènes qui produisent une manifestation pourtant cohérente, reconnaissable. En réalité, la danse est subversive. Parce qu'elle a pris sans protester des centaines d'amants, adopté des milliers d'enfants et qu'elle se déshabille devant nous, nous entraîne à faire de même, sans fausse pudeur. Le flamenco en est un bel exemple, lui qui contient dans ses veines du sang arabe, gitan, juif, peuples haïs des catholiques pendant des siècles et dont pourtant ils revendiquent l'art à travers le flamenco. Quand un espagnol exprime son dénigrement envers les populations qui lui sont étrangères et s'approprie dans un même temps le flamenco en tant que danse nationale, il est pris à son propre piège. Quand il tape dans ses mains, au spectacle, c'est au même rythme que celui imprimé par des mains brunes, gitanes, orientales bien avant lui. La danse sème un trouble bénéfique dans les références culturelles et nous enveloppe dans un multiculturalisme réjouissant.
  
Et puis, la danse est thérapie. La danse est activisme. La danse n'est pas un sport. C'est un art, un mode d'expression qui en dit souvent beaucoup plus que des mots. Le danseur Bolewa Sabourin l'a bien compris, en ce qu'elle a été son outil de résilience, la seule façon d'accepter son corps et son identité, son chemin vers la compréhension de soi. La chose qui a sublimé son chaos. Conscient de la puissance du mouvement, Bolewa a voulu transmettre. A travers son association Loba ("exprime-toi" en Lingala), il fait pénétrer l'art dans la cité. Mieux, il transforme l'art en acteur du changement. En ce moment, la compagnie RE-Creation œuvre pour la résilience à travers la danse des femmes qui ont subi des violences sexuelles. Cette initiative est née de la rencontre de Bolewa Sabourin avec le tout récent prix Nobel de la Paix 2018, le gynécologue congolais Denis Mukwege, engagé depuis des décennies dans la protection, le soin et la réhabilitation en tant que femmes des victimes de violences sexuelles. S'il fallait encore des preuves que la danse est plus qu'un art... 
Voici une vidéo de Bolewa Sabourin expliquant son parcours, ses convictions, ses engagements :

vendredi 5 octobre 2018

Million dollar marathon

Philip Maffetone, Million dollar marathon, 2017.
Xi s'évade du Tibet, traverse les montagnes en courant, arrive en Inde, se fait repérer par un entraîneur et commence à courir des marathons. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? On pourrait reprocher à l'auteur de nous priver de descriptions, d'avoir survolé ses personnages et de ne pas avoir cherché à approfondir leurs caractères, leurs ressentis. On pourrait lui reprocher d'avoir écrit ce roman en courant. Or, les mots se suffisent à eux-mêmes et, en peu de pages, il dit tout. On visualise, on comprend, on s'attache, on adhère. Il gagne haut la main. Bien sûr, les amateurs de sport auront leur compte avec cette précision dans les chiffres lorsqu'il s'agit d'évoquer les temps de parcours des différentes courses et ce mythique passage sous les deux heures pour un marathon. On touche ici à la question des limites du corps humain, ainsi qu'à la course aux records toujours plus féroce, alimentée par les sponsors, les médias et les milliards de dollars qui circulent autour de cet événement sportif. Certains diront que ce n'est même plus du sport. Ce qui est incroyable, dans ce roman de Maffetone - qui connaît très bien le sujet de par ses compétences d'entraîneur sportif, de scientifique et médecin -, c'est que c'est un réfugié tibétain, berger, pieds nus, qui va tenter de pulvériser les deux heures de courses et de gagner ce million de dollars promis au vainqueur. Les codes sont brisés et on s'attaque aux clichés, aux a priori raciaux et sociaux. C'est aussi l'occasion, à travers cette fable, puisque c'en est une, de questionner nos valeurs et cette question des biens matériels qui prennent tellement de place dans nos vies, aux dépens de nos richesses culturelles, de nos traditions ancestrales et de notre essence profonde. Les valeurs de Xi sont celles de ses ancêtres : vivre en harmonie avec la nature et en liberté. C'est là que la question de l'invasion du Tibet par la Chine et sa féroce colonisation culturelle, économique, territoriale, politique prend toute sa dimension. L'auteur produit, l'air de rien, un récit engagé. Sans revendications, sans hargne, sans grands discours, simplement en suivant le rythme des pieds nus de son héros sur la piste et des chansons anciennes qu'il fredonne pour imprimer un rythme à sa course, au grand désarroi des observateurs, des spécialistes et de ses concurrents. Sommes-nous vraiment ouverts à ce genre de choses ? Sommes-nous réceptifs à ces personnages que l'on croise ici et là et qui pourraient, par leur action, leur comportement face à la vie, bouleverser l'ordre des choses et, pas après pas, changer la face du monde ? Enfin, dernière interrogation et pas des moindres : quand serons-nous enfin prêts à reconnaître l'immense valeur de ceux qui débarquent les mains vides mais l'âme si riche dans nos pays, rescapés de la guerre ou de la misère ? Le récit est peut-être un peu naïf, mais il est touchant et répond à une vraie réalité politique et historique, ainsi qu'à des problématiques sportives et financières importantes. Alors, qu'on soit passionné de sport, partisan de la liberté pour le Tibet, adulte, enfant, la lecture du roman de Philip Maffetone ne peut pas nous faire de mal. Comme se jeter de l'eau froide du torrent au visage pour se réveiller. 

