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dimanche 28 avril 2019

Existe-t-il une identité basque ?

"Les trois provinces de notre versant - Labourd, Basse Navarre et Soule - sont intégrées dans l'unité française, aussi substantiellement, n'en déplaise à quelques agités locaux, que la Bretagne ou la Provence". 
Cette citation d'un ouvrage publié en 1948 et intitulé Pays Basques, volontairement au pluriel, en dit long sur le nationalisme à la française, la façon dont on a renié les cultures et les langues locales pendant une très longue période ; mais cela induit aussi une question que l'on est en droit de se poser : existe-t-il une identité basque ? Nous ne prétendons pas ici nier les particularismes culturels, ni les élever au rang de caractères pouvant relever de la constitution d'une nation. Une quelconque prise de position radicale n'est pas l'objet de cette chronique... et nous détestons nous faire des ennemis. Or, notre bref mais intense passage au Pays Basque nous a mis la puce à l'oreille. Penser, voir, déconstruire sa pensée, approfondir, démêler la complexité, parvenir à une approche de compréhension. Voilà ce que l'on se propose de restituer ici : la naïveté de voyageurs soudain éclairée par la réalité. 

Vu de l'extérieur, le Pays Basque affiche une certaine unité : architecture des maisons à pans de bois, couleur rouge sang et vert sombre sur les volets et aux fenêtres ; omniprésence du fronton au centre de chaque village et donc unité dans le sport ; langue, gastronomie, etc... On a vraiment l'impression d'être ailleurs, plus vraiment en France. Mais, lorsqu'on voyage, on sait bien qu'il est essentiel de gratter le vernis pour entrevoir ce qui se cache derrière les clichés. Car, derrière le gâteau basque et la piperade, derrière ces panneaux bilingues et ce mur de pelote qui est plus important que la mairie française, derrière ces articles de presse relatant les violences de groupes armés nationalistes, se cache une diversité, une multiplicité étonnantes. 


A notre grand étonnement, nous apprenons que de langue basque, il n'y a point. Bien sûr, on parle basque, mais chacun parle un basque différent. Dans chaque province, voire dans chaque vallée, il existe une variante de basque. Parfois, on se comprend. D'autres fois, pas tellement. On interroge : mais alors, quel est donc ce basque que l'on enseigne dans les "ikastola", ces écoles privées sous contrat avec l'Education Nationale ? Il s'agit en réalité d'une sorte de compromis entre différents patois et que l'on nomme "euskara batua", créé dans les années 60. Eh oui : pour prétendre accéder au rang de nation, encore faut-il causer le même langage, car on sait bien que l'idiome est un gage d'unité (sur ce point, on peut suivre l'excellent exemple de la France qui, pour rassembler et soumettre ses sujets, a bien pris soin d'universaliser sa langue, de l'étendre et de l'imposer par la force à tout le territoire). Or, cette prétendue langue "unifiée", tous n'y adhèrent pas. Les vieux y sont assez réticents et chacun tient personnellement, intrinsèquement à son patois local. De là à dire que le "euskara batua" est une illusion créée de toutes pièces pour servir une plus ou moins noble cause, il n'y a qu'un pas. Et puis, difficile de s'identifier à une langue dont on ne sait pas trop d'où elle vient, ni de quelle Histoire elle tire son origine...
De même, chacun revendique ses pas de danses, sa spécialité culinaire, son costume, son artisanat. En résumé, on est toujours plus basque que son voisin. On comprend alors que l'unité apparente dissimule en fait de fortes tensions internes. Mais alors, sur quelle "culture basque" s'appuient donc les indépendantistes ? 

