dimanche 5 août 2018

Yanacocha

Jean Claude Gawsewitch, Yanacocha. Comment déposséder l'état français d'un millard de dollars sans que personne ne dise rien, 2003.
Yanacocha, c'est l'histoire de sommes pharaoniques perdues par la France sans que personne ou presque ne sourcille. Le livre rassemble des preuves irréfutables et des éléments majeurs pour former une enquête quasi exhaustive sur ce sujet brûlant. La mine de Yanacocha, la plus grande d'Amérique Latine à ciel ouvert, est située au nord du Pérou et promet dès le début de son exploitation à haute dose en 1981 de multiplier les bénéfices. C'est le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) qui lance véritablement son succès et c'est à partir de cette étude prometteuse que des sociétés d'exploitation se dispute le gâteau. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'en 1993, le BRGM décide de privatiser ses parts de Yanacocha. Les Américains de Newmont prennent mal le fait que l'Etat français leur préfère les Australiens de Normandy. Ils attaquent la France en justice et c'est là que la magouille commence. Nous sommes en pleine dictature de Fujimori et de son sbire Montesinos. Afin de favoriser les Américains face à la France, la corruption des juges va bon train. On les achète, on les manipule et, dans le cas où ils ne se prêtent pas au jeu de la manipulation, on les torture. Impossible de gagner face à un système crapuleux aussi institutionnalisé. Ce qui frappe au milieu de ce marasme, c'est qu'une fois la dictature tombée et les preuves de toutes ces machinations révélées au grand jour (notamment un arrangement avec le calendrier qui permet de sous-estimer volontairement le potentiel financier de la mine), la France n'en profite pas pour réclamer justice. Expropriés de la mine de Yanacocha par des Péruviens téléguidés par les Américains, les Français baissent la tête et parmi eux, l'attitude de Claude Allègre pose question. Selon l'ouvrage, l'ancien directeur du BRGM puis ministre de l'Education Nationale, aurait eu de très (trop ?) bonnes relations avec les dirigeants péruviens et aurait plus brillé par des notes de frais monumentales que par son aptitude à défendre les intérêts français. Toujours selon Gawsewitch, le seul héros de l'histoire serait Patrick Maugein, ce mania du pétrole, businessman, don Quichotte, David face à Goliath, l'unique redresseur de torts dans cette affaire. 
(désolée, deuxième bouquin pour lequel l'inspiration photo est proche de zéro !)
A vrai dire, il faut baigner dans ce milieu pour saisir tous les détails du problème Yanacocha. Le monde des affaires, du business et des gros sous est vraiment un univers à part. Ce que l'on en retient lorsque, par chance, on a un peu de distance avec ce microcosme qui manipule des macro sommes, c'est l'aptitude à manigancer, à rechercher le profit partout où il se trouve, à former des alliances parfois contre nature avec des régimes politiques douteux dans le seul but de faire cracher à la nature tout ce qu'elle peut produire de richesses. Qu'il s'agisse de pétrole ou d'or, on comprend bien que la question écologique n'est même pas périphérique, elle est tout simplement absente. Elle n'apparaît à aucun endroit dans le livre. Le mercure et le cyanure peuvent s'infiltrer dans les rivières, de l'eau passera sous les ponts avant que les multinationales ne s'en préoccupent. 
En résumé, outre le fonctionnement économique ultra libéral d'une exploitation minière, on en apprend beaucoup sur les ficelles de ce qu'on appelle une "affaire", les coups bas, les écoutes téléphoniques, les entretiens privés, la diffamation et les conflits d'intérêts. Et puis, bien évidemment, on réalise combien les puissants ont une fâcheuse tendance à pactiser avec les régimes dictatoriaux dans le cas où leurs gros sous sont en jeu. Ardu mais passionnant. 

