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vendredi 19 avril 2019

Escapade basque : San Sebastian

Après avoir parcouru, en voiture et à pied, la côte basque de Bidart à Hendaye ; après avoir fait des sauts de puces, garé le véhicule, remis la veste, chaussé le sac à dos, marché, visité, mesuré, ressenti, humé, quitté le sac et la veste, repris le véhicule, roulé encore, on se demande si nous disposons encore de l'énergie nécessaire pour franchir enfin la frontière et rencontrer San Sebastian que nous avions désigné comme le point final de cette longue journée. Finalement, avec le zeste de curiosité nécessaire à la poursuite du périple, nous nous décidons. Concentration extrême, lecture des panneaux, feeling, sens de l'orientation, débrouillardise, nous voilà dans un parking souterrain. Avec cette histoire de ne pas vraiment savoir où on allait, on n'a même pas prêté attention à ce qui nous entourait. On a juste dit "oui, ce n'est pas trop moche" tandis qu'on opérait un tour complet de rond-point pour repartir en sens inverse. Ce n'est qu'en remontant à la surface de la terre, au niveau de la mer, que l'on réalise véritablement que San Sebastian a mille atouts pour nous séduire. 
D'abord, les grandes avenues sont bordées d'immeubles chics, élégants, dignes et fiers. Ensuite, il y a ces ponts ornés de superbes lampadaires un peu rococo, mais qui sont tout à fait à leur place dans cette scène quasi théâtrale. D'ailleurs, malgré son ambitieuse modernité, le palais des Congrès Kursaal, cube de verre faisant face à l'océan, ne dénote absolument pas dans ce décor où tout est permis. De l'autre côté du pont, le théâtre Victoria Eugenia se la pète grave. On l'a compris, à San Sebastian, on ne fait pas dans la demi-mesure. 
Allons vers l'intérieur. Au centre du boulevard Zumardia, la promenade est paisible et longe des dizaines de mètres de magasins, de cafés et de restaurants, mais nous préférons arpenter les ruelles. Nos pas nous conduisent à travers des rues dont les balcons aux fenêtres nous rappellent que nous sommes en Espagne. Finalement, nous arrivons à la plaza de la Constitucion où des enfants jouent au football et où des vieux sirotent une bière ou un café, en terrasse. Ce que les voisins français aiment à retrouver en se rendant régulièrement à San Sebastian, c'est cette ambiance estivale en permanence, cette coutume de vivre dehors et de peupler les rues (sans doute à cause de l'étroitesse des appartements, mais peu importe la cause, pourvu que le résultat nous séduise). Il est vrai que les gens déambulent, rient, bavardent énergiquement, vont et viennent bras dessus, bras dessous dans le parc qui borde l'océan et au bout duquel trône l'hôtel de ville. 
Le soleil décline et nous ne nous lassons pas de cette envoûtante baie de la Concha, ce coquillage marin arrondi et maternel, paume de la main, au centre duquel l'île de Santa Clara fait comme un rappel de la terre avant l'immensité océanique. Il faut bien le dire, nous pavanons. Car, à San Sebastian, on ne se prend pas pour n'importe qui. Immédiatement, dès qu'on en foule le sol, c'est une ville qui incite à se redresser, à marcher tête haute ; une cité qui révèle la beauté et dans laquelle on ne peut que se sentir riche. De ce que l'on voit, de ce que l'on ressent. Riche de bijoux, de ciels, de sable doré et de soleil. Riche de l'expérience d'avoir franchi la frontière. Riche de cette belle rencontre. 











