dimanche 22 janvier 2017

Ma part de Gaulois

Magyd Cherfi, Ma part de Gaulois, 2016.
Une claque. Une grosse claque que ce livre de Magyd, le chanteur charismatique du groupe toulousain Zebda. Cette voix enrouée et profonde se fait violente et poétique, crue et lyrique lorsqu'elle se met à écrire. Le style est d'une densité et d'une variété sans limites, un arc-en-ciel de tendances réunies, une liberté de ton, de vocabulaire, de registre et de parole qui force l'admiration. Quand il écrit, Magyd englobe tout un monde. Et le monde qu'il décrit, celui d'une cité toulousaine de l'aube des années 80 peuplée de parents immigrés et de mômes perdus de la deuxième génération, bouscule nos petites idées étriquées. 
          "Des fois, j'me dis qu'à 3000 bornes
De ma cité, y'a un pays
Que j'connaîtrai sûr'ment jamais
Que p't'être c'est mieux, p't'être c'est tant pis
Qu'là-bas aussi, j's'rai étranger
Qu'là-bas non plus, je s'rai personne."
Comme l'indique le titre, tout ou presque tourne autour de la question identitaire. Qui suis-je ? D'où viens-je ? Où vais-je ? En quoi et en qui dois-je me reconnaître ? Les jeunes de la cité sont "issus de l'immigration" et dans leur tête cela provoque un imbroglio indémêlable. A l'école, on leur dit qu'ils sont tous égaux, qu'ils sont français, mais sitôt sortis de la salle de classe, ils retrouvent leurs familles qui causent en kabyle, leurs pères ouvriers mal payés et leurs mères dépassées. Pas de blancs dans le quartier, pas de bacheliers. Pourtant, ils ne se reconnaissent plus dans les valeurs décalées de leurs aïeux, lesquels eux-mêmes leur demandent de "s'intégrer". Comment s'intégrer sans se désintégrer ? 
"J'suis pas encore allé en taule
Paraît qu'c'est à cause de mon âge
Paraît d'ailleurs qu'c'est pas Byzance
Que t'es un peu comme dans une cage
Parc'que ici tu crois qu'c'est drôle
Tu crois qu'la rue c'est les vacances."
La désintégration d'autrui, dans la cité, fait écho au propre tumulte intérieur que chacun dompte comme il peut. La colère gronde dans les esprits, les poings sont serrés et s'abattent sur ceux qui deviennent trop "français". Magyd est de ceux-là puisqu'il aime lire et que sa mère a misé sur lui pour l'obtention du premier Baccalauréat du quartier. Il dévore du bouquin et se la joue poète, glisse de la belle prose dans les poches des jeunes filles dont les grands frères viennent le tabasser ensuite. Il ne fait pas bon aimer Brassens et Victor Hugo. Être bon à l'école, s'instruire, c'est se plier aux codes des blancs et cela n'a pas lieu d'être. Magyd est donc encore plus tiraillé que les autres, se sentant à la fois du côté des laissés pour compte de la République et dans le camp des intellectuels, du théâtre et de voir plus loin que le bout de son nez. 
"Y'a un autr' truc qui m'branche aussi
C'est la musique avec des potes
On a fait un groupe de hard rock
On répète le soir dans une cave
Sur des amplis un peu pourris
Sur du matos un peu chourave."

Au lycée, il côtoie des jeunes d'autres horizons, des "français" et les portes qui s'ouvrent dans sa tête se heurtent aux barricades mentales de la cité. La place des filles est notamment évoquée, les traditions qui pèsent lourd, l'amour au grand jour ou pas, et le mot le plus obscène sans doute : l'avenir. Ensemble, sa bande hétéroclite et mixte organise le soutient scolaire, s'enferme pour réciter ou écrire du théâtre, jouer, se donner la réplique, mais Magyd a les épaules lourdes de chercher à endosser le rôle du sauveur. Car comment porter les autres quand en soi-même on ne sait pas se définir précisément ? C'est la musique qui va l'aider à se trouver. C'est le rock et la première fois qu'il chante en français. Et, enfin, la possibilité de devenir Magyd. 
Un hymne à la cité, un réquisitoire violent dans lequel certains de ses proches se sont reconnus et suite auquel ils se sont sentis offensés. Toute vérité n'est pas bonne à dire. Un cri identitaire. Une valse orientale effrénée et une course folle vers soi. Une claque. La classe. 
Les paroles de Renaud, autre idole de Magyd, illustrent parfaitement le sujet:


