Affichage des articles dont le libellé est Musique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Musique. Afficher tous les articles

lundi 19 août 2019

Comment ne pas tomber amoureux de Galway

Comment ne pas tomber amoureux de Galway ? Voici nos conseils avisés.
Fuir l'agitation
Si le Latin quarter est le cœur de la ville, le lieu où tout se passe, the place to be, Dieu qu'il est envahi de monde et, en premier lieu, de touristes ! On y parle toutes les langues et ce melting pot de populations hétéroclites peut, de manière fort compréhensible, rebuter le puriste. Depuis quand se mélange-t-on ainsi ? L'Irlande aux Irlandais ! Ceci étant, ces derniers ne sont pas exempts de reproches, eux qui passent leur temps libre à flâner dans les rues piétonnes, à s'interpeller joyeusement en se tapant sur l'épaule ou à siroter des bières brunes durant des heures sur les tables d'un sombre pub en discutant à bâtons rompus des derniers événements sportifs et, comble de l'inutilité, de tout et de rien. Au travail, que Diable ! Et chacun chez soi ! Les amoureux de mélancolique solitude ne trouveront rien qui alimente leur spleen dans cette ville animée, bruyante et trop gaie. 


Détester la musique et l'art en général 
Violons, flûtes, percussions,  instruments à cordes, cornemuse sont une véritable torture pour les oreilles. Si vous aimez le silence, votre place n'est pas ici : les rues de Galway résonnent jour et nuit de mélodies traditionnelles et de chants entonnés en chœur par des voix ravies de ce qu'elles produisent. Il est impossible de boire un rafraîchissement seul et dans le calme tant chaque pub est le théâtre d'un concert permanent et gratuit. Un peuple aussi féru de musique ne doit pas être des plus travailleur, c'est une évidence. 
Par ailleurs, quelle drôle d'idée de ponctuer les avenues et les allées de poèmes gravés dans la pierre ! Depuis quand la poésie doit-elle s'inviter dans la cité ? N'est-elle pas faite pour rester enfermée dans les livres et les salons ? Galway est une saltimbanque, condamnons ensemble sa légèreté et sa fantaisie qui s'illustrent également dans la confection de bijoux telle la bague Claddagh que les irlandaises arborent en tant qu'anneau de fiançailles. Un simple cercle de métal ne suffisait pas, il a fallu que les joailliers se distinguent en créant un motif original que l'on porte même avec une certaine fierté. 


Abhorrer la couleur 
Galway est placée sous le signe du mauvais goût. Au lieu de se contenter du gris, du beige et du marron traditionnellement utilisés dans les constructions, elle se pique d'afficher des couleurs vives tel le rouge, le jaune, le vert, le bleu, le turquoise, le mauve et j'en passe sur ses façades, ses portes et ses fenêtres. On pourrait penser que cela est fait pour plaire aux visiteurs : même pas ! Les maisons de pêcheurs ont également droit à leur couche de peinture et on trouve aussi des touches de couleurs dans les quartiers populaires pourtant à l'écart des circuits touristiques. Ces éclats vifs donnent la nausée aux amateurs d'uniformité, de teintes discrètes et effacées. 



Vomir sur la douceur de vivre
Surtout, ne pas se rendre au Kennedy Park. Des gens oisifs y restent assis en tailleur ou allongés pendant des heures à discuter, rire, manger ou dormir sur l'herbe fraîche et tendre. Il n'est pas rare que des promeneurs qui pourtant ne s'étaient jamais croisés de leur vie entament une aimable conversation au sujet de leur petit chien ou du beau temps qu'il fait. Un lieu qui transpire le bonheur de l'instant présent. A éviter. 
De même, ne pas entrer dans les restaurants et en particulier dans certains Gastro Pubs où l'on vous servira le meilleur poisson que l'on n'a jamais pêché, pané et arrosé de citron, accompagné de frites trop savoureuses et trop croustillantes, le tout dans une ambiance chaleureuse et détendue qui frise l'obscénité. 
En ville, fuir les magasins de vêtements qui proposent des pulls, écharpes, bonnets et autres accessoires tricotés dans la laine de mouton trop douce et qui a l'insolence d'être produite localement. Cette manie qu'ont les Irlandais de s'envelopper le corps dans des lainages à la douceur rassurante a de quoi écœurer les aficionados du synthétique made in China. A raison. 
Enfin, résister à la tentation de caler son pas agacé de voyageur pressé dans ce rythme chaloupé sur lequel la ville entière se balance avec une joie non dissimulée qui vire à la niaiserie. Marcher vite. Eviter de s'attarder. Filer droit. 


Etre fâché avec les éléments
Quelle horreur que de manger un sandwich complet au pain moelleux et garni de fine sauce, tomates fraîches, poulet parfumé et autres ingrédients recherchés au bord de l'eau ! Quelle scène ridicule que de recevoir en pleine face l'écume et les embruns que le vent vous projette au visage ! Quelle idée de choisir le plein air et la nourriture faite maison qui coule le long des doigts et dont les saveurs vous restent en bouche, quand on peut aisément trouver une place assise au chaud dans un de ces temples de la restauration rapide qui fleurissent à tous les coins de rue dans toutes les villes du monde. D'accord, il y en a peu à Galway. En fait, nous n'en avons pas croisé. Mais en cherchant bien, ça doit bien se trouver. Persévérez !
Luttez contre les éléments ! Ayez en horreur ces journées où plusieurs saisons se succèdent dans un incessant ballet entre nuages et temps ensoleillé. Ne faites pas comme les Irlandais qui se saisissent de la moindre goutte de soleil pour se bronzer le nez et qui sourient sous une pluie battante. L'été, c'est l'été. L'hiver doit rester l'hiver. Soyez inflexibles sur le sujet. S'il pleut en juillet, boudez. 

