jeudi 29 septembre 2016

Marion, 13 ans pour toujours

Alors aujourd'hui au menu, je ne vous parle pas de voyage, pas d'un récit de voyage, pas de cuisine exotique ou de comment se rendre au Pirée en tramway, mais d'un téléfilm que j'ai vu hier et qui parle de harcèlement à l'école : Marion, 13 ans pour toujours. 

Alors le picth, comme on dit. Marion est harcelée à l'école, ça se finit en suicide. Les parents sont impuissants. Flash back sur le pourquoi du comment, puis enquête coûte que coûte de la mère, Nora (jouée par Julie Gayet) pour faire la lumière sur cette tragédie. 
D'abord, quelques arrêts sur image pour débriefer un peu. Les profs bordélisés : un peu caricatural, ce sont les femmes qui sont le plus chahutées. Comme par hasard la prof d'espagnol, tiens ! Un peu exagéré ? Les cours auxquels on assiste sont vraiment un cauchemar. Les élèves écoutent de la musique sur leur portable, montent debout sur les chaises, répondent, crient, etc, etc. Impossible ? Oui, on se dit, ils ont des têtes de petits blancs bourgeois, pas crédible. Avouons la vérité, on aurait mis des élèves noirs et arabes que ça aurait sonné raciste. Et puis chacun, avec son passé de prof, son expérience déjà riche, se met à réfléchir... si si, c'est crédible, c'est possible. Et de sortir quelques anecdotes qui nous sont arrivées. Alors, oui, parfois les profs sont bordélisés et non, ce n'est pas dû à leur manque d'autorité. Venez donc gérer 25 élèves comme ceux du film pendant une heure et on en reparle. Voilà pour les mises au point professionnelles. 
Ensuite, on ne fait plus d'arrêt sur image, mais on commente beaucoup parce qu'inévitablement ça nous pose question. Le rôle des profs, le rôle du chef d'établissement, de la meilleure amie de Marion qui soudain change de camp. Les non dits, les silences, tout se joue là-dedans en fait. Parler ou se taire, vaste débat. La mère n'est pas intrusive, elle fait confiance à sa fille. Elle sent que quelque chose cloche mais ne va pas fouiller dans son téléphone portable. Elle respecte son intimité. Mauvais parents ? C'est la réflexion qu'un des personnage envoie à la face de Nora. Bon sang mais quelle connerie ! Chaque parent peut se retrouver dans cette situation, même ceux qui croient bien connaître leur progéniture. On est jamais à l'abri de rien et quand on dit qu'on n'a rien vu venir, c'est qu'on n'a rien vu venir ! Regardez les parents de ces jeunes filles qui partent en Syrie. Vous pensez que ce sont de mauvais parents peut-être ? Les donneurs de leçon auront toujours à redire mais, ici, on cherche à comprendre plutôt qu'à accuser. 
Les acteurs sont parfaits. Marion, incarnée par la jeune, Luana Bajrami et Julie Gayet, vraiment convaincante, forte et brisée à la fois, exceptionnelle de vérité dans ce rôle. Personnellement, je me suis mise à fond dans son personnage. Maman, elle refuse d'abdiquer et veut se battre coûte coûte pour découvrir qui sont les coupables, les gamins qui ont harcelé sa fille et l'ont poussée au suicide. On est avec elle, jusqu'à temps qu'on se rende compte qu'elle est en train de tourner folle, de briser ce qu'il reste de sa famille, de piétiner le travail de deuil que son mari, le père de Marion (joué par Fabrizio Rongione) tente de faire en silence. Les relations humaines et les réactions de chacun sont parfaitement analysées et décortiquées. On voit tout à fait où le réalisateur veut en venir et, pour autant, c'est écrit avec une infinie finesse et une grande habileté. Ce n'est pas pour rien que le film est tiré d'une histoire vraie. Des faits comme ça, il en arrive tous les jours, partout, près de chez nous. Sauf que certains les racontent, partagent leur expérience même douloureuse, pour faire avancer le débat, pour informer et éviter ça. C'est le cas de Nora Fraisse, la mère de Marion, la vraie, qui a publié en 2015 un livre sur son histoire, leur histoire. 
Évidemment, il faut voir ce téléfilm, parce que le harcèlement est quelque chose de grave et qu'en tant qu'adultes, nous sommes tous concernés, d'autant plus quand on est prof ou parents. 
Voilà, c'était ce que j'avais à dire aujourd'hui. 

