mardi 6 décembre 2016

Le tour des volcans du monde

Patrick Barois, Le tour des volcans du monde, 1998.
Vous la voyez, là, la petite flamme inextinguible de la passion ? Allumée chez Patrick Barois au lendemain de son adolescence sur les pentes d'un volcan italien, elle a bien failli s'éteindre en Indonésie en 2014. En témoigne l'expérience de Maurice et Katia Krafft qui, en 1991 au Japon, ont payé de leur vie leur folle passion pour les montagnes en colère, être volcanologue, professionnel ou amateur, comporte des risques importants. Que l'on soit bardé de diplômes ou simple amoureux de la lave, les roches en fusion ont de quoi refroidir plus d'un aventurier. Seulement voilà, la poursuite de l'éruption à travers le monde ronge ces gens-là de l'intérieur. Une véritable obsession. De là, comme Patrick Barois, à sauter dans le premier avion au sortir du bureau pour aller observer de près le moindre soubresaut terrestre, pour reprendre le fil de sa vie dès le lundi matin suivant, comme si de rien n'était, le nez encore grisé de cendres et les yeux éblouis par tant de feu craché des entrailles de la terre. Depuis le début de son histoire d'amour, l'auteur a parcouru le globe et a usé ses semelles, parfois même il les a brûlées, sur les flancs de tous les volcans du monde, pour ensuite raconter ses expériences infernales dans des livres et des conférences. Plutôt destiné aux passionnés de sa trempe en ce qu'il est surtout une succession de descriptions auxquelles les illustrations visuelles manquent parfois cruellement pour se faire une idée de ce qui se joue sous les yeux de son narrateur, ce livre ressemble à s'y méprendre à celui d'un montagnard, le feu en plus. Ascensions, falaises, ravins, bivouacs, le tout agrémenté, en plus de la difficulté physique que présuppose ce genre d'expéditions, par des coulées de lave, des explosions et des nuages de cendres. Côtoyer le danger comme exaltation suprême. Ce récit m'aurait d'autant plus passionnée si, au lieu de se cantonner à la nature et à ses expressions les plus terrifiantes, il s'était également intéressé aux populations qui vivent sur les pentes des volcans. A quelques reprises, on nous en parle, mais encore trop peu à mon goût. Un excellent dépaysement cependant, qui a le mérite de réchauffer en ce début de période hivernale !

dimanche 27 novembre 2016

Castro est mort, vive Castro ?