Voilà quelques conseils pour ne pas tomber amoureux de Galway. Fermer les yeux et les oreilles, avoir les cinq sens en panne et l'âme cimentée par de vieilles et tenaces rancœurs envers le monde en général. Ou bien, si tout cela ne suffit pas, une méthode radicale : ne pas y mettre les pieds, jamais. 

mardi 8 janvier 2019

Berlin. J4.

Assez de marcher pendant des heures, de courir la ville de droite et de gauche, d'explorer les frontières révolues et les points cardinaux, les centres et les cœurs, les écueils et les recoins. Assez du frühstück qui implique un repas de midi sauté. Mal aux jambes, mal au dos. Envie d'une journée normale de touriste lambda. Après un petit déjeuner à la française - les croissants et le café au lait, que c'est bon... -, nous passons la porte du musée des instruments de musique qui se trouve tout à côté de la Philharmonie. Dans le grand espace ouvert, moderne, l'éclairage soigné met en valeur toute une colonie de pianos et de clavecins, d'orgues de toutes sortes. On s'attarde devant chaque instrument, on l'étudie, on le scrute, on l'admire, on en fait le tour, on le photographie mentalement ; on s'en étonne, on le commente, on en sourit, bref, on prend notre temps. Les baies vitrées teintées tamisent la (relative) luminosité extérieure. On se sent bien, à l'abri, privilégié dans cet écrin, ce coffret à bijoux si séduisant. Dans le cas de certains instruments ou de certaines reconstitutions de mécaniques, le visiteur est autorisé à toucher, à s'essayer à la musique. Me voici, incognito, discrètement, dans la grande salle quasi déserte en ce matin de décembre, grattant sur une jolie guitare blanche un rythme de huayño péruvien. Dernière note. Silence feutré. On s'amuse. On teste également un "Dato Duo", sorte de mini synthétiseur capable de produire toute une série de rythmes, de nuances, d'intensités de sons, de les mémoriser, les mélanger. Il doit falloir des mois, des années de pratique avant de maîtriser cet engin ! Rassasiés de beautés et d'étrangetés, nous sortons enfin, ravis de ce délicieux intermède artistique au chaud et à l'abri.





Cette fois, on peut vraiment le dire : nous sommes sur les Champs Elysées berlinois. Nous nous trouvons à l'ouest de la ville et ne savons où donner de la tête tant les magasins pullulent de part et d'autre de ces grandes et belles avenues. Nous nous gardons de visiter les 60 000 mètres carrés du KaDeWe, le plus grand ensemble commercial d'Europe et réservons nos forces pour dénicher un petit restaurant, le dernier du voyage. Nous le trouvons au septième étage d'une tour. "Neni" a le mérite de nous offrir à la fois une cuisine aux saveurs et aux parfums du Proche Orient, revisitée, fine et délicate, et un superbe panorama sur la capitale, y compris sur son immense parc zoologique. Nous faisons coucou aux oiseaux en contrebas, apercevons la coupole du Reichstag au loin, ainsi que l'église du souvenir que nous verrons de plus près ensuite.


Cette église reste là, plantée comme un cheveu sur la soupe au-milieu de ce quartier hyper branché. Elle est le dernier témoin encore debout des terribles bombardements qui ont détruit une grande partie de Berlin lors de la deuxième guerre mondiale. A ses côtés, un nouveau bâtiment construit en 1959 escorte cette coquille vide, malheureusement encore une fois, à ses dépens, symbole de la violence humaine. En effet, sur les marches attenantes sont allongés des bouquets de fleurs, disposées des bougies et des photos, rappelant qu'ici même, il y a deux ans, un fou au volant d'un camion avait foncé sur la foule. Que voulez-vous, l'histoire se répète. Sans cesse. C'était là, sur ce marché de Noël qui sent bon la viande, le sucre, les épices et le gras. Entre ces allées peuplées de vendeuses à la mine souriante et joues rouges et rebondies. Là, en pleine euphorie festive. Là, cannelle et goût de sang. Chocolat et cailloux dans la bouche. Quelle tristesse. Hormis les roses déposées et les portraits des disparus, rien ne semble entacher cette farouche volonté qu'ont les humains de surmonter leurs traumatismes par le plaisir, le jeu, le rire, la dévotion envers les jolies choses de la vie. Peut-être parce qu'ils savent que la vie n'est qu'un cycle infini. Hier, on pleurera. Demain, on riait. Pourquoi ne pas respirer aujourd'hui ?


Les trottoirs sont bondées. Les passants traversent les rues, telles des fourmis disciplinées qui s'arrêtent d'un seul pas, redémarrent quand c'est le moment. Un flot discontinu et pourtant paisible qui reste un compagnon épuisant pour qui a déjà les pattes bien fourbues. Il nous faut sortir des troupeaux en file indienne. Nous entrons dans le Karstadt, cette sorte de Galeries Lafayettes allemandes dans lesquelles on trouve absolument tout. C'est le centre commercial que l'on rêve d'avoir à côté de chez soi. Besoin d'une casserole ? D'une robe du soir ? D'un nouvel agenda ? L'objet tant désiré se trouve immanquablement au Karstadt. Nous essayons de nous auto-persuader que nous n'avons besoin de rien, mais il est strictement impossible de ressortir d'ici les mains vides. Une gourde, un éléphant en peluche, et encore, on se retient. Consciencieusement, sans rien omettre, sans oublier aucun recoin, nous effectuons notre tournée. Chaque étage est scrupuleusement fouillé, les escalators maintes fois montés et descendus. Rayon de sport. Papèterie. Rayon jouets. Alimentation. Nous sommes intraitables. Lorsque nous sortons enfin, il fait nuit (il faut dire qu'en décembre, à Berlin, le soleil se couche à 15h57).



