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lundi 6 mai 2019

Hossegor et Capbreton

Il fait bon de se rappeler, au cœur d'un printemps trop intimidé et qui craint de montrer le bout de son nez, que le beau temps a existé. Qu'un jour, le soleil nous a inondé, enveloppé. 
Comment s'est-on retrouvé là ? En prenant la route, en allant au nord chercher la chaleur quand, la plupart du temps, on vise le sud. Or, lorsque le sud est montagneux, nuageux, frileux, il existe des nord réconfortants. Le Pays Basque faisait la gueule, on s'est permis l'infidélité de filer à l'anglaise vers les Landes. Hossegor et Capbreton nous tendaient les bras, comment pouvions-nous résister à leurs avances ? L'opération séduction a fonctionné à fond. Les plages immenses de sable fin, clair, éblouissant sous l'éclairage cru du soleil nu ; le ciel d'un bleu du même nom, inégalable ; l'océan furieux, sensuel de rouleaux et d'ondulations, entier, fier et fauve, indomptable ; et le vent, que dire du vent ? joueur, riant de nos chevelures échevelées, de nos yeux larmoyants de grains de sable immiscés et de cet inqualifiable bonheur que l'on ne connaît qu'en se fiançant aux éléments. 
On aurait bien marché des heures sans s'arrêter, envoyé péter les pendules, fait des allers et retours sans fin d'un bout à l'autre de la plage interminable. Éternité. Pourtant, il nous restait une chose essentielle à faire : espionner les villas. Évaluer leur degré de beauté, mettre des notes aux palmiers et aux autres grands arbres dans les jardins, poser devant les grilles fermées en prenant des airs de propriétaires comblés, traquer les terrasses et les piscines, compter les aiguilles de pins et le nombre de volets ouverts en cette période pré estivale. Rues désertes. Calme plat. Les déferlantes de vacanciers : même pas en rêve ! On était seul au monde et on aimait ça. Disposer du paysage. Être les seuls à le regarder. Avoir la ville entière rien que pour nous. Égoïstes et insolents d'une indétrônable et invincible joie enfantine. 
Lorsque nous sommes retournés au sud, la météo avait cédé à nos caprices : il faisait beau. On a ri. On avait gagné.  







dimanche 28 avril 2019

Existe-t-il une identité basque ?

"Les trois provinces de notre versant - Labourd, Basse Navarre et Soule - sont intégrées dans l'unité française, aussi substantiellement, n'en déplaise à quelques agités locaux, que la Bretagne ou la Provence". 
Cette citation d'un ouvrage publié en 1948 et intitulé Pays Basques, volontairement au pluriel, en dit long sur le nationalisme à la française, la façon dont on a renié les cultures et les langues locales pendant une très longue période ; mais cela induit aussi une question que l'on est en droit de se poser : existe-t-il une identité basque ? Nous ne prétendons pas ici nier les particularismes culturels, ni les élever au rang de caractères pouvant relever de la constitution d'une nation. Une quelconque prise de position radicale n'est pas l'objet de cette chronique... et nous détestons nous faire des ennemis. Or, notre bref mais intense passage au Pays Basque nous a mis la puce à l'oreille. Penser, voir, déconstruire sa pensée, approfondir, démêler la complexité, parvenir à une approche de compréhension. Voilà ce que l'on se propose de restituer ici : la naïveté de voyageurs soudain éclairée par la réalité. 

Vu de l'extérieur, le Pays Basque affiche une certaine unité : architecture des maisons à pans de bois, couleur rouge sang et vert sombre sur les volets et aux fenêtres ; omniprésence du fronton au centre de chaque village et donc unité dans le sport ; langue, gastronomie, etc... On a vraiment l'impression d'être ailleurs, plus vraiment en France. Mais, lorsqu'on voyage, on sait bien qu'il est essentiel de gratter le vernis pour entrevoir ce qui se cache derrière les clichés. Car, derrière le gâteau basque et la piperade, derrière ces panneaux bilingues et ce mur de pelote qui est plus important que la mairie française, derrière ces articles de presse relatant les violences de groupes armés nationalistes, se cache une diversité, une multiplicité étonnantes. 