Il fallait bien que je sorte de mon silence. Depuis deux jours, on n'entend parler que de lui. Le Lider Maximo est mort et deux discours s'affrontent, le manichéisme est roi... surtout quand on s'arrête à ce que disent "les infos", la Bible de ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Alors, Fidel Castro, ange ou démon ? Pour tenter de mettre un terme aux jugements à l'emporte-pièce et aux commentaires de ceux qui n'y connaissent rien ou pas grand chose, voici quelques pistes : 
Oui, l'embargo américain a ruiné le pays
Comprendre l'Amérique Latine est impossible si l'on ne prend pas en compte ses relations avec son encombrant voisin, les Etats-Unis. Car, dès 1823, les USA profitent de leur popularité (sincère ou obligée) auprès des tout nouveaux gouvernements latino-américains qu'ils ont aidé à mettre en place au lendemain des indépendances, et pondent la doctrine Monroe qui vient sanctifier des relations déviantes.  Le texte disqualifie l'Europe et institue pour de longues années la domination économique et politique nord américaine sur son "arrière cour" latino. L'Amérique Latine passe ainsi en un clin d'oeil d'un colonialisme à l'autre, de la couronne espagnole au joug de l'oncle Sam. Cuba n'est pas encore indépendant qu'il a déjà perdu toute perspective d'émancipation. Rien d'étonnant alors qu'en 1962, ce cher président Kennedy instaure un embargo économique qui assiège la petite île pour des décennies. Plus d'échanges avec l'étranger, plus de voyages, plus de tourisme, Cuba est diabolisée. 
Oui, Cuba devient une dictature
En réponse à la situation critique de son pays qui ne peut plus échanger sa canne à sucre avec grand monde, Castro durcit sa politique, tout récemment proclamée comme état "socialiste" et l'institutionnalise. Il envoie le Che, trop maoïste à son goût, trop proche de l'idée d'une révolution active et armée, se balader un peu partout dans le monde, jusqu'à l'inciter à une disparition de la vie politique avec son départ pour l'Afrique, puis sa mort en Bolivie. Castro peut alors staliniser, bureaucratiser Cuba à son goût. A partir de là, naît une sorte de paranoïa anti yankee qui est alimentée par la censure, la surveillance des citoyens et d'autres méthodes peu glorieuses... pas si éloignées que cela de la "chasse aux sorcières" si à la mode sur le territoire du Ku Klux Klan et autres associations prônant l'intolérance, la violence et le racisme. 
Oui, Castro a libéré son peuple
Revenons un peu en arrière. Nous sommes en 1959, à la veille de l'entrée de Castro et du Che à la Havane, marquant le succès de leur entreprise révolutionnaire. Qui gouverne encore le pays à cette date ? Ce délicieux Batista, dictateur devant l'éternel, ou plutôt l'une des marionnettes que les Etats-Unis ont eu la bonne idée d'installer au pouvoir d'un pays latino-américain, de manière à pouvoir gouverner à leur guise en sous-main. Les belles voitures américaines, cela vous parle ? Elles datent de cette merveilleuse époque où Cuba est infestée par la mafia américaine, où l'île vit sous le règne de la prostitution, de la drogue et de la répression. Alors, oui, Castro libère son peuple, lui redonne sa souveraineté. Ensuite, grâce à la réforme agraire, il redonne la terre, alors accaparée par de grands propriétaires terriens, à ses citoyens. L'alphabétisation, le travail collaboratif et la santé connaissent des progrès phénoménaux. Ce n'est pas de l'angélisme, c'est un constat historique. 
Non, tout n'est pas tout noir ou tout blanc
Comme nous avons tenté de le démontrer, le manichéisme fait rarement loi en Histoire, qui plus est lorsqu'il s'agit de l'Amérique Latine, surtout lorsqu'on sait que son histoire est intimement liée à sa relation avec les Etats-Unis, pays lui-même pétri de contradictions et loin d'être une démocratie modèle. Pas question de glorifier dans sa totalité l'œuvre de Fidel Castro, dont on sait très bien qu'elle est entachée d'excès autoritaristes. Mais pas question non plus de dire que c'était mieux avant ou qu'avec la mort de Castro le peuple cubain est enfin libre. Certes, les exilés basés à Miami crient victoire et chantent la mort du tyran. Mais combien sont-ils à être descendants de ces riches propriétaires terriens arrosés de dollars à l'époque de Batista, de ceux qui méprisaient le peuple et refusaient de renoncer à leurs privilèges ? Et puis, soyons réalistes, l'île n'a pas attendu le décès du Lider Maximo pour s'ouvrir au monde... et au retour de la domination yankee. 
Plusieurs voies sont encore possibles pour Cuba : un retour en arrière, comme c'est le cas dans certains pays d'Amérique Latine où les USA ont repris leur domination (c'est ce qu'on appellerait le syndrome de Stockholm) ; ou encore suivre l'exemple de la Bolivie où le pays se cherche et est en passe de se trouver une voie libérée du joug nord américain, de redevenir propriétaire de ses ressources naturelles. Cuba, maîtresse de son destin ? Cela reste à voir... 

samedi 26 novembre 2016

Le grand sillon et La nuit de Calama

Comme promis, voici les derniers livres de la série chilienne de Claude Michelet ! 
Claude Michelet, Le grand sillon, 1988.
Nous reprenons l'aventure de nos amis d'origine corrézienne au moment où débute la construction du canal de Panama et où une véritable fièvre s'installe (au sens figuré comme au sens propre) autour des travaux pharaoniques. Les personnages (les hommes, cela va de soi) quittent la douceur retrouvée d'un Chili post guerre du Pacifique pour se plonger dans la boue de Panama, dans cet enfer tropical où, dès le début, les ouvriers tombent comme des mouches. Jeunes ingénieurs venus de France, main d'œuvre chinoise à bas coût, les fièvres et les accidents, les glissements de terrains et les coulées de boue n'épargnent personne. Les travaux pataugent, les sommes engagées sont de plus en plus importantes. Un véritable serpent de mer dont on ne voit pas la fin. Ce qui est intéressant, ce sont autant les événements historiques et les données techniques que les descriptions du milieu, de la nature et du climat : les nuées de moustiques, le paludisme, la boue et encore la boue dans laquelle les hommes se débattent, luttent, travaillent et meurent sans jamais avoir sorti la tête de la fange. Il a beau être français, Claude Michelet a quelque chose du réalisme magique latino-américain, dans ses personnages à l'aube de la folie, dans ce temps cyclique qui semble se répéter à l'infini, dans l'évocation baroque à la Alejo Carpentier de cette nature qui tient plus de l'onirisme, voire du cauchemar, que du réel. 