mardi 2 octobre 2018

Ni vivants ni morts

Federico Mastrogiovanni, Ni vivants ni morts, 2017.
Il ne faut définitivement pas prendre pour argent comptant tout ce qu'on lit dans les médias. Voilà l'une des leçons que l'on pourrait tirer de la lecture du livre de Mastrogiovanni. Certains sujets, plus épineux que d'autres - quoique tous les sujets mériteraient des lectures approfondies avant d'être traités, - exigent une rigueur dans la connaissance. Je vous dis ça, parce que j'avais tenté d'aborder le thème de la mort au Mexique avec mes élèves, qu'après avoir évoqué la mort en tant que fête, folklore bien connu dans le monde entier et dont nous avons trop souvent une vision digne de "La vengeance du serpent à plumes" - n'en déplaise à certains professeurs qui font du survol culturel et bénissent le cliché - après un texte d'Octavio Paz (ayons de l'ambition pour nos élèves), je leur avais présenté un document sur la disparition des 43 étudiants d'Ayotzinapa, survenue le 26 septembre 2014. Ce n'est pas que j'étais à côté de la plaque et les élèves eux-mêmes avaient bien saisi la complexité de l'affaire et les effrayantes zones d'ombres qui planaient là-dessus. Mais, je n'avais pas perçu la réelle profondeur, les vraies racines de cette disparition qui a permis d'en révéler plein d'autres. La lecture d'articles de presse n'avait pas suffit. Aujourd'hui, au terme de la lecture de l'enquête réalisée sur plusieurs années par le journaliste italien Federico Mastrogiovanni, j'en sais bien davantage. Et j'en suis renforcée dans ma conviction : ne jamais se taire, continuer à en parler, jusqu'à la vérité. 

D'ailleurs, le cas des 43 n'arrive qu'à la fin du livre, pour la simple et bonne raison que le journaliste a commencé son enquête bien avant ce fait. Il vit au Mexique depuis un certain temps, il sait parfaitement ce qui s'y passe : la violence omniprésente et un nombre incalculable d'assassinats. On peut même parler de génocide. La première chose qui nous vient en tête, c'est le crime organisé, la drogue, les cartels. Sauf que pas du tout. Ou pas exactement. Page après page, on apprend que les cartels ne sont en fait que des exécutants, qu'ils contrôlent des territoires et terrorisent des villages entiers au nom de quelqu'un d'autre. Et vous savez de qui ? De l'État. L'état mexicain dans toute sa splendeur qui, non seulement s'arrange très bien de cette violence, mais la veut, la commandite, la conçoit en un véritable plan d'extermination de sa propre population. Ce n'est pas un hasard si l'auteur va jusqu'à comparer cette violence d'état à celle des nazis. Les faits, les événements, les liens, les procédés, tout concorde à rapprocher ces deux régimes. Alors, pourquoi cette obstination à éliminer ? Les causes sont multiples mais se rejoignent en une seule : faire taire la population, la museler en la terrorisant, semer la peur, paralyser les consciences afin d'avoir les mains libres. Dans quel but ? Si on vous dit que les états où les assassinats et les disparitions sont les plus nombreux correspondent à ceux qui cachent d'énormes ressources minières, vous commencez à y voir plus clair ? Alliés des États-Unis, disciples obéissants des compagnies étrangères, fervents fanatiques de l'ultra libéralisme, les gouvernements qui se sont succédés à la tête du Mexique ont opté pour le génocide comme meilleur moyen pour, d'une part, libérer les terres convoitées des habitants gênants et, d'autre part, pour faire taire toute forme de contestation. Le nouveau président récemment élu a promis de remédier à la situation. Monsieur Lopez Obrador, qui fait enfin virer le pays à gauche, aura fort à faire. Parce qu'il y a des familles qui attendent, des populations décimées, des enquêtes falsifiées - dans le cas des 43 étudiants, c'est de la manipulation de preuves de haut vol -, des absents dont on ne peut pas faire le deuil et des cancers en masse à cause des exploitations minières polluantes. 
Ce qui est frappant, c'est que Mastrogiovanni ne se contente pas d'enquêter sur les disparus. Il les fait parler, leur redonne une voix, remonte à la source du combat de chacun d'entre eux. Rester libre, vouloir traverser les frontières de l'Amérique Centrale vers les États-Unis, être au mauvais endroit au mauvais moment mais vouloir juste être quelqu'un de bien, promouvoir l'art et la liberté d'expression, éduquer la population pauvre et analphabète, autant de motifs pour finir avec une balle dans la tête, dissout dans l'acide, jeté sur le bord d'une route ou dans une fosse commune. Mastrogiovanni dresse ainsi un panorama complet de la situation, sans oublier de prendre en compte la parole de ceux qui restent, les mères qui attendent, les familles stigmatisées, les pères qui n'abandonnent jamais. Nous aussi, nous devrions nous joindre à eux dans ce combat. 