lundi 5 mars 2018

Les Jésuites

Alain Woodrow, Les Jésuites, 1990.
Alors non, ce n'est pas ce que vous croyez, ce n'est pas que je n'ai plus rien à lire. Le sujet m'intéresse vraiment. Le rapport avec le voyage ? Énorme ! La Compagnie de Jésus, c'est ce petit groupe d'originaux créé par Ignace de Loyola au XVIème siècle qui se mettent en tête de s'essaimer partout dans le monde pour convertir les populations au christianisme. Une équipée d'illuminés dont les débuts sont un peu chaotiques et dont le pape de l'époque se méfie pas mal, mais qui ont le mérite de jurer fidélité au Saint Père et de se mettre à sa disposition, quelle que soit la mission que celui-ci leur confère : ça aide. La Compagnie de Jésus est finalement reconnue officiellement en 1540 et c'est parti pour une progression complètement dingue. Ils sont partout. Très vite, on les retrouve dans le nouveau monde, en Chine, au Japon, en Europe évidemment. Leur méthode est simple : se fondre dans la masse, à Rome faire comme les romains, adopter les coutumes locales. C'est presque du travestissement ! Ils appellent cela "l'inculturation". S'habiller en mandarin, pousser la ressemblance à son paroxysme et convertir les élites locales pour provoquer des conversions de masse parmi le peuple, ça s'apparente quand même à une grosse supercherie. Mais cela se fait dans le respect de l'Autre. Et puis, partout où ils opèrent, les Jésuites respectent et suivent non seulement les cultures autochtones, mais apprennent également la langue, inestimable vecteur de transmission. Pourquoi employer le latin face à des Indiens ou des Quechuas ? C'est une absurdité à laquelle les Jésuites n'adhèrent pas. Au contraire, le catéchisme mondial des Jésuites est polyglotte. 
Je connaissais déjà le sujet en ce qui concerne la partie américaine de leur épopée. Très tôt, la Compagnie de Jésus est appelée à la rescousse dans les colonies de la couronne espagnole afin de procéder au nombre incalculable de confessions engendrées par la christianisation forcée des populations. Leur présence sur les terres américaines est forcément contrastée, puisqu'ils sont là pour "extirper l'idolâtrie" et recourir à la sévérité si cela est nécessaire (dans le cas d'apostats qui pratiquent leur ancienne religion en cachette ou des "héchiceros" ("sorciers", en fait les prêtres des religions andines) pour lesquels on construit même des prisons : les idoles sont brûlées et les sanctuaires détruits. On n'est pas non plus à une époque formidable. Pourtant, les Jésuites s'opposent farouchement à la barbarie de l'Inquisition et aux thèses guerrières du vice-roi Toledo. Ils prônent la persuasion, la discussion, le prêche, afin d'amener pacifiquement les indigènes à se tourner vers la nouvelle religion, ce qui, à l'époque, ne va pas du tout de soi. De même qu'en Chine, ils enseignent le catéchisme dans les langues locales et ne voient pas en quoi les cultures andines s'opposeraient au catholicisme. 

Dans les années 70, c'est d'une autre forme d'ouverture d'esprit dont les Jésuites font preuve. Résolument tournée vers les pauvres dont elle partage le quotidien, la Compagnie se fait la voix des sans voix et finit inévitablement par lutter contre les dictatures en place, notamment en Amérique Centrale. De là à franchir le cap de l'engagement politique, il n'y a qu'un pas et les Pères le franchissent souvent spontanément. Non pas par attachement au marxisme, mais parce que certaines de ces thèses correspondent à leur vision de la justice sociale. Seulement voilà, le Pape et toute l'institution catholique ont une peur bleue du communisme et on trouve toutes sortes de prétextes pour accuser les Jésuites. Personne ne les défend lorsqu'ils se font assassiner dans les villages salvadoriens ou nicaraguayens. Jean-Paul II en personne durcit l'attitude de Rome. On a tendance à valoriser Jean-Paul pour son engagement de paix à travers le monde, mais on a tendance à oublier son soutien indéfectible envers les dictatures latino-américaine et son rejet farouche des mouvements populaires...auxquels les Jésuites prennent part. On se souvient de l'image marquante de la visite du Pape au Nicaragua en 1983, lorsqu'il admonesta vertement le Père Ernesto Cardenal dont il réprouvait l'engagement envers le peuple opprimé. Son frère, Fernando Cardenal, avait carrément été viré de l'Eglise par le Pape. C'est dire !
On ne peut qu'éprouver de la sympathie pour ces religieux qui mènent finalement une vie "comme les autres", travaillent (on veut parler ici des "prêtres ouvriers"), se syndicalisent, font de la résistance au nazisme pendant la guerre, et ont finalement tout pour plaire. Que l'on soit chrétien ou pas, l'histoire de la Compagnie de Jésus en dit long sur les tares de l'institution catholique, ses excès, son élitisme et son esprit étriqué. Le livre est, outre un document précieux pour qui s'intéresse à la Compagnie, un voyage étonnant dans les méandres de l'Eglise, ainsi que l'incroyable aventure d'hommes portés à favoriser la connaissance et le respect de l'Autre plus haut que tout. 

mercredi 11 octobre 2017

Le tourisme, bénéfice ou catastrophe ?