jeudi 22 septembre 2016

Ré-enchanter le monde, l'ouvrage qui vous explique tout

Après avoir posé des yeux émerveillés sur l'exposition du même nom à l'abbaye royale de Fontevraud, me voilà plongée dans la lecture de l'ouvrage qui théorise les réalisations des différents architectes. 
Ré-enchanter le monde, sous la direction de Marie-Hélène Contal, 2014

Première conclusion : c'est très pointu et... très philosophique. Parce que, voyez-vous, l'architecture est fortement liée à l'humain et donc à ses modes de vie et de pensée. Les architectes lauréats ou initiateurs du Global Award for Sustainable Architecture pensent l'architecture, figurez-vous., comme un humanisme plus que comme un amas de mesures et de chiffres froidement assemblés. Parfois, face à nos édifices publics modernes, on se demande qui est le farfelu qui a pondu un projet si peu fonctionnel. Dans les cas précis qui sont abordés dans le livre et dans les réflexions qui le peuplent, on comprend tout le processus de grattage de tête, de prise de bec entre l'envie de beau et l'envie d'utile, la seconde l'emportant parfois ouvertement sur la deuxième. Il faut maintenant relever des défis essentiels, faire face à des problèmes qu'il est impossible de contourner lorsqu'on se veut un architecte humaniste : construire avec ce qui existe déjà, réduire les coûts pour coller à des situations économiques désastreuses et qui rendent impossible pour beaucoup l'accès au logement, bâtir des lieux de communication dans des sociétés toujours plus individualistes et qui fomentent l'isolement. Je me suis notamment intéressée à plusieurs projets:
- celui du Rural Studio, installé dans une petite ville sans histoire de l'Alabama, qui se propose de construire des habitations à 20 000 dollars pour des populations marquées par la pauvreté. L'originalité du projet réside dans le fait que le groupe d'architectes travaille et vit en complète immersion dans la ville, avec les habitants, et ne se contente pas de construire du bâti mais aussi de l'humain, en créant par exemple une ferme collective à un endroit où les gens souffrent d'obésité à cause d'une mauvaise alimentation. 
- celui de Teddy Cruz à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, zone marge et marginale composée de deux villes totalement contrastées : la riche San Diego et ses rêves d'immigration d'un côté, la pauvre Tijuana, sa misère sociale et sa violence de l'autre. Bâtir dans une zone de conflit, voilà tout le défi que se propose de relever l'architecte guatémaltèque. Construire pour des populations établies en presque favelas, agglutinées à la frontière et attirées par le travail qui peut leur être proposé de l'autre côté par des entreprises qui les exploitent sans leur donner en échange la possibilité d'avoir un logement décent. 
- celui de Gilles Debrun qui travaille en Belgique sur des projets visant à rendre son humanité à une ville cloisonnée entre quartiers défavorisés et ghettos de riches, à des métropoles engluées dans le trafic automobile mais dépourvues de toute socialisation possible
Pour le reste, la théorie s'adresse beaucoup à des spécialistes ou à des esprits déjà formés à ce genre de réflexions et je reconnais n'être pas allée explorer le livre en profondeur. Simplement, je suis heureuse de l'avoir dans ma bibliothèque en tant que recueil de projets innovants et humains qui disent bien ce qu'ils veulent dire : l'architecture telle que ces gens la proposent n'est autre qu'un art engagé. 

vendredi 16 septembre 2016

Patagonie Express

Paul Théroux, Patagonie Express, 1979.
Voilà le genre de bouquins qui m'ont fait voyager avant de voyager, qui ont semé en moi les petites graines vivaces de la bougeotte et m'ont insufflé ce vent qui pousse certaines personnes à se remettre sans cesse en marche vers l'ailleurs. Voilà l'un des livres que je place au sommet de mon panthéon de lectures voyageuses. Je l'ai lu adolescente et son ton, le style inimitable, élégant et recherché dans lequel il est écrit, m'ont fait un effet monumental. 