samedi 4 août 2018

Marzy

En plein centre de la France, au milieu de rien.
Les régions parfois méconnues cachent des beautés ignorées, qu'elles distillent aux aventuriers avec une dose certaine de mystère. Pour dénicher l'un de ces coins de paradis, un véritable jeu de pistes nous met à l'épreuve, jusqu'à nous mener en cet endroit magique, l'un de ceux qui nous font dire qu'on est heureux ici.
Dans la Nièvre, passons le pont à l'entrée de Fourchambault. Choisissons de prendre la route jusqu'à Marzy, une sorte de compromis entre un petit village typique, pierres et vignes, et la banlieue riche, villas avec piscines, surplombant le paysage. De là, la route touristique conduit au superbe panorama sur le Bec d'Allier, là où la Loire et l'Allier se rejoignent. En bas, la route longe le fleuve. D'un côté, des maisons incroyables, de l'autre, ce qui serait une plage. On ne sait où orienter le regard. Si la baignade est interdite, le pique nique est autorisé, la balade recommandée. Ou bien, on peut simplement s'asseoir, observer, se retrouver seul, regarder l'eau s'écouler lentement et les couleurs changer au fil des heures. Des sentiers sont cachés dans les arbres, chemins de halage, qui offrent sans aucun doute de jolies promenades à faire en solitaire ou à plusieurs. Et puis les prés, les chemins à travers champs, de multiples possibilités de découverte. 
On est en contact avec la richesse d'un ici qui est déjà un ailleurs. On est face à une porte secrète qui s'ouvre sur des horizons nouveaux. Il ne tient qu'à nous d'aller en quête de ces lieux cachés souvent tout près de chez nous...




jeudi 2 août 2018

Croisières et caravanes

Ella Maillart, Croisière et caravanes, 1951.
Une sorte de version fantasque d'Alexandra David Neel mêlée à une anticipation de la backpakeuse à la recherche de son moi profond. Ella Maillart nait en 1903 au bord du Lac Léman dans une famille aisée. Elle pourrait se contenter de vivre une vie de fille destinée à être mère au foyer plus tard, mais elle préfère pratiquer le ski, monter une équipe féminine de hockey, naviguer sur le lac, profiter de tout ce que la région peut offrir d'activités sportives. Sacré nana, Ella. Et puis, elle a l'avantage de ne pas avoir à se soucier de travailler, la question financière étant plus que secondaire et la deuxième guerre mondiale étant encore si loin. En outre, en Suisse, que peut-on craindre ? Sa quête d'aventures, ou plutôt son simple syndrome de bougeotte aigüe, la mènent dans la Russie post révolutionnaire, en Europe Centrale puis en Orient au cours de plusieurs voyages mouvementés. Elle marche à travers la Chine et le Tibet, côtoie des nomades dont elle partage le quotidien. Ella est à la recherche d'une vie libérée de ses contraintes matérielles, proche du primitivisme et de l'essentiel. Le travail ? Pour quoi faire ! Or, elle n'est pas ethnologue, ni aventurière, encore moins écrivaine. Elle ne prétend pas instruire le monde sur ses découvertes et n'est pas à la recherche d'exploits, telle une Alexandra David Neel qui se change en mendiante pour être la première européenne à pénétrer dans Lhassa l'interdite. Cependant, pour financer ses voyages, elle doit tout de même se mettre à écrire des articles et des livres. Sans le vouloir, son importante production écrite contribue à diffuser un certain nombre d'informations sur des régions peu fréquentées dans cette période d'entre deux guerres. A la fin de cette autobiographie, Ella Maillart confie séjourner en Inde auprès de sages et de maîtres religieux afin d'introduire une certaine spiritualité dans sa vie. Un Mange, prie, aime de l'époque. Ella n'est pas si loin des blogueuses d'aujourd'hui dont les motifs qui les amènent à parcourir le monde sont avant tout un égocentrisme prononcé, le rejet d'une routine préétablie et un sentiment d'insatisfaction que l'on espère combler au prix de milliers de kilomètres. On exagère. Car Ella, c'est surtout une championne de ski, une navigatrice hors pair, une marcheuse qui n'a  pas froid aux yeux, une vie bien remplie et un regard aiguisé sur le monde. Une femme qui devrait être un modèle pour les jeunes filles d'aujourd'hui. 