Nous quittons ce quartier enchanteur aux mille tentations. Non loin de là, à dix minutes de marche (une peccadille), il paraît que Savignyplatz est jolie. Malheureusement, les illuminations de Noël ne sont pas de mise sur la place et c'est dans le noir le plus total que nous l'entrevoyons. Néanmoins, nous savourons l'ambiance rétro de ses rues piétonnes et de ses petites boutiques sous les arcades du métro.
Il nous reste encore du temps. Et tant de choses à découvrir. Mais que choisir ? En a-t-on encore envie ? Quand on sait qu'il faut partir, l'esprit s'engourdit et refuse de réfléchir. Prolonger quelques minutes le parcours n'aurait aucun sens. Le cœur n'y est plus. Nous reprenons notre valise et nous dirigeons vers l'aéroport. Le bus qui nous y conduit passe tout près de la porte de Brandebourg. Nous la regardons une dernière fois pour nous la fixer dans la rétine. La soirée est déjà bien avancée quand nous quittons Berlin et nous sommes déjà à Paris. Orly est aussi vide qu'à l'aller. Il est plus de vingt-trois heures et il nous faut reprendre la route. Retrouver le brouillard. La campagne. Et Berlin qui se joue de nos yeux fatigués et dont les images, indélébiles, se substituent au tracé monotone de l'autoroute. Berlin énigmatique. Berlin sublime et hideuse, fière et misérable, estropiée et grandiose. Berlin qui ne nous sort plus de la tête. 

mardi 13 novembre 2018

Petit pays

Gaël Faye, Petit Pays, 2016.
"Waou ! Pfiuuuu... Purée !...
- Quoi ?
- Ce bouquin !..."
Voici en exclusivité la teneur de la riche et dense conversation que j'ai pu tenir juste après avoir refermé le livre de Gaël Faye. Les seules onomatopées que j'ai pu extraire de ma bouche, c'était déjà trop de mots pour cette œuvre. Parce que pour la décrire, il n'y en a pas. Jee vais tout de même tenter de faire un effort et de structurer mon ressenti, car sinon on ne va pas aller très loin, vous et moi.

"La musique est un cri qui vient de l'intérieur", disait un célèbre chanteur stéphanois. Les mots de Gaël Faye doivent venir de là aussi. Du plus profond, des tripes, du bide. Et en même temps du rêve, de quelque chose d'onirique et d'enfantin qui vient s'écrabouiller sur l'absurde tragédie de la guerre comme des papillons sur un pare-brise. Je structure, je structure... 
Nous sommes en 1992, à Bujumbura, la capitale du Burundi. Gaby a dix ans et vit avec son père, français, sa mère Rwandaise et sa petite sœur Ana. C'est le temps de l'enfance, de l'innocence, des mangues gorgées de sucre et de soleil, des escapades dans le quartier avec les copains et des petites bêtises sans grandes conséquences. Le narrateur, adulte, se souvient de cette période comme d'un âge d'or. Peut-être l'embellit-il d'ailleurs avec la distance. Le père de Gaby refuse que ses enfants entendent parler de politique. Les conflits d'intérêts et de pouvoir sont loin et c'est très bien ainsi. Certes, les domestiques sont noirs, les blancs installés là depuis l'époque de la colonisation maintiennent un ordre établi archaïque, mais on n'y prête plus attention. Il en a toujours été ainsi et, pour Gaby, chaque chose est à sa place. Petit à petit, pourtant, le malaise s'insinue dans la vie familiale, dans le pays, dans le quartier, dans la bande de copains et dans la tête de Gaby. Une réflexion raciste plus appuyée que d'habitude de la part de Jacques, l'ami belge des parents. Une réaction d'Yvonne, la mère de Gaby, qui pour une fois soutient le regard du colon. Le conflit qui lézarde la solidité du couple. Quelque chose d'irréparable qui s'installe. Au Rwanda, juste de l'autre côté de la frontière, les Hutus et les Tutsis s'affrontent encore. Ce n'est pas la première fois que la guerre civile éclate dans le pays et c'est la raison pour laquelle la mère de Gaby ainsi que le reste de sa famille vit en exil au Burundi. Seulement, le cœur d'Yvonne est là-bas, sur sa terre de naissance. Et elle en tremble de peur. La rupture entre les parents est consommée. Yvonne quitte le foyer et laisse les enfants avec leur père. La réalité commence à prendre corps dans la vie de Gaby.