L'écrivain américain Paul Théroux, en regardant une carte de l'Amérique, se rend compte qu'une ligne ferroviaire quasi ininterrompue part de chez lui, à Boston, Etats-Unis, et descend jusqu'en Patagonie. C'est ainsi qu'un matin, il prend le métro que prennent tous les gens qui se rendent au travail, dans cette ville hivernale engluée dans la neige, à la seule différence que lui se rend au fin fond du grand sud, à Esquel. Il traverse d'abord les Etats-Unis, puis le Mexique, l'Amérique Centrale, la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie et enfin l'Argentine. Théroux nous prévient : ce qui l'intéresse dans cette aventure, ce n'est pas de nous faire part de ses impressions une fois arrivé à destination, mais plutôt de nous raconter le voyage, pas à pas, dans ses aspects positifs comme dans ses aspects les plus triviaux. Se retrouver dans une ville sale, trouver un hôtel miteux, peiner à se faire comprendre des autochtones, détester un endroit, reprendre la route, ou plutôt le train, puisque rien ne le retient dans aucun des pays qu'il traverse. Ou si peu. Une conférence sur la littérature ici ou là, un long arrêt à Panama, la rencontre de parents éloignés en Equateur ou la lecture de quelques livres et poèmes au génial Borges à Buenos Aires. A chaque fois, s'il s'attarde un peu, c'est pour mieux repartir ensuite vers son sud. 
Les paysages sont décrits avec justesse et précision, les villes dépeintes sans concessions. Paul Théroux nous dresse également le portrait des autres voyageurs qui croisent son chemin : babas cool, touristes, routards, locaux, paysans, une panoplie complètes de caractères qui offre un panorama quasiment exhaustif de ce qu'on peut rencontrer en voyage. Lui se place plutôt en observateur. Objectif et tellement visionnaire dans sa capacité à capter l'essence d'un pays à travers ses habitants. Et le plus magique, c'est qu'il ne part pas seul : la traversée des Amériques par voie ferrée étant longue et lente, le train est un endroit propice à la lecture. De la méta-littérature, de la mise en abîme littéraire, si vous préférez. De l'enrichissement culturel sans prix pour une adolescente assoiffée de nouvelles terres à découvrir, qu'elles soient d'argile ou de papier. 
En résumé, Patagonie Express est l'un des livres qu'il faut lire ou avoir lu lorsqu'on est un voyageur, et le cadeau à faire à une jeune personne qui aurait faim de partir à l'assaut du vaste monde. Je l'ai moi-même relu avec tellement de plaisir que j'en suis encore complètement transportée, qu'à l'heure tardive à laquelle je vous écris l'article, je partirais bien en rêve quelque part sur une plaine aride, froide et ventée de Patagonie...

mardi 13 septembre 2016

26 choses à voir absolument en Suisse

Tatiana Tissot, 26 choses à voir absolument en Suisse, 2016.
C'est tout nouveau, tout beau, ça vient de sortir et la SwissPost me l'a livré il y a peu ! Le livre que la terre entière attendait : la compilation des 26 merveilles de la Suisse vue par Tatiana Tissot, auteure du très bon blog "Y'a pas le feu au lac!" que je vous conseille vivement de suivre. La fille connaît évidemment la Suisse comme sa poche, mais a également vécu au Québec et en France, où elle est expatriée. Et si son pseudo est Kantutita, la fleur nationale Bolivienne, ce n'est pas un hasard non plus... Elle sait saisir les travers et les originalités de chaque peuple qu'elle côtoie et nous embarque dans ses visites avec dynamisme. Ton que l'on retrouve avec grand plaisir dans le livre, pour lequel Tatiana a choisi de nous montrer 26 lieux exceptionnels de son pays d'origine. Glaciers, montagnes majestueuses, lacs, villes, il y en a pour tous les goûts, avec des photos à couper le souffle. On se situe entre le "beau livre" et le guide de voyage, entre le divertissement et le culturel, entre l'Histoire et l'humour. Le tout raconté sur un rythme enlevé qui fait qu'on dévore le bouquin en moins de deux. Personnellement, je suis fan ! 
Et à en voir le niveau de ces fameux 26 immanquables helvètes, on se dit que la Suisse doit encore regorger de trésors de la sorte. Alors, Tatiana, une question me brûle les lèvres : à quand un tome 2 ?

samedi 3 septembre 2016

La prophétie des Andes

James Redfield, La prophétie des Andes, 1994.