jeudi 26 juillet 2018

Sète - Lettre à Georges

Cher Georges
Cela fait longtemps que j'avais pensé venir vous rendre un jour une petite visite. Lorsque j'ai su que j'allais dans votre région, il m'était alors impossible de partir sans venir au moins une journée à Sète. C'est la ville où vous êtes né, dans cette maison toute droite, plantée au bord d'une rue qui plonge vers le centre-ville ; dans ce quartier populaire peu fréquenté par les touristes, un peu décrépi, un peu à l'écart. Votre maison ne paie pas de mine et, pourtant, elle m'a émue. Elle m'a essoufflée aussi, parce qu'il se faut se farcir une belle côte pour y accéder. Elle ne m'a pas coupé le souffle, n'exagérons rien. Je ne suis pas allée visiter le musée qui vous est dédié, vous me le pardonnerez. D'ailleurs, en seriez-vous enchanté ? Il faisait beau. J'ai préféré me promener le long des quais, voir les bateau, aller jusqu'au phare et goûter à la gastronomie locale. La tielle sétoise, les fruits de mer, les fruits et les légumes gorgés de soleil, le poisson grillé. Mes papilles étaient aux anges. J'ai choisi un restaurant qui ne payait pas de mine, un devant lequel aucun rabatteur n'était posté. La dame était discrète. La décoration sans chichis et la cuisine maison. Je m'y suis sentie bien. La terrasse était presque vide. On était tranquille. 
Je la trouve belle, votre ville de Sète. La couleur bleue domine, la mer Méditerranée est partout. Elle a une allure de carte postale. Elle ressemble aux photographies que je découpais dans les magazines et que je collais dans un cahier pour me faire un vrai faux carnet de voyages, une antichambre de mes rêves d'aventures. D'être là, sur le port, face à cette vue réelle cette fois, ça m'a collé le frisson, cher Georges. Je crois que votre présence n'y est pas étrangère. C'est du Mont Saint Clair qu'on a le meilleur panorama. C'est un beau quartier, un quartier riche, il me semble, avec des villas dissimulées sous la végétation. Le silence domine. L'agitation de la ville est bien loin. D'ailleurs, la route qui y mène est une véritable route de montagne. De là-haut, on voit le port de commerce, la ville, les étangs, les collines et surtout la mer. C'est un peu elle la star, finalement. Si elle n'était pas là, Sète aurait peut-être moins de charme. 
On a mis un peu de temps à trouver votre dernière demeure. On est d'abord allés au cimetière marin. Vous n'y étiez pas, on s'était trompés. L'erreur est humaine et elle a souvent le mérite de nous faire découvrir des endroits où nous n'aurions pas mis les pieds si nous avions suivi un itinéraire sans détours. Bref, votre cimetière, celui où vous êtes enterré, est ombragé par de grands pins. Il y avait un couple devant la pierre, seulement deux personnes. C'était émouvant. Cependant, ce n'est pas là que je vous ai senti le plus proche. C'est plutôt en longeant la corniche, cher Georges, que je vous ai trouvé. J'ai repensé à vos vers, à cette supplique, à ce poème et, intérieurement, je vous ai remercié. D'avoir écrit cela. D'avoir existé. D'être encore là. 
Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus, 
Creusez, si c'est possible, un petit trou moelleux, 
Une bonne petite niche, 
Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins, 
Le long de cette grève où le sable est si fin, 
Sur la plage de la Corniche.
Cher Georges, je termine cette lettre mais je ne suis pas triste. Je repense à vous, à Sète, à ce bleu prédominant, bleu ciel, bleu mer, bleu lumière. Je vous fais un clin d'œil. Je reviendrai un jour. Un jour de pluie, pour voir si Sète aussi est mélancolique quand il fait gris. 