Les 43 étudiants de l'École rurale d'Ayotzinapa ont été enlevés - sont-ils morts ? Le gouvernement s'évertue encore à empêcher les enquêtes et à falsifier les preuves... - parce qu'ils éduquaient la population rurale. Leur école, fondée en 1926, a pour objectif d'instruire les paysans, de leur apprendre à se défendre face à une société néo-libérale qui les écrase. Cultiver la terre et cultiver les esprits. Semer les graines d'une autre vision du monde. Enseigner pour libérer la parole. Nous aussi, nous devrions nous unir à cette cause et empêcher que ce genre de choses existent, qu'un État tout puissant et répressif annihile les consciences et dispose des territoires comme bon lui semble. Federico Mastrogiovanni ne signe pas seulement une enquête. Il nous interroge sur nos propres comportements, réveille nos esprits engourdis, enrichit nos perceptions et livre un témoignage bouleversant et sensible, une poétique de l'horreur qui s'immisce dans nos têtes pour ne plus nous laisser en paix. Et ne pas être en paix, c'est l'assurance de ne jamais abdiquer, d'être toujours en éveil.

vendredi 21 septembre 2018

L'invention du voyage

L'invention du voyage, Anne Bécel, Sylvain Tesson, Christian Bobin, Isabelle Autissier, Pierre Rabhi, Alexis Jenni, etc..., 2016.

C'est marrant comme un livre peut complètement coller à ce qu'on pense, peut dire parfaitement ce qu'on balbutie maladroitement depuis si longtemps. Non, voyager n'est pas que se déplacer, réserver un hôtel et poursuivre son parcours en abrutissant la toile de récits inintéressants. Voyager, c'est beaucoup plus profond que cela. Bien évidemment, certains auteurs du livre, comme Isabelle Autissier, n'envisagent pas le voyage autrement que sous forme de déplacement géographique et reconnaissent ne trouver aucun frisson dans leur quotidien sédentaire. C'est un point de vue très intéressant. Mais, ce qui frappe, c'est que la plupart des intervenants ont livré à la journaliste Anne Bécel, coordinatrice de cet ouvrage, des textes passionnants sur leur vision d'un état de voyage permanent, puisant dans les souvenirs, dans l'imagination, la lecture, l'écriture ou encore la spiritualité. Peut-on, en effet, retrouver cet état d'esprit libéré, ce lâcher prise et cet émerveillement permanent une fois que nous sommes de retour en terrain connu ? Peut-on suivre ce fil conducteur qu'est la soif de l'autre, l'ouverture à la découverte et à l'imprévu au cœur de notre routine trop souvent perçue comme inintéressante, voire abrutissante ? Sylvain Tesson nous glisse ainsi sa vision de "l'éblouissement pratiqué comme un exercice spirituel" car "la morosité est un poison qui décharge la moelle". Une philosophie de vie. On est loin de considérer qu'il suffit de quelques tissus bariolés et d'un vase en terre cuite posé sur la cheminée pour être en état de voyage permanent. On n'y est même pas du tout. Là n'est pas la question. Ici, on parle état d'esprit face au monde, face à l'Autre, face à la vie. Car, pourquoi se sent-on si bien ailleurs ? Parce que, loin de nos convenances, de notre rôle à jouer et de notre position sociale, on est libre d'être ce que l'on est, d'accepter les choses telles qu'elles sont et d'en célébrer la beauté. De là à dire que le voyage est avant tout spirituel, il n'y a qu'un pas. D'ailleurs, voyager, c'est d'abord aller à la rencontre de soi. C'est ainsi que Bernard Ollivier, le marcheur, a créé une association, Seuil, qui accompagne pendant plusieurs mois et sur des sentiers rudes et formateurs des jeunes en rupture et n'ayant plus d'autre choix que de faire ce périple avant la prison. Selon lui, le taux de réussite est énorme, parce que les jeunes, en marchant, loin de tout, prennent confiance en eux, se découvrent une force et une identité jusqu'alors insoupçonnées. Il est difficile de résumer les multiples aspects de cet ouvrage en quelques lignes et il faut vraiment le lire pour saisir l'essence de chaque texte. Un livre à garder dans sa bibliothèque et à relire de temps en temps, pour se rafraîchir les idées, se remettre les points sur les "i", poursuivre la route... 