Claude Michelet, La nuit de Calama, 1994.
Quelques générations plus tard, le descendant de l'un des personnages des romans précédents se retrouve emprisonné dans une geôle chilienne, en pleine dictature de Pinochet ; plongé malgré lui dans l'enfer de l'autoritarisme, retenu alors qu'il venait faire un reportage au Chili, faisant fi de la situation politique. S'engage alors un chassé croisé entre plusieurs récits, plusieurs époques, plusieurs lieux, plusieurs temps. Christian, la nuit, dans sa prison chilienne, accompagné de cafards et des ronflements de son camarade de chambrée. Pendant son insomnie, il se rappelle ses recherches concernant son père et, au-delà, sa famille, qui l'amènent à reprendre contact avec une époque taboue et compliquée, celle de la seconde guerre mondiale, avec la problématique collaboration / résistance. Et puis cette époque précisément, qui occupe en réalité une place majeure dans le récit et qui nous renvoie à des interrogations et des réactions humaines : la peur, les non-dits, l'engagement, la soumission, le silence coupable. Évidemment, tout ceci est à mettre en perspective avec la propre situation de Christian, visiteur innocent dans un pays maltraité. Claude Michelet manie sa technique littéraire avec une grande habileté. Le seul petit reproche, peut-être, que l'on puisse lui faire, c'est d'avoir enfermé son héros pour des motifs flous, puis rapidement éclaircis et résolus, comme un prétexte à son second récit qui, au fond, aurait pu fonctionner sans ce mécanisme un peu tiré par les cheveux. Mais on lui pardonne, car la morale de l'histoire est engagée et nécessaire : ne jamais faire aucun compromis avec les dictatures. 

lundi 21 novembre 2016

Les brumes de Sapa

Loilita Séchan, Les brumes de Sapa, 2016.
Il y a quelques jours est arrivé, par surprise, un colis dans ma boîtes à lettres : le livre tout récemment paru de Lolita Séchan. Il est vrai que j'avais suffisamment dit que, d'après le résumé, l'histoire allait vraiment me plaire et que, cette fille, je l'aimais bien. Ou comment inciter fortement les colis surprises à venir se nicher dans votre boîte au-milieu des factures...
Franchement, on comprend pourquoi cela lui a pris tant de temps. Cinq longues années pour sortir cette BD de ses tripes, son histoire, celle de sa vie et de sa quête identitaire. Elle l'aurait complètement inventée, fait naître de son imagination que cela n'aurait pas été aussi beau, aussi profond, aussi vrai. Mais Lolita a voulu écrire la vérité, témoigner, se livrer et nous offrir en cadeau ce qu'elle a de plus précieux : son roman d'amour avec le Vietnam, son incroyable amitié avec Lo Thi Gom, cette petite fille de 12 ans qu'elle rencontre lors de son premier voyage en Asie et qui l'agrippe littéralement, l'enchaîne et la pousse à revenir, année après année. Elle a 22 ans lorsqu'elle s'envole pour le Vietnam pour la première fois et une énorme valise remplie de doutes et de questionnements existentiels. Comme à beaucoup de jeunes adultes aujourd'hui, tout juste ou pas tout à fait sortis de l'adolescence, la prise de distance avec le quotidien, le voyage, le sac à dos s'imposent à elle. Combien sont-ils, au moment même où vous lisez cet article, à se trouver quelque part sur la planète, en plein tour du monde, en quête de leur Moi profond ? Quiconque est déjà allé se perdre dans un village des Andes, d'Asie ou d'ailleurs à une période de son existence se reconnaîtra en Lolita, le personnage du livre.
"Et comme chaque fois que rien ne bouge à l'intérieur de moi, je m'arrange pour faire défiler le paysage."
Année après année, y compris lorsqu'elle habite dans la froidure de Montréal, Lolita prend des avions. Voyage après voyage, elle apprend à connaître sa nouvelle amie et surtout son peuple. Lo Thi Gom appartient à une minorité ethnique, les Hmongs. Oui, celle-là même que Clovis Cornillac était allé visiter pour l'émission Rendez-vous en terre inconnue. Sauf que Lolita, elle, n'a pas fait que passer. Elle a créé un lien indéfectible, à travers son amie, avec ce peuple opprimé mais aux si belles traditions. Ce peuple qu'on parque encore dans des camps de concentration dans certains pays, comme au Laos. Cette ethnie détestée, ces montagnards analphabètes aux costumes chatoyants que les Vietnamiens ont si longtemps méprisés à cause de leur collaboration avec les Américains pendant la guerre du Vietnam. C'est cette terrible histoire que Lo Thi Gom porte son visage triste et trop lucide d'enfant déjà adulte, cette histoire que Lolita nous raconte comme un témoignage, un hommage à ces gens qu'elle aime profondément. 
S'est-elle trouvée là-bas ? Pas de réponse. Parfois, on passe sa vie à se chercher. En tout cas, elle a trouvé un pays, un peuple, une amie, tout un monde. Et elle a trouvé l'inspiration pour ce livre, un moteur à la création, une envie, une voix à faire parler à travers ses magnifiques dessins. Des dessins qui donnent envie de sauter à l'intérieur de la page, d'aller dans ces montagnes merveilleuses et à la fois lourdes de non-dits. Alors oui, Lolita est "la fille de". Mais en toute discrétion, avec pudeur, en témoignent ces jolies scènes avec ses parents, qu'elle dessine de dos. Et elle est avant tout elle, Lolita Séchan, celle qui nous donne en cadeau cette BD qui est immensément plus qu'un livre. 
Et allez donc voir cette petite vidéo dans laquelle Lolita, avec sa douce voix et son inimitable sourire, nous explique tout (oui, je l'aime bien, cette fille, définitivement, et depuis que je l'ai vue en vraie au Zénith à un concert de son papa, en toute simplicité, je l'aime encore plus):