mardi 24 juillet 2018

La petite Camargue, Aigues Mortes et les flamants roses

En arrivant pour la première fois dans ce superbe sud, il a fallu traverser un océan d'étangs. C'était immense. C'était comme une mer intérieure peuplée d'oiseaux de toutes sortes. Et puis, les flamants rose. Un animal mythique qui, de suite, donne le ton, qui nous interdit de penser nord, centre, est ou ouest. Un animal qui est sud, chaleur, magie, Espagne, Afrique. Le flamant rose, c'est l'exotisme. Et sur les étangs de l'Hérault et du Gard que nous avons longés, ils étaient légion. Une féérie de contes pour enfants, la petite Camargue tel un lieu extraordinaire où tous les miracles sont possibles. La Camargue en tant que telle n'est pas très loin. Les Saintes Maries de la Mer à quelques kilomètres. Les taureaux, les gardians, les chemises colorées et les moustiques. Tout un monde. Ici, c'est l'introduction, la porte du rêve. 
Et qu'elle est belle, cette porte ! C'est celle d'Aigues Mortes, la porte des remparts qui entourent cette ville fortifiée dont la tour a connu plusieurs fonctions... dont celle de prison pour femmes protestantes. Aujourd'hui, elle accueille des touristes. Avec cette tour circulaire, donc, qui semble avoir un lien de parenté avec la Torre del Oro de Séville ; avec ses ruelles désertes à l'heure de la sieste, ses maisons basses dont les fenêtres sont protégées par des grilles en fer forgé ; les lourdes portes derrière lesquelles on imagine aisément des patios frais et fleuris, Aigues Mortes, c'est déjà l'Andalousie. Ce n'est pas un hasard si, dans ces contrées, les arènes trônent encore en bonne place dans chacune des villes croisées. Lorsque celles-ci se transforment momentanément en lieu de spectacle, accueillent de la musique ou de l'humour, on leur pardonne leur vil passé et on se dit que, comme lieu rassembleur, on fait difficilement mieux que ce cercle à la fois grandiose et intime. 
Assis sous les brumisateurs, au centre de cette jolie place telle un patio au cœur des murs de la cité, on rêve que l'on nous raconte une histoire. On dirait qu'on resterait là pour notre vie entière et qu'on jouerait à être heureux...







dimanche 22 juillet 2018

Côté mer : de Palavas à Port Camargue

Palavas les Flots
On nous a dit avec un moue de dégoût "vous verrez, Palavas, c'est populaire" (mettez ce que vous voulez à l'intérieur). Nous, on a rien vu de bizarre. On a rencontré une charmante ville, familiale, certes débordante de touristes (il paraît qu'elle passe de 6000 habitants à quelques 70 000 en saison. Le maire s'en félicite, la population, on ne sait pas trop). Bref, cela reste agréable de s'y promener. Évidemment, dans le centre et les rues piétonnes, on trouve les mêmes commerçants que partout ailleurs et qui vendent le même genre de merdouilles. Évidemment, le soir, atour du Luna Park, gigantesque parc d'attractions, c'est un peu la foire. Mais, le matin, quand les fêtards et les campeurs ne sont pas encore debout, on croise sur la plage des habitants, des vrais, qui bâtissent avec leurs petits enfants des châteaux de sables, des dames avec l'accent qui refont le monde. Et ça, c'est plutôt bon. 
Quant aux plages...
Contrairement à ce qu'on pourrait croire - à ce qu'on nous avait vendu - elles ne sont pas du tout bondées. Il y a une telle étendue de sable fin (et chaud) que l'effet entonnoir auquel on peut assister à d'autres endroits où tout le monde se rend sur un unique site n'a pas cours ici. Chacun, en traversant la rue, accède au coin de plage qu'il lui faut, tout simplement. 

Carnon
Dans la continuité de Palavas, pas mal non plus, Carnon. Nous qui nous attendions à d'horribles immeubles de partout (décidément, on nous avait fait une mauvaise promo de la région), on a traversé des petites rues avec de jolies maisons, quelques immeubles, certes, mais d'une hauteur honnête, aux dimensions humaines. 

La Grande Motte
Ah, cette affreuse station balnéaire aux affreux bâtiments qui rendent affreux le front de mer... Ben, désolé, on a aimé. Non, nous ne sommes pas payés par l'office de tourisme, nous sommes des libres penseurs et, étant donné qu'on partait avec un a priori négatif, on ne peut pas dire que qui que ce soit ait acheté notre consentement. Tout commence avec ces grandes avenues bordées de pins parasols géants qui offrent une ombre salvatrice en cette terre de soleil brûlant, et ces lauriers rose, blancs, rouges, ces pelouses impeccables. Un immeuble s'appelle Palm Beach, franchement, on veut bien croire qu'on y est. Le parking interminable qui longe la plage (dont de nombreuses plages privées), indique clairement l'attirance qu'ont les Français et les étrangers pour ce recoin de l'Hexagone. Dans le centre, les rues sont larges et propres. Et les fameux immeubles qui ont si mauvaise réputation, alors ? Allez, je me lance. Leur blancheur immaculée, leurs arrondis stylisés forment un ensemble homogène et élégant. Quoi qu'on en dise, c'est beaucoup plus joli que s'il s'agissait de cubes dépareillés. Je dirais même qu'ils ont un certain standing. Voilà. On peut en discuter si vous voulez, mais j'aurai du mal à en démordre. J'ai bien aimé. 