Deux choses sont à l'origine de cet article. D'abord, le fait d'avoir traité avec mes élèves le sujet des paysages espagnols en tant que décor de cinéma et le côté moins idyllique de la péninsule : la destruction de ses espaces naturels au profit d'une urbanisation sauvage motivée par le tourisme. Ensuite, un reportage d'Arte sur Venise et le drame que vivent le peu d'habitants récalcitrants qui n'ont pas encore quitté la ville : l'afflux incontrôlé de touristes qui dérèglent complètement la vie locale. Il n'en fallait pas plus pour qu'on se pose la question suivante : alors, le tourisme, bénéfice ou catastrophe ? 
En Vendée...
Avec mes élèves, nous avons ensemble regardé un reportage d'Arte sur Mallorque, pour voir en images ce qui se joue dans cette île des Baléares très prisée par les visiteurs. On a pu voir que chacun y allait de son argument pour glorifier ou maudire le tourisme de masse. Une guide soutenait par exemple que les visiteurs du monde entier étaient les bienvenus et que, en temps de crise, c'était leur venue qui faisait tenir l'économie de Mallorque. Nous, on s'est surtout dit qu'elle tenait à son salaire... Et on a été beaucoup plus émus par les habitants qui se plaignaient de voir le prix de l'immobilier flamber, par cette association qui mesurait la pollution aux abords du port, pollution de l'air très importante et causée par les paquebots de croisière, géants des mers qui stationnent pendant plusieurs heures sans couper leurs moteurs, tout ça pour que des touristes peu soucieux d'approfondir le sujet fassent quelques photos et puis s'en aillent. Touchés, on l'a aussi été par ce vieux monsieur, artiste, qui collecte des bouteilles d'eau et autres détritus pour en faire des œuvres contemporaines et les exposer en plein centre-ville. Une manière de faire prendre conscience aux touristes ET aux mallorquins que le patrimoine naturel, ça se respecte. Le vieux monsieur, il disait que dans jeunesse, il longeait la côte en vélo et qu'il n'y avait aucune construction. Il disait qu'il était triste et ça nous a rendus tristes aussi.
A Egine, en Grèce...
Du coup, on est allés voir ça d'encore un peu plus près, et on s'est plongés dans les rapports de Greenpeace sur la destruction du littoral espagnol. Des images parlent plus que des chiffres, quoique : l'équivalent de 8 terrains de foot par jour de nature détruite pour construire des hôtels et appartements touristiques, on a bien visualisé. En photos, on a vu le rapport de 2013, le meilleur et le pire de la côte espagnole : les endroits les plus protégés, et les endroits les plus amochés. On a vu rouge. Alors, les jeunes se sont mis à écrire (tout ça en espagnol, bien évidemment) une loi de protection du littoral : interdictions, zones protégées, parcs naturels, amendes, bus électriques, associations de riverains, hôtels écologiques, films de sensibilisation... ils ont tout réinventé. 
Seule, j'ai visionné ce reportage Arte Regards (au passage, cette émission est excellente) sur Venise et j'ai revu le même drame : rues envahies, prix des logements inabordables, départs des jeunes vers d'autres villes, petits commerces fermés au profit de chaînes bon marché. Seulement, cette fois, on nous présentait une solution très intéressante : deux jeunes sans travail (parce qu'à Venise, quand on est biologiste et pas dans le tourisme, on ne trouve pas de travail) ont ensemble créé une association et un label. Le but ? Communiquer, informer les touristes sur les magasins qui sont tenus par de "vrais" artisans locaux, les inciter à s'intégrer à la vie locale en faisant par exemple des ateliers (on en voit un dans le reportage chez un souffleur de verre), manger chez les petits restaurateurs, etc, etc. Au fond, ce que disent les vénitiens, c'est que ce n'est pas vraiment la faute des touristes, mais plutôt la faute des autorités qui se sont laissées déborder par le flot, qui ont vu la manne financière et qui ont fermé les yeux sur les conséquences désastreuses que cela allait engendrer. 
A Malaga, en Espagne...
Cela nous amène inévitablement à nous remettre en question, nous et notre sac en dos, en tant que touristes.
("touriste", gros mot pour certains qui le considèrent péjoratif et se refusent catégoriquement à l'être, touriste, criant haut et fort à qui veut bien les entendre qu'ils sont des "voyageurs". N'ayant pas vu pour le moment de grosse différence mais seulement quelques hypocrites nuances, je règlerai leur compte dans un prochain article)
Sommes-nous, déjà, dans un premier temps, sensibles au fait que le logement dans lequel nous dormons sur la Costa del Sol a provoqué la destruction massive de cette même côte ? Sommes nous éduqués en ce qui concerne le respect des espaces naturels, la propreté ? Préférons-nous faire marcher le commerce local ou nous ruons-nous encore dans les magasins où domine le "made in China" ? Nous intégrons-nous un peu à la vie locale ou restons-nous sur les sentiers balisés par les guides ? 
Vraiment, après tout ce travail, toutes ces images et ces réflexions en groupe et en moi-même, je me dis que, définitivement, j'aurai du mal à ne pas réfléchir à deux fois avant de franchir la porte de tel ou tel endroit, et que je serai dorénavant plus attentive aux traces de mon passage dans les pays et les villes que je visite ... 
Un endroit protégé où je sais qu'il n'y aura jamais d'immeubles...

