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dimanche 9 septembre 2018

Voyages avec un âne dans les Cévennes

Robert Louis Stevenson, Voyages avec un âne dans les Cévennes, 1879.
Du Puy en Velay à Alès, Stevenson traverse plusieurs régions de France accompagné de Modestine, une ânesse avec laquelle il va apprendre à voyager. Plusieurs lectures pour ce livre, toutes plus géniales les unes que les autres et qui s'entremêlent pour former un récit à la fois dense et cohérent. 
La littérature
Évidemment, Stevenson, c'est le génial conteur de L'île au trésor, avec ce vocabulaire élégant, précis, ce phrasé poétique qui nous séduit et nous régale. Et puis, cette indéniable touche d'humour, d'auto-dérision, cette irrésistible drôlerie à l'heure de décrire ses mésaventures avec l'indomptable Modestine. Un bonheur.
La randonnée 
L'auteur nous fait voyager par son récit à travers des régions sauvages, des collines et des forêts, des plateaux et des vallées qui n'ont a priori rien d'époustouflant ni de grandiose mais qui, justement par leur simplicité, leur beauté pure, celle des premiers jours du monde alliée à celle, modeste mais têtue, de son aménagement par l'homme, laissent au marcheur une sensation de plénitude. De l'Auvergne au Gard, ce sont des endroits peu fréquentés par les touristes, d'autant plus à l'époque !, mais qui aujourd'hui sont mis en valeur par l'association Sur le chemin de R.L. Stevenson dans le but de développer ces territoires, mettre en valeur leur patrimoine naturel et historique. On peut d'ailleurs visiter leur page Facebook sur laquelle on peut lire les actualités du chemin, ainsi que des témoignages de marcheurs. Cet été, par exemple, celui de l'actrice Alexandra Lamy qui s'est lancée sur la piste avec son légendaire sourire. De quoi donner envie de découvrir cette route, de chausser ses crampons et de partir, comme Stevenson à son époque, au cœur de cette France méconnue. Alors, ça vous tente ? Moi... oui !

L'histoire
Au cours de son périple, outre la découverte du patrimoine naturel, Stevenson se confronte à celle de l'histoire et en particulier de celle des protestants de la région, à travers le souvenir des guerres de religion qui les ont opposés aux catholiques. Etant lui-même protestant, Stevenson prend bien évidemment parti pour ses coreligionnaires, glorifie leur résistance à l'ennemi et encense leur droiture et leur intelligence d'esprit. Il est vrai que les conflits religieux ont secoué les Cévennes et il est bon de faire un petit retour en arrière sur cette partie souvent oubliée de l'histoire. Juste pour se souvenir que, chez nous aussi, les hommes se sont entretués à cause de leurs croyances et que le fanatisme n'est pas l'apanage de lointaines contrées exotiques. 
La philosophie
Enfin, dernier aspect que nous évoquerons, celui de la philosophie. Car, non content d'être un conteur hors normes, Stevenson questionne par son voyage notre relation aux hommes, aux animaux, aux forces de la nature. Il analyse les contacts plus ou moins faciles que nous avons avec l'Autre et que les différends politiques et religieux peuvent compliquer davantage. Et puis, il écrit des pages tellement belles sur la marche, sur ce que cette activité, libérée de toute notion de compétition et dépouillée d'un trop plein d'enthousiasme lorsqu'elle s'effectue en groupe, peut apporter à notre corps et à notre esprit. Un plaidoyer pour la marche solitaire, lente, méditative, contemplative. Des lignes qui n'ont rien à envier ni au bouddhisme, ni au mouvement "slow travel" tant à la mode aujourd'hui. Au terme de cette lecture, on se dit que, définitivement, ce Stevenson a tout inventé !