mardi 11 septembre 2018

Fortune de mer

Jean -Luc Coatalem, Fortune de mer, 2015.

Je me suis pris Ouessant en pleine face. Récit en plein vent que cette tragédie en trois actes, trois jours de pluie et de tempête où le climat rend fou et pervertit les esprits. Ce qui frappe, c'est que tout est vrai. Cette entreprise qui fabrique du miel à l'aide des précieuses abeilles noires ; ce chanteur déjanté et alcoolique amoureux d'une jeune concurrente de la Star Académy ; cette assemblée de druides et ce mariage traditionnel ; et cette journaliste espagnole venue couvrir l'événement. Tout semble en ordre, palpable et pouvant entrer dans nos codes mentaux. Or, on sent bien que les méninges déraillent, que les sens sont en alerte et que quelque chose de pas beau est sur le point de se passer. Difficile de parler de ce livre sans en raconter l'histoire. Parce qu'il y a bien une trame, une trajectoire de ces personnages qui sont presque tous des anti-héros. Mais, au-delà de ça et en se gardant bien de dévoiler le fin du fin - le comprend-ton vraiment, d'ailleurs ? - c'est la dimension mythologique qui importe. La polyphonie des narrateurs, les légendes et les croyances qui altèrent la réalité et se font aussi vraies qu'elle. C'est ce glissement des perceptions sur un terrain tellement bien préparé par l'écrivain qui nous fait franchir le pas sans même nous en rendre compte et adhérer à des choses qui dans un autre lieu nous auraient semblé inadmissibles. Sauf qu'à Ouessant, on admet tout. Parce que c'est l'île, la véritable protagoniste. Ce bout de terre au-milieu de nulle part qui est un petit monde en dehors du monde réel, un lieu mythique, battu par les rafales, noyé par le déluge et dans lequel les âmes se révèlent dans ce qu'elles ont de plus noir. On en tremble encore. D'autant plus que la fin ouverte, floue, indécise, poétique, nous laisse un goût de sel et de sang dans la bouche et que, comble du chef d'œuvre, on ne s'en défait pas. Une fois la dernière page tournée - et rapidement, parce que le livre se dévore -, on s'interroge, on s'identifie rétrospectivement, on questionne nos propres cauchemars, nos tensions internes et nos instincts primitifs. Coatalem nous bluffe, nous coupe le souffle, nous secoue comme une barque en pleine mer et nous rejette sur le rivage lessivés, chancelants, séduits. 