vendredi 29 septembre 2017

Mon top 10 des livres qui te font voyager...et réfléchir sur le voyage

La rubrique "livres" du blog étant très très très très fournie, voici une sélection de 10 livres ou auteurs qui te feront voyager, immobile dans ton canapé, mais mobile dans ta tête et dans tes rêves, et qui par la même occasion te feront réfléchir sur le sens du voyage ainsi que sur la manière dont tu le racontes, toi, modeste bloggeur... Prêt ? On y va ?

Bernard Ollivier, La longue marche
La route de la soie s'ouvre à vous, sans aucun obstacle, telle que Bernard Ollivier décide de la parcourir à 61 ans. Remise en question de toute son existence, départ géographique après le départ de sa femme, besoin de réapprendre à marcher sans elle. Plus qu'un projet de voyage, une interrogation existentielle qui le conduit jusqu'à X'ian. Anatolie, Iran, Ouzbékistan, Chine, les paysages défilent et ce que l'on croyait être un récit de marche solitaire se transforme en un collier dont les perles sont les multiples rencontres faites sur le chemin. Courage. Humilité. Et cette citation chère à mon cœur et qui définit parfaitement ma vision du voyage et du monde en général. Les gens avant tout, pas forcément très loin de soi, et s'intéresser à eux, à leur histoire, à ce qu'ils ont à nous dire et à nous apprendre :
"Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village,et une soupe, attablé avec des inconnus". 
Bernard Giraudeau
L'oeuvre de l'artiste en général. Depuis ses documentaires et sa voix envoûtante et déjà exotique, jusqu'à ses livres, invitations au voyage. Mais pas au voyage touristique, prévisible. Non. Au voyage cru, rude parfois, piquant, aux récits des hommes revêches, des marins sans port et des femmes au passé incertain, mi déesses mi putains. Si la mélancolie poétique vous tente, si un aller sans retour dans les bas fonds des cités portuaires ne vous effraie pas, Bernard Giraudeau, avec sa prose sans égal, sera le guide qu'il vous faut dans les méandres du monde. 

Tintin
Même adulte, la lecture des aventures du jeune journaliste belge nous procure encore des frissons, de l'émotion et de la joie. Indémodable, Tintin se lit à tous les âges et à toutes les époques. C'est Le Temple du Soleil qui m'a fait découvrir le Pérou et m'a donné l'envie irrésistible d'aller voir les Andes en vrai. Ce sont ses incroyables enquêtes qui m'ont tenue en haleine durant toute mon enfance et mon adolescence qui m'ont donné la curiosité d'aller découvrir le monde. 

Isabelle Autissier, L'amant de Patagonie
Un magnifique roman après la lecture duquel on n'a qu'une seule envie : filer tout droit en Patagonie. Là, dans le grand sud, redécouvrir autrement ces terres hostiles et reprendre contact avec ces peuples massacrés puis oubliés. Isabelle Autissier retrace dans son roman l'histoire de la rencontre ratée entre les colons européens et les autochtones, cette immense méprise qui nous a fait prendre, nous, les blancs, les indigènes pour des sauvages. Or, sauvages, nous l'étions complètement et nous le sommes restés, sans aucun état d'âme, jusqu'à l'assassinat du dernier Ona, du dernier Alakaluf. Laissez-vous emporter dans les paysages sublimes de la Patagonie, à la suite d'un auteur qui nous livre ici un hymne à cette terre et aux gens qui l'ont un jour peuplée. 

Paul Théroux, Patagonie Express
Le titre nous ramène au livre précédent, pourtant tous les deux n'ont rien à voir. Le livre de Théroux est un éloge au voyage pour le voyage, qu'importe le but pourvu que les routes soient belles. Un matin, il s'éclipse. Il prend le métro de Boston comme des milliers de gens qui vont travailler, à cette différence près : lui ne se rend pas au bureau mais... en Patagonie. De train en train, Théroux traverse l'Amérique du Nord au Sud, passe toutes les frontières et décrit ce qu'il voit, sans autre volonté que celle de raconter et d'avancer. Pas d'idéalisation touristique. Pas de visites. Pas de musées. Juste le train et les populations locales qu'il croise dans leur élément naturel et sur lesquelles il ne porte pas de jugement. Un anti tour du mondiste, anti routard, anti instagramer et ça fait du bien ! 