vendredi 18 novembre 2016

La parole est aux expats! Elise, de Bollywood à Hollywood

1. Entre l’Inde et les États-Unis, un grand saut ?
J’avais déjà eu la chance de venir plusieurs fois aux USA avant de partir en Inde. Je savais du coup à quoi m’attendre, contrairement à l’Inde où je n’avais aucune idée de ce qui allait m’arriver ! Les deux cultures n’ont rien à voir que ce soit dans le rapport à l’autre, la nourriture ou le rythme de vie. Je ne suis pas certaine que l’une ou l’autre me corresponde vraiment. Voyager offre aussi cette possibilité, de savoir où est son chez-soi.

2. Desperate housewife ?
Pas vraiment. J’ai l’habitude de travailler chez moi, de m’organiser et d’avoir un vrai emploi du temps comme quelqu'un qui a un travail plus conventionnel. Mon seul problème c’est de pouvoir en vivre ! Après, l’arrivée du bébé changera sûrement un peu la donne et il faudra que je sois encore plus organisée pour pouvoir continuer à travailler avec un nouveau né à la maison. On peut par contre savourer en France, la chance qu'on a d’avoir des aides pour pouvoir trouver des modes de garde qui ne coûtent pas le prix d’un salaire, ou l’école gratuite, contrairement aux États-Unis
Alexandriasud de Washington
Washington

3. Un bébé américain, ça change quoi ?
Ça lui fera deux passeports et deux pays où payer des impôts. À part ça je ne suis pas sure que ça change plus notre vie qu’il soit franco-américain ou juste français. J’espère que ça sera une richesse pour lui, c’est pour ça qu’on a fait ce choix. Par contre vivre une première grossesse dans un pays qui n’est pas le sien, ça c’est un peu plus compliqué, mais évidement je n’ai pas de point de comparaison ! J’ai la chance de savoir plutôt bien comment les choses se déroulent en France mais ce n’est pas toujours fait de la même façon aux USA. Ça peut être une source de stress supplémentaire mais je reste zen, le plus possible ! 