Une fortune de mer
Qui dérive dans les rouleaux
En fredonnant un air
Qui rappelle la douceur de tes mots
Une fortune de mer
Tout au large de Concarneau
Qui ne sais plus trop quoi faire
Pour que tu l'remorque à nouveau
Une fortune de mer 
Au large de l'Atlantique
Sur qui s'abat le tonnerre
La douleur est parfois magnifique
Une fortune de mer

Une épave sur les flots
Dis-moi à quoi ça sert
De m'être accroché a ta peau
Un homme qui récite des prières
Pour que tu reviennes à nouveau
J'aurais dû le faire avant hier
Mais je n'ai pas su trouver les mots
Je t'ai perdu Esther

Et je me suis jeté dan les flots
et j'ai rejoint la mer
Tout au large de Concarneau

dimanche 9 septembre 2018

Voyages avec un âne dans les Cévennes

Robert Louis Stevenson, Voyages avec un âne dans les Cévennes, 1879.
Du Puy en Velay à Alès, Stevenson traverse plusieurs régions de France accompagné de Modestine, une ânesse avec laquelle il va apprendre à voyager. Plusieurs lectures pour ce livre, toutes plus géniales les unes que les autres et qui s'entremêlent pour former un récit à la fois dense et cohérent. 
La littérature
Évidemment, Stevenson, c'est le génial conteur de L'île au trésor, avec ce vocabulaire élégant, précis, ce phrasé poétique qui nous séduit et nous régale. Et puis, cette indéniable touche d'humour, d'auto-dérision, cette irrésistible drôlerie à l'heure de décrire ses mésaventures avec l'indomptable Modestine. Un bonheur.
La randonnée 
L'auteur nous fait voyager par son récit à travers des régions sauvages, des collines et des forêts, des plateaux et des vallées qui n'ont a priori rien d'époustouflant ni de grandiose mais qui, justement par leur simplicité, leur beauté pure, celle des premiers jours du monde alliée à celle, modeste mais têtue, de son aménagement par l'homme, laissent au marcheur une sensation de plénitude. De l'Auvergne au Gard, ce sont des endroits peu fréquentés par les touristes, d'autant plus à l'époque !, mais qui aujourd'hui sont mis en valeur par l'association Sur le chemin de R.L. Stevenson dans le but de développer ces territoires, mettre en valeur leur patrimoine naturel et historique. On peut d'ailleurs visiter leur page Facebook sur laquelle on peut lire les actualités du chemin, ainsi que des témoignages de marcheurs. Cet été, par exemple, celui de l'actrice Alexandra Lamy qui s'est lancée sur la piste avec son légendaire sourire. De quoi donner envie de découvrir cette route, de chausser ses crampons et de partir, comme Stevenson à son époque, au cœur de cette France méconnue. Alors, ça vous tente ? Moi... oui !

L'histoire
Au cours de son périple, outre la découverte du patrimoine naturel, Stevenson se confronte à celle de l'histoire et en particulier de celle des protestants de la région, à travers le souvenir des guerres de religion qui les ont opposés aux catholiques. Etant lui-même protestant, Stevenson prend bien évidemment parti pour ses coreligionnaires, glorifie leur résistance à l'ennemi et encense leur droiture et leur intelligence d'esprit. Il est vrai que les conflits religieux ont secoué les Cévennes et il est bon de faire un petit retour en arrière sur cette partie souvent oubliée de l'histoire. Juste pour se souvenir que, chez nous aussi, les hommes se sont entretués à cause de leurs croyances et que le fanatisme n'est pas l'apanage de lointaines contrées exotiques. 
La philosophie
Enfin, dernier aspect que nous évoquerons, celui de la philosophie. Car, non content d'être un conteur hors normes, Stevenson questionne par son voyage notre relation aux hommes, aux animaux, aux forces de la nature. Il analyse les contacts plus ou moins faciles que nous avons avec l'Autre et que les différends politiques et religieux peuvent compliquer davantage. Et puis, il écrit des pages tellement belles sur la marche, sur ce que cette activité, libérée de toute notion de compétition et dépouillée d'un trop plein d'enthousiasme lorsqu'elle s'effectue en groupe, peut apporter à notre corps et à notre esprit. Un plaidoyer pour la marche solitaire, lente, méditative, contemplative. Des lignes qui n'ont rien à envier ni au bouddhisme, ni au mouvement "slow travel" tant à la mode aujourd'hui. Au terme de cette lecture, on se dit que, définitivement, ce Stevenson a tout inventé !