vendredi 26 juin 2015

L'étang de Saint Bonnet

Tout au nord de l'Allier, non loin d'Ainay le Château, nous nous trouvons en bordure de la forêt de Tronçais. Mais plutôt que d'aller se perdre entre les arbres, nous cherchons aujourd'hui la fraîcheur au bord de l'étang de Saint Bonnet. Non pas pour s'y baigner ou profiter de la plage, mais pour en faire le tour. Environ cinq kilomètres de sentier aménagé, propre, balisé nous emmènent sur les rives arborées. ça sent le pin et la résine, on se croirait au bord de la mer. Tour à tour, on longe des espaces couverts de nénuphars, des flaques peuplées de petites grenouilles vertes et une minuscule rivière d'eau transparente qui se glisse sur un lit de sable fin. Des bancs sont disposés tout le long du parcours et on peut facilement trouver un endroit solitaire où faire une pause, avant de retrouver le brouhaha des enfants qui crient sur la plage. Une heure de marche, ce n'est pas une véritable randonnée, c'est une jolie balade familiale qui permet de décrire la nature, de l'expliquer et de faire la lecture à l'ombre des arbres. 


jeudi 15 janvier 2015

Des moutons et des chevaux

Pendant que les moutons marchaient, je regardais les chevaux en liberté...





mercredi 5 novembre 2014

Sur les chemins de Compostelle

Stéphane Lemardelé, Sur les chemins de Compostelle, 2008.

Il me regardait, là, sur les étagères, parmi toute la littérature sur le pèlerinage que l'on pouvait trouver dans cette librairie-magasin de souvenirs de Vézelay. J'avais décidé de ne pas sortir un centime de ma poche pour l'envoyer valser dans la tirelire de ces attrape-nigauds pour touristes. J'ai fait le tour des remparts, me suis frottée au silence de la chapelle en me promettant d'essayer de reproduire le phénomène en moi-même. Un jour. Quand j'aurais le temps. Je suis entrée dans la basilique. Rien à signaler. Que du bruit. J'ai fait le tour du village, les rues piétonnes, les ruelles, les jardins et les terrasses. J'ai cherché partout la trace des hurluberlus en sac-à-dos et croquenots qui marchent jusqu'à Saint Jacques. Personne. Tu me diras, en novembre, il fallait s'y attendre. Un cappuccino hors de prix plus tard, je sors de son enveloppe en papier le petit livre que je suis retournée libérer de sa poussière et de sa solitude. Je n'attendais rien du contenu - j'ai bien fait -, mais c'est l'objet qui m'a séduite. Cette sorte de carnet intime qui ferme avec un élastique rouge - j'adore les carnets -, ce bouquin à la taille d'un livre de messe. Quelque chose comme un recueil de secrets. En accordéon. Le coup du livre-accordéon, on ne me l'avait encore jamais fait. Au recto, des dessins du chemin, du Puy en Velay jusqu'à l'océan Atlantique galicien ; au verso, des explications pour chacun des sites traversés. Par renversantes, les explications. C'est entre le guide du Routard quand Jean-Sébastien Petitdemange vous vante les mérites d'une bonne auberge qui sert un foie gras roboratif et mon blog quand je vous délivre vite fait bien fait trois ou quatre détails sur une collégiale limousine. Le fond n'est pas transcendant. Pour un récit de pèlerinage, c'est ballot. Le style, par contre, est excellent. L'auteur a le sens de la formule et a la capacité, en bon dessinateur qu'il est, de croquer en quelques mots précis la réalité qui l'entoure. L'efficacité, j'aime. Alors, qu'il nous arnaque en nous avouant, à la fin, qu'il n'a pas marché jusqu'au bout de la route, que donc, il n'a pas droit à son diplôme de bon pèlerin, ça nous déçoit, forcément, ça le rend beaucoup moins crédible. N'empêche, ce petit carnet-là m'avait tapé dans l'oeil - aïe - et a fini dans ma poche, comme si un aimant l'y avait attiré. 