Et les mots de Zebda, de Magyd, qui complètent le paysage:

mercredi 18 janvier 2017

Mille femmes blanches

Jim Fergus, Mille femmes blanches, 1997.
Je l'ai aperçu en édition de poche bien en vue dans les librairies. D'après ce qu'on m'a dit, les lecteurs, surtout les lectrices, d'ailleurs, se l'arrachent. Eh bien, celui-là aussi, je l'avais dans ma bibliothèque ! Si on en parle autant en ce moment, c'est parce que l'auteur, Jim Fergus, vient d'en publier la suite. Mais voyons plutôt ce qu'il en est.
Nous sommes aux Etats-Unis, qui sont encore un tout jeune pays, en 1874. Le grand chef Cheyenne Little Wolf débarque à Washington avec toute sa tribu afin de négocier une paix durable avec les Blancs. Et que demande-t-il au président de la jeune république ? Mille femmes blanches, rien que ça ! Son idée est claire : lorsqu'ils naissent, les enfants appartiennent à la famille de leur mère. En épousant des femmes blanches et en concevant avec elles, c'est l'assurance de mêler les sangs et de créer un état de paix entre les Cheyennes et les Américains. Le traité est scellé et la première délégations de "volontaires" est échangée contre... des chevaux, ce qui à nos yeux semble un troc d'inégale valeur, mais qui l'est en réalité si l'on considère l'importance de ces animaux chez les indigènes. Si l'on met le mot "volontaires" entre guillemets, c'est que les femmes qui s'engagent à aller vivre avec les Cheyennes sont toutes d'anciennes détenues, des orphelines, des épouses ayant perdu leur mari ou des pensionnaires d'asiles psychiatriques. La détention, l'enfermement ou les Indiens. La liberté en échange d'un "petit" service rendu à l'état Américain. 
La protagoniste, May, s'est vue retirer ses enfants et enfermer dans un asile de fous sous prétexte qu'elle a aimé, hors des liens du mariage, un homme de basse condition. A l'époque, la mixité sociale et la liberté sexuelle sont deux gros mots, deux abominations. Quant au mélange racial, il n'existe pour ainsi dire pas. Pourtant, l'expérience que vont vivre les premières femmes blanches mariées à des indigènes va dépasser le simple assemblage hors normes. Elles vont découvrir leur vie, leur quotidien, leurs croyances et leur peuple pas si barbare que ce que les Blancs laissent entendre. Elles vont au contraire s'assimiler facilement et rapidement, apprendre à comprendre leurs nouvelles familles, se familiariser avec des coutumes et un caractère pacifique et tolérant. Un instant, on se dit que ça y est, on est retombé dans le fameux piège du "bon sauvage" idéalisé et dont on tait les cruautés. Cependant, l'auteur est extrêmement bien documenté et, au fil des pages, on réalise qu'il est dans le vrai, notamment lorsqu'il évoque la création des horribles réserves indiennes dans lesquelles nous, les blancs, avons parqué un peuple libre, ainsi que les ravages de l'alcool dont nous les avons généreusement abreuvés dans le seul but de les affaiblir et de les soumettre. Comment ne pas s'indigner ? Comment ne pas s'identifier à May, à sa liberté d'action et de parole, à son engagement moral envers son nouveau peuple ? Évidemment, l'histoire finit mal. Elle a beau être fictionnelle, elle colle à la réalité historique et reflète parfaitement, comme un constat implacable, une condamnation sans appel, les horreurs qui ont été commises par des colons assoiffés d'or.

mardi 17 janvier 2017

Au jardin du Luxembourg et alentours

Cela faisait longtemps que je n'avais pas mis les pieds dans le quartier. La station Odéon, les librairies, les universités, les marches de la Sorbonne et la rue des Écoles, le musée de Cluny, la rue monsieur le Prince et la librairie Hispano Américaine, le petit cinéma de la Clef, la mosquée... allez, je m'éloigne. J'ai bien souvent arpenté les rues de ce Paris lettré, de ce Paris intello guindé, historico bobo, ce Paris qui se la pète et qui tourne ostensiblement le dos aux quartiers populaires, comme une bulle de propreté et d'élégance au-milieu de la plèbe dégueulasse. On est loin des puces de la porte de Montreuil, loin des immeubles en briques rouges des boulevards de l'est, loin des maisons en carton au bord du Périph. Ici, tout n'est que plaisir de l'œil et délicate nourriture pour l'esprit. 


A l'ouest du quartier, à quelques pas du théâtre de l'Odéon, le jardin du Luxembourg serait le comble du raffinement. Écrin de verdure parfaitement entretenu, le grand parc aux allées impeccables se targue d'être entouré, de près ou de loin, par des sommets de l'architecture. La Tour Montparnasse assistée de la Tour Eiffel font face au Panthéon, qui lui-même adresse un clin d'œil entendu au palais du Luxembourg et au Sénat. 


A l'extérieur, si l'on se prend à faire le tour du jardin, nos pas rencontrent l'Alliance française, le lycée Montaigne, une flopée d'universités, les Mines de Paris, l'ENA avec ses portes arabisantes et l'étonnant bâtiment de l'Institut d'Art et d'Archéologie. On a beau se sentir tout petit et un peu benêt devant cet étalage de savoir, il flotte dans le quartier un air de richesse intellectuelle qui donne une faim de loup aux esprits curieux. 