D'autant qu'au Burundi, les élections approchent et que, si la démocratie engendre des espoirs de la part de la population, elle provoque aussi des craintes. Et celles-ci sont justifiées. Coup d'état. Représailles. Assassinats. Couvre feu. Et dans le poste de radio, les informations venant du Rwanda où les Tutsis se font massacrer par les Hutus. Jusqu'au bout, Gaby tente de s'accrocher à son enfance, comme un petit garçon qui plisse violemment les yeux pour que le rêve de la nuit passée ne s'évapore pas. Dans sa bande, les copains plongent tête la première dans la réalité du conflit. Ils s'endurcissent, parlent comme des hommes, trouvent des armes, s'organisent non plus en bande, mais en gang. Balles perdues. Agressions. Meurtres. Gaby s'éloigne du groupe pour se réfugier dans la littérature et dans les romans que lui prête madame Economopoulos, une immigrée grecque. Pendant ce temps, Yvonne décide coûte que coûte de partir au Rwanda, essayer de retrouver son frère, sa cousine et ses enfants après le cessez-le-feu. Elle ne réapparaît à la maison que traînée par Jacques, l'ami qui l'a retrouvée par hasard, errant dans une rue, métamorphosée. 
En fait, l'histoire, on la connaît. La guerre. Le génocide. Le silence de l'Europe. L'horreur pendant des mois. Et nous, Français, devant la télé. Loin, très loin. A l'abri. En sécurité. Spectateurs distancié d'un film plutôt réaliste. Gaël Faye choisit de nous raconter l'histoire de l'intérieur, telle que son personnage l'a vécue. Attention, ceci n'est pas une autobiographie, insiste-t-il. Ceci est une fiction. Enfin, non, Gaël, pardon. Avec tout mon respect. Ceci n'est pas un roman. C'est un poème. Un hymne à l'enfance qu'on assassine. A l'innocence pure et sucrée que l'on projette dans la guerre, de la même façon que l'on jetterait une fleur dans l'eau bouillante. Ceci est un tableau, un chant d'amour à un pays, un dessin tracé avec un doigt d'enfant sur la terre brune avant que celle-ci ne s'inonde de sang. Monsieur Gaël Faye, merci. Merci d'être venu pas loin de chez nous et de nous avoir offert cette lecture musicale, ce récit chanté, ces vers récités sur la guitare. Merci d'avoir écrit et de continuer à le faire. Merci d'ouvrir grand la porte des possibles et de raconter en toute liberté, d'exploser les moules, de revisiter la grande histoire et d'en faire quelque chose de particulier, de sensoriel, de corporel. Merci pour cette bouffée d'air offerte, pour cette affirmation humaniste. Voilà ce que c'est que la guerre. C'est un exterminateur d'enfances. Et en réponse, voilà ce qu'est l'art : une éclatante et vibrante catharsis. 

jeudi 26 juillet 2018

Sète - Lettre à Georges

Cher Georges
Cela fait longtemps que j'avais pensé venir vous rendre un jour une petite visite. Lorsque j'ai su que j'allais dans votre région, il m'était alors impossible de partir sans venir au moins une journée à Sète. C'est la ville où vous êtes né, dans cette maison toute droite, plantée au bord d'une rue qui plonge vers le centre-ville ; dans ce quartier populaire peu fréquenté par les touristes, un peu décrépi, un peu à l'écart. Votre maison ne paie pas de mine et, pourtant, elle m'a émue. Elle m'a essoufflée aussi, parce qu'il se faut se farcir une belle côte pour y accéder. Elle ne m'a pas coupé le souffle, n'exagérons rien. Je ne suis pas allée visiter le musée qui vous est dédié, vous me le pardonnerez. D'ailleurs, en seriez-vous enchanté ? Il faisait beau. J'ai préféré me promener le long des quais, voir les bateau, aller jusqu'au phare et goûter à la gastronomie locale. La tielle sétoise, les fruits de mer, les fruits et les légumes gorgés de soleil, le poisson grillé. Mes papilles étaient aux anges. J'ai choisi un restaurant qui ne payait pas de mine, un devant lequel aucun rabatteur n'était posté. La dame était discrète. La décoration sans chichis et la cuisine maison. Je m'y suis sentie bien. La terrasse était presque vide. On était tranquille. 
Je la trouve belle, votre ville de Sète. La couleur bleue domine, la mer Méditerranée est partout. Elle a une allure de carte postale. Elle ressemble aux photographies que je découpais dans les magazines et que je collais dans un cahier pour me faire un vrai faux carnet de voyages, une antichambre de mes rêves d'aventures. D'être là, sur le port, face à cette vue réelle cette fois, ça m'a collé le frisson, cher Georges. Je crois que votre présence n'y est pas étrangère. C'est du Mont Saint Clair qu'on a le meilleur panorama. C'est un beau quartier, un quartier riche, il me semble, avec des villas dissimulées sous la végétation. Le silence domine. L'agitation de la ville est bien loin. D'ailleurs, la route qui y mène est une véritable route de montagne. De là-haut, on voit le port de commerce, la ville, les étangs, les collines et surtout la mer. C'est un peu elle la star, finalement. Si elle n'était pas là, Sète aurait peut-être moins de charme. 
On a mis un peu de temps à trouver votre dernière demeure. On est d'abord allés au cimetière marin. Vous n'y étiez pas, on s'était trompés. L'erreur est humaine et elle a souvent le mérite de nous faire découvrir des endroits où nous n'aurions pas mis les pieds si nous avions suivi un itinéraire sans détours. Bref, votre cimetière, celui où vous êtes enterré, est ombragé par de grands pins. Il y avait un couple devant la pierre, seulement deux personnes. C'était émouvant. Cependant, ce n'est pas là que je vous ai senti le plus proche. C'est plutôt en longeant la corniche, cher Georges, que je vous ai trouvé. J'ai repensé à vos vers, à cette supplique, à ce poème et, intérieurement, je vous ai remercié. D'avoir écrit cela. D'avoir existé. D'être encore là. 
Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus, 
Creusez, si c'est possible, un petit trou moelleux, 
Une bonne petite niche, 
Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins, 
Le long de cette grève où le sable est si fin, 
Sur la plage de la Corniche.
Cher Georges, je termine cette lettre mais je ne suis pas triste. Je repense à vous, à Sète, à ce bleu prédominant, bleu ciel, bleu mer, bleu lumière. Je vous fais un clin d'œil. Je reviendrai un jour. Un jour de pluie, pour voir si Sète aussi est mélancolique quand il fait gris. 