A notre grand étonnement, nous apprenons que de langue basque, il n'y a point. Bien sûr, on parle basque, mais chacun parle un basque différent. Dans chaque province, voire dans chaque vallée, il existe une variante de basque. Parfois, on se comprend. D'autres fois, pas tellement. On interroge : mais alors, quel est donc ce basque que l'on enseigne dans les "ikastola", ces écoles privées sous contrat avec l'Education Nationale ? Il s'agit en réalité d'une sorte de compromis entre différents patois et que l'on nomme "euskara batua", créé dans les années 60. Eh oui : pour prétendre accéder au rang de nation, encore faut-il causer le même langage, car on sait bien que l'idiome est un gage d'unité (sur ce point, on peut suivre l'excellent exemple de la France qui, pour rassembler et soumettre ses sujets, a bien pris soin d'universaliser sa langue, de l'étendre et de l'imposer par la force à tout le territoire). Or, cette prétendue langue "unifiée", tous n'y adhèrent pas. Les vieux y sont assez réticents et chacun tient personnellement, intrinsèquement à son patois local. De là à dire que le "euskara batua" est une illusion créée de toutes pièces pour servir une plus ou moins noble cause, il n'y a qu'un pas. Et puis, difficile de s'identifier à une langue dont on ne sait pas trop d'où elle vient, ni de quelle Histoire elle tire son origine...
De même, chacun revendique ses pas de danses, sa spécialité culinaire, son costume, son artisanat. En résumé, on est toujours plus basque que son voisin. On comprend alors que l'unité apparente dissimule en fait de fortes tensions internes. Mais alors, sur quelle "culture basque" s'appuient donc les indépendantistes ? 

Il ne faut pas le dire trop fort. A voix basse, en jetant des regards méfiants à droit et à gauche, on n'est pas tellement basque "pour", mais "contre", "en réaction à". Basque par opposition aux Béarnais (d'ailleurs, dans les cours d'école, il ne fait pas bon être un bâtard), basque contre le centralisme français, basque envers et contre tous. Par exemple, lorsqu'on est un basque agacé, on vote aux élections locales, mais pas plus. A la présidentielle, on ne vote pas. Cela ne nous concerne pas. Or, tous les Basques ne sont pas nationalistes. Tous les Basques n'ont pas envie d'appartenir à une nation uniformisée et qui aplatirait la diversité linguistique et culturelle de cette région si complexe. On nous a même confié, toujours à mots couverts, que si, un jour, sur un malentendu, l'indépendance était effective, elle rassemblerait une telle hétérogénéité sous une même bannière qu'elle exploserait. Mais chut... Sujet tabou. 