Et puis, tout au bout du jardin des Explorateurs, derrière l'Observatoire, il y a la Closerie des Lilas, le fief de Renaud et on se dit que, finalement, tout a un lien, même si la plupart sont trop prétentieux pour l'admettre. Bref. Retour au jardin. Il s'y passe quand même des choses étranges. Des retraités qui jouent au tennis avec des petits jeunes. Des enfants en tenue de sport coachés avec vigueur par un entraîneur bien décidé à leur faire oublier le froid. Un groupe de trois personnes qui semblent faire du tai-chi. Un monsieur barbu et chevelu qui dessine pendant que d'autres jouent aux échecs. Des joggeurs de toutes sortes et de tous styles. Des mouettes rieuses à l'idée de faire des glissades dans les flaques d'eau gelées. Des chaises vides qui regardent les promeneurs. Des statues qui se les pèlent à côté des policiers en faction qui n'ont pas plus chaud qu'elles. Etc, etc. Un assemblage hétéroclite de gens plantés dans ce jardin, des extraits de parisiens de tous bords réunis ici pour la beauté du lieu, des touristes et des titis, des Louboutin et des Adidas qui foulent les mêmes pavés. Et Paris tout autour, Paris qui bat la mesure...


vendredi 13 janvier 2017

La parole est aux expats ! Margaita, une basque à la Guadeloupe

Tout d’abord, merci de me donner la parole, je vais faire de mon mieux pour être à la hauteur de tes attentes! Je ne suis là que depuis 4 mois et demi, un peu court pour une étude de terrain approfondie. Je te livrerai donc des « premières impressions »...
En me présentant comme « une Basque à la Guadeloupe » tu mets précisément le doigt sur une question épineuse qui assaille quiconque met le pied sur ce territoire, celui de l’Identité. Une question complexe qui crispe les gens. Blancs, Noirs, Métisses, les 3 composantes de la société de Guadeloupe.

1. Réglons la question de suite : la Guadeloupe, encore l’ici ou déjà l’ailleurs ?
Peut-être en fait: France ou pas France, non?
Oui pour ce qui est des panneaux routiers, des enseignes, des panneaux publicitaires au bord des routes. Une impression de familiarité, de déjà-vu. Les mêmes produits dans les rayons. Les monuments aux morts, les drapeaux au fronton des mairies... Et bien sûr la langue.
Mis à part cela, le sentiment rapide d’une «France », certes, mais différente...
« Les Antillais ne savent pas s'ils sont des Français à part entière mais ils savent qu'ils sont des Français entièrement à part » Aimé Césaire, 1968.
Bien sûr, Césaire parlait plus là du statut des citoyens et des institutions françaises que de la condition de l’homme noir, mais ce « à part » se ressent fortement.
D'abord, un pays magnifique, un air de « Monde des tout premiers temps» qui souvent me remplit les yeux de larmes. Il m'arrive de me demander si ce que je vois est bien réel. La nature est époustouflante et donne une force intérieure, une sorte de souffle tellurique. Je t'assure, ça fait un peu prospectus New Age mais c'est vrai.
Et puis, à côté de cette merveille, des décharges à ciel ouvert, de la crasse, des carcasses de voitures, des routes défoncées, des chiens errants parfois en meute. Une incurie qui existe dans tous les pays pauvres. Un laissez-aller tout juste rafistolé par des pouvoirs locaux pléthoriques et inefficaces. Bref, une France du « Tiers-Monde » comme on disait avant, qui provoque une drôle de sentiment d'inégalité avec la Métropole où ces amoncellements de misère seraient inimaginables. Souvent je ne me sens pas « en France », je me considère presque comme une expatriée. Mais chut, ce n'est pas bien de le dire, je suis une « métro ». Pas dire « Blanc » non plus, même si les « Noirs » nous appellent comme ça. Penser mais pas dire...

2. Le soleil des Antilles, plus séduisant que le soleil basque ?
Le soleil ! Si beau, si brillant, si chaud et si brûlant parfois. Oh oui, il est plus intense que mon doux et beau soleil du Pays-Basque. Mon iruzki.
Le soleil, ici, on s'en protège, évidemment. D'abord bronzer c'est bon pour ces fous de Blancs qui veulent rendre les collègues envieux. Le bronzage c'est un peu le retour sur investissement du métropolitain en vacances. Et ça brûle.
Mais je dois t'avouer une passion coupable pour le sable blanc, la serviette et l'odeur de l'huile solaire chaude sur la peau...D’autant qu’ici les plages sont plantées de cocotiers, de raisiniers et d’autre arbres encore qui offrent une ombre merveilleuse pour lire après le bain… Une expatriée, je te dis !