Il ne faut pas le dire trop fort. A voix basse, en jetant des regards méfiants à droit et à gauche, on n'est pas tellement basque "pour", mais "contre", "en réaction à". Basque par opposition aux Béarnais (d'ailleurs, dans les cours d'école, il ne fait pas bon être un bâtard), basque contre le centralisme français, basque envers et contre tous. Par exemple, lorsqu'on est un basque agacé, on vote aux élections locales, mais pas plus. A la présidentielle, on ne vote pas. Cela ne nous concerne pas. Or, tous les Basques ne sont pas nationalistes. Tous les Basques n'ont pas envie d'appartenir à une nation uniformisée et qui aplatirait la diversité linguistique et culturelle de cette région si complexe. On nous a même confié, toujours à mots couverts, que si, un jour, sur un malentendu, l'indépendance était effective, elle rassemblerait une telle hétérogénéité sous une même bannière qu'elle exploserait. Mais chut... Sujet tabou. 


lundi 22 avril 2019

Escapade basque : l'intérieur

Espelette
Nous n'y achetons pas de souvenirs gustatifs. Nous n'y visitons pas le centre d'interprétation du piment AOP connu internationalement. Nous ne dévalisons pas les magasins de souvenirs. Nous comprenons que ce village, certes joli, certes entretenu, certes typique, est avant tout une vitrine, la devanture et l'une des portes d'accès à l'intérieur du Pays Basque. Si l'on n'est pas curieux, on peut s'en contenter et se laisser séduire. Il est vrai que c'est un très joli village. Or, on sent bien que, d'une part, les rues doivent être envahies de touristes en haute saison et que, d'autre part, le "vrai", l'authentique, le profond, ne se trouve pas ici. Les piments séchant sur les façades représentent à la fois la tradition et une certaine conception du folklore. Une sorte de publicité à ciel ouvert pour le produit phare de ce coin du monde. Soyons honnêtes, en guise de porte d'accès au cœur de la province du Labourd, on aurait pu faire pire. D'ailleurs, si le village ne nous avait pas autant plu, on n'y aurait pas passé plusieurs heures attablés, au soleil, en terrasse, devant de belles assiettes et de rafraîchissantes bières locales. Espelette se prête à la pause et au bavardage, et nous y avons dignement célébré cette caractéristique. 



Ainhoa
"On va me houspiller si on apprend que je ne vous ai pas amenés à Ainhoa !" Qu'à cela ne tienne, nous voilà partis ! Notre guide est une amie, nous la suivons sans rechigner. "Vous allez voir, ce village semble fabriqué de toutes pièces et on dirait qu'une fois la journée terminée et les touristes repartis, les habitants referment les volets et rentrent chez eux, en ville". Comme si les façades d'Ainhoa étaient des décors de carton-pâte, des façades seules qui n'abritaient aucune habitation, des maisons qui sonnaient creux. En toute honnêteté, nous avons moins ressenti ici cette impression de "village témoin", comme il en va des appartements, qu'à Espelette. Pas de piments, pas trop de magasins, pas de commerces satisfaisant cupidement les envies de babioles des visiteurs de passage. Un décor plus léger et plus modeste n'est pas pour nous déplaire. Et puis, dans le cimetière, au pied de l'église, on peut observer de traditionnelles pierres discoïdales dont l'ancienneté à elle seule justifie un petit détour par Ainhoa, finalement pas si figée que cela. 



Ascain
Évidemment, Ascain, c'est autre chose. On sent que de vrais gens vivent ici, dans ce village entouré par de douces montagnes, dont la Rhune, la principale attraction du coin. Nous nous refusons à dépenser vingt euros par personne pour un aller et retour en petit train alors que nous avons des jambes. D'autre part, nous n'adhérons pas à l'idée de faire à pied ce qu'un train nous offrirait la possibilité de faire. Suivre les rails et adresser des "coucou" essoufflés aux visiteurs motorisés, sans façon. Nous n'irons pas à la Rhune. Cependant, nous en savourons le symbole. Cette montagne protectrice qui domine le village a tout d'un sommet mythique, presque mythologique. En fait, il s'agit surtout d'une place forte napoléonienne, mais laissez-nous rêver ! Ascain, d'ailleurs, se prête à la rêverie. Celle que l'on peut faire sur son pont romain (en fait du XVème siècle), de pierres, au bord de la rivière bavarde. Celle provoquée par nos pas qui, au fil de l'eau, visitent le village, tombent nez à nez avec les habitants discrets, relèvent les yeux vers la montagne, toujours. Nous n'avons pas de chance : le village entier est en travaux. On prépare la saison. Refusant d'envisager une quelconque once d'agitation ou de bruit qui pourrait trahir l'impression de bien-être que provoque ce tableau bucolique, nous quittons Ascain avec des regards attendris. 