vendredi 19 avril 2019

Escapade basque : San Sebastian

Après avoir parcouru, en voiture et à pied, la côte basque de Bidart à Hendaye ; après avoir fait des sauts de puces, garé le véhicule, remis la veste, chaussé le sac à dos, marché, visité, mesuré, ressenti, humé, quitté le sac et la veste, repris le véhicule, roulé encore, on se demande si nous disposons encore de l'énergie nécessaire pour franchir enfin la frontière et rencontrer San Sebastian que nous avions désigné comme le point final de cette longue journée. Finalement, avec le zeste de curiosité nécessaire à la poursuite du périple, nous nous décidons. Concentration extrême, lecture des panneaux, feeling, sens de l'orientation, débrouillardise, nous voilà dans un parking souterrain. Avec cette histoire de ne pas vraiment savoir où on allait, on n'a même pas prêté attention à ce qui nous entourait. On a juste dit "oui, ce n'est pas trop moche" tandis qu'on opérait un tour complet de rond-point pour repartir en sens inverse. Ce n'est qu'en remontant à la surface de la terre, au niveau de la mer, que l'on réalise véritablement que San Sebastian a mille atouts pour nous séduire. 
D'abord, les grandes avenues sont bordées d'immeubles chics, élégants, dignes et fiers. Ensuite, il y a ces ponts ornés de superbes lampadaires un peu rococo, mais qui sont tout à fait à leur place dans cette scène quasi théâtrale. D'ailleurs, malgré son ambitieuse modernité, le palais des Congrès Kursaal, cube de verre faisant face à l'océan, ne dénote absolument pas dans ce décor où tout est permis. De l'autre côté du pont, le théâtre Victoria Eugenia se la pète grave. On l'a compris, à San Sebastian, on ne fait pas dans la demi-mesure. 
Allons vers l'intérieur. Au centre du boulevard Zumardia, la promenade est paisible et longe des dizaines de mètres de magasins, de cafés et de restaurants, mais nous préférons arpenter les ruelles. Nos pas nous conduisent à travers des rues dont les balcons aux fenêtres nous rappellent que nous sommes en Espagne. Finalement, nous arrivons à la plaza de la Constitucion où des enfants jouent au football et où des vieux sirotent une bière ou un café, en terrasse. Ce que les voisins français aiment à retrouver en se rendant régulièrement à San Sebastian, c'est cette ambiance estivale en permanence, cette coutume de vivre dehors et de peupler les rues (sans doute à cause de l'étroitesse des appartements, mais peu importe la cause, pourvu que le résultat nous séduise). Il est vrai que les gens déambulent, rient, bavardent énergiquement, vont et viennent bras dessus, bras dessous dans le parc qui borde l'océan et au bout duquel trône l'hôtel de ville. 
Le soleil décline et nous ne nous lassons pas de cette envoûtante baie de la Concha, ce coquillage marin arrondi et maternel, paume de la main, au centre duquel l'île de Santa Clara fait comme un rappel de la terre avant l'immensité océanique. Il faut bien le dire, nous pavanons. Car, à San Sebastian, on ne se prend pas pour n'importe qui. Immédiatement, dès qu'on en foule le sol, c'est une ville qui incite à se redresser, à marcher tête haute ; une cité qui révèle la beauté et dans laquelle on ne peut que se sentir riche. De ce que l'on voit, de ce que l'on ressent. Riche de bijoux, de ciels, de sable doré et de soleil. Riche de l'expérience d'avoir franchi la frontière. Riche de cette belle rencontre. 











lundi 15 avril 2019

Escapade basque : la côte

Bidart
Première escale das notre descente vers le sud, le long de cette sublime côte basque. Au cœur du village, des enfants en liberté jouant devant le fronton. Pas de barrières. Pas de grillages. Pas de harnais, ni de laisses. Ils jouent. Librement. Et c'est vivifiant. Aussi vivifiant que le vent qui nous pousse vers la côte. Du haut des falaises, nous dominons le monde. Mieux, nous nous fondons dans le paysage. Et pas de plus et c'est le plongeon. Pays basque, terre de liberté. Revendication intensément humaine, en témoigne le mémorial de la Seconde Guerre Mondiale et, avant tout, pour la paix. On passe des barreaux à une fenêtre béante sur l'horizon, sans entraves. On goûte le symbole, la correspondance intime avec le paysage. On se tait devant la grandeur de ces deux forces réunies : la liberté et l'océan, indomptables et indissociables jumeaux. 




