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mardi 26 mars 2019

Retrouver la Creuse - Le deuxième jour

S'éveiller à l'aube, au premiers rayons du soleil. Déjeuner d'un fromage de chèvre frais en compagnie d'un faisan effectuant sa promenade matinale. Se croire dans un conte. 
Rester dans la légende et parcourir le sentier d'interprétation qui raconte l'histoire de la fée depuis toujours poursuivie par les hommes et qui révèle son secret à l'un d'entre eux. C'est le récit de la femme sauvage, celle qui puise sa force dans la nature, qui se fond avec les éléments et qui devient eau, vent, terre. A notre tour, partir à sa suite. Suivre le cours de la rivière, entendre le roucoulement des eaux. Marcher dans la lande, à travers les bruyères. Être seul au monde. Sentir les pas de la fée qui accompagnent les nôtres et n'entendre que la résonance de nos pieds sur ce sentier qui rebondit un peu. Percevoir le creux sous la terre et le sol vivant. Se foutre de la compétition, du calcul du dénivelé, du nombre de kilomètres parcourus et de la fatigue enregistrée. Juste être là. Danser avec la fée. 
Au sommet, après s'être mêlé à la foule des genévriers, se fondre dans le paysage. Écouter les oiseaux. Dévorer des yeux le jaune d'or des ajoncs. Se jeter pores et âme dans le lac en contrebas. Comprendre qu'on pourrait passer là le restant de ses jours sans avoir besoin de rien d'autre. Prendre racine. Se transformer en arbre, ne plus jamais partir. Se laisser simplement distraire par le vent frais du printemps, brunir par le soleil déjà haut. Tel un animal sauvage humant l'air, ne percevoir aucune odeur perturbante, ennemie. Le seul parfum, l'odeur de la nature indomptée. 
Qu'il est dur de redescendre ! Regarder mille fois en arrière. Se retourner jusqu'au bout. Sur la plage, s'asseoir à l'écart, groggy par cette beauté dont nous nous sommes enivrés. 
Rouler. 
Reprendre contact avec la civilisation à Eymoutiers. Sur les bords de la Vienne, se souvenir de l'eau du torrent. Et partir. 
Ouvrir les yeux et peiner à croire que tout cela a vraiment existé. Les refermer et sourire : avoir intégré le paysage et avoir la capacité de s'y transporter mentalement sans que personne ne le remarque. En secret, se faire un clin d'œil. A jamais, être là-bas. 







lundi 25 mars 2019

Retrouver la Creuse - Le premier jour

Aubusson, dernière escale avant de perdre tout contact avec la civilisation. Parcourir la rue ensoleillée, les ruelles fraîches, se surprendre du contraste ; toucher les murs de pierres pour s'assurer qu'ils sont bien là. Se restaurer. Et puis tout quitter. Partir. 
Reprendre les chemins déjà parcourus. Redécouvrir avec des yeux nouveaux les collines verdoyantes, les forêts de sapins, le plateau féérique, ses maisons aux murs épais de pierres claires avec leurs jardins bien entretenus, les jonquilles en troupeaux et les vaches rousses en bouquets. Rouler lentement, prendre le temps de laisser le regard déjà séduit s'émerveiller et picoter de l'émotion des retrouvailles. 
Soudain, se faire surprendre par le lac de Vassivière scintillant au soleil dans son écrin de velours vert sombre. Descendre de voiture. Franchir le pont. A pieds, paisiblement, en souriant, faire le tour de l'île. Oublier la montre, jeter la performance aux orties et permettre au chemin de nous conduire à l'intérieur de nous. Plonger les mains dans l'eau froide ; écouter le vent faire bruisser les branches des grands conifères ; s'enivrer du parfum citronné de la sève ; goûter la saveur du rire pur, enfantin dans nos bouches et puis voir, voir la beauté partout. Réapprendre le sens du mot "bleu". 
Le soir, remettre les manteaux et les écharpes et sortir encore. Ne pas résister à l'appel du coucher de soleil et admirer le ciel se peindre d'autres teintes, rosées, orangées, douces aquarelles se reflétant sur la surface imperturbable, immobile de l'eau. Envier la sagesse du lac. Silence. Se taire. N'entendre que le bruit de nos pas et les merles qui se préparent pour la nuit, se rengorgent et envoient leurs mélodies au lointain. Avoir un peu froid. Se sentir vivant. Ne plus penser à rien. Être.