Sare
Je déteste l'expression "coup de cœur", trop superficielle et restrictive. Je lui préfère osmose, reconnaissance, connexion, cohérence, frissonnement et tous les qualificatifs qui décriraient, avec plus ou moins de précision, ce rapport étroit, ce lien invisible qui nous relie soudain à un lieu. On trouve le paysage beau, accueillant, les villages jolis et puis, tout à coup, c'est autre chose. Les collines prennent des formes maternelles, les lacets de la route se dessinent de manière évidente. L'environnement ressemble à ce que nous portons en nous, épouse notre caractère et nos états d'âme. Lorsqu'on descend de voiture, que l'on marche un peu dans les ruelles, les murs nous parlent et nous racontent des histoires connues, mille fois entendues. Inexplicablement, les odeurs sont familières, aucune couleur, aucune texture ne dénote. Chaque chose est miraculeusement à sa place. Tout s'explique. Musicalement, il s'agirait d'une symphonie sans fausse note, d'une composition parfaite. Alors, on avance, confiant. Nos pas savent où ils vont. Sur le chemin empierré, on s'arrête. Plus rien n'a de sens que la contemplation immobile, tous sens en alerte. On comprend, sans le formuler, que cet endroit est idéal. Que l'on pourrait ne plus en bouger, jamais. Y passer le restant de ses jours. Comblé. Apaisé. Heureux. Gratitude. Moment rare. Sare. 



samedi 20 avril 2019

Escapade basque : la villa Arnaga

Parmi les personnalités qui ont un rapport avec le Pays Basque, il y a bien entendu quelques footballeurs illustres, Luis Mariano, Georges Guérary, Maurice Ravel (dans un autre registre) et Edmond Rostand. Il faut l'avouer, nous ne savons pas grand chose sur le bonhomme. Tout juste Cyrano. Au comble de notre ignorance, sans savoir pourquoi ni comment, nous avions même gratifié son patronyme d'une particule. Il s'agissait de ne pas faire trop d'impairs lors de la visite de cette villa emblématique. 
Nous nous étions rendus à Cambo les Bains, ville thermale fleurie, verte et chic, comme toutes les villes d'eaux du monde, mais c'est la villa Arnaga, située un peu à l'extérieur, qui nous a attirés. Onze heures trente, nous nous présentons à l'accueil. Très gentiment, la dame chargée de nous délivrer les entrées nous conseille de revenir plus tard, dans l'après-midi, car nous ne disposons que d'une petite heure pour parcourir les vingt pièces de la demeure, ainsi que ses jardins. Selon elle, c'est trop peu. Peu nous importe : nous n'avons pas l'intention de lire l'entièreté des explications et nous nous pensons en meilleure forme, sans aucune espèce de mépris de notre part, que la plupart des visiteurs retraités du jour. En effet, après quelques minutes à suivre une allée du parc, nous voici devant la villa. Il s'agit d'une imposante demeure de style basque que l'écrivain a fait bâtir au début du XXème siècle et dont la construction n'aura duré que trois ans. Une sorte de caprice monumental. Il est vrai que le résultat est digne d'admiration. Toutefois, l'intérieur nous déroute. Les décors sont extrêmement chargés, théâtraux, colorés, presque étouffants. Il faut dire que Rostand a tenu expressément à ce que les meilleurs artistes du moment s'expriment sur les murs de sa maison, quitte à surcharger les surfaces. Dans la salle à manger, devant cet étalage de boiseries et de marbre, on se demande un instant si le monsieur n'en a pas fait "un tout petit peu trop"... On lui pardonne, mais s'il s'agissait d'y habiter (pourquoi s'interdire de rêver ?), nous apporterions à l'ensemble une bonne dose de sobriété. Il n'y a guère que la cuisine et la salle de bains ensoleillée qui nous ravissent. En réalité, dans chacune des pièces que nous explorons, c'est vers les fenêtres que nous sommes attirés et vers cette vue, tant à l'avant qu'à l'arrière de la villa, sur les jardins. Une fois les vingt-et-une salles visitées, nous nous empressons de sortir. Il fait beau, pourquoi rester enfermés plus longtemps ? 
Effectivement, la réalité ne dément pas l'impression que nous en avions. Nous commençons par nous émerveiller du jardin anglais avec ses arbres vénérables qui forment un entrelacement de feuillages divers. Il faut dire que Rostand, dans le genre impatient, avait refusé tout net de devoir suivre la lente évolution d'arbrisseaux à peine naissants sous ses fenêtres. Il a exigé que l'on apporte des spécimens déjà grands et dont le transport jusqu'à la villa n'a pas dû être une mince affaire. Sur le côté, une tonnelle dégoulinante d'odorantes glycines nous conduit jusqu'aux jardins à la française. Plus sévères, tracés au cordeau, ils se prêtent moins à la rêverie poétique qu'à la contemplation de la nature domptée. Pourtant, on ne peut pas dire qu'ils aient un aspect désagréable : les jets d'eaux, la colonnade et le bassin reflétant la villa forment un panorama tout à fait supportable. D'ailleurs, on se dit que, pour un artiste en recherche d'un calme inspirant et propice à la création, le lieu est assez idéal. Nous saluons les poules dont les looks variés témoignent d'une certaine originalité (en matière de poules, nous sommes tout aussi ignorants que dans le domaine littéraire), puis quittons les lieux avec l'impression d'avoir pénétré dans une demeure de contes de fées, dans un jardin merveilleux en dehors du temps. 