4. Encore touriste ou déjà intégrée ?
Un peu les deux. C’est ça qui est plutôt bien quand on est expatrié. À la fois on a toujours de nouvelles choses à visiter, à découvrir, des nouvelles personnes à rencontrer, du coup on ne s’ennuie jamais. Mais d’un autre côté, se créer un quotidien, lier de vraies amitiés, avoir des habitudes c’est un peu plus compliqué.
L'hiver dans le Maryland
Pittsburgh
5. L’Amérique, c’est le rêve ?
Non, clairement pas ! Ce n’est pas du tout le cauchemar non plus mais ça n’a rien à voir avec l’idée préconçue qu’on peut en avoir. Le rêve américain, quelle bonne blague. Comme si ce pays, plus qu’un autre avait un eldorado à offrir. Quand on est étranger et qu’on vient aux USA, on se rend très vite compte de ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Comme ça doit être le cas en France pour les étrangers qui y viennent. Et le coût de la vie est vraiment très élevé, ce n’est pas toujours évident de suivre. Je crois que le plus compliqué à gérer aux Etats-Unis c’est le rapport à l’argent, avoir un appartement, un prêt bancaire, une voiture, une assurance maladie, tout est un peu un casse-tête et ce n’est pas du tout la même logique qu’on a en France. Mais encore une fois, je ne me rends absolument pas compte à quoi les expatriés qui arrivent en France doivent faire face.
Ce qui n’est pas toujours évident à gérer aussi c’est la distance, avec la famille, les amis, qui sont en France. Le décalage horaire ne facilite rien. Mais ça faisait partie des points négatifs qu’on a pris en compte lorsqu’on a décidé de partir. Ce qui n’aide pas non plus c’est qu’il n’est vraiment pas facile de lier des relations avec les américains. En presque un an, la plupart des amis que nous avons sont étrangers comme nous. Pas des français, parce que les français qui sont à l’étranger ne sont pas du tout agréables, enfin des expériences qu’on a eu. Mais les relations vraies et régulières qu’on a avec des américains se comptent sur les doigts d’une main. Alors que nous avons beaucoup de liens très forts avec des personnes du Brésil, de Belgique, d’Inde, d’Espagne et de Slovaquie.

6. Bye bye la France ou see you soon ?
Je crois que tout ce qui se dégage de ce que j’ai pu raconter précédemment, c’est que ma place n’est pas ici. Je ne regrette pas du tout qu’on ait fait le choix de partir mais c’est vraiment pour mieux revenir. La France n’est pas parfaite, surtout en ce moment. Le climat pré-élection et post attentats n’est pas la meilleure période de l’histoire moderne du pays mais c’est quand même chez nous.

Depuis qu'elle a répondu à nos questions, Elise a vu sa vie changer... Bienvenue au petit Léon ! 💙💙

PS : Vous pouvez retrouver Elise sur son super blog : 

mardi 15 novembre 2016

Maurice Herzog, un héros détestable

Maurice Herzog, L'autre Annapurna, 1998.
Herzog, ce héros, tel qu'il se décrit lui-même, nous propose ici une œuvre remplie d'auto-satisfaction, de glorification personnelle et de toute la prétention dont il était capable. Pas besoin forcément d'avoir lu en amont le livre de sa fille Félicité Herzog, dans lequel elle le décrit comme un père menteur et assoiffé de chair féminine, pour se faire une idée du personnage. Tout commence avec cette ascension de l'Annapurna, dont il affirme être le seul et l'unique vainqueur. Cette version n'est pas seulement contestée par sa fille, mais également par le récit a posteriori de ses compagnons de cordée, et notamment celui de Louis Lachenal, qui a été publié à titre posthume mais que Herzog, devenu tuteur des enfants orphelins de Lachenal, avait pris bien soin d'expurger des passages gênants. On connaît aujourd'hui, depuis 1996, la totalité de ce récit et l'on sait donc que tout a été fait, élaboré, préparé dans cette expédition pour qu'Herzog devienne un héros national et que les guides de la cordée, qui vouaient pourtant, contrairement à lui, toute leur vie à la montagne, soit relégués au rang de sous-fifres sans intérêt. On n'est même pas sûr que le mythe soit une réalité, que le sommet de l'Annapurna ait été atteint. Ce que l'on sait, c'est qu'Herzog s'est fabriqué de toutes pièces un personnage de sauveur, s'est érigé en quasi divinité et a réussi de main de maître à se placer dans les milieux les plus influents. Ce livre n'est en fait qu'une auto-hagiographie de celui qui se prenait pour Dieu. Et c'est tellement énorme qu'on poursuit la lecture en riant presque de son audace à mentir si franchement, de sa mégalomanie littéraire. C'est l'aigle qui menace de l'enlever alors qu'il redescend des montagnes himalayennes allongé sur son brancard, c'est la mort qui l'interpelle et le frôle, c'est le tigre qui menace de le dévorer, etc. Autant d'exagérations qui passeraient parfaitement dans un roman d'aventures dans lequel le lecteur serait complice de la duperie, mais qui nous laisse soufflés dans le cadre d'un soi disant récit de vie qui suppose un acte d'authenticité. Du coup, on finit par ne plus croire une seule miette de ce qu'Herzog nous dit. Tintin au Tibet ? L'idée vient de lui ! La création du Peace Corps (l'agence américaine pour la coopération) ? C'est lui qui a soumis l'idée à Kennedy ! La candidature de Giscard ? C'est de son fait ! Il s'attribue même une phrase de Malraux, n'hésite pas à se poser en chantre de la création de la lutte anti dopage dans le sport, et se décrit comme le grand manitou de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale. Tout vient de lui, puisque je vous le dis ! Sans ce saint homme, que serions-nous devenus, nous, minables citoyens ? Seulement voilà, Herzog est aussi le DSK de l'époque, fricotant avec nombre de jeunes filles au pair, servant des obscénités à sa propre fille, dérivant sur une pente malsaine qui déchiquette totalement son beau costume de héros. Un homme détestable, en fait. Un goujat. Un imposteur. Un manipulateur qui use du chantage, de la menace et de la censure. A Chamonix, où il a été maire pendant des années (tiens, le Tunnel du Mont Blanc, c'est lui!), on connaît bien ses méthodes mafieuses.
C'est alors qu'on se pose la bonne, la seule et l'unique vraie question; comment peut-on encore admirer des types pareils ? Il en va des acteurs qui battent leur femme mais dont on préfère ignorer les violences "parce qu'ils sont bons, quand même, dans leurs films", aux réalisateurs violeurs et incestueux qu'on vénère parce que, "quel talent!". Maurice Herzog est de ceux-là, de ceux qu'on devrait déclasser, à qui on devrait arracher les médailles et qu'on devrait très vite oublier. 
Et ici une super BD qui explique parfaitement tout ça, à lire de A à Z !