Paraît-il qu'il s'agit d'un best-seller, dans le style récit initiatique et développement personnel comme on en a tant publié. Le héros, un Américain en plein doute qui vient de démissionner de son job, entend parler par une amie d'un mystérieux manuscrit qui révèlerait des tonnes de choses incroyables sur l'humain et l'univers. Ni une, ni deux, il prend l'avion pour le Pérou. Franchement, mis à part enfoncer des portes ouvertes, je n'ai rien vu de neuf sous le soleil. Et côté incohérence, on est au top de l'art : un manuscrit, donc, écrit en araméen, divisé en neuf révélations disséminées sur le territoire péruvien, entre jungle et montagne, et dont les incas et les mayas seraient à l'origine. Franchement, je ne suis pas au courant de tout, mais s'il y a une chose que je sais, c'est que les mayas n'ont jamais mis leurs sandales au Pérou ! Je me dis bon, passons, allons plus loin. Cependant, révélation après révélation, on reste sur notre faim. Alors, pêle-mêle, j'ai réussi à déterminer un mélange de philosophie yogi, d'animisme andin mais pas trop, de psychanalyse de bas étage... tout ça pour comprendre, dans les dernières pages, qu'il s'agit d'une ode à la religion chrétienne ! Jésus, notre maître spirituel à tous ! Par conséquent, je crie au scandale, je m'insurge contre ce tout ça pour ça qui justifie la mission de conversion des prêtres, qui approuve le fait que les "Indiens" doivent adhérer au monothéisme. Je saute au plafond quand l'auteur finit par concevoir un monde tout automatique, où le travail des robots dégagerait du temps libre pour que les humains cherchent et trouvent leur moi profond. En complète contradiction avec ce qu'on laissait transparaître dans les épisodes précédents, quand on nous vantait les mérites de la connexion énergétique avec autrui ! N'importe quoi et encore n'importe quoi !  Une fois le bouquin fini, parce que je suis consciencieuse jusqu'au bout, voilà que je découvre qu'il existe une dixième révélation et donc d'autres tomes à cette histoire fleuve ! Cette fois, c'en est trop ! Je vais vérifier sur le site internet qui est ce fameux James Redfield. Et là, c'est la stupeur : une sorte de gourou sectaire qui enjoint les hommes à prier pour progresser et faire avancer le monde, doublé d'un profiteur qui inscrit en bonne place sur sa page un lien vers un compte PayPal où verser des dons ! Intérieurement, je suffoque et me mets à crier STOP ! Basta cosi ! Non seulement ce type bafoue les traditions andines, se prend pour un donneur de leçons tendance évangéliste et appuie le colonialisme spirituel, mais il vide en outre les poches de millions de gens moins avancés que d'autres sur le chemin du développement personnel. Cet odieux personnage est un danger public ! Et quel mauvais romancier ! Car, si la découverte par le héros des neuf révélations, l'une après l'autre, se fait par le biais de coïncidences, le récit lui aussi n'obéit qu'à cela pour tenir. Sans transition, comme disent les journalistes quand ils passent du coq à l'âne. Et là se pose LA question fondamentale de l'article : comment un navet pareil peut devenir un best-seller ? Si vous avez des réponses, je suis prête à tout entendre !

vendredi 2 septembre 2016

Yves Parlier, Robinson des mers

Yves Parlier, Robinson des mers, 2001.
Il y a quelques articles de ça, je vous parlais du Vendée Globe, LA plus grande course autour du monde à la voile, sans escale, sans assistance et en solitaire. Eh bien vous savez quoi ? Parmi les centaines de livres entassés à l'étage de ma maison, j'ai découvert celui d'Yves Parlier, qui raconte son Vendée Globe 2000-2001.