vendredi 19 avril 2019

Escapade basque : San Sebastian

Après avoir parcouru, en voiture et à pied, la côte basque de Bidart à Hendaye ; après avoir fait des sauts de puces, garé le véhicule, remis la veste, chaussé le sac à dos, marché, visité, mesuré, ressenti, humé, quitté le sac et la veste, repris le véhicule, roulé encore, on se demande si nous disposons encore de l'énergie nécessaire pour franchir enfin la frontière et rencontrer San Sebastian que nous avions désigné comme le point final de cette longue journée. Finalement, avec le zeste de curiosité nécessaire à la poursuite du périple, nous nous décidons. Concentration extrême, lecture des panneaux, feeling, sens de l'orientation, débrouillardise, nous voilà dans un parking souterrain. Avec cette histoire de ne pas vraiment savoir où on allait, on n'a même pas prêté attention à ce qui nous entourait. On a juste dit "oui, ce n'est pas trop moche" tandis qu'on opérait un tour complet de rond-point pour repartir en sens inverse. Ce n'est qu'en remontant à la surface de la terre, au niveau de la mer, que l'on réalise véritablement que San Sebastian a mille atouts pour nous séduire. 
D'abord, les grandes avenues sont bordées d'immeubles chics, élégants, dignes et fiers. Ensuite, il y a ces ponts ornés de superbes lampadaires un peu rococo, mais qui sont tout à fait à leur place dans cette scène quasi théâtrale. D'ailleurs, malgré son ambitieuse modernité, le palais des Congrès Kursaal, cube de verre faisant face à l'océan, ne dénote absolument pas dans ce décor où tout est permis. De l'autre côté du pont, le théâtre Victoria Eugenia se la pète grave. On l'a compris, à San Sebastian, on ne fait pas dans la demi-mesure. 
Allons vers l'intérieur. Au centre du boulevard Zumardia, la promenade est paisible et longe des dizaines de mètres de magasins, de cafés et de restaurants, mais nous préférons arpenter les ruelles. Nos pas nous conduisent à travers des rues dont les balcons aux fenêtres nous rappellent que nous sommes en Espagne. Finalement, nous arrivons à la plaza de la Constitucion où des enfants jouent au football et où des vieux sirotent une bière ou un café, en terrasse. Ce que les voisins français aiment à retrouver en se rendant régulièrement à San Sebastian, c'est cette ambiance estivale en permanence, cette coutume de vivre dehors et de peupler les rues (sans doute à cause de l'étroitesse des appartements, mais peu importe la cause, pourvu que le résultat nous séduise). Il est vrai que les gens déambulent, rient, bavardent énergiquement, vont et viennent bras dessus, bras dessous dans le parc qui borde l'océan et au bout duquel trône l'hôtel de ville. 
Le soleil décline et nous ne nous lassons pas de cette envoûtante baie de la Concha, ce coquillage marin arrondi et maternel, paume de la main, au centre duquel l'île de Santa Clara fait comme un rappel de la terre avant l'immensité océanique. Il faut bien le dire, nous pavanons. Car, à San Sebastian, on ne se prend pas pour n'importe qui. Immédiatement, dès qu'on en foule le sol, c'est une ville qui incite à se redresser, à marcher tête haute ; une cité qui révèle la beauté et dans laquelle on ne peut que se sentir riche. De ce que l'on voit, de ce que l'on ressent. Riche de bijoux, de ciels, de sable doré et de soleil. Riche de l'expérience d'avoir franchi la frontière. Riche de cette belle rencontre. 