vendredi 16 mars 2018

10 endroits superbes pour pique-niquer

Les beaux jours arrivent et avec eux le soleil qui donne une furieuse envie d'aller se mettre le nez au vent. S'asseoir sur l'herbe encore un peu fraîche, s'allonger sur une couverture et regarder le ciel, pique niquer dans des paysages sublimes et dépaysants, voilà ce dont nous avons tous besoin ! C'est pourquoi nous vous proposons ici 10 endroits merveilleux pour déguster vos salades et vos sandwiches, pas très loin de chez vous. Car oui, en France aussi, le panorama peut vous couper le souffle...
Le pays des mille étangs, pays de mon enfance, terres sauvages et solitaires où l'on peut marcher pendant des heures sans croiser... personne, si ce n'est une foule d'oiseaux de toutes sortes. Pour les amateurs d'ornithologie, c'est un paradis. C'est là que font halte les grues cendrées lors de leurs grandes migrations printanières et automnales. Observer, écouter, rester immobile et ne penser à rien. La Brenne est l'endroit idéal pour se ressourcer...
La Corrèze
Aaahh, la Corrèze ! Ses collines verdoyantes ondulant sous le vent, ses troupeaux de vaches paisibles paissant dans les prés de velours, ses ciels incomparables. Là encore, un endroit fabuleux pour qui veut rompre avec l'agitation citadine et se retrouver, seul avec soi-même, en communion avec la nature...
Les îles du Frioul
Marseille, la côte, cela a beau être beau, c'est couru, surpeuplé, surfait. Alors que les îles, le Frioul, voilà une destination qui fait rêver ! Prendre le bateau, traverser, débarquer en aventurier, en découvreur de nouvelle terre. En hiver, hors saison, on peut randonner sans être dérangé, se gaver d'horizon, hésiter un peu, faire l'enfant gâté et finalement choisir une petite plage abritée du mistral pour s'installer. Le temps d'un déjeuner... autant dire, d'une éternité...
Le barrage de la Gittaz
C'est un cadeau que je vous fais là. Parce que c'est mon endroit, mon chez moi, le lieu où toutes les cellules de mon corps se remettent en place, l'endroit où je voudrais qu'on disperse mes cendres (seulement la moitié, poursuivez la lecture). Nous sommes en Savoie, terre de montagnes fascinantes et de torrents tumultueux, de barrages titanesques et de villages pittoresques. Seulement ici, il s'agit d'un petit barrage, à taille humaine, tout en discrétion. Un endroit peu prisé des touristes. Là, je grimpe un peu, pas trop. Je m'installe sur l'herbe, au bord du cours d'eau et je n'entends rien d'autre que les cloches des vaches, le sifflement des marmottes et le gazouillis du ruisseau. Besoin de rien de plus, tout est là. 

Le Jura. Belle région presque scandinave récemment découverte mais qui n'a rien à envier à d'autres paradis terrestres. Connue pour ses montagnes, elle possède parmi les plus beaux lacs de France, ne nous censurons pas : du Monde. Le lac d'Ilay est de ceux-là. Eaux turquoise, bruissement des feuilles, calme tellement absolu qu'on en a presque honte de se trouver là pendant que d'autres cherchent encore la beauté ailleurs...