3- La plage, le rhum, le zouk. Clichés ou réalité ?
Eh bien, des clichés réels.
La plage je t'en ai déjà parlé. Omniprésente. Tous les contours des îles de l'archipel. Sable blanc, sauf à portée du volcan où il est gris, moins avenant peut-être.
Le rhum, une merveille. Sans rien d'autre qu'un peu de sucre de canne et un quart de citron vert pressé. Le bonheur des sens, lorsque la nuit tombe, tôt, et que les grenouilles commencent à crier, fort. Je ne sais pas si elles coassent ici, ça fait plus stridulation aiguë. La bande sonore des Antilles.
Le zouk... comment dire... peut-être ne suis-je pas encore assez acclimatée. Disons que je fais comme les Antillais avec le soleil, je le fuis. Danse lascive, hyper cliché pour le coup, esthétique fluo années 80. Pas mon truc vraiment.

4. Qu’est-ce que tu gardes et qu’est-ce que tu jettes ?
Je prends tout. D'abord parce que je n'ai pas le choix (ce qui rend sage) et parce que ça romprait l'équilibre.
Enfin quand même... pour moi comme pour tous, j'éliminerais bien jusqu'au dernier cette punition de la nature qui accompagne ces contrées paradisiaques, ce vampire domestique qu'est le MOUSTIQUE, qui en plus semble adorer les peaux exotiques qui embarquent à Orly Sud... A nous trois nous avons déjà dû donner des litres de sang, une plaie.
Je jette aussi une conduite fantaisiste sur la route (¡Madre mía !je me demande si on enseigne ici le même code que là-bas, à voir...), des embouteillages permanents, des voitures sans feux stops, partout tout le temps.
Je jette la violence bien sûr. Réelle et en progression au dire des gens d’ici. Une violence de pays pauvre, des mômes qui tuent pour une bagnole. Flippants les récits de la presse à sensation, l'unique presse d'ailleurs. Je me tiens sur mes gardes, sans exagération.
Je jette les grosses chairs flasques et roses des touristes qui répugnent à s'habiller et à se chausser, au motif qu'on est sous les tropiques. Beurk.
Mais je jette aussi en face cette espèce de pudibonderie, corollaire je suppose des bondieuseries répandues par d'innombrables églises, temples et autres lieux de cultes qui pullulent et crient « Repentez-vous » à tous les carrefours, proprets dans leur chemise blanche amidonnée.
Je garde l'air, le ciel, la lune qui croît et décroît non pas verticalement mais horizontalement; ce qui fait qu'à la lune montante il y a un joli sourire dans la nuit noire comme du charbon.
Je garde les tempêtes phénoménales les éclairs sublimes et le tonnerre qui fait trembler les murs. Car j'aime que ma fille se glisse dans mon lit, la nuit, parce qu'elle a peur...
Je garde le poisson grillé et les beaux fruits comme s'ils étaient peints, même si je n'aime pas trop en manger.


5. La Guadeloupe, une porte vers l'expatriation ? 
Oui, par bien des aspects c'en est déjà une, comme je te le disais. Être ici c'est reconnaître des détails familiers sortis de leur contexte d'origine. Le décor est ressemblant mais la pièce est tout autre. C'est une France américaine, un peu déclassée, où la nature est superbe et la ville cassée.
Il faut changer certaines de ses habitudes et revoir ses attentes, comme on l’avait fait pour vivre en Inde, par exemple.
C'est un mélange de population qui donne parfois l'impression que l'on reconstitue des scènes historiques : chacun est à sa place, qu'il le veuille ou non, on lui assigne un rôle et on attend de lui qu'il s'y conforme sans chercher à en jouer un autre. Ici, on n'aime pas l'usurpation d'identité.
Tout ça est tour à tour surprenant, beau, laid, énervant, drôle, horripilant, amusant, émouvant....
Bref, c'est un précipité de vie que je suis heureuse de partager avec cette terre et ceux qui la peuplent.