Je viens d'aller jeter l'oeil qui me reste sur son site internet : bim, en plein de mille aussi. Je n'ai donc plus d'yeux que pour lui.
http://lemardele.com/

dimanche 2 novembre 2014

Le vestibule des causes perdues

Manon Moreau, Le vestibule des causes perdues, 2011.
Et voilà, je suis arrivée à Saint Jacques ! Compostelle, Compostelle, 400 pages d'arrêt ! Fin de notre périple à travers l'histoire et la géographie. Nous sommes partis de Paris, passés par Vézelay et c'est un roman qui nous amène jusqu'au terme de notre aventure. C'est le premier opus de Manon Moreau et on peut dire que c'est une réussite. Evidemment, j'y mettrai quelques bémols, mais l'ensemble est très bon. 
Les personnages qu'elle crée sont de chair et d'os, bien vivants, quoique. En fait, s'ils prennent le chemin de Compostelle, c'est bien parce que quelque chose ne va pas dans leur vie, dans leur tête. Ils sont tous un peu cassés de l'intérieur et c'est ça qui fait leur charme. Et puis, on ne sait pas tout sur eux d'entrée de jeu. On reçoit les informations au compte-goutte, au fur et à mesure, pas à pas, c'est le cas de le dire. On apprend à les connaître car c'est le chemin qui leur dévoile, à eux-mêmes et par la même occasion à nous, lecteurs, les raisons de leurs tourments, ce qu'ils se cachent et ce qu'ils nient très fort, ce qu'ils refusent d'admettre. Etape après étape, tout devient plus limpide, plus clair. Les personnages passent par des crises qui sont autant dues à la fatigue physique qu'au relâchement moral que celle-ci impose. La présence des compagnons de route, l'interaction des histoires et des blessures mettent ces-dernières en relief et rendent les vieilles peurs caduques.
Ce qui m'a le plus captivée, c'est un autre personnage et non des moindres : le chemin. Est-ce l'auteure l'a parcouru, ce chemin ? Est-ce qu'elle s'est documentée ? Est-ce qu'on le lui a tellement raconté qu'elle a fini par l'intégrer ? En tout cas, elle le retranscris, il me semble, à la perfection. Les paysages ont une présence concrète inouïe. On visite les villes et les villages, on visualise parfaitement les étapes, les refuges, les ampoules aux pieds et les sacs à dos toujours trop lourds pour les jambes fatiguées. Le roman de Manon Moreau donne une furieuse envie de se mettre à marcher, de fermer sa porte à clé un matin, de chausser ses croquenots et de partir sur les sentiers, avaler le bitume et passer des cols de montagne. 
Le bémol, pour finir. Il est finalement assez mince si on le rapporte à la qualité de tout le reste. Mais, je regrette, l'emballage compte. Et l'emballage, c'est le style. C'est l'étincelle qui fait qu'un bon roman devient un chef-d'oeuvre. Eh bien, de ce côté-là, j'ai plutôt peiné qu'autre chose sur les chemins de Compostelle. Attention, je ne dis pas que le style est nul et lourd. Simplement, il manque d'homogénéité. Certaines formules, certains effets de style sont usés jusqu'à la moelle (je pense notamment à l'abus de sujets éludés) pendant une cinquantaine de pages, puis on passe à autre chose. Ensuite, ce sont des répétitions qui pourraient donner un rythme mais qui deviennent trop récurrentes et donc un peu lassantes. On ne trouve plus de cohérence. Je chipote, je sais. J'ai une fâcheuse tendance à éplucher le style des romans que je lis. C'est parce que j'écris aussi et que j'ai moi-même des tas de défauts stylistiques, des tics d'écriture que j'essaie de résoudre comme des mauvaises habitudes. On voit toujours mieux la paille dans le livre du voisin que la poutre dans son propre manuscrit...
Je termine sur une note positive : ces légers dérapages de langue sont autant de marques attendrissantes caractéristiques d'un premier roman. C'est très prometteur et aussi très émouvant de voir la recherche de style chez quelqu'un qui sait déjà si bien créer des personnages si vivants. D'ailleurs, j'ai l'impression d'en avoir déjà croisé certains sur mes propres sentiers...