Claudie Gallay, Les déferlantes
Voyage intérieur autant que géographique. La Hague ne semble pas un lieu tellement passionnant pour un voyage littéraire, et pourtant... Le vent, les tempêtes, l'iode, les falaises, le phare, la pluie battante, les oiseaux partout. On se retrouve dans une atmosphère parfaite pour se retirer de l'agitation du monde. Le voyage n'est pas forcément une succession de lieux à voir que l'on enchaîne sans les approfondir. Il peut être aussi immobile et favorable à un travail d'introspection. Seule avec ses tourments dans une région au climat tourmenté, la protagoniste nous donne furieusement envie de venir l'accompagne dans ses marches interminables sur la lande battue par les vents...

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée
Voyage itinérant mais avant tout séjour incroyable au cœur de la langue française et des mots. Car, pour décrire un itinéraire ou un séjour, on croit souvent que l'alignement de toponymes et de superlatifs suffit. Or, Rufin nous remet à notre place de gribouilleurs de récits pour nous montrer ce que c'est vraiment que l'écriture du voyage. Il est possible que la lecture de ce livre ne vous donne même pas envie de "faire Compostelle", puisqu'on vous l'aura raconté avec tellement de génie qu'il vous semblera impossible de vivre en vrai un tel pèlerinage géographique, religieux et littéraire à la fois !  

Frances Mayes, Sous le soleil de Toscane
Le vaste débat de la résidence secondaire à l'étranger. La Toscane, pour ces Américains en quête de calme et de soleil. Et toutes les péripéties de maçonnerie, peinture et jardinage qui vont de pair avec la rénovation d'une vieille bâtisse dans une région du monde où l'on demeure malgré tout un étranger. Lé récit est tellement vivant et généreux qu'on a envie de venir les aider. Et puis il y a toutes ces saveurs, les tomates gorgées de soleil, l'huile d'olive qui coule comme une fontaine d'or, le sucre des fruits mûrs. Le voyage, en plus d'être un déplacement ou, comme dans ce livre, une installation, est aussi une aventure culinaire. Oui, le voyage se goûte et on en redemande ! 

Lolita Séchan, Les brumes de Sapa
Préparez-vous à chausser votre sac à dos pour suivre Lola dans ses innombrables avions, dans ses allers et retours incessants entre son monde et celui de son amie vietnamienne. Au départ, c'est un voyage intérieur qui a besoin d'aller voir ailleurs si son Moi y est. Et puis l'égocentrisme s'efface au profit de l'amitié. Alors, l'humain dans ce qu'il a de plus beau et de plus pur peut enfin éclater au grand jour. Oui, on peut s'attacher à des habitants des pays que l'on visite. Non, l'amour comme l'amitié n'ont pas de races, pas de frontières autres que celles que nous nous mettons dans la tête. Pas de descriptions de paysages ici, pas de mise en mots du décor : les dessins parlent d'eux-mêmes et on y plonge agréablement sans pouvoir en détacher nos yeux éblouis par tant de beauté. 

Emilie Beaudet, Bolivia Road Movie
Oui, j'y suis allée de mon petit roman voyageur. Oui, j'avoue, j'ai fait ça. Je ne sais pas ce que ça vaut, c'est à vous de le dire, mais j'avais envie de raconter autrement que par le blog quelque chose de mes voyages en Bolivie, quelque chose qui ferait voir le pays tel qu'il est, autrement que par ses musées et son folklore et qui en même temps me permettrait de glisser là-dedans des personnages qui ressemblent à des gens que j'ai croisés sur ma route et que j'ai trouvés beaux. 

lundi 12 juin 2017

Illimani, la lumière du monde

Jean-François Bouygues, Illimani, la lumière du monde, 2017.
Je viens de venir à bout des 600 et quelques pages de ce pavé touristico-mystico-populo-initiatique. J'écris cet article à chaud, mais je pense qu'il me faudrait encore une certaine distance temporelle avant de rendre mon verdict : ai-je aimé ou pas ? suis-je conquise ou déçue ? vais-je l'encenser ou le détruire ? C'est donc sans filet que je me lance dans ma chronique. 