lundi 15 avril 2019

Escapade basque : la côte

Bidart
Première escale das notre descente vers le sud, le long de cette sublime côte basque. Au cœur du village, des enfants en liberté jouant devant le fronton. Pas de barrières. Pas de grillages. Pas de harnais, ni de laisses. Ils jouent. Librement. Et c'est vivifiant. Aussi vivifiant que le vent qui nous pousse vers la côte. Du haut des falaises, nous dominons le monde. Mieux, nous nous fondons dans le paysage. Et pas de plus et c'est le plongeon. Pays basque, terre de liberté. Revendication intensément humaine, en témoigne le mémorial de la Seconde Guerre Mondiale et, avant tout, pour la paix. On passe des barreaux à une fenêtre béante sur l'horizon, sans entraves. On goûte le symbole, la correspondance intime avec le paysage. On se tait devant la grandeur de ces deux forces réunies : la liberté et l'océan, indomptables et indissociables jumeaux. 




Guétary
Il pleuviote. Paraît que c'est une coutume basque que d'accueillir les visiteurs par une légère pulvérisation. On s'en fiche : rien ne nous arrête. Tout nous étonne. Nous sommes à Guétary. Plutôt que de se lamenter sous la pluie, de maudire les restaurants fermés, on profite du calme hors saison, des volets clos, du silence. Dans ce cocon aux couleurs de l'enfance, on pourrait se planquer, fuir le monde, s'isoler. Personne ne nous retrouverait jamais. On rit de cette idée, au chaud devant une galette basco-bretonne, sarrasin et piperade, face à la mairie dont le fronton dispute l'autorité. Guétary, dis, si la vie nous bousculait, tu nous recueillerais ? 


Saint Jean de Luz
Là, c'est autre chose. C'est plus grand, plus ville. Qu'elle est belle, la baie ! Toute ronde, quasi fermée, à l'abri des tempêtes. Je me souviens d'une chanson apprise à l'école primaire et qui parlait de "Saint Jean de Luz en fête". Exotique, à l'époque, pour qui vivait dans un plat pays au centre de rien. C'était aussi la ville de Bixente Lizarazu, idole du football et ça sonnait bien. En vrai, Saint Jean de Luz, c'est un endroit magnifique. La côte tout en rond fait comme une perle sertie sur un collier de ruelles entremêlées et qui se rejoignent en places chaleureuses, convergent vers le joli petit port intérieur. Dans les rues piétonnes, pas de grandes enseignes, pas de marques internationales. Du particularisme, de l'inventivité, de la créativité, du local. Des vêtements ; du linge basque ; les inévitables espadrilles qui se déclinent en mille modèles, modernes, colorés ; des chocolats, artisanaux, superbes. Rien que de l'artisanal. Ce n'est pas du folklore, c'est juste du talent. Voilà, c'est cela : Saint Jean de Luz a du talent. Saint Jean de Luz est une belle femme qui sait se mettre en valeur.