jeudi 19 juillet 2018

La fête de la mer de Palavas les Flots

Il est loin le temps où, entre palavasiens, on allait ensemble jeter une gerbe dans la mer après la messe et où, pour le déjeuner fait de poisson, on sortait les tables dans la rue. Aujourd'hui, la Fête de la mer attire les foules et figure dans les "incontournables" des guides touristiques. Cependant, les fondamentaux demeurent et les moments clés sont les mêmes depuis les années 50. 
D'abord, les fidèles se retrouvent dans l'église pour la messe en compagnie de Saint Pierre, le patron des pêcheurs. A la fin de la cérémonie, le saint, porté par quelques bras vigoureux, est amené jusqu'au port en procession dans sa célèbre barque remplie de fleurs. Il est accompagné par de la musique, jouée par l'Harmonie locale et par un groupe invité : cette année, l'Harmonie de Bourges participait à la fête. C'était l'occasion de la vivre de l'intérieur, de se mêler à la foule tout en prenant une part active au défilé. Avant de se jeter à l'eau, un arrêt est fait devant le monument aux morts pour honorer les soldats qui ont donné leur vie pendant les différentes guerres. Marins, soldats, même combat. Pourquoi pas. Une Marseillaise plus tard, nous voilà repartis le long des canaux et, enfin, c'est l'arrivée au port. Les musiciens embarquent sur un bateau, les officiels sur un autre et Saint Pierre dans sa propre embarcation. Tout ce beau monde se réunit au large pour déposer quelques gerbes, bénir les bateaux, les marins, les musiciens et tout le toutim, et pour jouer un peu de musique. 


De retour à terre, les discours des officiels s'enchaînent. Chacun fait parler son égo. Politique, quand tu nous tiens. Mais ce qu'attendent les gens, outre cet hymne joué en commun par tous les musiciens, "Méditerranée", chant de circonstance, ce sont les réjouissances gastronomiques. D'abord, l'apéritif, puis, le clou du spectacle : la distribution de la fameuse "rouille". 
Zoom sur un plat qui n'est pas qu'un plat
Il y a de multiples recettes de rouille et, comme la plupart des spécialités gastronomiques, chacun a sa manière propre de la confectionner. Par ailleurs, il existe une forte dissension entre l'est et l'ouest - Palavas et Sète - quant à la préparation de la rouille. Histoire de se démarquer en toute élégance a été créée la Confrérie de la rouille palavasienne dont les costumes jaunes et rouges sont ornés d'un poulpe, ce qui semble indiquer leur préférence, au détriment de la sèche, plutôt prônée à Sète. Qu'importe, la base est identique : une sauce à base de tomate, de vin blanc, de laurier dans laquelle fondent les pommes de terre et les crustacés et à laquelle, au dernier moment, on ajoute le célèbre aïoli, ce qui contribue à donner au plat la teinte qui justifie son nom. Lors de la fête de la mer, ce sont donc les membres de la confrérie qui, au terme d'une attente fiévreuse et remplie de suspense et habillés de leurs tabliers, servent enfin la rouille à tous les présents. Un moment qui tient presque du religieux. 
Un drôle de mélange
Si la préparation de la rouille obéit à des règles précises, le contenu de la fête ressemble plus à un gloubi boulga de religion, de politique et de gastronomie dans lequel le touriste attentif aura un peu de mal à se retrouver. L'observateur moins avisé se contentera d'un sourire béat sous les lumières multicolores du feu d'artifice final. Pourtant, à y regarder de plus près, ce qui est en jeu n'est rien d'autre que la perpétuation des traditions, lors de cette fête gaie, animée, pleine de ferveur, de musique, de réjouissances gustatives et de Méditerranée. 

dimanche 13 mai 2018

Et pourquoi pas Lignières ?

Las de lire des récits d'aventures en Thaïlande ou en Afrique du Sud ? Las de l'exotisme, des destinations lointaines et de trop de soleil ? Envie d'authentique, de local, de culturel, de terroir ? Nous avons ce qu'il vous faut !
Notre article du jour vous emmène en plein cœur du Berry, dans une petite ville où, en apparence, il ne se passe pas grand ch...rien. Or, cette prétendue tranquillité est tout à fait trompeuse. Derrière ce calme de façade se cache un fourmillement inattendu que l'on ne pouvait pas manquer de vous faire partager. Alors, quand la prochaine fois vos petits yeux scruteront l'écran à la recherche d'un lieu insolite et nouveau où traîner vos valises, nous vous suggérerons de vous poser la question suivante : et pourquoi pas Lignières ? 
Parce que vous êtes très patrimoine...
Les églises romanes pullulent dans les environs et la ville elle-même ne manque pas de charme avec ses belles demeures, ses maisons anciennes à pans de bois et ses jardins dissimulés le longs de petits chemins ombragés. Et puis, Lignières c'est un peu Venise avec l'Arnon qui serpente dans la ville, qu'on croise et qu'on recroise au gré des ponts et des rues. Quant au château, il s'agit d'un beau bâtiment historique... malheureusement dans un fort piteux état. On peut malgré tout y jeter un coup d'œil à travers les grilles. 