Le Grau du Roi
Bien sûr, si on continue la route, le Grau du Roi n'a rien à voir avec tout ce tapage. C'est une vraie petite ville. Et puis on change de département, on est dans le Gard, à trois pas de la Camargue. Petits immeubles, jolies maisons, charmantes rues. Le front de mer est agréable, mais avant, il faut voir les canaux et les ponts (dont le célèbre pont coulissant qui se met de côté pour permettre aux gros bateaux de passer. Si quand la sonnerie résonne vous omettez de vous pousser, vous avez droit à un tour de manège gratuit). En voiture, il faut avoir le plan bien en tête, avec tous ces sens uniques et le dédale de voies d'eau ici. Une sorte de Venise méditerranéenne que ce sud de la France, entre Palavas et le Grau du Roi, une bande de terre habitée d'oiseaux, d'ailleurs, on en reparle plus loin. 


Port Camargue
Le clou du spectacle, c'est Port Camargue. Grâce à des digues, ce qui n'était que moustiques et marécages et devenue en 1985, après presque vingt ans d'aménagements successifs, le plus grand port de plaisance d'Europe. Vu du ciel, c'est une étoile, un labyrinthe sur l'eau qui peut accueillir 5000 bateaux. Vu du sol, c'est gigantesque et magnifique. Les plages, les jetées sur lesquelles on peut causer avec quelques pêcheurs, la tranquillité, la sensation de bout du monde. Tout concorde pour qu'on se croit dans un extrait d'Eden, à l'abri des choses laides, juste pleins feux sur la Belle Bleue. 


Alors, oui, on reviendrait bien hors saison pour rencontrer les gens, pour voir à quoi tout cela ressemble sans tout ce monde et pour avoir moins chaud en visitant les lieux. Mais on reviendra aussi l'été, parce que le vent apaise les corps en sueur, parce que les plages sont merveilleuses, parce que pour étendre sa serviette et se baigner dans des températures dépassant les 23 degrés, il n'y a pas à hésiter, c'est au sud qu'il faut aller. 

jeudi 19 juillet 2018

La fête de la mer de Palavas les Flots

Il est loin le temps où, entre palavasiens, on allait ensemble jeter une gerbe dans la mer après la messe et où, pour le déjeuner fait de poisson, on sortait les tables dans la rue. Aujourd'hui, la Fête de la mer attire les foules et figure dans les "incontournables" des guides touristiques. Cependant, les fondamentaux demeurent et les moments clés sont les mêmes depuis les années 50. 
D'abord, les fidèles se retrouvent dans l'église pour la messe en compagnie de Saint Pierre, le patron des pêcheurs. A la fin de la cérémonie, le saint, porté par quelques bras vigoureux, est amené jusqu'au port en procession dans sa célèbre barque remplie de fleurs. Il est accompagné par de la musique, jouée par l'Harmonie locale et par un groupe invité : cette année, l'Harmonie de Bourges participait à la fête. C'était l'occasion de la vivre de l'intérieur, de se mêler à la foule tout en prenant une part active au défilé. Avant de se jeter à l'eau, un arrêt est fait devant le monument aux morts pour honorer les soldats qui ont donné leur vie pendant les différentes guerres. Marins, soldats, même combat. Pourquoi pas. Une Marseillaise plus tard, nous voilà repartis le long des canaux et, enfin, c'est l'arrivée au port. Les musiciens embarquent sur un bateau, les officiels sur un autre et Saint Pierre dans sa propre embarcation. Tout ce beau monde se réunit au large pour déposer quelques gerbes, bénir les bateaux, les marins, les musiciens et tout le toutim, et pour jouer un peu de musique. 