Ciboure et Socoa
De l'autre côté du port, en face, il y a celui de Ciboure, patrie de Maurice Ravel. Typique, de carte postale, bordé de maisons à pans de bois colorés qui se font concurrence par leur coquetterie. Et puis, si l'on poursuit le long de la corniche, on arrive à Socoa et son fort bâti sous le règne de Louis XIII. Aujourd'hui, plus besoin de se protéger de l'ennemi. Le bâtiment, désaffecté, est en cours de rénovation. Passé de place forte tantôt convoitée par les Espagnols, tantôt par les Anglais ; à un site stratégique pendant la Seconde Guerre Mondiale dans lequel on a encore récemment retrouvé une bonne dizaine d'obus ; pour terminer sa course comme lieu d'accueil pour les activités sportives de voile de l'UCPA... le fort de Socoa est en train de se refaire une beauté afin de devenir un centre universitaire à la rentrée 2021. On se demande si, au fond, on ne devrait pas plutôt le laisser tranquille. Lui octroyer le droit de ne plus servir à rien, de mourir d'une belle mort, rongé par les vagues et les embruns. Et puis, la vue sur l'océan risquerait de mettre en péril la concentration des étudiants... 


Hendaye
C'est là que se termine notre périple le long de la côte basque française. Avant de passer la frontière, nous voulons visiter Hendaye. Après les merveilles que nous venons de parcourir, nos jambes sont fourbues et nos regards aiguisés par tant de beautés deviennent critiques. Hendaye ne passe pas le test. Nous manquons le château, nous remettons de la déception que nous cause la morne visite du centre-ville en nous enfilant un gâteau basque à la crème, sur un banc, face à la pharmacie phosphorescente. Heureusement, il y a l'immense port. Les mâts des bateaux qui font gling gling sous l'effet du vent qui vient y jouer aux quilles sont une musique familière à nos oreilles. Les grands hôtels encore désertés sont une promesse d'animation estivale. Et puis, la plage est interminable. Du sable plein les baskets, heureux, nous marchons en terrain connu. Rassurés, nous déguerpissons sans demander notre reste. 



dimanche 14 avril 2019

Escapade basque : Biarritz

Il est loin, le temps de la pêche à la baleine ! Pourtant, ce qui frappe en arrivant à Biarritz, ce ne sont pas immédiatement le luxe et les belles villas. C'est d'abord cet horizon sans fin, ce front de mer interminable et ces vagues qui déferlent sans arrêt sur les murs. Les rochers imposants, l'océan furieusement libre et l'ombre des montagnes, au loin, dans le contre-jour. On s'aventure au plus près, on se fait doucher par les assauts de la mer et on franchit la passerelle qui nous mène au rocher de la Vierge, sorte de bout du monde qui offre une large vue sur la baie. 
Dans un deuxième temps, rassasié de vent, de soleil et d'embruns, on se met à l'abri dans les rues, à l'ombre des villas dont les jardins sont plantés d'exotiques palmiers. Les maisons sont fières et robustes, protégées par de hauts murs qui les préservent des regards curieux et des colères océanes. Tout autour de la ville, les collines de velours, douces courbes, font écho par leur couleur à celle des volets des belles demeures. En contrebas, à l'abri, on pénètre dans le petit quartier de pêcheurs avec ses typiques maisonnettes. Un mini village pittoresque et qui dénote le caractère maritime de la ville. Biarritz, ce n'est pas qu'un lieu privilégié de villégiature. C'est aussi la pêche, le terroir, l'authentique. Deux mondes qui cohabitent. Se rencontrent-ils ? Bien évidemment, il n'est pas détestable de prendre un verre, cher, à la terrasse du casino et de se prendre pour une star en compagnie de quelques moineaux grignoteurs et familiers. 






Biarritz ouvre et ferme notre séjour basque. Nous terminons notre périple au pied du phare, pour avoir une autre vision de la ville, un avis sur le soleil couchant, quelques restes d'horizon dans la rétine. La promenade y est sublime, en fin d'après-midi, quand le soleil joue à éblouir la surface de l'océan. 
Pour nous remettre de nos émotions, nous dînons au Bar Jean, dans le quartier des Halles. Nous nous gavons de tapas. Attention, il ne s'agit pas de pain et de jambon. Nous parlons de pain croustillant ou brioché, de rillettes de poisson savoureusement fondantes, de crustacés parfumés, de poissons brillants de fraîcheur, d'oignons rouges confits et sucrés, de petits piments marinés, de charcuterie de pays. Nous parlons d'un endroit où on pose son téléphone, où on oublie le temps et l'espace et où le palais devient l'antichambre du paradis. 
Nous quittons Biarritz pour cet article, repus de bontés, de beautés et de saveurs... mais nous avons encore mille richesses basques à te dévoiler, cher lecteur ! 