Guétary
Il pleuviote. Paraît que c'est une coutume basque que d'accueillir les visiteurs par une légère pulvérisation. On s'en fiche : rien ne nous arrête. Tout nous étonne. Nous sommes à Guétary. Plutôt que de se lamenter sous la pluie, de maudire les restaurants fermés, on profite du calme hors saison, des volets clos, du silence. Dans ce cocon aux couleurs de l'enfance, on pourrait se planquer, fuir le monde, s'isoler. Personne ne nous retrouverait jamais. On rit de cette idée, au chaud devant une galette basco-bretonne, sarrasin et piperade, face à la mairie dont le fronton dispute l'autorité. Guétary, dis, si la vie nous bousculait, tu nous recueillerais ? 


Saint Jean de Luz
Là, c'est autre chose. C'est plus grand, plus ville. Qu'elle est belle, la baie ! Toute ronde, quasi fermée, à l'abri des tempêtes. Je me souviens d'une chanson apprise à l'école primaire et qui parlait de "Saint Jean de Luz en fête". Exotique, à l'époque, pour qui vivait dans un plat pays au centre de rien. C'était aussi la ville de Bixente Lizarazu, idole du football et ça sonnait bien. En vrai, Saint Jean de Luz, c'est un endroit magnifique. La côte tout en rond fait comme une perle sertie sur un collier de ruelles entremêlées et qui se rejoignent en places chaleureuses, convergent vers le joli petit port intérieur. Dans les rues piétonnes, pas de grandes enseignes, pas de marques internationales. Du particularisme, de l'inventivité, de la créativité, du local. Des vêtements ; du linge basque ; les inévitables espadrilles qui se déclinent en mille modèles, modernes, colorés ; des chocolats, artisanaux, superbes. Rien que de l'artisanal. Ce n'est pas du folklore, c'est juste du talent. Voilà, c'est cela : Saint Jean de Luz a du talent. Saint Jean de Luz est une belle femme qui sait se mettre en valeur.




Ciboure et Socoa
De l'autre côté du port, en face, il y a celui de Ciboure, patrie de Maurice Ravel. Typique, de carte postale, bordé de maisons à pans de bois colorés qui se font concurrence par leur coquetterie. Et puis, si l'on poursuit le long de la corniche, on arrive à Socoa et son fort bâti sous le règne de Louis XIII. Aujourd'hui, plus besoin de se protéger de l'ennemi. Le bâtiment, désaffecté, est en cours de rénovation. Passé de place forte tantôt convoitée par les Espagnols, tantôt par les Anglais ; à un site stratégique pendant la Seconde Guerre Mondiale dans lequel on a encore récemment retrouvé une bonne dizaine d'obus ; pour terminer sa course comme lieu d'accueil pour les activités sportives de voile de l'UCPA... le fort de Socoa est en train de se refaire une beauté afin de devenir un centre universitaire à la rentrée 2021. On se demande si, au fond, on ne devrait pas plutôt le laisser tranquille. Lui octroyer le droit de ne plus servir à rien, de mourir d'une belle mort, rongé par les vagues et les embruns. Et puis, la vue sur l'océan risquerait de mettre en péril la concentration des étudiants... 


Hendaye
C'est là que se termine notre périple le long de la côte basque française. Avant de passer la frontière, nous voulons visiter Hendaye. Après les merveilles que nous venons de parcourir, nos jambes sont fourbues et nos regards aiguisés par tant de beautés deviennent critiques. Hendaye ne passe pas le test. Nous manquons le château, nous remettons de la déception que nous cause la morne visite du centre-ville en nous enfilant un gâteau basque à la crème, sur un banc, face à la pharmacie phosphorescente. Heureusement, il y a l'immense port. Les mâts des bateaux qui font gling gling sous l'effet du vent qui vient y jouer aux quilles sont une musique familière à nos oreilles. Les grands hôtels encore désertés sont une promesse d'animation estivale. Et puis, la plage est interminable. Du sable plein les baskets, heureux, nous marchons en terrain connu. Rassurés, nous déguerpissons sans demander notre reste. 