lundi 2 janvier 2017

Check-point

Jean-Christophe Rufin, Check-point, 2015.
Entre le huis clos et le road movie littéraire, le dernier roman de Jean-Christophe Rufin est une réussite totale. On n'en attendait pas moins de la part de cet écrivain à l'incroyable parcours. Berruyer de naissance, il est à la fois médecin, diplomate, historien et beaucoup d'autres choses encore, notamment pionnier dans la création de l'ONG Médecins sans Frontières. C'est lors de ses nombreux voyages qu'il a été amené à se rendre dans de multiples régions du monde, et notamment dans la Bosnie en guerre, théâtre de ce dernier livre. S'il situe l'action dans une époque révolue, libre de toute influence sur notre présent, mais pourtant au cœur de l'Europe, c'est pour que le lecteur se sente à la fois plus concerné que par un conflit exotique dans un lointain pays d'Afrique, mais également neutre de tout parti prix qu'il aurait adopté s'il s'était agi d'un conflit actuel, encore brûlant. C'est de cette manière que Rufin nous permet de prendre le recul nécessaire à une réflexion sur un sujet qu'il maîtrise et qui lui tient à cœur : celui de l'aide humanitaire. 
Les personnages qui s'embarquent direction la Bosnie dans de vieux camions affrétés par une association lyonnaise possèdent a priori les caractéristiques des humanitaires "classiques" : leur chargement contient des vêtements et des médicaments ; ils partent aider les populations meurtries par la guerre. Cependant, au fur et à mesure que les caractères se heurtent et que les masques tombent, chaque personnage se défait du costume trop réducteur qu'il a revêtu au départ de France. Les conditions extrêmes, les inimitiés, la violence contenue, le passé qui refait surface, la guerre qui se rapproche du convoi, et c'est l'unité fragile de ce groupe hétérogène qui vole en éclat. Chacun a des motivations bien différentes. Le chargement ne contient pas exactement ce que l'on imaginait au commencement. Rien ne se passe comme prévu. La tension monte au fil de ce récit captivant dont on attend l'issue fatale à chaque page. 
Outre les descriptions précises de paysages et de scènes de guerre vus par l'écrivain, l'éthique s'invite dans le récit. Qu'est-ce que l'humanitaire ? Est-ce simplement donner des vêtements et de la nourriture à des populations en survie ? Est-ce tisser des liens plus étroits et s'engager d'ors et déjà dans l'avenir du pays ? Est-ce, enfin, devenir acteur et prendre parti, choisir un camp, prendre les armes ? Si certains des personnages ne prétendent que répondre aux besoins animaux des populations, sans état d'âme, et réparer une blessure narcissique en se sentant égoïstement utile, d'autres sont mus par l'amour et ne voient pas leur mission autrement qu'un compromis humain total avec les hommes et les femmes qu'ils viennent secourir. Maud, l'une des jeunes héroïnes du roman, oscille de l'un à l'autre, pour finir par prendre une décision radicale et opter pour un engagement beaucoup plus tranché. Et nous, qu'aurions-nous fait ? Et, puisque c'est de plus en plus d'actualité, que notre présent nous confronte de plus en plus à des situations qui nous réclament à grands cris de prendre position, qu'allons-nous faire ? 
Un roman à la fois historique et visionnaire qui ne peut nous laisser indifférents. 

jeudi 29 décembre 2016

Orélian Bordesoule et le mystère d'Arundel

Francis Bergeron, Orélian Bordesoule et le mystère d'Arundel, 2014.
J'ai pour ainsi dire raté quelque chose dans mon enfance. Assoiffée d'aventures que j'étais, je lisais le Club des Cinq quand j'aurais pu me fondre dans la lecture du clan des Bordesoule. A la sortie du premier livre de la série, j'avais 6 ans, autant dire que les années qui suivaient auraient pu être teintées de mystères, de secrets et autres énigmes à résoudre, qui plus est dans des décors parfois familiers (le pays des mille étangs, par exemple), et d'autres plus exotiques, encore méconnus, comme le phare des Baleines, le passage du Gois ou encore... l'Ethiopie ! J'ai très envie de réparer ce pan entier de mon enfance qui a été trop négligé, de faire renaître en moi l'émerveillement que les livres m'apportaient le soir, ou dans les longues heures mornes de la journée, lorsque je cherchais à tout prix à m'évader de mon quotidien. Hier soir, j'ai fait un plongeon dans le passé, vers l'époque où tout semblait encore possible, où les couteaux suisses pouvaient s'ouvrir et se fermer au son de la voix de leur propriétaire, où les enfants avaient l'audace de s'aventurer dans des souterrains, où la lecture ouvrait des portes lourdes de poésie vers des ailleurs alors à portée de main. Je m'emballe, je fais dans le lyrique... revenons au concret !
Le livre qui m'a fait voyager hier soir, je l'ai trouvé alors que je me baladais dans les allées du village du Vendée Globe, quelques jours avant le départ. Tanguy, le skipper qui doit prendre le départ de la plus prestigieuse course autour du monde à la voile et qui est le héros de ce roman, a mystérieusement disparu. Orélian et son ami Matthias décident de mener l'enquête. Ce que j'aime, c'est le suspense, l'humour, les courses poursuites avec des chinois aussi gros que des sumos, les énigmes, et le décor, bien évidemment ! Un décor que je connais bien, puisque toute l'histoire se passe dans la douce et belle ville des Sables d'Olonne, autant dire, l'une de mes "maisons" sur cette terre, l'un des lieux qui me sont chers. J'y ai reconnu les endroits par lesquels je passe régulièrement maintenant, les ruelles, les places, les pontons, la Chaume et la fameuse tour d'Arundel qui donne son nom au livre. Et alors, quand l'un des deux gros chinois se retrouve coincé par son embonpoint entre les deux murs de la rue de l'Enfer, j'ai carrément jubilé de plaisir ! 
Du coup, j'ai très envie de lire toute la série des Bordesoule, en faisant, certes, abstraction de la personnalité plus que polémique et tendancieuse de l'auteur. Mais, puisque je me mets dans la peau de l'enfant qui se fout pas mal de politique, qu'importent les tendances pourvu qu'on ait l'ivresse de la lecture...