dimanche 28 septembre 2014

Lumières matinales en Auvergne

On se croirait au mois de juillet, si la rosée ne trahissait pas l'ambiance de fin de saison. La température monte dès le matin. Incroyable, mais vrai, à Gelles la bien nommée, on a chaud. Une fois n'est pas coutume, on se balade en manches courtes en ce dernier week-end de septembre, on se rue dans la lumière matinale pour voir au loin se dessiner les Puys et la Banne d'Ordanche. Quelque chose nous dit que c'est bientôt la fin : les boules rouges des mais, les gratte-culs qui mûrissent et les feuilles qui brunissent. Pour le moment, on refuse de le voir, on se voile la face de soleil et on sourit. Paraît que l'été a été tout pourri en France, il faut bien des jours de compensation... avant la truffade et les engelures...




dimanche 14 septembre 2014

La forêt de Tronçais, diva du genre

Il paraît que dans la forêt de Tronçais il y a des chênes tricentenaires... Il paraît même qu'il faut absolument aller voir ça, que c'est une forêt immense et magnifique, etc, etc... C'est ce qu'on dit. Sauf que moi, j'aime pas la forêt. La forêt, ça m'ennuie. C'est bourré de moustiques, ça sent le moisi et il n'y a pas de paysage à voir. Les allées toutes droites avec des troncs de chaque côté pendant des centaines et des centaines de mètres, ça me donne le bourdon.
D'accord, la forêt de Tronçais est, soit disant, d'après ce qu'on raconte, une forêt hors normes. Mais je reste difficile à convaincre. Il fait beau, alors pourquoi aller s'enfermer dans les bois, au lieu de marcher à ciel découvert, la vue sur l'horizon ? Le cas devient encore plus indéfendable quand j'apprends que le village de Saint Bonnet, départ de la randonnée du jour, est célèbre pour son lac sur lequel on a installé une base de loisirs. Des enfants qui crient, des adultes en maillot et des chiens qui s'ébrouent, voilà qui finit de me déprimer... Mais la voiture dévie. On ne va pas étendre notre gras sur une serviette éponge à la base de loisirs ? 
Super ! Un autre lac ! Et désert, celui-là ! Le Vieux Morat, quel drôle de nom ! On en fait le tour ? Trop bien, enfin un panorama qui en vaut la peine !... Non ? C'était juste pour me mettre l'eau à la bouche ? On bifurque vers la forêt ?... Je sens que je me suis fait avoir.
Et en plus il y a des trucs à lire ! Manquait plus que ça ! Depuis quand je fais de la randonnée pour m'instruire ! La vie d'un chêne... Tu parles... Pas sûr, contrairement à lui, que je fasse de vieux os dans cette forêt ! Balaise, l'arbre, de vivre au même endroit pendant 300 ans. Moi qui ai déjà déménagé 8 fois... Surtout que, le chêne en question, on le garde juste comme pièce de musée, il a eu un bol monstre ! Parce que les autres, ses petits copains de clairière, ils ont tous fini en tonneau ! Merci Colbert ! Les plus chanceux, là-dedans, ce sont ceux qui ont servi pour la charpente de marine. au moins, ceux-là, ils ont vu du pays !
Il n'en demeure pas moins que Tronçais, malgré ses grands airs de diva végétale, de star des forêts, n'en possède pas moins les défauts de ses concurrentes les plus médiocres : avec tous ces arbres, on voit à peine le ciel, on se fait suer à cent sous de l'heure à marcher le long de ses interminables allées, si longues qu'on a beau presser le pas, on a l'impression qu'elles n'en finissent pas. 
Vous voyez, ce n'est pas difficile d'écrire une chronique en faisant croire qu'on n'a pas aimé l'endroit qu'on a visité ? 
Allez, revenez au début et prenez cela pour de l'ironie. Relisez alors le texte en essayant d'y débusquer la curiosité, le plaisir, l'admiration, le bien-être... 