dimanche 14 avril 2019

Escapade basque : Biarritz

Il est loin, le temps de la pêche à la baleine ! Pourtant, ce qui frappe en arrivant à Biarritz, ce ne sont pas immédiatement le luxe et les belles villas. C'est d'abord cet horizon sans fin, ce front de mer interminable et ces vagues qui déferlent sans arrêt sur les murs. Les rochers imposants, l'océan furieusement libre et l'ombre des montagnes, au loin, dans le contre-jour. On s'aventure au plus près, on se fait doucher par les assauts de la mer et on franchit la passerelle qui nous mène au rocher de la Vierge, sorte de bout du monde qui offre une large vue sur la baie. 
Dans un deuxième temps, rassasié de vent, de soleil et d'embruns, on se met à l'abri dans les rues, à l'ombre des villas dont les jardins sont plantés d'exotiques palmiers. Les maisons sont fières et robustes, protégées par de hauts murs qui les préservent des regards curieux et des colères océanes. Tout autour de la ville, les collines de velours, douces courbes, font écho par leur couleur à celle des volets des belles demeures. En contrebas, à l'abri, on pénètre dans le petit quartier de pêcheurs avec ses typiques maisonnettes. Un mini village pittoresque et qui dénote le caractère maritime de la ville. Biarritz, ce n'est pas qu'un lieu privilégié de villégiature. C'est aussi la pêche, le terroir, l'authentique. Deux mondes qui cohabitent. Se rencontrent-ils ? Bien évidemment, il n'est pas détestable de prendre un verre, cher, à la terrasse du casino et de se prendre pour une star en compagnie de quelques moineaux grignoteurs et familiers. 






Biarritz ouvre et ferme notre séjour basque. Nous terminons notre périple au pied du phare, pour avoir une autre vision de la ville, un avis sur le soleil couchant, quelques restes d'horizon dans la rétine. La promenade y est sublime, en fin d'après-midi, quand le soleil joue à éblouir la surface de l'océan. 
Pour nous remettre de nos émotions, nous dînons au Bar Jean, dans le quartier des Halles. Nous nous gavons de tapas. Attention, il ne s'agit pas de pain et de jambon. Nous parlons de pain croustillant ou brioché, de rillettes de poisson savoureusement fondantes, de crustacés parfumés, de poissons brillants de fraîcheur, d'oignons rouges confits et sucrés, de petits piments marinés, de charcuterie de pays. Nous parlons d'un endroit où on pose son téléphone, où on oublie le temps et l'espace et où le palais devient l'antichambre du paradis. 
Nous quittons Biarritz pour cet article, repus de bontés, de beautés et de saveurs... mais nous avons encore mille richesses basques à te dévoiler, cher lecteur ! 


(photo : Bar Jean) 

mardi 11 septembre 2018

Fortune de mer

Jean -Luc Coatalem, Fortune de mer, 2015.