mercredi 29 août 2018

Auxerre

On ne soupçonne pas le potentiel beauté de certaines villes. Auxerre fait partie de cette longue liste de cités discrètes dont personne ou presque ne parle et que personne ou presque n'a l'idée d'aller visiter. Sur les blogs de voyage, dire qu'on est allé à Venise ou à Sainte Lucie, c'est plus classe et on espère avoir plus de visiteurs sur sa page. Et pourtant, pourtant... Quand on aime voyager, c'est qu'on aime découvrir l'Autre et l'Ailleurs ; quand on aime aller à la rencontre des gens et de leur lieu de vie, on doit être capable de s'émerveiller d'un rien, de se mettre dans une posture d'ouverture dès que l'on franchit le seuil de sa porte. Ce n'est pas donné à tout le monde. Si on n'a pas cette capacité, c'est qu'en guise de voyageur on n'est qu'un égocentrique benêt qui cherche l'exotisme à tout prix et qui veut se mettre au premier plan sur la photo, devant le lagon ou le lac de sel. Ici, on refuse de marcher à côté de nos pompes et on est comme ça : partout on va, on écarquille les mirettes et voit la beauté là où elle est. A Auxerre, pendant une journée, on en a eu plein les yeux. D'abord, avec ses édifices religieux impressionnants qui s'imposent comme des mastodontes dans le paysage : la cathédrale Saint Étienne et l'Abbaye Saint Germain (dont la visite, hormis celle de la crypte, est entièrement gratuite, ce qui représente une chance incroyable de côtoyer ce merveilleux patrimoine historique, artistique et architectural, d'autant plus que, comme dans de nombreux sites de ce genre, l'art contemporain s'invite dans les murs pour produire une délicieuse cohabitation entre passé et présent). D'autre part, la ville entière est un régal. Le centre-ville s'articule en petite rues piétonnes bordées de maisons à pans de bois coloré, avec la Tour de l'Horloge en bâtiment central et qui mérite le coup d'œil. Si on s'écarte un peu, on se perd avec bonheur dans les ruelles et les rues tortueuses qui montent et qui descendent et au cœur desquelles on rencontre de magnifiques maisons, cours intérieurs, petits jardins, portes anciennes et autres surprises. Et puis, il y a l'eau. On est nombreux à s'accorder sur le fait qu'une ville avec de l'eau, une rivière, un fleuve (sans parler de la mer !) a tout de suite plus de chien. A Auxerre, c'est l'Yonne et le canal du Nivernais qui font office de miroir, d'atout supplémentaire, de serpent bleu avec tout ce que cela comporte de rêves voyageurs. La balade au bord de l'eau, les bateaux avec en toile de fond, on le rappelle, les montagnes d'architecture religieuse, franchement, Auxerre a de nombreux arguments pour prétendre au titre de "belle ville". Titre qu'on lui accorde sans problème et avec, on le reconnaît, un certain degré de subjectivité, parce que c'est aussi une ville de football avec son club mythique, historique et l'image inoubliable du célèbre Guy Roux. Aller assister à un match au Stade de L'abbé Deschamps, c'est entrer en contact avec des décennies de légende, avec une aura de petit club qui en a souvent dévoré de bien plus gros que lui. 
Pour en finir avec l'éloge, on ne peut pas quitter Auxerre en fermant les yeux et ignorer les paysages alentours. Immenses plaines fertiles, denses forêts, collines recouvertes de vignes, villes et villages pittoresques (Chablis, évidemment et ses innombrables caves, mais également Augy et Vaux au bord de l'eau, Quenne, Escolives-Sainte-Camille parmi ceux que nous avons croisés sur notre route et qui nous ont séduits). Autant dire, une région riche de patrimoine (culturel et gustatif...), tellement riche qu'on a très envie d'en approfondir les détours et les contours...