De retour à terre, les discours des officiels s'enchaînent. Chacun fait parler son égo. Politique, quand tu nous tiens. Mais ce qu'attendent les gens, outre cet hymne joué en commun par tous les musiciens, "Méditerranée", chant de circonstance, ce sont les réjouissances gastronomiques. D'abord, l'apéritif, puis, le clou du spectacle : la distribution de la fameuse "rouille". 
Zoom sur un plat qui n'est pas qu'un plat
Il y a de multiples recettes de rouille et, comme la plupart des spécialités gastronomiques, chacun a sa manière propre de la confectionner. Par ailleurs, il existe une forte dissension entre l'est et l'ouest - Palavas et Sète - quant à la préparation de la rouille. Histoire de se démarquer en toute élégance a été créée la Confrérie de la rouille palavasienne dont les costumes jaunes et rouges sont ornés d'un poulpe, ce qui semble indiquer leur préférence, au détriment de la sèche, plutôt prônée à Sète. Qu'importe, la base est identique : une sauce à base de tomate, de vin blanc, de laurier dans laquelle fondent les pommes de terre et les crustacés et à laquelle, au dernier moment, on ajoute le célèbre aïoli, ce qui contribue à donner au plat la teinte qui justifie son nom. Lors de la fête de la mer, ce sont donc les membres de la confrérie qui, au terme d'une attente fiévreuse et remplie de suspense et habillés de leurs tabliers, servent enfin la rouille à tous les présents. Un moment qui tient presque du religieux. 
Un drôle de mélange
Si la préparation de la rouille obéit à des règles précises, le contenu de la fête ressemble plus à un gloubi boulga de religion, de politique et de gastronomie dans lequel le touriste attentif aura un peu de mal à se retrouver. L'observateur moins avisé se contentera d'un sourire béat sous les lumières multicolores du feu d'artifice final. Pourtant, à y regarder de plus près, ce qui est en jeu n'est rien d'autre que la perpétuation des traditions, lors de cette fête gaie, animée, pleine de ferveur, de musique, de réjouissances gustatives et de Méditerranée. 

mardi 17 juillet 2018

Montpellier

Ceci est le récit subjectif d'un itinéraire d'une heure dans les rues, les avenues et les ruelles de Montpellier. Suivez le guide...
Sortie du parking souterrain, première claque. Retour à la surface face aux Trois Grâces, place de la Comédie. Immense, piétonne, entourée de cafés, de restaurants, de filles aux cheveux longs et aux lunettes de soleil vissées sur leur jolis nez, de garçons qui se la pètent en regardant les rayons de l'astre danser dans la fontaine. Place de la comédie. Place to be. 
Derrière, l'ancien amphithéâtre Saint Côme qui abritait l'école de chirurgie, aujourd'hui chambre de Commerce. Montpellier a du plomb dans la tête. Depuis toujours, ça carbure dure dans les cerveaux sudistes. Plus loin, l'église et le quartier Saint Roch, halte pour les pèlerins en route vers Compostelle. Montpellier tournée vers le ciel.Ville artiste, quartier des musiciens et des luthiers. Sainte Anne, les violons, les altos et les violoncelles, les ateliers des artisans de la corde. 
Plus loin, Montpellier royale. Le palais de justice et ses colonnes néo-classiques, l'Arc de Triomphe en l'honneur de Louis XIV et sa statue équestre au-milieu du jardin du Peyrou. Montpellier, c'est le Pérou. Le majestueux château d'eau et l'aqueduc qui alimentait gratuitement toute la ville en eau, inspiré du pont du Gard. Point culminant de la ville, vue à 360 sur les environs. Pêle-mêle, Saint Guilhem le Désert, les Cévennes, le stade de la Mosson, la mer et les étangs, Palavas, collines verdoyantes, villages, ciel, ciel, ciel. Un, deux, trois, soleil. 
Plus terre à terre, la cathédrale Saint Pierre, de style gothique méridional, bâtie en 1364. Une presque forteresse avec ses deux piles circulaires, balèzes, qui soutiennent un porche non moins écrasant pour fidèles pécheurs en manque de confession. Incline-toi. Baisse les yeux. Soumets-toi à la grandeur du bâti. A côté, ironie, la plus ancienne école de médecine de l'Occident, fondée en 1220 et toujours en activité. Dieu n'a qu'à bien se tenir. En contrebas, c'est le jardin des plantes, jardin d'Éden, entre botanique et paradis terrestre. C'est aussi le plus ancien de France, ouvert en 1593. Montpellier pionnière, les sens, la science et l'esprit. 
Retour par l'ancien quartier juif, dont la communauté a été très importante dans la ville. Et puis, de nouveau, place de la Comédie. La balade, ça t'a plu ? Il nous reste à voir le Montpellier moderne, contemporain, ambitieux, quartier Antigone. Et à comprendre que la cité a su tirer profit des innovations de chaque siècle. Pas pour devenir un musée, figé, sans âme. Ni pour se faire valoir. Mais pour être dans l'action, avancer, être à l'avant. Et, au-milieu de cette forêt de bâtiments élégants, garder l'intimité des ruelles ombragées, des petites places conviviales, faire la part belle aux promeneurs, aux piétons, à ceux qui prennent le temps, les lunettes de soleil vissées sur le nez, de boire un verre en écoutant les cigales. à l'ombre des façades blanc cassé que le soleil rend dorées. Montpellier, ville lumière. Ville belle et intelligente. Si c'était une femme, on pourrait dire qu'elle a tout pour elle. 