Je me suis pris Ouessant en pleine face. Récit en plein vent que cette tragédie en trois actes, trois jours de pluie et de tempête où le climat rend fou et pervertit les esprits. Ce qui frappe, c'est que tout est vrai. Cette entreprise qui fabrique du miel à l'aide des précieuses abeilles noires ; ce chanteur déjanté et alcoolique amoureux d'une jeune concurrente de la Star Académy ; cette assemblée de druides et ce mariage traditionnel ; et cette journaliste espagnole venue couvrir l'événement. Tout semble en ordre, palpable et pouvant entrer dans nos codes mentaux. Or, on sent bien que les méninges déraillent, que les sens sont en alerte et que quelque chose de pas beau est sur le point de se passer. Difficile de parler de ce livre sans en raconter l'histoire. Parce qu'il y a bien une trame, une trajectoire de ces personnages qui sont presque tous des anti-héros. Mais, au-delà de ça et en se gardant bien de dévoiler le fin du fin - le comprend-ton vraiment, d'ailleurs ? - c'est la dimension mythologique qui importe. La polyphonie des narrateurs, les légendes et les croyances qui altèrent la réalité et se font aussi vraies qu'elle. C'est ce glissement des perceptions sur un terrain tellement bien préparé par l'écrivain qui nous fait franchir le pas sans même nous en rendre compte et adhérer à des choses qui dans un autre lieu nous auraient semblé inadmissibles. Sauf qu'à Ouessant, on admet tout. Parce que c'est l'île, la véritable protagoniste. Ce bout de terre au-milieu de nulle part qui est un petit monde en dehors du monde réel, un lieu mythique, battu par les rafales, noyé par le déluge et dans lequel les âmes se révèlent dans ce qu'elles ont de plus noir. On en tremble encore. D'autant plus que la fin ouverte, floue, indécise, poétique, nous laisse un goût de sel et de sang dans la bouche et que, comble du chef d'œuvre, on ne s'en défait pas. Une fois la dernière page tournée - et rapidement, parce que le livre se dévore -, on s'interroge, on s'identifie rétrospectivement, on questionne nos propres cauchemars, nos tensions internes et nos instincts primitifs. Coatalem nous bluffe, nous coupe le souffle, nous secoue comme une barque en pleine mer et nous rejette sur le rivage lessivés, chancelants, séduits. 



Une fortune de mer
Qui dérive dans les rouleaux
En fredonnant un air
Qui rappelle la douceur de tes mots
Une fortune de mer
Tout au large de Concarneau
Qui ne sais plus trop quoi faire
Pour que tu l'remorque à nouveau
Une fortune de mer 
Au large de l'Atlantique
Sur qui s'abat le tonnerre
La douleur est parfois magnifique
Une fortune de mer

Une épave sur les flots
Dis-moi à quoi ça sert
De m'être accroché a ta peau
Un homme qui récite des prières
Pour que tu reviennes à nouveau
J'aurais dû le faire avant hier
Mais je n'ai pas su trouver les mots
Je t'ai perdu Esther

Et je me suis jeté dan les flots
et j'ai rejoint la mer
Tout au large de Concarneau

mardi 19 juin 2018

L'île au trésor

Robert Louis Stevenson, L'île au trésor, 1885.

Embarquez-vous dans une histoire à rebondissements, au suspens insoutenable et à l'action palpitante. Suivez les traces du jeune et non moins courageux Jim Hawkins qui s'embarque comme mousse sur la goélette Hispaniola, au bord de laquelle il sera loin d'avoir le dernier rôle. Tremblez à la vue de ces pirates ivrognes, sanguinaires et incontrôlables, à la tête desquels se trouve le terrible et versatile Long John Silver. Fantasmez à votre tour sur le légendaire trésor qu'aurait laissé sur cette île déserte des Caraïbes l'horrible capitaine Flint. Voilà en quelques lignes le décor planté de cet inégalable roman d'aventures à côté duquel la plupart des autres font bien pâle figure. Tous les ingrédients y sont, à ceci près que les épisodes sont interprétés plus qu'ils ne nous sont racontés. Les personnages ont une présence d'acteurs. Le paysage est merveilleux et hostile à souhait : cette terre vierge de toute présence humaine dont nous avons tous rêvé un jour. Le recours systématique à l'interruption du chapitre au moment précis où les choses se compliquent ou se résolvent maintient le lecteur en haleine, lequel ne peut quasiment plus dormir jusqu'à être parvenu enfin au terme de l'histoire. Stevenson orchestre son récit de manière à nous le faire vivre, à nous effrayer et nous séduire sans jamais nous lâcher. Dans certains livres, parfois, on sent que l'auteur s'enferme un peu en lui-même et nous exclut, avant de revenir vers nous. Là, il n'en est pas question : du début à la fin, Stevenson nous attrape par le col et ne nous dépose qu'une fois la dernière page tournée. L'île au trésor est de ces livres cultes qu'il faut avoir lu afin de savoir où placer ses exigences par la suite. Comme c'est souvent le cas après de telles lectures, on redevient sélectif et on cesse de perdre du temps en romans de gare. Pourquoi lire moins bien quand on peut lire ça ? Et puis, l'œuvre d'un génie comme Stevenson a de quoi occuper nos longues soirées d'hiver...