jeudi 17 juillet 2014

Château Rocher

Première incursion aux abords de la Sioule. Nous déjeunons à côté du pont roman du Pont de Menat. Au bord de la rivière, le temps s'écoule à un rythme lent, le même depuis des siècles. L'autoroute est bien loin et le calme règne.
Nous suivons une petite route à droite et, après quelques virages, nous tombons nez à nez avec une merveille historique : Château Rocher, du haut de son promontoire, domine le paysage. En face de nous, un panneau bleu indique le sentier qui mène aux ruines. Six kilomètres de circuit. Il fait une chaleur à faire la sieste sous les arbres. Qu'importe, nous nous lançons. Le sous-bois est accueillant et nous conduit jusqu'à Château Rocher, forteresse moyenâgeuse aujourd'hui en cours de rénovation, à cause d'une dégradation importante du site. 
http://chateau-rocher.fr/
Du sommet de l'éperon rocheux, nous dominons la vallée de la Sioule et comprenons l'importance stratégique d'une telle situation géographique. En contrebas, les canoës voguent sur les flots. Deux époques, deux manières de découvrir cette région pleine de surprises. 
La randonnée se poursuit par le hameau semi abandonné de Blot Rocher. Pourtant, avec sa vue imprenable sur la vallée de la Sioule et les monts alentours, avec ses maisons traditionnelles aux toits en escaliers,  Blot Rocher pourrait en séduire plus d'un. 
Par la suite, le circuit délaisse les champs et les plateaux fertiles pour s'enfoncer de nouveau dans la forêt. Nous marchons en compagnie de centaines de papillons tous plus beaux les uns que les autres, au doux son d'un ruisseau. 

Cette première incursion en Combrailles est une réussite totale : mollets fatigués et yeux éblouis, sinus chatouillés par l'odeur des foins et des fougères humides, oreilles charmées par le chant de la nature. Un cocktail qui a un fort goût de revenez-y ! 

mardi 1 juillet 2014

Les Puys dans l'orage

Dimanche 29 juin. 17h.
Nous quittons le village en direction de l'autoroute. Sur notre droite, la chaîne des Puys se fond dans un décor d'acier. Le Puy de Dôme est comme dilué. Sa matière s'est transformée, évaporée dans le ciel de métal. 
Une fois sur la voie rapide, nous avalons le bitume en surveillant, qui passe au-dessus de nos pauvres petites têtes inquiètes, un énorme nuage gris foncé à la texture de barbe à papa. Telle une explosion nucléaire, un gigantesque champignon arrondi avance comme un monstre et projette à une vitesse faramineuse son raz-de-marée anthracite sur un faible ciel bleu pâle. Les rafales de vent bousculent la voiture, fourmi s'échappant à son rythme ridicule de l'éruption du volcan. 
Soudain, c'est la grêle qui rebondit sur l'asphalte, sur la carcasse du véhicule. Le déluge rend la vision nulle et nous donne l'impression angoissante de nous trouver pris au piège dans une lessiveuse. Les dieux ont mis un euro dans la machine et appuyé en ricanant sur le bouton "on" du lavomatique. Impuissants, nous nous laissons dévorer par la nuit définitive qui règne dans l'oeil du cyclone...

samedi 4 janvier 2014

On aime l'Auvergne

On aime y arriver par l'autoroute, plein sud, puis un poil vers l'ouest. A 89 direction Bordeaux, première sortie. A ma gauche, la chaîne des puys. Quelques virages encore et nous prenons la petite route qui tortille, des raccourcis tellement connus des seuls initiés, les purs et durs du cru, que nous les ratons souvent... Nous contournons la chaîne des volcans assoupis, profil droit, profil gauche, adret, ubac et tout le toutim. Le panorama sous toutes ses coutures pour enfin s'arrêter dans un petit hameau à l'abri du bruit, de l'agitation et tout et tout. 
On aime se poser là et imaginer qu'il n'existe rien d'autre au monde. On aime regarder à la télé un reportage sur les landes du nord de l'Angleterre, de l'Irlande, et sortir marcher dans le vent, se dire qu'on y est presque, que c'est presque ça, que C'EST ça, d'ailleurs. On aime connaître ce coin du monde et ne le dire à personne, le laisser absent des GPS, le taire au reste des gens pour y être tranquille, peinard, tout seul, juste en conversation randonneuse avec le Puy de Dôme et la chaîne du Sancy tout là-bas. 
On aime rentrer au chaud et sentir la chaleur du poêle, l'odeur du fromage chaud, des crêpes, de quoi que ce soit qui rassure le coeur et réconforte le corps, et vice versa. 
On aime l'Auvergne parce qu'on aime ses vaches, ses prés, ses étangs, ses gens.
Ce n'est peut-être pas l'Himalaya, mais c'est quand même sympa !