Parce que vous êtes vraiment nature...
Outre des étangs pour la pêche et de nombreux sentiers de randonnée dans une nature préservée, le Pôle du cheval et de l'âne vous attend. Balades, rencontres avec les animaux, promenades en attelage et d'autres activités pour toute la famille sont au menu. L'âne est l'animal phare de la région. Chaque année, la Foire aux ânes et aux mules attire de plus en plus d'amoureux de cette charmante bête. Si vous êtes vous aussi passionnés ou si vous voulez simplement en savoir plus sur l'âne et ce monde particulier, le Pôle du cheval et de l'âne est l'endroit idéal pour vous familiariser avec ce mode de vie et, pourquoi pas, vous sentir un peu nomades en dormant... dans une roulotte. Attention, pas n'importe quelle roulotte ! Un logement grand luxe, tout confort, mais qui vous fait immédiatement retomber en enfance. Une jolie expérience...





Parce que vous êtes carrément culture...
Le Festival L'Air du Temps n'a absolument plus besoin d'être présenté. C'est un rendez-vous immanquable pour qui aime la chanson et l'occasion inespérée de rencontrer de nouveaux talents. Vingt-cinq ans déjà que la salle des Bains Douches, Scène de musiques actuelles, fait venir à Lignières de grands artistes et tout autant que le Festival réunit de grands noms et de belles découvertes. Cette année, comme à chaque fois, l'ambiance était à la détente, à la poésie et à la musique, avec par exemple le complètement dingue Sanseverino ou encore Magyd Cherfi, le magicien des mots et du rythme. Un édition qui a tenu toutes ses promesses. Pourquoi ne seriez-vous pas des nôtres l'année prochaine ? 


jeudi 1 mars 2018

Journal d'un vampire en pyjama

Mathias Malzieu, Journal d'un vampire en pyjama, 2016.
Pas de voyage géographique, pas de déplacement dans l'espace et pas non de plus de récit d'aventures dans des contrées reculées de la Terre. Ici, il s'agit d'un drôle de voyage, de pérégrinations imprévues dans les méandres de la maladie. Mathias Malzieu, charismatique chanteur du groupe de rock Dionysos, nous ouvre la porte de son monde poétique pour nous raconter l'hôpital, les infirmières, les médecins, les examens. Atteint d'une maladie auto-immune rare qui lui dérègle la moelle osseuse, il a besoin de transfusions régulières. Il se transforme en vampire. Sans connaître l'issue de tout cela. Sans savoir s'il va en réchapper. On essaie un traitement. Qui ne fonctionne pas vraiment. Il faudrait un donneur de moelle osseuse, mais cela ne court pas les rues. Mourir ? Hors de question ! Mathias doit porter jusqu'au bout le film qu'il vient de réaliser. Il retarde autant que possible son enfermement en chambre stérile pour pouvoir mener son projet jusqu'au bout. Je vous le dis de suite, l'histoire se termine bien. Grâce aux incroyables progrès de la médecine. The end. 

Non, en réalité, ce n'est que le début. Le fil conducteur, drôle de fil. Le malheureux prétexte qui déclenche un récit riche, dense, dynamique, fou, poétique, onirique, enfantin, beau, amoureux, généreux, musical, humain. Mathias tient un journal de ses petites misères et de ses grandes douleurs pour ne pas sombrer, pour continuer de se noyer dans la création, dans ses rêves les plus dingues. Dans son "appartelier", il écrit des chansons, joue du ukulélé, imagine des scénarios recroquevillé dans son fauteuil-oeuf, fait des balades devant la fenêtre avec son vrai-faux hérisson sur l'épaule et se laisse bercer par l'amour de Rosy, imperturbable sirène qui ne rompt jamais, qui reste superbe et solide dans toute la laideur de ces épreuves. Recueil d'impressions sublimées par l'humour et le talent, liste de peurs insurmontables pudiquement évoquées, poussières de vie en suspens qui traînent leurs éclat terni derrière le skate, tout est terrible et magique à la fois. L'auteur sait sublimer le vulgaire, le trivial, expliquer précisément les transfusions et les perfusions sans que cela soit pesant. Au fond, il se crée un monde et nous accueille dedans. Et nous, lecteurs, on s'y engouffre avec délice, jamais avec pitié, on savoure la beauté des mots ciselés, choisis, orfèvrerie. On rit parce que, quand on est passé par un chemin similaire, on se reconnaît beaucoup là-dedans. On pleure un peu, parfois, quand ça nous ressemble trop. Et on aime. On aime ce garçon, cet homme-enfant changé en adorable et fragile vampire ; on aime qu'il nous fasse confiance et se confie ; on aime son univers fantastique et touchant ; on aime l'amour qui transpire dans chaque page. 
Et on a très envie de remercier Mathias Malzieu. D'avoir écrit cela pour l'exemple, pour comprendre, pour partager, pour les malades et pour les autres. Et de l'avoir écrit comme cela, avec une liberté sans limites, avec génie, avec ses tripes et son âme fantasque. Merci, Mathias. Et longue vie. Et belle vie. 

vendredi 17 novembre 2017

Le (dernier ?) des Mohicans

Grande fresque. Grande fresque misogyne et raciste, mais grande fresque quand même. Tirée d'une histoire vraie. Je suis allée ouvrir ce livre parce que je l'ai récupéré dans l'édition Folio Junior et, en bon cobaye, je voulais tester si cette lecture était vraiment "junior". Alors pour des enfants de 10 ans, je vous le dis tout de suite, c'est non ! Beaucoup de sang, de batailles, de massacres et de scalps, des tournures de phrases ampoulées et une situation géopolitique tellement complexe qu'elle en devient totalement floue. En revanche, le roman est à garder, pour plus tard, pour le relire quand on a grandi, voire quand on est adulte et qu'on s'intéresse à l'histoire de l'Amérique et aux différents points de vue qui nous sont offerts. Ici, le point de vue est clair : européo-centriste et basé sur le postulat de départ selon lequel le blanc est supérieur à toutes les autres "races". Donc raciste.