"Robinson des mers", parce qu'en plein milieu de l'océan, alors qu'il vire en tête et que son bateau court à des vitesses record, promis à une victoire probable, Parlier casse son mât. Et c'est là que commence l'histoire. Il sait que la course est perdue, mais il refuse d'abandonner. Pas question de faire escale, pas question de demander de l'aide. Seul, mettant à profit toutes les connaissances réunies au cours de ses années d'expérience maritime, il répare, recolle, découpe, scie, ajuste. Il dort peu, mange encore moins. Ses mains sont constellées d'ampoules et son corps n'est plus qu'une seule et même douleur. Car Yves Parlier est un survivant. Lorsqu'il prend le départ de la course, il revient de l'enfer. Deux ans de souffrance et d'une pénible et incomplète rééducation après une terrible chute de parapente en montagne. Malgré tout, le marin décide de prendre le départ du Vendée Globe. Courage. Passion. Que dire de plus ? Quelque chose de plus fort que tout le pousse à reprendre la mer, sans cesse, à se dépasser, à tutoyer ses limites. En essayant de protéger sa vie, malgré tout. Parce qu'il y a Isabelle, sa femme, ses enfants, son équipe et qu'il ne faut pas tenter le diable. On l'attend à terre. A terre justement, où il arrive au mois de mars, en 13ème position. Loin derrière le vainqueur, Michel Desjoyaux, mais vainqueur dans le coeur des Français qui ont suivi son épopée. Un récit passionnant, très technique. Les non initiés s'y perdent un peu, malgré le glossaire en fin d'ouvrage. Peu importe, on ne saute aucun passage. On reste suspendu, phrase après phrase, au récit d'Yves Parlier. Et on comprend que, parfois, le vrai héros n'est pas le vainqueur, mais celui qui, devant faire face à des obstacles et des conditions extrêmes, décide malgré tout d'aller de l'avant. Aujourd'hui, Yves Parlier accroche des cerfs-volants à des bateaux pour les faire avancer et battre encore quelques records. On a très envie de le suivre. 

jeudi 1 septembre 2016

Réenchanter le monde

C'est l'histoire de quarante hommes et femmes. Quarante architectes, quarante cerveaux qui réfléchissent et fourmillent d'idées sur le bâti habitable. On est de plus en plus nombreux sur terre et les riches ne sont pas la majorité, c'est un premier constat. L'autre défi à relever, c'est de loger tout le monde sans faire monter la spéculation, sans construire sans queue ni tête et sans limites. Un logement pour tous et pour chacun qui réutiliserait des bâtiments existants, les recycleraient, en ferait autre chose. De plus fonctionnel, de plus joli et écologique, intégré dans le paysage, solidaire et durable. Pénétrer dans la salle de cette exposition en ce moment basée à l'abbaye de Fontevraud, c'est avoir les yeux qui brillent, ressentir de l'émerveillement. C'est reprendre confiance en l'humain et se dire qu'un autre monde est possible, que parmi tous les chemins qui s'ouvrent à nous, on est libre de choisir le bon. Les lauréats du Global Award for Sustainable Architecture exposent ici des projets ambitieux et révolutionnaires. A l'entrée de l'expo, on se trouve face à une carte du monde qui situent tous les architectes. On commence par se rendre compte qu'un peu partout sur la planète des gens sont assez fous pour essayer, chacun dans l'espace et la géographie qui leur sont propres, redonner des couleurs et des formes humaines au monde. Les premières vitrines correspondent à des sortes de cabinets de curiosités ou chaque architecte dévoile à la fois son laboratoire et ses convictions intimes. Ensuite, c'est l'apothéose. Une succession de cubes en carton nous font découvrir les projets les uns après les autres. De la Chine à l'Afrique en passant par Boulogne sur Mer, on se rend compte de ce qu'il est vraiment possible de réaliser. Plus qu'une oeuvre, plus qu'une construction, chaque réalisation est un manifeste, une revendication, un engagement total. Finalement, en y regardant de manière globale, en jetant un dernier regard sur l'expo, je me dis que tout ça, c'est presque de la poésie. C'est le genre de projets qui m'enthousiasment au plus haut point, qui me redonnent de l'espoir et m'inspirent. Il faut absolument que vous voyiez cette exposition !


Alors, voici toutes les infos !
Et j'espère très prochainement trouver une publication qui corresponde ! En tout cas, si l'expo s'exporte et a besoin d'une traductrice, je réponds présente !!

mercredi 31 août 2016

Chinon, entre histoire et modernité

Vous êtes au coeur de la Touraine. Promenez-vous dans les rues médiévales du centre-ville. Oubliez les voitures. Silence. Juste la pierre et vous. Grimpez les ruelles, toujours plus haut, vers le ciel. Ou prenez l'ascenseur, concession au moderne. 


Retrouvez-vous au pied de la forteresse au mille marches. Montez dans une tour, puis une autre. Attaquez-vous aux souterrains, multiples, labyrinthiques. Perdez-vous. Refaites le même chemin. Montez. Descendez. Soufflez. Montez. Descendez. Jusqu'à la plus haute tour. Jusqu'à dominer tout le paysage. Prenez-vous pour un prince. Ou pour Jeanne d'Arc. Chinon lui consacre un musée. Salle après salle, revoyez les images de l'Histoire. Dans la pénombre, sentez l'atmosphère. Imaginez-vous les oiseaux de la reine. Et puis, envahis par le IIIème millénaire, sur les écrans, partout, sortez. 