Les points positifs
Amoureux de la montagne, ce livre est pour vous. De Chamonix aux Andes, notre auteur, qui semble au demeurant ultra documenté, nous balade dans des paysages à couper le souffle, dans la description desquels, fois de montagnardes, j'ai parfaitement reconnu les lieux. Qu'il s'agisse des Alpes ou de La Paz, la capitale bolivienne, les références sont exactes et, il faut le dire, relativement exemptes de toute tentative folklorisante. On s'y croirait, vraiment. Les rues, les sommets alentours, les gens. L'esprit de chaque endroit y est dépeint avec une exactitude qui force le respect. Un point très positif donc, puisqu'il est très rare que j'envoie des brassées de roses aux romans qui se sont piqués d'aborder le sujet de la Bolivie. Pour ce qui est de l'alpinisme, et bien que je ne sois pas une experte ès grimpette, le côté technique paraît juste. Quelques références à l'Espagne et notamment à l'Andalousie, un vrai voyage, en somme. 
Les points négatifs
Des descriptions qui tiennent fatalement parfois du dépliant touristique. L'auteur fait faire à ses personnages des compte-rendus détaillés, historiques et culturels, qui donnent une certaine lourdeur à l'histoire. Peut-être sa passion pour les lieux, son envie de bien les présenter, en toute fidélité, son désir de nous instruire. Je ne suis pas objective, je connais tout cela. Pour quelqu'un qui ignore tout de la Haute Savoie ou de la Bolivie, pourquoi pas, même s'il existe un risque de perdre le lecteur. Pour sa défense, je répète que j'ai guetté la faute, la boulette, l'erreur fatale... et que je n'en ai pour ainsi dire pas trouvé. Examen réussi, malgré tout. De justesse. Là où j'ai senti poindre l'exaspération, c'est dans les multiples références à la culture populaire (télévisuelle, cinématographique, littéraire, culturelle). Quelquefois, passons. Cependant, de manière répétitive et quasi systématique, j'avoue, cela m'a lassée. Trop, c'est trop. Des citations d'Alphonse Allais, de Luis Mariano et du Da Vinci Code, pêle-mêle, au beau milieu de l'écrit. Je n'ai pas accroché au concept. Ce qui me plaît, dans l'intertextualité, ce sont les références habiles à d'autres auteurs ou des répliques célèbres lorsque cela se fait en toute harmonie. Tout le contraire d'une phrase présentée entre guillemets avec une note de bas de page systématique destinée au lecteur ahuri et à qui l'on dit "eh, t'as vu, j'ai cité une chanson de Renaud !". Faire confiance au lecteur, toujours. Ne jamais le sous-estimer sous peine de le vexer. 
Pourquoi j'ai lu le livre jusqu'au bout alors qu'il dépasse les 600 pages 
Alors oui, j'ai été agacée. Oui, le côté mystique poussé à la limite de la caricature m'a fait hérisser le poil, m'a presque fait sourire tellement c'était gros, tellement le dénouement était annoncé dès les premières pages ou presque. Non, je n'ai pas été confrontée à un style littéraire transcendant qui m'a fait dresser le poil. Mais, mais, mais... Les personnages sont bien construits, possèdent un véritable caractère, un parcours de vie et un langage qui leur est propre. Donc on s'intéresse à eux. Ils reflètent aussi des questionnements existentiels et des failles qui sont universels. Donc on s'attache. Le fait de faire alterner leurs voix façon roman choral en les transformant tour à tour en narrateur est assez bien joué. Donc on les suit. Donc on ne s'ennuie pas. Donc on finit la lecture des 600 pages sans rechigner. CQFD. Le roman initiatique, quand il s'appuie sur des protagonistes aux contours bien dessinés et qu'il se situe dans des lieux parfaitement décrits, est forcément réussi. Vers la 598 ème page, je me suis demandée si, dans le cas d'un roman situé dans le Sahara Marocain, en Ukraine et en Thaïlande, j'aurais terminé cette lecture. Je n'en sais strictement rien. Le bagage culturel qu'il véhicule, c'est toute mon enfance, c'est toute ma vie. Évidemment, ça joue. Cependant, je laisse le bénéfice du doute. Et je le conseille. Allez donc faire un tour aux pieds des neiges éternelles de l'Illimani. Suivez donc un moment les pas de Solo, à la recherche de son père et de lui-même. Et avec un peu de chance, ça vous remettra les idées en place. Peut-être même que ça vous donnera envie de voyager. 
Illimani - La Paz - février 2014