Resituons. L'histoire se passe en 1757, au moment où les Français et les Anglais se disputent des territoires situés sur ce qui est aujourd'hui la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Chaque camp a cherché à faire alliance avec différentes tribus indiennes, semant une zizanie sans pareil entre elles et les montant les unes contre les autres. Diviser pour mieux régner. Au terme du roman, on a une idée assez claire du rôle des blancs dans l'implosion des sociétés indigènes. Chose à garder en mémoire, c'est la date de publication du libre de Fenimore Cooper : 1828. Finalement, nous ne sommes historiquement pas si éloignés que cela des événements relatés. Les blessures sont encore profondes. Quand on sait que les revendications indigènes contemporaines aux Etats-Unis sont encore réprimées, on comprend mieux qu'au début du XIXème les mentalités en soient encore là. Les indiens sont dépeints comme des barbares, assoiffés de sang, incontrôlables, pas vraiment fiables et pour la plupart incapables d'aligner plus de deux phrases, "Ugh !" étant l'essentiel de leur vocabulaire. J'exagère. Pour certains, au contraire, ce qui sort de leur bouche est digne des enseignements obscurs d'un mystique religieux incompris. Grotesque. Ajoutez à cela une propension au prosélytisme chrétien et vous obtenez une jolie fresque bien orientée. Les femmes (blanches, les squaws n'existent même pas et leurs enfants sont comparés à des animaux, encore moins intéressants que le petit peuple des castors) en prennent aussi pour leur grade. Les deux héroïnes sont les filles du Colonel Monro (qui a vraiment existé) et elles se mettent en tête de rejoindre leur père dans le Fort William Henry, surveillé de près par les Français de Montcalm (autre personnage historique). Les pauvres filles sont comparées à des enfants sans défenses, empêtrées dans leurs robes et leurs foulards, pleurnichant sans cesse, incapables de marcher avec leurs petits pieds délicats dans leurs petites chaussures (le fait est que ça ne devait pas être une tenue très adaptée), s'évanouissant pour un rien et poussant des cris de stupeur et des gémissements lamentables. Pauvres chéries ! Pourtant, si on repense à l'époque et au contexte, on se dit que les femmes devaient être élevées comme cela, dans la soumission au mâle et dans l'ignorance complète de leurs droits et de leurs capacités. Bref. 
Ce qui nous réconcilie un peu avec l'auteur, c'est que, si les Hurons s'en prennent une pleine tête, les deux Mohicans qui accompagnent nos jeunes écervelées dans la seconde partie du voyage et jusqu'à la fin du roman sont dits appartenir à un peuple supérieur par ses traditions, ses qualités guerrières et son intelligence. D'autre part, le chasseur qui les accompagne, bien qu'il affirme jusqu'à plus soif qu'il est un blanc "de sang pur", a intériorisé toutes les qualités des indiens : vision, oreille, instinct, stratégie, respect de la nature. Un personnage entre les deux mondes, ça soulage. Et puis, presque de l'amour. Entre Uncas, le soit-disant "dernier des Mohicans" et Cora, l'une des filles de Monro (bon, d'accord, elle est issue d'un mariage avec une quarteronne, donc elle est presque noire, donc déjà un peu inférieure). Mon côté romantique y a cru un instant, accompagné par les sous-entendus livrés par l'auteur. Et puis finalement non. 
Ce que les lecteurs critiquent, ce sont les longueurs, les dialogues artificiels, une action qui se traîne. Pas faux. Personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Sociologiquement, c'était intéressant. Pour le traitement du "sauvage", pour la place de la femme, pour la prise de position blanche, parce qu'on entrevoit quand même un peu de réalité. Mais au fait, le Mohican du roman, c'était le dernier ? Alors non, pas du tout ! Je m'en suis rendu compte en regardant un super reportage sur Arte consacré aux racines amérindiennes du rock et au cours duquel des musiciens issus des minorités ethniques opprimées interviennent. A côté de leurs noms était indiquée leur origine et, parmi celles-ci, j'ai pu lire "Machin Bidule, guitariste, mohican". Du coup, ni une ni deux, enquête. En vérité, les Mohicans n'ont pas tous été exterminés. Comme tous les autres peuples, ils ont été déplacés, déportés selon les besoins et les caprices des blancs venus usurper leurs terres, puis parqués dans des réserves qui avaient tout de camps de concentration. Une autre forme d'extermination. A l'heure actuelle, bien que les lois se soient en théorie assouplies, les indigènes n'ont toujours pas les mêmes droits que les blancs sur des terres qui pourtant, faut-il encore le rappeler (il le faut), leur appartiennent. Alcoolisme, viol, suicide, meurtres et, malgré cette situation apocalyptique, l'espoir de voir ces peuples refaire surface, réaffirmer leurs traditions et nous les enseigner à nous, pauvres blancs matérialistes et ignorants. 