Refaites le chemin à l'envers. Reprenez contact avec la civilisation. Asseyez-vous à l'une des terrasses de la place. Sirotez du frais. Jetez un coup d'oeil à la Loire. Impassible. Elle file comme si de rien n'était. 

mardi 30 août 2016

Fontevraud : des moines, des prostituées et des prisonniers

Évidemment, quand on passe par Saumur, il est incontournable de se rendre à Fontevraud, à quelques 25 minutes de là, pour visiter la célèbre abbaye royale, l'un des plus beaux héritages du Moyen Age. 
Les bâtiments
Immenses, évidemment, de l'église au cloître, en passant par toutes les salles qui constituent traditionnellement les abbayes de cette époque. Je retrouve presque salle par salle le plan de celle de Noirlac, dans le Berry, mais ici tout est surdimensionné. Lumineux, bâti en pierre claire, le sanctuaire a de quoi impressionner. Mention spéciale pour les cuisines, typiques de l'époque, ainsi que pour les jardins qui abritent encore des variétés de légumes et de plantes aromatiques d'une grande diversité. Et puis, à ne pas manquer, les tombeaux de Richard Coeur de Lion (dont nous avions parcouru la route dans le Limousin) ainsi que celui d'Aliénor d'Aquitaine, deux personnages clé de notre Histoire et qui, bien que figés dans la pierre, possèdent encore une aura qui va bien au-delà des siècles. 




L'histoire
L'histoire du lieu est assez mouvementée et pour le moins originale. C'est la petite troupe bigarrée emmenée par Robert d'Arbrissel qui y prend ses quartiers au XIIème siècle. Hommes et femmes mêlés, riches et prostituées, le prédicateur parvient à rassembler un ensemble de personnes disparates, formant un ordre qui prône l'exaltation de la foi et le silence. Jusque là, rien d'anormal. L'histoire est assez jolie jusqu'à ce que quelques scandales éclatent, notamment sur les relations suspicieuses qui s'établiraient entre les hommes et les femmes vivant dans l'abbaye. C'est le relâchement total ! Heureusement, la Révolution remet de l'ordre dans tout cela et les moines et moniales de Fontevraud s'éparpillent dans la nature...
Plus tard, le lieu est transformé en prison, l'un des pires lieux de détention qui auront existé en France et ce... jusqu'en 1963 ! Une salle est d'ailleurs consacrée à cette sombre page de l'abbaye. 

Fontevraud aujourd'hui
Le truc le plus incroyable qui puisse se passer dans une abbaye, c'est peut-être d'y dormir. Bien sûr, il y a, pour les très riches, le superbe hôtel grand luxe aux nombreuses étoiles. Lorsque nous y étions, une fête de mariage y avait lieu. Royal pour qui peut se l'offrir (c'est-à-dire peu de gens).
Si vous êtes moins fortunés, vous avez cependant la possibilité de passer une nuit à l'abbaye. Au choix, dans une chambre à l'étage, ou, plus incongru, dans l'une des caisses de bois situées directement dans l'église. J'ai trouvé que ça faisait un peu cercueil et qu'il ne fallait surtout pas être claustrophobe, mais pourquoi pas ! 
Enfin, et comme cela se fait beaucoup maintenant, Fontevraud n'échappe pas au concept de recevoir des installations d'art contemporain au coeur de ses bâtiments moyenâgeux. J'avoue n'avoir que très récemment ressenti un intérêt pour l'art contemporain. En fait, tout a commencé avec ma traduction de ces sensationnels projets architecturaux sud-américains, mais là n'est pas la question. Depuis, cela m'a ouvert les yeux et aiguisé les sens et, devant une oeuvre contemporaine, une installation, je m'interroge, je me pose des questions, j'observe. Et, parfois, je suis littéralement transportée. Je vous en reparle très vite dans un prochain article !