lundi 20 mars 2017

Ode au voyage en bus

Je ne suis jamais plus à l'aise que dans l'attente d'un départ, ce temps en suspens avant le grand saut vers l'inconnu où nos repères deviennent inutiles. Plus je prends l'avion, moins je suis à l'aise. Au contraire, le bus est l'un de mes vecteurs de voyage préférés. C'est dans le bus Malaga-Grenade que j'ai écrit ce petit texte...
Je suis dans un ailleurs dont je me gave, boulimie de paysages à travers la vitre. En transit. Dépouillée de l'ici et pas encore dans l'ailleurs, entourée de gens qui voyagent eux aussi. J'observe les maisons au bord de la route, dans les collines, au creux des montagnes et aussitôt me viennent des histoires à écrire. Aussi long que puisse être le trajet, je ne m'ennuie jamais. Je regarde les gens et leur invente une histoire. Je détaille les panneaux, tous ces noms du voyage, les étapes furtives et le mystère qui les entoure et que je ne percerai pas. Déjà, adolescente, je rêvais que le bus scolaire m'emmenait en vadrouille, loin, très loin du quotidien qui empestait l'enfermement. J'avais terriblement besoin d'air ! Aujourd'hui, quand je suis en mouvement, je respire. Mon oxygène est dans le voyage. Me mêler à la foule, respirer d'autres épices, me remplir d'énergies nouvelles, marcher à un autre rythme, suivre la cadence du pays où je suis. 
Il pleut depuis le départ de Malaga. Les montagnes ont enveloppé leurs sommets dans la brume qui donne une teinte irréelle au paysage. Le rio Guadalmedina, grossi par les pluies, serpente furieusement entre les rochers. Les millions d'oliviers dansent dans la tempête. Soudain, à l'approche de Grenade, le ciel s'éclaircit et une goutte de ciel bleu vient percer les nuages. La Sierra Nevada n'apparaît pas encore, mais on on devine son ombre bleutée au fond du panorama. 
Au retour, au contraire, j'ai le soleil dans les yeux, la musique de la radio dans les oreilles et comme compagnon de voyage le bonheur d'être en vie, parce que le mouvement, c'est la vie.
Quatre images de Bolivie. Quatre instantanées. Quatre fois le souffle coupé. Quatre instants à regarder par la fenêtre des bus que j'ai si souvent pris.
Non loin de Potosi
 Aux abords du lac Titicaca 
L'altiplano infini
Sur les hauteurs de Cochabamba

vendredi 17 mars 2017

Je suis andalouse

Je suis andalouse. Je parle fort, je parle vite, je parle rauque. Je parle avec les mains et avec tout mon cœur et mes yeux lancent des éclairs à quiconque me défie.
Je suis andalouse. Je ris autant que je pleure, je suis dans l'extrême et dans la démesure. Je torée la vie et dompte les circonstances.
Je suis andalouse. Je marche fier, je marche droit, je marche chaloupé et dansant, je marche orgueil et sentiment.
Je suis andalouse. Je ne jure que par le soleil et m'en abrite coquettement. Je bénis la blancheur et voue un culte à la couleur, à la fois pieuse et déchaînée.
Je suis andalouse. Je cancane consciencieusement et poétise la réalité. Je me fous des aléas et m'effondre à chaque pas pour me relever. Je dramatise le quotidien en un flamenco aigre doux qui rythme de ses talons le battement de mon âme.
Je suis andalouse. Dans l'excès et le renfrogné, dans le passé et l'avenir, dans ce que j'ai de plus sanguin et sucré.
Je suis andalouse. arabe, juive et catholique, gitane quand ça me chante.
Je suis andalouse. mer, désert et montagne.
Je suis andalouse par caprice.
Je suis andalouse, donc je suis.









mardi 14 mars 2017

Malaga au bord de l'eau...

Quelques jours d'absence (oui, il m'arrive parfois de travailler dans la vie !) mais encore des choses à vous dire sur Malaga. Aujourd'hui, je vous emmène pour une balade ensoleillée au bord de la belle bleue, du port de commerce aux plages, en passant par le port de plaisance et d'autres endroits merveilleux. 
Impossible de vous mentir, ce qui fait le charme de Malaga, outre sa dimension historique et sa verdure luxuriante, c'est sa situation idéale en bordure de Méditerranée. La présence de l'eau, que ce soit mer ou océan, donne un cachet supplémentaire aux villes que l'on visite, c'est indéniable. Qui plus est, dans le cas de Malaga, la montagne n'est pas loin non plus : elle a tout pour elle, comme on dirait d'une belle et brillante jeune femme. Partons donc non loin de la fameuse grande roue et ne nous attardons pas trop, sauf intérêt supérieur pour le sujet, dans le port de commerce. Admirons les bateaux de croisière, ces immeubles des mers, et gardons un peu de temps pour flâner sous les palmiers modernes qui longent la baie. Ombragée, aérée, la promenade possède un charme fou. C'est ainsi que l'on arrive droit sur le cube du centre Pompidou Malaga, musée d'art moderne, rejeton de notre centre Pompidou parisien. A partir de là, on vire sur la droite pour accéder à une enfilade de magasins, plutôt chics. Une sorte de recoin du bon goût et du style à côté du port de plaisance, la part "in" de la métropole, the place to be. Dans la continuité, de multiples restaurants vous tendent les bras. Le choix est vaste. By night, l'endroit est charmant. 