samedi 12 novembre 2016

Biscarrosse, paleta, surf et beautés océanes

Une fois descendus de la dune du Pilat, nous nous sommes dit, tiens, Biscarrosse n'est qu'à 30 kilomètres de là, il paraît qu'il y a de la plage et que c'est le paradis des surfers, allons-y ! Nous voici donc sur la route, au-milieu des pins. Des conifères à perte de vue, partout, hauts, imposants, touffus, une forêt impénétrable dont on se dit qu'elle doit receler des secrets et des sentiers mystérieux. En contrebas, les plages océanes se succèdent et soudain, nous changeons de département et ce sont les Landes qui nous accueillent. L'arrivée à Biscarrosse plage se fait par une route qui dessert des quartiers résidentiels aux maisons cossues entourées de cette végétation sombre et chaleureuse si typique de la région. Nous nous garons non loin de la plage, mais avant de descendre vers l'océan, nous nous arrêtons un moment non loin du fronton, lieu caractéristique et propre à la culture de cette région qui commence par ici et va jusqu'au pays basque. La pelote, c'est une institution ! Les règles du jeu sont un peu floues pour les novices et nordistes que nous sommes, mais l'intensité que les joueurs mettent dans leurs frappes, la force avec laquelle il envoient la pelote avec leur paleta de cuir impressionne. Passons, nous avons rendez-vous avec la plage...
C'est dans un premier temps avec le brouillard que nous faisons connaissance, pensant déjà que le coucher de soleil sur l'océan est compromis. Cependant, au fur et à mesure que les minutes passent, l'humidité se dissipe, la lumière refait son apparition... et nous voici allongés sur le sable en mode bronzage et chaleur à admirer le ballet des surfers. Ils sont là, innombrables, à attendre LA vague. Ils semblent patauger maladroitement, et puis les rouleaux se forment, les silhouettes noires s'animent, se lèvent et les voilà debout sur leurs planches. Certains ne vont pas très loin, d'autres se vautrent littéralement le nez dans l'eau salée, mais il y a ici des spécialistes que l'on voit évoluer de vague en vague, onduler sans jamais tomber, jusqu'à ce que la vague meure sur la plage et qu'ils se fondent doucement en elle. Ensuite, invariablement, les surfers font le chemin inverse, nagent et nagent vers le large, pour encore barboter en attendant la prochaine vague digne de ce nom. Nous passons plusieurs heures là à les observer et à dorer au soleil... en nous disant en nous-mêmes que nous avons une vie rudement difficile ! 
Et puis, comme prévu dans notre programme, le soleil commence à descendre et le moment tant attendu arrive : le coucher de soleil à Biscarrosse plage sur l'Océan Atlantique. Aucun mot pour décrire cela, juste les images que je propose ici, en cadeau, l'immensité, le grondement de l'océan, les embruns, la nature gigantesque et nous tout petits...