lundi 29 août 2016

Une journée de canicule à Saumur

Samedi dernier, j'ai décidé d'aller voir à Saumur ce qu'il en était de la canicule. Je me suis dit, 38 degrés, ce sera toujours plus supportable au bord de la Loire. Bon... c'est monté à presque 40, ça a été dur... Mais ça ne nous a pas empêché de visiter la ville et d'y passer une super journée !
Alors, quoi faire à Saumur en une journée ?
D'abord, et comme je fais tout le temps, prendre le pouls de la ville. Déambuler dans le centre-ville, remarquer les façades, flâner dans les ruelles, admirer les monuments. Respirer l'air de ce nouveau lieu (enfin, respirer, vu la chaleur...) Bref, j'ai trouvé que Saumur était une très jolie ville, une sorte de Tours en miniature, bien que, attention, nous soyons en Anjou, ça change tout ! Élégante mais jeune, pas guindée, juste ce qu'il faut. Et touristique, évidemment ! On sent l'Histoire transpirer (et pas qu'elle...) à chaque coin de rue. Maison des compagnons, château qui domine la ville, façades boisées... et un petit côté rafraîchissant qui fait de Saumur autre chose qu'une simple ville "musée". 

Où déjeuner ?
Après une bonne balade en centre-ville, il est temps de se rassasier et de boire, boire beaucoup surtout ! De l'eau bien entendu, quoique la région fait qu'il est difficile de ne s'abreuver que de liquide transparent. Une seule et unique adresse :
L'Annexe
20 rue du Puits Neuf
49400 Saumur
Un décor sympa, un service détendu, à la cool, mais attentif et l'assurance de bien manger. L'Annexe est un rendez-vous d'habitués. On y vient se caler une tripe après le marché du samedi matin, ou déjeuner entre amis. La cuisine est savoureuse, faite maison. Un excellent rapport qualité prix. 
L'incontournable : le château
Après un si bon repas, il faut digérer. Quoi de mieux que de grimper au château et d'en faire la visite ? Connu pour être l'humble demeure du duc d'Anjou, le roi René y vient en visite de temps en temps. Comme beaucoup de monuments, le château devient par la suite une prison, puis un dépôt d'armes. Actuellement en restauration, il abrite des collections mettant en valeur le travail de la porcelaine et une exposition qui concerne le cheval, qui se tient dans l'abbatiale... qui n'a plus rien d'une abbatiale. L'accent est mis sur le numérique et la visite est plaisante, variée. On y trouve de la lecture, de quoi pianoter sur des écrans, il y en a pour tous les goûts. De là-haut, on a une vue magnifique sur toute la ville et sur la Loire et, vu de l'extérieur, le bâtiment est magnifique.

Où se rafraîchir ?
Après avoir perdu des litres de sueur dans les escaliers du château et les ruelles en pente écrasées de soleil, il nous fallait de la fraîcheur. Internet nous a bien aidés : ni une, ni deux, nous voilà allongés dans l'herbe, à l'ombre des grands arbres, à la base nautique de l'île de Millocheau. Petit espace mais où chacun trouve sa place, c'est le point de ralliement pour se baigner à Saumur. Nous sommes en bord de Loire, sur une plage de sable avec vue sur le château. Pas mal ! On peut aussi y faire du canoë, de la voile, et pourquoi pas s'initier au paddle sur le bassin voisin.

Où se balader en nocturne ?
Le soir, au moment où il fait beaucoup moins chaud (30 à la place de 39, ça change tout !), c'est l'heure idéale pour se promener le long de la Loire, sur l'île de Millocheau justement, de manière à avoir une vue imprenable sur le château et les ponts, dont les éclairages créent une lumière magique au coucher du soleil. Rien à faire de plus que se détendre, marcher lentement, parler tout bas et admirer...


Où dormir ?
Evidemment, il est indispensable de s'offrir la vue sur la Loire, sinon, à quoi bon ?! Notre coup de coeur Logis de France :
Cristal Hôtel
12 place de la République
49400 Saumur
Heureux comme des papes, nous goûtons au plaisir chic d'une chambre cosy, meublée à l'ancienne, (d'autres arborent un design plus moderne, c'est selon) et qui nous plonge dans une douce atmosphère de luxe. Pour 85 euros la nuit, vous aurez tout le loisir, depuis le balcon, de passer des heures, la nuit si vous le souhaiter, à voir glisser le fleuve sous votre fenêtre. Royal ! Le restaurant y est excellent, avec des spécialités locales comme la fricassée de poulet à l'angevine, avec sa sauce crémeuse, ou encore des desserts renversants, comme cette tartelette au chocolat qui m'a laissé un souvenir impérissable. Je recommande chaudement (c'est le cas de le dire !)