C'est alors que l'on arrive au phare et là, changement de décor. Tout redevient sauvage, indompté, maritime. Le vent décoiffe et vous bouscule un peu, projette les eaux en vagues furieuses sur la jetée, façon Malecon à Cuba. Les pêcheurs pêchent, les flâneurs flânent, les joggeurs... courent. Les terrains de sport sont légion. Ici commence le royaume du sportif. 


Tout le long des plages, en effet, la plus connue d'entre elles étant la Malagueta, on peut au choix marcher dans le sable (tiens, çà me rappelle une chanson...) ou exhiber ses muscles fessiers sur la large partie piétonne de l'avenue. On court, on marche, on se montre, on bronze, chronomètre à la main, du sportif le plus aguerri à la mamie distinguée et maquillée, en passant par la mère de famille dynamique à la recherche de la silhouette parfaite. Ce n'est pas la Californie, mais presque ! 
Nous, en bons vivants, on a évidemment préféré marcher les pieds dans l'eau (un peu froide en février, mais rien ne nous arrête) sur l'interminable langue de sable et admirer la ville d'un autre point de vue. On a lancé des "c'est beau, c'est beau", à perdre haleine. Parce que la Méditerranée, bien inconscient celui qui dirait le contraire, c'est beau. Je vous passe le soleil qui se reflète dans l'eau et la fait briller comme un diamant, le calme et la délicieuse solitude de l'hiver sur la plage, la joie de confier son visage à ces milliards de vitamines qui émanent de ce soleil presque africain, l'alignement des beaux hôtels (voire des palaces) et la colline là, tout au fond, qui a un air de Corcovado. Comme souvent, le genre d'endroit que l'on voudrait ne plus jamais quitter... 


mercredi 8 mars 2017

Se faire des sensations fortes à Malaga

La plaza de Toros
Evidemment, les arènes de Malaga sont à mille lieues d'égaler en élégance et en prestance les arènes de Séville et son musée. Pour 1,80 euros, il ne fallait pas être exigeant. On peut quand même admirer la rondeur et la solennité de ce cercle de gradins à l'allure un peu rurale et destiné à ce qui ici est plus qu'un art, une religion. Dans le musée sont répertoriées différentes tenues et affiches emblématiques de la corrida, ainsi que de beaux spécimens empaillés à qui vous pourrez faire un petit bisou si l'envie vous en dit. 





Le Mirador Princess
Nous ne sommes ni dans le même univers, ni dans la même gamme de prix. 10 euros, cela parait cher, mais vous embarquez ici dans la plus grande roue panoramique d'Europe, située non loin du port et qui, pendant de longues minutes, vous propose en plusieurs tours d'horizon (compris dans le prix, un arrêt au sommet pour mieux célébrer la belle vue) un panorama intégral sur toute la ville. Nos photos sont un peu... enfin, il pleuvait quoi. Mais cela suffit à vous rendre compte de l'énormité de l'attraction, ainsi que de l'utilité des cabines fermées ET climatisées pour l'été. Côté sensations fortes, la roue est très stable et convient parfaitement aux apeurés du manège (dont je suis). 



Las bovedas de la Catedral
Pour quelques euros, rendez-vous sur les toits de la cathédrale. C'est une habitude chez moi que de grimper sur les épaules de ces vieilles dames de pierre. Je l'avais fait avec plaisir et une sensation totale de liberté (pas de barrières, pas de guide) dans la belle ville blanche de Sucre, en Bolivie. A Malaga, même si la guide est charmante et vous racontera en détails l'histoire du monument, vous êtes quand même suivis et les portes fermées à clé derrière vous par un vigile aux lunettes de soleil énigmatiques. On ne plaisante pas ici ! Qu'importe, vous pourrez savourer, une fois en haut, la superbe vue sur la Méditerranée qui vaut bien toutes les barrières et apprendre avec étonnement que cette cathédrale, faute d'argent, n'a jamais été terminée (d'où la présence d'une seule tour sur la façade). A l'époque, les guerres étaient prioritaires et le roi préférait mettre ses pesetas dans l'armée plutôt que dans l'architecture, chacun ses priorités. De même, les dômes que l'on peut voir sur le toit auraient dû être recouverts et aurait dû aussi voir le jour un ingénieux système d'évacuation des eaux de pluie. Les architectes avaient même laissé des inscriptions sur la pierre, au cas-où quelqu'un prendrait un jour leur suite. Aujourd'hui, il existe un projet qui viserait à achever de bâtir cette cathédrale bancale, mais les habitants de Malaga ne sont pas trop d'accord, préférant sans doute garder intacte l'image de ce qui est le symbole de leur ville, leur Manquita, leur manchote adorée.