dimanche 15 juillet 2018

La Couvertoirade

Souvenir en noir et blanc, ou plutôt, en pierre et tuile. Gris et orangé sous un soleil accablant. Ciel bleu foncé, sourcils froncés. Éblouissement sur les remparts. Yeux plissés assaillis par la lumière blanche et forcés de rétrécir le champ. Réduction de la scène aux toits sous les pieds. Pente. Vertige. Bracelet en cuir autour du poignet. 

Trente ans plus tard, le spectre est plus élargi, le regard peut englober la cité toute entière. Taille adulte. Même le château des Templiers est moins impressionnant. Les remparts miniatures enserrent le cœur du village. On n'a plus peur de faire du toboggan sur les toits. C'est mignon, pas grandiose. Beau, pourtant. Toutes ces pierres multi centenaires polies par l'Histoire. Les artisans sont toujours là, vendeurs de souvenirs qui n'ont pas tellement cédé aux Tours Eiffels et aux torchons brodés. Les touristes, dès le matin, arpentent les ruelles, audio guide vissé sur les oreilles, appareils photos en guise de colliers. Mais les habitants, où sont-ils ? Parfois, dans certains villages, on les aperçoit arrosant leurs géraniums, ouvrant leur courrier dans la discrétion de la cour intérieure. Ici, pas de traces, pas de bruits, pas de fleurs et pas de lettres. Les habitants du village musée sont cachés. Telle une faune imperceptible à l'œil nu, ils ne doivent sortir que la nuit. Impression de se promener dans une reconstitution. Inquiétude de déranger. Effrayé par le flot de visiteurs - on le serait à moins - l'autochtone se retire habilement du théâtre des hostilités. Mais généreusement, par amour de son village, pour entretenir et faire valoir sa cité, il en permet l'accès, ouvre les portes des murailles aux curiosités. 
 



Finalement, en s'éloignant un peu de La Couvertoirade, on se dit que ce sont bien les descendants des Hospitaliers qui vivent ici, les héritiers des Templiers. Des défenseurs, des guerriers, des intrépides qui continuent de vivre ici, dans cet écrin de pierre, au-milieu de ce paysage solitaire, de ce plateau des Causses grandiose et unique. 

samedi 14 juillet 2018

On dirait le sud...

On dirait le sud, les plages bondées, couvertes de corps graissés d'huile solaire, les parasols qui s'envolent, les ballons des enfants qui atterrissent sur les serviettes des voisins, les cris. Les places de stationnement prises d'assaut, les embouteillages partout, les supermarchés surchargés. La chaleur insupportable, les nuits entières à ne pas dormir. Les moustiques. Les immeubles laids. Le béton. On dirait que le sud, c'est cela. Mais c'est tout autre chose. 
Le genre d'images qui vous collent à l'imagination et qui vous font marcher sur des œufs en approchant de la côte, qui vous tracassent et vous perturbent. Et puis, la beauté envoûtante des Cévennes, la magie du Larzac, la lumière incomparable de Montpellier. Et puis les étangs immenses, la faune qui y règne, la finesse des flamants roses. Et puis les fleurs, les lauriers magnifiques, les palmiers, la végétation luxuriante et les cigales dedans, chant céleste. Et puis cette bande de terre mince comme un fil tendu au milieu des eaux, les kilomètres de plages de sable fin où chacun peut aisément trouver sa place, la mer Méditerranée somptueuse, transparente, le ciel, le bleu à couper le souffle. L'architecture qui finalement s'intègre bien dans le paysage. Les petites Venise. Les pierres centenaires. Le soleil, le soleil, le soleil... 
On dirait le sud, cet endroit sauvage, majestueux, magique, qui laisse au fond des yeux le souvenir d'un éblouissement.