mercredi 28 décembre 2016

Gloire de Biarritz

Wanda Vulliez-Laparra, Gloire de Biarritz, 1998.
Voilà, j'ai maintenant très envie d'aller à Biarritz ! Aussi passionnant qu'une émission de Stéphane Bern (oups, je ne sais pas encore s'il s'agit d'un compliment... disons que dans ma bouche, c'en est un !), cet ouvrage nous transporte à travers les siècles dans la fantastique épopée de la douce ville de Biarritz. Tout commence au moment où la cité n'est qu'un port de pêche à la baleine, tenant entre ses mains le sort fluctuant qui sourit ou non à ses habitants, au gré des arrivages des pachydermes des mers. On imagine alors les biarrots sur la plage, en train de découper l'énorme squelette de la baleine que les pêcheurs viennent de traîner sur le sable. Petit à petit, les bains de mer, tout en restant confidentiels, commencent à devenir populaires. Mais c'est le séjour à Biarritz de Napoléon III et de son entourage, d'abord sa mère, Hortense, puis sa femme, Eugénie, qui va mettre toute la lumière sur le petit port pyrénéen. De grandes transformations sont entreprises et des villas poussent comme des champignons, le prestige de la cité grandit puisqu'elle est maintenant associée au nom de l'empereur. Alors, de nombreuses têtes couronnées s'entichent de Biarritz et y viennent régulièrement depuis l'Angleterre et la Russie en particulier, transformant la ville en rendez-vous du gotha. Les artistes ne sont pas en restes, peintres et écrivains faisant également leur entrée dans le cercle fermé des grands de Biarritz. Royalistes dans l'âme, les biarrots sont attachés à la présence des princes et autres reines parmi eux, habitués à les voir se promener dans les rues et à se comporter avec respect et discrétion. La République fait malgré tout son entrée dans la politique de la ville, mais Biarritz demeure intimement proche des rois et princesses qu'elle continue d'accueillir. La première guerre mondiale éteint quelque peu la folie de fêtes et de réceptions mondaines, transformant les grands hôtels en centres d'accueil pour les blessés, mais l'enthousiasme reprend ses droits dès la paix revenue. Ce n'est que lors de la deuxième guerre mondiale que la population est véritablement confrontée à un tout autre aspect de la vie. Les mondanités laissent place à la mort, à la persécution. Le bombardement du centre-ville par les Alliés met définitivement fin à des années d'insouciance. Ensuite, il faudra reconstruire, reprendre le cours des choses, redonner à Biarritz sa grandeur passée. Une chose est sûre, d'après l'auteur, les difficultés liées aux différentes crises mondiales n'ont rien effacé de la gloire de Biarritz.  

mardi 27 décembre 2016

La nouvelle vie de Paul Sneijder

Deuxième petite soirée grand écran à la maison. 
"C'est un film avec Thierry Lhermitte.
- Ah , ça va être drôle alors !
- Heu... pas forcément...
- Ah...
- Mais ça se passe à Montréal !
- Ah !"
Le décor était planté. Sorti au printemps 2016, ce film tout récent est l'adaptation du roman de Jean-Paul Dubois intitulé "Le cas Sneijder". Tout commence un peu mal, puisque Paul Sneijder, le personnage principal vient, dans la première scène du film, récupérer les cendres de sa fille morte dans un terrible accident d'ascenseur dont il est le seul survivant. Sa nouvelle femme le pousse à demander une indemnisation monstre, à prendre le meilleur avocat de tout Montréal afin d'obtenir une somme importante d'argent qui leur permettrait de financer les études aux Etats-Unis de leurs deux garçons. Seulement, on sent bien que l'accident a semé dans la tête de Paul un questionnement qui l'empêche de reprendre sa vie d'avant, et en particulier sa très bonne situation professionnelle. Las d'entendre les reproches de sa femme et ses couplets matérialistes, paralysé par sa claustrophobie et sa peur des ascenseurs, Paul démissionne et devient... promeneur de chiens, au grand damne de son épouse qui se sent humiliée et ridiculisée. Elle qui, pourtant, est la première responsable de la dérive de leur couple, puisqu'elle trompe allègrement son mari. 
Ce film est un chef d'œuvre, je vous le dis tel quel. D'abord, Thierry Lhermitte est un acteur hors normes, un très grand, le genre de ceux qui, en un froncement de sourcils ou en un regard sait exprimer des nuances émotionnelles multiples et précises. Ensuite, les paysages sont grandioses. Montréal en hiver, pensez-vous ! Le grand froid extérieur qui va de pair avec la paralysie physique et mentale du personnage, cette lenteur de la neige qui atténue les bruits et ralentit les mouvements et qui trouve un écho dans les plans fixes et les visages figés filmés en gros plan. On s'identifie et on se reconnaît dans le personnage de Paul Sneijder, cet homme perdu qui recherche un sens à sa vie, quitte à tout remettre en question et à se détourner complètement de son mode de vie d'avant. Alors, non, ce n'est pas une comédie, c'est un peu un conte philosophique, un drame qui s'enfonce dans la psychologie des personnages comme on entre dans une mine. Mais il y a, je vous rassure, des scènes délicieusement drôles, cyniques, cocasses, dans lesquelles Lhermitte et les acteurs québécois sont excellents. Une délicieuse mayonnaise qui prend dès les premières secondes. Si bien qu'à la dernière image, on n'a pas vraiment envie que cela se termine.