mercredi 9 novembre 2016

Gujan Mestras, le pays des huîtres

Lorsqu'on avait évoqué devant moi Gujan Mestras et la dégustation d'huîtres, j'avais imaginé les eaux scintillantes de l'océan, une petite cabane au bord de l'eau limpide sous un ciel azur, l'immensité... En arrivant sur les lieux, j'ai plutôt eu l'impression d'être dans un reportage sur la Sibérie, dans ces régions sinistrées, à moitié désertes et délabrées. Mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences, nous nous trouvons dans la région aux 7 ports, dans la capitale de l'ostréiculture, dans le premier centre naisseur européen de ces petites bêtes si recherchées et si appréciées sur nos tables. Pour en savoir plus, il est possible de visiter la Maison de l'Huître, d'aller découvrir le gros port de Larros, ou encore de se rendre dans l'une des multiples cabanes à dégustation. Riches en oméga3, en fer, en phosphore, les huîtres contiennent plein de bonnes choses et on en dit même qu'elles seraient un anti-dépresseur naturel et renforceraient le système immunitaire. Bon, peut-être qu'en nous rendant dans le coin un dimanche matin, ce n'était pas le timing idéal pour rencontrer la foule et l'animation. Qu'importe, le paysage, bien que surprenant, a quand même de quoi séduire. D'abord, l'enfilade de petites habitations en bois, charmantes, les canaux qui mènent au bassin, certes asséchés et avec des bateaux passablement abîmés, échoués dans la vase... Malgré tout, j'ai aimé ces paysages sauvages, ces sentiers que l'on imagine battus par les vents en hiver, écrasés de soleil en été et qui augurent de la possibilité de longues balades, ces immeubles neufs posés sur l'eau et qui s'intègrent parfaitement au paysage, et ces innombrables ports qui démontrent l'importance de la production ostréicole. On peut d'ailleurs faire une sortie avec un ostréiculteur pour découvrir son métier, avant de passer à l'inévitable dégustation, avec un petit verre de bon vin local et avec modération, bien évidemment !





lundi 7 novembre 2016

Pyla ou Pilat ? Tout savoir sur la dune !


Que ce soit dit une bonne fois pour toutes, on écrit P-I-L-A-T lorsqu'il s'agit de la dune. L'orthographe "Pyla" est réservée à la station balnéaire de Pyla sur mer, qui s'écrit ainsi pour la seule et unique raison que son fondateur a trouvé que ça faisait plus classe. Une fois cette précision faite, nous pouvons nous rendre à la dune.
Quelques données pour en savoir un peu plus
La Dune du Pilat est la plus grande d'Europe, l'un des sites les plus visités en France, constituée d'environ 60 millions de m3 de sable (joli tas de quartz)... et toujours en mouvement. En effet, la dune bouge, avance, se déplace vers la forêt à raison de 1 à 5 mètres par an. Cela parait peu, mais ce n'est pas négligeable. Ah, j'oubliais ! Elle fait également partie du Réseau des Grands Sites de France, au même titre que Le Puy de Dôme, le Marais Poitevin ou le Mont Beuvray, ce qui n'est quand même pas rien !
Le stationnement
Nous voici donc à l'entrée du gigantesque parking. Il faut bien ça pour avaler le flot de visiteurs qui se rendent chaque jour sur le site. Trouver une place, c'est la première épreuve de la visite. Le tarif n'est pas si élevé, puisqu'on peut y rester la journée entière pour 6 euros, en saison. Hors saison, 4 heures de stationnement ne vous coûteront qu'un seul petit euro. Pour un site protégé, franchement, c'est cadeau. Et pour ceux qui se plaignent, songez au travail de protection et d'entretien qui y est fait chaque jour... et au fait que ça vous coûtera beaucoup moins cher qu'un parcomètre en ville (oui, un parcomètre, comme on dit chez nos amis suisses et nos cousins québécois). Certes, les marchands du temple sont dans la place et, avant d'accéder à la dune proprement dite, vous longerez quelques baraques vendant des boules à neige, des porte-clés et autres merdouilles attrape-touristes. C'est ainsi. 
L'ascension
Soyons francs, depuis le bas, on se dit que ce n'est pas si haut, juste une ridicule centaine de mètres de dénivelée, et que ça ne doit pas être si terrible, en particulier quand on est montagnard à la base. Sauf que, sauf que... Déjà, il faut se déchausser, c'est éminemment plus pratique et, si on ne joue pas les lâches en grimpant par les escaliers de béton, être montagnard ne sert pas à grand chose si l'on n'a pas en plus un excellent pied marin qui permette de marcher dans le sable en toute élégance. Soit, j'avais les deux... j'ai totalement galéré malgré tout. Quel Everest que cette dune ! Un pas en avant, deux mètres en arrière, on n'en voit pas le bout ! Ce qui rassure, c'est que l'on n'a pas à se sentir diminué, tout le monde est dans la même panade à l'heure de vaincre ce grand bac à sable en relief. Mais enfin, ça vaut le coup...