vendredi 1 novembre 2013

L'automne sur les Puys


Arrivée sous un ciel d'azur, je n'ai même pas pris le temps de saisir l'image avec mon appareil photo, trop occupée que j'étais à admirer la brume matinale qui enveloppait encore les puys, montagnes comme flottantes au-dessus des vertes plaines qui n'avaient rien à envier à celles d'Italie. J'ai souvent séjourné en Auvergne sous la pluie, et le seul fait d'y être sous un ciel aussi limpide m'a absorbée toute une journée et m'a ôté le reflex d'emprisonner les montagnes dans la petite boîte.
Je comptais me rattraper aujourd'hui, et suis donc allée traîner mes chaussures de rando à l'ouest du département du Puy de Dôme, dans un petit coin de nature que je connais bien. Malheureusement, le ciel avait totalement changé de couleur. Au bleu avaient succédé des nuances de gris, acier, taupe, anthracite. Le paysage en était devenu plus austère, plus sévère. Et c'est en sentant les vagues de vent frais sur mon visage que je me suis dit que je vous ferais de toutes aussi belles photos ! Les arbres offraient un dégradé de couleurs chatoyantes, un arlequin de rouge, ocre, orange, jaune, brun, roux, qui rehaussait le tout et évitait que l'on se sente totalement oppressé ou envahi par la mélancolie de ce jour d'automne. 





Après une heure trente de marche, les images que je vous rapportent tentent de retranscrire l'ambiance de ce premier jour de novembre, quand l'automne est enfin arrivé et que l'hiver commence à frapper à nos portes. Ce sont des moments de joie intense pour la marcheuse que je suis, pour la photographe en herbe et l'écrivaine tout aussi amatrice, qui, enveloppée de nature, de grand vent et de nuages lourds, se sent plus inspirée pour travailler. Que voulez-vous, le ciel bleu, ça peut devenir lassant ! J'avoue quand même que j'ai déjà passé plusieurs mois en Bolivie sous des ciels d'hiver d'un bleu brillant, pur et quotidien et que je ne m'en suis jamais lassée... Mais contentons-nous de ce que chaque région peut apporter... Ici, un panorama changeant au gré des saisons et du climat, une nature enveloppante et rassurante, un monde tranquille, au rythme lent, où les rues sont des chemins de terre volcanique et où les enfants ne dessinent ni buildings, ni voitures, simplement des histoires de loups et de forêts...

dimanche 15 septembre 2013

Bourbon l'Archambault

Je sors de ma tanière (je vous parlerai incessamment sous peu et peut-être même avant d'un beau projet pour lequel je travaille) pour vous emmener en balade...
Cachée derrière la forêt de Tronçais, au bord du département de l'Allier et pas encore soumise aux climats montagnards du Massif Central se trouve la belle ville de Bourbon l'Archambault. Comme le dit le "teasing" de l'office du Tourisme, la cité est un livre d'histoire à elle toute seule, et notamment son imposante forteresse qui domine tout le paysage. Frappés du sceau de la Guerre de Cent Ans, les monuments qui sont réunis sur un petit périmètre en disent long sur la densité de l'histoire à cet endroit de France. Il faut vraiment se laisser guider par un connaisseur pour apprécier la richesse de tous les événements qui s'y sont succédés. 
Le désagréable et froid vent d'ouest n'incitant pas à la flânerie, nous choisissons aujourd'hui de ne visiter qu'une partie de ce patrimoine, sans doute attirés par l'étrange nom de la Tour Qui Qu'en Grogne. Drôle d'histoire en effet que celle de cette tour, monument défensif érigé à la demande de Louis II et dont la forme arrondie déplut aux habitants. Qu'à cela ne tienne, le souverain ne tint pas compte de la clameur populaire (rien de nouveau sous le soleil) et bâtit quand même l'édifice, qu'on baptisa du coup la Tour "Qui Qu'en Grogne ?!". Le guide, en costume d'époque, qui nous mène aux différents étages de la tour nous raconte l'époque, la guerre, les armes, les soins médicaux apportés aux soldats. C'est avec un enthousiasme et un humour communicatifs qu'il remet les choses à leur place et redonne au Moyen Age souvent méconnu sa juste valeur. Un récit qui me replonge dans cette superbe fresque historique qu'est le roman "La religion". Comme une envie de le relire...