samedi 24 décembre 2016

7/77 Montréal

Je reviens tout juste de Montréal. Oui, parfaitement. Et sans avoir eu à subir ni le froid, ni le décalage horaire. Simplement grâce à la magie de mon écran plat. Outre le fait que le Canada a déjà élu domicile dans ma télé, puisque je ne rate quasiment aucun match de la célèbre équipe de hockey des Canadiens de Montréal, j'ai eu droit hier soir à l'organisation d'une petite soirée concoctée pour la grande voyageuse que je suis par quelqu'un qui sait parfaitement ce qui me fait plaisir. Faute de prendre l'avion dans l'immédiat, c'est à travers les images d'un très bon documentaire que je me suis envolée direction le Québec. Sortir en 2012, ce docu de Morgane Launay et Sébastien Houis est tout sauf un ramassis d'images juxtaposées censées nous montrer les hauts lieux touristiques d'une ville. D'ailleurs, il n'y a pas de voix off. Non, les seules voix que l'on entend, ce sont celles des multiples personnages tous complètement différents et originaux et qui, par leur singularité et les morceaux d'intimité qu'ils nous livrent, nous décrivent leur ville, celle qu'ils aiment, celle dans laquelle ils évoluent. Il y a ici des enfants, de jeunes adultes, des personnes âgées ; des québécois de souche, des français venus s'installer au Canada, des Belges, des rapatriés d'Algérie ; des hommes, des femmes, des mystiques, des étudiants, des amateurs de sport. Un véritable puzzle, un caléidoscope de portraits croisés dont chacun, tout en étant court, possède une place entière dans le documentaire. Le rythme est relativement lent, ou plutôt, il est paisible, tranquille, détendu, agréable, comme la ville de Montréal, d'après ce qu'on peut en conclure au terme du film. Une métropole à taille humaine, une cité de béton en pleine nature, une âme sauvage qui sent bon la forêt et la montagne dans une enveloppe moderne. Une combinaison parfaite entre le passé et le présent, entre le progrès et la nature. Une ville où il fait bon vivre et où, du coup, on rêve encore plus d'aller... Des voyages, comme ça, pour une soirée, franchement, j'en redemande ! 

mercredi 21 décembre 2016

La parole est aux expats ! Julien, California dreamin'...

1. Mais qu'est-ce qui t'a pris d'aller vivre à San Francisco ?
Y a pire, non ? Ma femme et moi voulions partir dans un pays anglophone. J'ai postulé un peu partout sans grand espoir. En fait, San Francisco voulait bien de nous. Ni une ni deux, nous avons foncé ! S’il y avait un endroit où je souhaitais aller aux Etats-Unis, c’était bien là. Ca cristallisait tous mes fantasmes. Ma femme rêvait de partir vivre aux Etats-Unis. Il faut dire aussi que j’étais très casanier et qu’il me fallait cette épreuve bourrée de challenges (comme ils disent). Et puis, à deux, c’est mieux… 
2. Un coup de cœur ? 
Des tonnes ! On a prévu de repartir ! En plus, on a ramené un petit Madison dont nous sommes très fiers et que nous aimerions voir parler anglais sans l’accent du Sud (ou du moins pas trop). Ma femme ne veut plus vivre ailleurs et ce, malgré les difficultés qu’impose la vie là-bas. La Californie est vraiment un très bel état dont je n’ai eu l’occasion de voir qu’une partie. San Francisco en est une facette. Sans parler des Etats-Unis dont je n’ai vu que des bribes. Le baseball que je suis avec beaucoup de ferveur. Les américains avec qui j’ai lié des contacts (qu’il me faut entretenir malgré la distance). 