lundi 30 avril 2018

Le vent, différentes versions

L'insatisfaite : Le vent ? Quelle horreur ! Il fait des nœuds dans les cheveux, pique le visage et fait pleurer les yeux. Impossible de tenir debout, de sortir au coin d'une rue sans se faire bousculer. Si on veut se parler, on est obligé de crier. 

La sportive : Le vent ? Une aubaine ! Il s'engouffre dans ma voile, me fait sauter les vagues et me pousse à contre courant. Quand je suis dans le vent, l'adrénaline au top, j'ai envie de crier !

La philosophe : Le vent ? Un antidépresseur ! Il lave la tête, nettoie les idées et fait tout oublier. Marcher au vent, rien de tel pour se ressourcer, se régénérer. Il déverrouille les angoisses et leur permet de s'exprimer. Ses peurs et ses noirceurs, c'est dans le vent qu'il faut les crier. 

La blogueuse : Le vent ? En Vendée, il faut aller au Puits d'Enfer (près des Sables d'Olonne) ou bien sur la jetée de Port Bourgenay, quand la marée est haute, que les vagues sont si fortes qu'elles passent par dessus et que le vent envoie des embruns sur les passants en mode douche gratuite. A marée basse, c'est sur les plages qu'il faut aller, pour marcher et tester sa résistance. Attention, cependant, aux porteurs de lentilles qui risquent de recevoir des grains de sable dans les yeux. Il a beau être extrêmement fin (en été, c'est divin), ce n'est pas forcément une sensation agréable de se prendre une escarbille dans les mirettes... 

La poétesse : Le vent ? Séduisant ennemi. 


vendredi 16 mars 2018

10 endroits superbes pour pique-niquer

Les beaux jours arrivent et avec eux le soleil qui donne une furieuse envie d'aller se mettre le nez au vent. S'asseoir sur l'herbe encore un peu fraîche, s'allonger sur une couverture et regarder le ciel, pique niquer dans des paysages sublimes et dépaysants, voilà ce dont nous avons tous besoin ! C'est pourquoi nous vous proposons ici 10 endroits merveilleux pour déguster vos salades et vos sandwiches, pas très loin de chez vous. Car oui, en France aussi, le panorama peut vous couper le souffle...
Le pays des mille étangs, pays de mon enfance, terres sauvages et solitaires où l'on peut marcher pendant des heures sans croiser... personne, si ce n'est une foule d'oiseaux de toutes sortes. Pour les amateurs d'ornithologie, c'est un paradis. C'est là que font halte les grues cendrées lors de leurs grandes migrations printanières et automnales. Observer, écouter, rester immobile et ne penser à rien. La Brenne est l'endroit idéal pour se ressourcer...
La Corrèze
Aaahh, la Corrèze ! Ses collines verdoyantes ondulant sous le vent, ses troupeaux de vaches paisibles paissant dans les prés de velours, ses ciels incomparables. Là encore, un endroit fabuleux pour qui veut rompre avec l'agitation citadine et se retrouver, seul avec soi-même, en communion avec la nature...
Les îles du Frioul
Marseille, la côte, cela a beau être beau, c'est couru, surpeuplé, surfait. Alors que les îles, le Frioul, voilà une destination qui fait rêver ! Prendre le bateau, traverser, débarquer en aventurier, en découvreur de nouvelle terre. En hiver, hors saison, on peut randonner sans être dérangé, se gaver d'horizon, hésiter un peu, faire l'enfant gâté et finalement choisir une petite plage abritée du mistral pour s'installer. Le temps d'un déjeuner... autant dire, d'une éternité...
Le barrage de la Gittaz
C'est un cadeau que je vous fais là. Parce que c'est mon endroit, mon chez moi, le lieu où toutes les cellules de mon corps se remettent en place, l'endroit où je voudrais qu'on disperse mes cendres (seulement la moitié, poursuivez la lecture). Nous sommes en Savoie, terre de montagnes fascinantes et de torrents tumultueux, de barrages titanesques et de villages pittoresques. Seulement ici, il s'agit d'un petit barrage, à taille humaine, tout en discrétion. Un endroit peu prisé des touristes. Là, je grimpe un peu, pas trop. Je m'installe sur l'herbe, au bord du cours d'eau et je n'entends rien d'autre que les cloches des vaches, le sifflement des marmottes et le gazouillis du ruisseau. Besoin de rien de plus, tout est là. 