dimanche 5 août 2018

Yanacocha

Jean Claude Gawsewitch, Yanacocha. Comment déposséder l'état français d'un millard de dollars sans que personne ne dise rien, 2003.
Yanacocha, c'est l'histoire de sommes pharaoniques perdues par la France sans que personne ou presque ne sourcille. Le livre rassemble des preuves irréfutables et des éléments majeurs pour former une enquête quasi exhaustive sur ce sujet brûlant. La mine de Yanacocha, la plus grande d'Amérique Latine à ciel ouvert, est située au nord du Pérou et promet dès le début de son exploitation à haute dose en 1981 de multiplier les bénéfices. C'est le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) qui lance véritablement son succès et c'est à partir de cette étude prometteuse que des sociétés d'exploitation se dispute le gâteau. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'en 1993, le BRGM décide de privatiser ses parts de Yanacocha. Les Américains de Newmont prennent mal le fait que l'Etat français leur préfère les Australiens de Normandy. Ils attaquent la France en justice et c'est là que la magouille commence. Nous sommes en pleine dictature de Fujimori et de son sbire Montesinos. Afin de favoriser les Américains face à la France, la corruption des juges va bon train. On les achète, on les manipule et, dans le cas où ils ne se prêtent pas au jeu de la manipulation, on les torture. Impossible de gagner face à un système crapuleux aussi institutionnalisé. Ce qui frappe au milieu de ce marasme, c'est qu'une fois la dictature tombée et les preuves de toutes ces machinations révélées au grand jour (notamment un arrangement avec le calendrier qui permet de sous-estimer volontairement le potentiel financier de la mine), la France n'en profite pas pour réclamer justice. Expropriés de la mine de Yanacocha par des Péruviens téléguidés par les Américains, les Français baissent la tête et parmi eux, l'attitude de Claude Allègre pose question. Selon l'ouvrage, l'ancien directeur du BRGM puis ministre de l'Education Nationale, aurait eu de très (trop ?) bonnes relations avec les dirigeants péruviens et aurait plus brillé par des notes de frais monumentales que par son aptitude à défendre les intérêts français. Toujours selon Gawsewitch, le seul héros de l'histoire serait Patrick Maugein, ce mania du pétrole, businessman, don Quichotte, David face à Goliath, l'unique redresseur de torts dans cette affaire. 
(désolée, deuxième bouquin pour lequel l'inspiration photo est proche de zéro !)
A vrai dire, il faut baigner dans ce milieu pour saisir tous les détails du problème Yanacocha. Le monde des affaires, du business et des gros sous est vraiment un univers à part. Ce que l'on en retient lorsque, par chance, on a un peu de distance avec ce microcosme qui manipule des macro sommes, c'est l'aptitude à manigancer, à rechercher le profit partout où il se trouve, à former des alliances parfois contre nature avec des régimes politiques douteux dans le seul but de faire cracher à la nature tout ce qu'elle peut produire de richesses. Qu'il s'agisse de pétrole ou d'or, on comprend bien que la question écologique n'est même pas périphérique, elle est tout simplement absente. Elle n'apparaît à aucun endroit dans le livre. Le mercure et le cyanure peuvent s'infiltrer dans les rivières, de l'eau passera sous les ponts avant que les multinationales ne s'en préoccupent. 
En résumé, outre le fonctionnement économique ultra libéral d'une exploitation minière, on en apprend beaucoup sur les ficelles de ce qu'on appelle une "affaire", les coups bas, les écoutes téléphoniques, les entretiens privés, la diffamation et les conflits d'intérêts. Et puis, bien évidemment, on réalise combien les puissants ont une fâcheuse tendance à pactiser avec les régimes dictatoriaux dans le cas où leurs gros sous sont en jeu. Ardu mais passionnant. 

samedi 4 août 2018

Marzy

En plein centre de la France, au milieu de rien.
Les régions parfois méconnues cachent des beautés ignorées, qu'elles distillent aux aventuriers avec une dose certaine de mystère. Pour dénicher l'un de ces coins de paradis, un véritable jeu de pistes nous met à l'épreuve, jusqu'à nous mener en cet endroit magique, l'un de ceux qui nous font dire qu'on est heureux ici.
Dans la Nièvre, passons le pont à l'entrée de Fourchambault. Choisissons de prendre la route jusqu'à Marzy, une sorte de compromis entre un petit village typique, pierres et vignes, et la banlieue riche, villas avec piscines, surplombant le paysage. De là, la route touristique conduit au superbe panorama sur le Bec d'Allier, là où la Loire et l'Allier se rejoignent. En bas, la route longe le fleuve. D'un côté, des maisons incroyables, de l'autre, ce qui serait une plage. On ne sait où orienter le regard. Si la baignade est interdite, le pique nique est autorisé, la balade recommandée. Ou bien, on peut simplement s'asseoir, observer, se retrouver seul, regarder l'eau s'écouler lentement et les couleurs changer au fil des heures. Des sentiers sont cachés dans les arbres, chemins de halage, qui offrent sans aucun doute de jolies promenades à faire en solitaire ou à plusieurs. Et puis les prés, les chemins à travers champs, de multiples possibilités de découverte. 
On est en contact avec la richesse d'un ici qui est déjà un ailleurs. On est face à une porte secrète qui s'ouvre sur des horizons nouveaux. Il ne tient qu'à nous d'aller en quête de ces lieux cachés souvent tout près de chez nous...