(photo : Bar Jean) 

vendredi 29 septembre 2017

Mon top 10 des livres qui te font voyager...et réfléchir sur le voyage

La rubrique "livres" du blog étant très très très très fournie, voici une sélection de 10 livres ou auteurs qui te feront voyager, immobile dans ton canapé, mais mobile dans ta tête et dans tes rêves, et qui par la même occasion te feront réfléchir sur le sens du voyage ainsi que sur la manière dont tu le racontes, toi, modeste bloggeur... Prêt ? On y va ?

Bernard Ollivier, La longue marche
La route de la soie s'ouvre à vous, sans aucun obstacle, telle que Bernard Ollivier décide de la parcourir à 61 ans. Remise en question de toute son existence, départ géographique après le départ de sa femme, besoin de réapprendre à marcher sans elle. Plus qu'un projet de voyage, une interrogation existentielle qui le conduit jusqu'à X'ian. Anatolie, Iran, Ouzbékistan, Chine, les paysages défilent et ce que l'on croyait être un récit de marche solitaire se transforme en un collier dont les perles sont les multiples rencontres faites sur le chemin. Courage. Humilité. Et cette citation chère à mon cœur et qui définit parfaitement ma vision du voyage et du monde en général. Les gens avant tout, pas forcément très loin de soi, et s'intéresser à eux, à leur histoire, à ce qu'ils ont à nous dire et à nous apprendre :
"Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village,et une soupe, attablé avec des inconnus". 
Bernard Giraudeau
L'oeuvre de l'artiste en général. Depuis ses documentaires et sa voix envoûtante et déjà exotique, jusqu'à ses livres, invitations au voyage. Mais pas au voyage touristique, prévisible. Non. Au voyage cru, rude parfois, piquant, aux récits des hommes revêches, des marins sans port et des femmes au passé incertain, mi déesses mi putains. Si la mélancolie poétique vous tente, si un aller sans retour dans les bas fonds des cités portuaires ne vous effraie pas, Bernard Giraudeau, avec sa prose sans égal, sera le guide qu'il vous faut dans les méandres du monde. 

Tintin
Même adulte, la lecture des aventures du jeune journaliste belge nous procure encore des frissons, de l'émotion et de la joie. Indémodable, Tintin se lit à tous les âges et à toutes les époques. C'est Le Temple du Soleil qui m'a fait découvrir le Pérou et m'a donné l'envie irrésistible d'aller voir les Andes en vrai. Ce sont ses incroyables enquêtes qui m'ont tenue en haleine durant toute mon enfance et mon adolescence qui m'ont donné la curiosité d'aller découvrir le monde. 

Isabelle Autissier, L'amant de Patagonie
Un magnifique roman après la lecture duquel on n'a qu'une seule envie : filer tout droit en Patagonie. Là, dans le grand sud, redécouvrir autrement ces terres hostiles et reprendre contact avec ces peuples massacrés puis oubliés. Isabelle Autissier retrace dans son roman l'histoire de la rencontre ratée entre les colons européens et les autochtones, cette immense méprise qui nous a fait prendre, nous, les blancs, les indigènes pour des sauvages. Or, sauvages, nous l'étions complètement et nous le sommes restés, sans aucun état d'âme, jusqu'à l'assassinat du dernier Ona, du dernier Alakaluf. Laissez-vous emporter dans les paysages sublimes de la Patagonie, à la suite d'un auteur qui nous livre ici un hymne à cette terre et aux gens qui l'ont un jour peuplée. 