Le Jura. Belle région presque scandinave récemment découverte mais qui n'a rien à envier à d'autres paradis terrestres. Connue pour ses montagnes, elle possède parmi les plus beaux lacs de France, ne nous censurons pas : du Monde. Le lac d'Ilay est de ceux-là. Eaux turquoise, bruissement des feuilles, calme tellement absolu qu'on en a presque honte de se trouver là pendant que d'autres cherchent encore la beauté ailleurs...


Non loin des Sables d'Olonne, se trouve une plage qui n'a rien d'anodin. La Paracou n'est pas faite de sable fin. Elle n'est pas propice au planter de parasol ni à la baignade en toute sécurité. Et c'est là son charme. Elle est sauvage, unique, rocheuse, vivante. J'ai déjà vu des âmes sachant vivre sortir leur table et leurs chaises, leurs bouteilles et leurs mets préparés avec soin, et organiser un pique nique royal, au mépris du ciel aux intermittences de gris, au mépris des convenances. Un pur moment de bonheur. La Paracou, l'autre moitié de moi, le deuxième endroit sur cette planète où mes cendres pourraient être dispersées. Là, face à l'océan. 


Après l'effort, le réconfort. Escalader la dune n'est pas chose aisée. On s'enfonce dans un Sahara de sable, on trébuche, on râle, on peine. Mais le jeu en vaut la chandelle et, là-haut, l'impression de dominer le paysage est une sensation grisante. Pourquoi ne pas s'installer, s'imaginer ailleurs, très loin, ou peut-être ici, tout près ; méditer sur l'univers ou rouler tout en bas comme des gamins, et se goinfrer de bleu ? Beau programme...


Pour qui vit à Paris, le besoin d'évasion et d'oxygène peut devenir vital. Dans les Yvelines, les bords de Seine font voyager sans aller très loin, à quelques kilomètres en voiture ou en train. Recharger ses batteries est essentiel pour qui habite dans le tumulte de la grande ville. J'en connais, comme ça, qui sont passés par la case burn out et ont atterri là, entre les étangs et le fleuve. Et qui s'en sont remis. C'est cadeau. 

Les bords de Loire
La France ne serait pas si noble sans la Loire. En Touraine ou en Anjou, vous avez toutes les chances de pique niquer face à un château ou une cité royale, une cathédrale ou une ville musée. Il faut juste penser à traverser, parce que chaque rive est intéressante et possède son propre caractère. Regarder le fleuve s'écouler, millénaire, comme s'écoule le temps et la vie. Une méditation sensationnelle...
Le lac de Vallon
Nous revoilà dans les Alpes, cette fois en Haute Savoie. Au cœur du département se cache un lac d'émeraude, un repère de rêveurs, un asile pour les poètes, un joyau naturel. On en fait le tour en peu de temps, mais là n'est pas l'essentiel. Au-delà de la promenade, il faut s'arrêter, faire une pause, jusqu'à ne plus avoir envie de repartir, plus jamais. S'incruster dans le décor, jusqu'à en faire partie. Devenir une fourmi...