Là-haut
D'un côté, la forêt, la pinède touffue et vert sombre à perte de vue. De l'autre, le bassin d'Arcachon, l'eau bleue, turquoise, l'océan immense. Opérez une petite rotation à 360 degrés pour apprécier l'entièreté du paysage, vous en serez soufflés (après avoir été essoufflés, quelle récompense !). Plusieurs options : continuer le chemin, se prendre pour Frison Roche traversant le désert (la dune fait presque 3 kilomètres de long) ; descendre se faire bronzer auprès de l'eau ; rester en haut, s'asseoir et ne rien faire, juste regarder les enfants faire de folles roulades dans le sable blond ou faire vibrer leurs cerfs-volants dans le vent... 


Bilan extrêmement positif, même si j'ai bien cru m'évanouir dans la montée tellement c'était physique. Une fois au sommet, mise en marche de la machine à rêves assurée, vous êtes à la fois dans le désert, sur une montagne, au bord de l'océan, partout à la fois, simultanément dans plusieurs endroits mythiques et assurés de redescendre avec une impression de plénitude et de gratitude envers la belle et généreuse mère nature qui nous donne à voir des sites grandioses de la sorte. 

samedi 5 novembre 2016

Arcachon, ville d'hiver

Après vous avoir emmenés sur la plage, visiter la ville d'été avec ses villas en front de mer, je vous entraîne aujourd'hui sur les hauteurs de la ville d'hiver. Passons d'abord par le Parc Mauresque, inhabituellement surchargé par une journée spéciale Halloween qui rassemblait ce samedi-là un nombre important d'enfants et d'adultes grimés et déguisés. Musique flippante dans les hauts parleurs, animations, cela ne nous a pas empêchés de goûter aux charmes de ce magnifique jardin, brillant de ces belles couleurs d'automne sous le ciel d'azur. Auparavant desservi par un funiculaire, le parc est maintenant accessible par un ascenseur gratuit qui relie la ville basse et la ville haute. Il est quand même de bon ton d'y monter à pied, ne serait-ce que pour découvrir quelques trésors architecturaux dans les ruelles, de petites maisons mignonnettes, certes déjà cossues mais qui n'ont absolument rien à voir avec celles dont nous allons parler ensuite, ou encore pour emprunter les divers escaliers dont certains sont perdus dans la verdure.

C'est d'ailleurs par l'un de ces passages ombragés que l'on se rend au célèbre Belvédère Sainte Cécile. On reconnaît dans le style métallique de la structure l'œuvre de l'architecte Paul Régnault qui eut comme assistant Gustave Eiffel. Il y a la queue en bas du belvédère : seulement 8 personnes à la fois sont autorisées à grimper l'escalier étroit et assez mouvant, il faut le dire. Sensibles au vertige, s'abstenir. Je n'ai pour ma part pas fait la fière. Cependant, en haut, la vue est imprenable sur toute la ville, le bassin dans son ensemble et l'île aux oiseaux. Le temps de prendre quelques belles photos, de photographier mentalement ces magnifiques perspectives et il faut redescendre : la file d'attente s'allonge et on s'impatiente ! 



C'est le moment d'aller se perdre dans le dédale des rues abritant les fameuses villas. Nous sommes à la fin du XIXème siècle et les bains de mers, revigorants, sont conseillés par les médecins pour la bonne santé de leurs patients. A cela s'ajoute la présence de résineux dont on connaît les vertus curatives de leurs essences et leur propension à soigner la tuberculose. Banco ! Les riches Bordelais et même les Parisiens, grâce à la construction des chemins de fer, se ruent sur Arcachon et font bâtir des villas sur le modèle petite Suisse qui n'a rien à envier à la vraie. Balcons, lucarnes, décors en bois découpé, galeries, vitraux, rien n'est trop beau pour ces bourgeois en quête d'air pur et de prestige. A pieds, vous en aurez pour des heures à tout explorer. C'est ce dont nous nous sommes rendus compte en repassant plus tard en voiture dans cette partie de la ville et en mesurant ainsi son étendue ! 
En tout cas, encore une superbe balade qui illustre les charmes d'Arcachon, la ville des quatre saisons.