3. Un coup de gueule ? 
Ben non. Je regarde en arrière et je me dis que le boulot d’un expatrié, c’est de s’adapter. Ce que nous avons fait du mieux que nous avons pu. En fait, j’ai un regard beaucoup moins acerbe sur les Etats-Unis que sur la France. Sans doute par ignorance de ce qui s’y passe réellement. Sans doute parce que vivre dans un pays où l’on n'est pas né te fait te comporter différemment. Il y a quand même quelque chose qui est bouleversant, dans le sens péjoratif du terme, c’est la pauvreté et la misère que l’on retrouve à SF. Le quartier du Tenderloin en est un exemple frappant. Des sans domicile fixe errent littéralement dans les rues, la came est un fléau, peu de soins sont mis à leur disposition (et encore, San Francisco est un modèle aux Etats-Unis). Dans ce même quartier, circulent les bus de Google, Facebook et de toutes les multinationales de la Silicon Valley. Je crois que c’est quand même un truc auquel personne ne s’habitue. Aussi, le système médical que nous avons vécu sous deux angles différents. Un séjour aux urgences des pauvres et un autre à la maternité des riches. Je ne rentre pas dans les détails parce que ces histoires m’appartiennent mais ça suffit à résumer le constat-coup de gueule… 
4. Prof aux USA, prof en France, même combat ? 
Nan ! Mon expérience aux Etats-Unis m’a apporté beaucoup d’expériences enrichissantes, dont le contact avec des profs d’autres origines. Mais travailler pour une école privée est une expérience stressante, bien qu’enrichissante. Le truc, c’est que tu as un chef qui n’a pas du tout les mêmes idées que toi sur l’éducation et qui pense à l’avenir de l’école pendant que toi, tu penses à l’avenir des élèves. Ca fait un peu mielleux comme ça et un peu excessif aussi. Les chefs ont quand même un intérêt pour leurs élèves. Mais cette liberté (relative) qu’ont les professeurs en France leur permet de s’exprimer, d’innover et de laisser mariner leur pratique pour qu’elle gagne en profondeur, en saveur, en efficacité. Quand le progrès et l’évolution sont deux maîtres mots, c’est tout simplement contre-productif, comme si on tirait sur une plante pour qu’elle pousse plus vite. La classe inversée à tout va et le blended learning comme seule motivation ne me conviennent pas et surtout sans parcimonie, pas d’intérêt. Je l’ai toujours dit, je n’étais pas prêt à perdre mes valeurs pour rester là-bas. Je ne les ai pas perdues, mais je ne me suis pas fait que des amis… 
5. A quelques mois de ton retour, encore dans le brouillard ? 
Nous nous sommes posés mais l’expérience a été trop courte et nous souhaitons repartir. Nous sommes dans une région jolie mais où il y a trop de parisiens. C'est très bien : c’est un moteur pour repartir ! En fait, on évite de trop parler de SF, c’est un sujet épineux. Du coup, c’est comme un lointain souvenir qui se noie dans le brouillard. « When you own the world, you're always home » pourrait être mon slogan maintenant. Je préfère être pauvre loin que riche en France (et en région parisienne n’en parlons même pas). Le retour me fait quand même réaliser que ce que j’ai vécu, les gens que j’ai côtoyés et le pays dans lequel j’ai passé trois ans, m’ont rendus bien plus fort, bien plus solide que je ne l’étais auparavant. Je n’aurai pas épargné les vieux poncifs mais c’est vraiment ce que je ressens. Comme la musique ! La tension réduit et tout va mieux mais d’un autre côté, sans tension pas de réduction, pas de musique (ou alors de la soupe). On est en phase de réduction, les accords s’enchaînent tranquillement mais on attend un peu que les dissonances de l’expatrié reviennent… C’est aussi un peu égoïste mais j’avais besoin de ces défis pour évoluer en tant que personne. 

6. Avec Trump au pouvoir, tu y serais allé quand même ? 
Alors c’est une excellente question. Je suis très intéressé par la politique mais je vois clairement que ce n’est pas elle qui donnera les solutions à nos problèmes. En fait, je suis en train de penser comme la plupart des français que je dois vivre ma vie malgré les politiques menées. Je reste curieux concernant les décisions prises par les gouvernements des pays dans lesquels je vis mais j’essaie de me faire une raison et d’avancer contre le courant. Après tout un climato-sceptique à la tête des instances environnementales, ça me paraît tout à fait logique quand on est climato-sceptique soi-même et qu’on souhaite faire de l’argent. Le peuple n’est pas idiot, on s’en est aperçu récemment (Brexit, Trump, primaire de la droite…) Voyons où cela nous mène et quelles conclusions en tirons-nous… Un ami américain est pourtant surpris qu’on souhaite retourner là bas. Nous repartirions demain si nous pouvions…