Échaudés par le vent froid en haut de la tour, nous redescendons vers le centre-ville, qui se caractérise par un subtil mélange de vieilles pierres moyenâgeuses, d'alignements typiques des maisons de l'Allier et de bâtiments au style thermal caractéristique. Une bien belle ville en tout cas, qu'un soleil plus généreux nous poussera à revisiter plus en détails, car elle ne manque ni de caractère, ni de recoins insolites. Du pain béni pour mon oeil curieux de belles choses !

Ne serait-ce que pour rentrer dans cette si jolie petite boutique qui vend de très très très beaux carnets...

samedi 11 mai 2013

Hérisson dans l'Allier


Le Guide du Routard n'en dit qu'une ligne, et pourtant le village d'Hérisson, à quelques kilomètres de Montluçon, mérite qu'on s'y arrête plus d'une minute. Il faut flâner dans ses ruelles médiévales et laisser le regard se glisser à travers les grilles des petites cours, dans l'entrebâillement des lourdes portes, pour saisir l'ambiance toute particulière de cette cité riche d'histoire. Tout en haut de la ville, comme un trophée, s'élève la forteresse de pierres ocre et rouges, un magnifique granit ferrugineux qui donne des couleurs incroyables au soleil couchant. Entre le XII ème et le XV ème siècle, les comtes du Bourbonnais avaient affecté ici plus de 80 soldats, qui surveillaient les entrées du Berry et de l'Orléanais. Pas un château seigneurial mais bel et bien un édifice défensif, doté d'une prison et de murs d'enceinte d'une épaisseur de deux mètres cinquante. Aujourd'hui, le village d'Hérisson semble bien paisible, mais une saine agitation y règne cependant : la population s'est en effet mobilisée en association pour restaurer cette imposante construction qui souffre de l'érosion et de l'instabilité provoquée par les nombreux vols de pierres après la Révolution. Un travail énorme qui nécessite des sommes colossales, car les subventions ne font pas tout. Pour mener à bien les prochains projets, l'association doit trouver par elle-même 30% des presque 100 000  euros nécessaires. Avis aux amateurs de belles pierres !



Un peu plus loin, on peut aller à pied d'Hérisson jusqu'au hameau de Chasteloy, où l'on peut admirer les fresques de la petite église. Malheureusement, les peintures sont en ce moment en rénovation. Mais le bâtiment en lui-même, les charmantes maisons fleuries et la vue imprenable valent quand même le détour.


A quelques kilomètres, toujours à une belle altitude de 300 mètres, le village d'Huriel nous réserve encore quelques belles surprises. Malgré la pluie, n'ayons pas peur de lever les yeux vers ce magnifique donjon de la Toque, haut de 33 mètres et datant du XI ème siècle. Une construction massive, tout aussi impressionnante que la magnifique église Notre Dame, dans la partie basse du village. En forme de Croix latine, elle rappelle les églises d'Auvergne et du Limousin. 



Un périple dépaysant sur les belles routes de l'Allier, entre le patrimoine et les verts pâturages. Une escapade qui tient toute ses promesses et qui ne demande qu'à être poursuivie. 

lundi 11 mars 2013

Ciels d'Auvergne

Entre deux périodes de neige, sur les plateaux au-dessus de la petite ville de Gelles qui porte bien son nom, le nez dans le vent et la chaîne des Puys en point de mire...