jeudi 6 juillet 2017

Bienvenue à Marly Gomont

L'histoire d'une famille noire qui s'installe en Picardie. Le scénario idéal pour un navet. Sauf que ce film, c'est l'anti "Bienvenue chez les ch'tis". L'anti comique lourd, l'anti cliché, l'anti couru d'avance. D'abord parce que c'est une histoire vraie : celle du rappeur Kamini et l'arrivée de ses parents à Marly Gomont. Ensuite parce qu'elle est racontée avec poésie, juste ce qu'il faut de rire et beaucoup de tendresse. Nous sommes en 1975. Un bled paumé du nord de Paris cherche désespérément un médecin. Monsieur Zantoko vient d'obtenir son diplôme en France : ils sont faits pour se rencontrer. Sauf que contrairement à ce que madame Zantoko a compris, Marly Gomont, c'est loin d'être Paris. Il pleut tout le temps. Il n'y a strictement rien aux alentours et les habitants... n'ont jamais vu de noirs. Ce qu'on n'a pas dit, c'est que les époux et leurs deux enfants -dont Kamini- viennent tout droit de Kinshasa. De la ville, quoi. Et c'est là que le scénario (ou bien est-ce la réalité qui dépasse la fiction ?) est très fort, parce que les bouseux, les sauvages, les arriérés, dans l'affaire, ce sont les autochtones, les Picards avec leur esprit étriqué par l'ignorance. Au contraire, les nouveaux arrivant africains sont distingués, éduqués, cultivés. Les idées préconçues prisent à contre-pied. Il va falloir bien des tentatives d'approche, bien des jours vides de patients dans la salle d'attente du nouveau médecin, bien des barrières à faire tomber et des obstacles à surmonter avant que la rencontre ne se fasse réellement entre les habitants du village et leurs hôtes africains. Ce qu'on aime, ce qu'on adore, ce sont ces images aux couleurs passées comme des photos de l'époque, cette finesse à l'heure d'aborder ce qui est aurait pu être un gros pavé lancé dans la mare, ce traitement attendri des personnages qui nous renvoie aux excellents films de Ken Loach. Je pourrais encore et encore parler de ce film qui me trotte dans la tête depuis hier soir. Comme une envie de le revoir. Parce que ça fait du bien.
Deux choses à regarder en boucle. La bande annonce :


Le clip de l'excellent Kamini :

dimanche 26 février 2017

Que faire quand il pleut à Malaga ?

325 jours de soleil par an, disait le prospectus. Alors que faire quand on se trouve en vacances à Malaga, sur la belle Costa del Sol, quand on y est pendant les 40 jours restant où il ne fait pas beau ? Étant donné les averses à répétition (et pas de la petite bruine océanique mais bien de grosses gouttes méditerranéennes), il a bien fallu qu'on se pose la question. Alors on vous propose trois solutions.
- Le museo Alborania
Situé non loin du port, on s'est dit que, mouillé pour mouillé, autant aller faire causette avec les poissons à l'aquarium. La visite commence avec quelques fossiles, puis différents aquariums avec toutes sortes de poissons qu'il est toujours intéressant et ludique de regarder nager et de s'amuser à reconnaître. A l'étage, on entre dans une salle avec des ossements de mammifères marins trouvés sur la côte et dont on a reconstitué le squelette. La taille de certaines colonnes vertébrales est assez intéressante, de même que les mâchoires de requins. Dans une autre salle sont exposés dans des vitrines une multitude de coquillages dont la variété est époustouflante, du plus petit au plus gros. La pièce, vitrée, donne sur la promenade plantée de palmiers, ce qui lui confère une atmosphère tropicale fort agréable. Ce qui est génial ici, c'est qu'on peut toucher à tout : regarder le sable au microscope, s'amuser avec le simulateur de navigation, se prendre pour un naturaliste en herbe. Attention, cependant, la mignonne tortue sauvée dernièrement et recueillie à Malaga, comme tant d'autres animaux à la dérive, on la laisse tranquille ! Entrée 7 euros. 



- Le MIMMA
Dans les rues piétonnes du centre-ville, non loin de la Plaza de la Merced, le Musée Interactif de la Musique de Malaga vaut le détour. On peut y voir de belles collections d'instruments du monde entier (la section est plus développée que celle du Musée de la musique de La Villette, c'est un excellent point !) et de toutes les époques. Dans les salles blanches ou noires, ne pas toucher ! Par contre, dans les salles rouges, on peut donner libre cours à ses talents d'artistes, tripoter de la guitare ou du violon, faire chahuter ses doigts sur un piano ou se lâcher complètement sur un glockenspiel. Les enfants sont ravis, les instruments souffrent un peu du coup, mais qu'est-ce qu'on s'amuse ! Entrée 4 euros. 



- Le Museo Casa Natal
La maison  natale de Picasso, l'un des artistes andalous les plus connus au monde, se situe sur la place de la Merced. Si le peintre n'a passé que quelques années de sa vie à Malaga, il y est souvent revenu et a gardé en lui cette attirance pour les deux éléments essentiels du folklore local : le flamenco et la corrida. Outre une reconstitution du bureau familial et une série de photographies anciennes, on retrouve dans les différentes pièces les thèmes qui ont inspiré le peintre. L'audioguide raconte tout ça de manière très complète et on passe un bon moment dans ce musée agréable. Entrée 3 euros. Pour aller plus loin, le Musée Picasso qui regroupe l'essentiel des oeuvres du peintre... et le banc où il est tranquillement assis sur la place !