Paul Théroux, Patagonie Express
Le titre nous ramène au livre précédent, pourtant tous les deux n'ont rien à voir. Le livre de Théroux est un éloge au voyage pour le voyage, qu'importe le but pourvu que les routes soient belles. Un matin, il s'éclipse. Il prend le métro de Boston comme des milliers de gens qui vont travailler, à cette différence près : lui ne se rend pas au bureau mais... en Patagonie. De train en train, Théroux traverse l'Amérique du Nord au Sud, passe toutes les frontières et décrit ce qu'il voit, sans autre volonté que celle de raconter et d'avancer. Pas d'idéalisation touristique. Pas de visites. Pas de musées. Juste le train et les populations locales qu'il croise dans leur élément naturel et sur lesquelles il ne porte pas de jugement. Un anti tour du mondiste, anti routard, anti instagramer et ça fait du bien ! 

Claudie Gallay, Les déferlantes
Voyage intérieur autant que géographique. La Hague ne semble pas un lieu tellement passionnant pour un voyage littéraire, et pourtant... Le vent, les tempêtes, l'iode, les falaises, le phare, la pluie battante, les oiseaux partout. On se retrouve dans une atmosphère parfaite pour se retirer de l'agitation du monde. Le voyage n'est pas forcément une succession de lieux à voir que l'on enchaîne sans les approfondir. Il peut être aussi immobile et favorable à un travail d'introspection. Seule avec ses tourments dans une région au climat tourmenté, la protagoniste nous donne furieusement envie de venir l'accompagne dans ses marches interminables sur la lande battue par les vents...

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée
Voyage itinérant mais avant tout séjour incroyable au cœur de la langue française et des mots. Car, pour décrire un itinéraire ou un séjour, on croit souvent que l'alignement de toponymes et de superlatifs suffit. Or, Rufin nous remet à notre place de gribouilleurs de récits pour nous montrer ce que c'est vraiment que l'écriture du voyage. Il est possible que la lecture de ce livre ne vous donne même pas envie de "faire Compostelle", puisqu'on vous l'aura raconté avec tellement de génie qu'il vous semblera impossible de vivre en vrai un tel pèlerinage géographique, religieux et littéraire à la fois !  

Frances Mayes, Sous le soleil de Toscane
Le vaste débat de la résidence secondaire à l'étranger. La Toscane, pour ces Américains en quête de calme et de soleil. Et toutes les péripéties de maçonnerie, peinture et jardinage qui vont de pair avec la rénovation d'une vieille bâtisse dans une région du monde où l'on demeure malgré tout un étranger. Lé récit est tellement vivant et généreux qu'on a envie de venir les aider. Et puis il y a toutes ces saveurs, les tomates gorgées de soleil, l'huile d'olive qui coule comme une fontaine d'or, le sucre des fruits mûrs. Le voyage, en plus d'être un déplacement ou, comme dans ce livre, une installation, est aussi une aventure culinaire. Oui, le voyage se goûte et on en redemande ! 

Lolita Séchan, Les brumes de Sapa
Préparez-vous à chausser votre sac à dos pour suivre Lola dans ses innombrables avions, dans ses allers et retours incessants entre son monde et celui de son amie vietnamienne. Au départ, c'est un voyage intérieur qui a besoin d'aller voir ailleurs si son Moi y est. Et puis l'égocentrisme s'efface au profit de l'amitié. Alors, l'humain dans ce qu'il a de plus beau et de plus pur peut enfin éclater au grand jour. Oui, on peut s'attacher à des habitants des pays que l'on visite. Non, l'amour comme l'amitié n'ont pas de races, pas de frontières autres que celles que nous nous mettons dans la tête. Pas de descriptions de paysages ici, pas de mise en mots du décor : les dessins parlent d'eux-mêmes et on y plonge agréablement sans pouvoir en détacher nos yeux éblouis par tant de beauté. 

Emilie Beaudet, Bolivia Road Movie
Oui, j'y suis allée de mon petit roman voyageur. Oui, j'avoue, j'ai fait ça. Je ne sais pas ce que ça vaut, c'est à vous de le dire, mais j'avais envie de raconter autrement que par le blog quelque chose de mes voyages en Bolivie, quelque chose qui ferait voir le pays tel qu'il est, autrement que par ses musées et son folklore et qui en même temps me permettrait de glisser là-dedans des personnages qui ressemblent à des gens que j'ai croisés sur ma route et que j'ai trouvés beaux.