Non loin des Sables d'Olonne, se trouve une plage qui n'a rien d'anodin. La Paracou n'est pas faite de sable fin. Elle n'est pas propice au planter de parasol ni à la baignade en toute sécurité. Et c'est là son charme. Elle est sauvage, unique, rocheuse, vivante. J'ai déjà vu des âmes sachant vivre sortir leur table et leurs chaises, leurs bouteilles et leurs mets préparés avec soin, et organiser un pique nique royal, au mépris du ciel aux intermittences de gris, au mépris des convenances. Un pur moment de bonheur. La Paracou, l'autre moitié de moi, le deuxième endroit sur cette planète où mes cendres pourraient être dispersées. Là, face à l'océan. 


Après l'effort, le réconfort. Escalader la dune n'est pas chose aisée. On s'enfonce dans un Sahara de sable, on trébuche, on râle, on peine. Mais le jeu en vaut la chandelle et, là-haut, l'impression de dominer le paysage est une sensation grisante. Pourquoi ne pas s'installer, s'imaginer ailleurs, très loin, ou peut-être ici, tout près ; méditer sur l'univers ou rouler tout en bas comme des gamins, et se goinfrer de bleu ? Beau programme...


Pour qui vit à Paris, le besoin d'évasion et d'oxygène peut devenir vital. Dans les Yvelines, les bords de Seine font voyager sans aller très loin, à quelques kilomètres en voiture ou en train. Recharger ses batteries est essentiel pour qui habite dans le tumulte de la grande ville. J'en connais, comme ça, qui sont passés par la case burn out et ont atterri là, entre les étangs et le fleuve. Et qui s'en sont remis. C'est cadeau. 

Les bords de Loire
La France ne serait pas si noble sans la Loire. En Touraine ou en Anjou, vous avez toutes les chances de pique niquer face à un château ou une cité royale, une cathédrale ou une ville musée. Il faut juste penser à traverser, parce que chaque rive est intéressante et possède son propre caractère. Regarder le fleuve s'écouler, millénaire, comme s'écoule le temps et la vie. Une méditation sensationnelle...
Le lac de Vallon
Nous revoilà dans les Alpes, cette fois en Haute Savoie. Au cœur du département se cache un lac d'émeraude, un repère de rêveurs, un asile pour les poètes, un joyau naturel. On en fait le tour en peu de temps, mais là n'est pas l'essentiel. Au-delà de la promenade, il faut s'arrêter, faire une pause, jusqu'à ne plus avoir envie de repartir, plus jamais. S'incruster dans le décor, jusqu'à en faire partie. Devenir une fourmi...

samedi 26 novembre 2016

Le grand sillon et La nuit de Calama

Comme promis, voici les derniers livres de la série chilienne de Claude Michelet ! 
Claude Michelet, Le grand sillon, 1988.
Nous reprenons l'aventure de nos amis d'origine corrézienne au moment où débute la construction du canal de Panama et où une véritable fièvre s'installe (au sens figuré comme au sens propre) autour des travaux pharaoniques. Les personnages (les hommes, cela va de soi) quittent la douceur retrouvée d'un Chili post guerre du Pacifique pour se plonger dans la boue de Panama, dans cet enfer tropical où, dès le début, les ouvriers tombent comme des mouches. Jeunes ingénieurs venus de France, main d'œuvre chinoise à bas coût, les fièvres et les accidents, les glissements de terrains et les coulées de boue n'épargnent personne. Les travaux pataugent, les sommes engagées sont de plus en plus importantes. Un véritable serpent de mer dont on ne voit pas la fin. Ce qui est intéressant, ce sont autant les événements historiques et les données techniques que les descriptions du milieu, de la nature et du climat : les nuées de moustiques, le paludisme, la boue et encore la boue dans laquelle les hommes se débattent, luttent, travaillent et meurent sans jamais avoir sorti la tête de la fange. Il a beau être français, Claude Michelet a quelque chose du réalisme magique latino-américain, dans ses personnages à l'aube de la folie, dans ce temps cyclique qui semble se répéter à l'infini, dans l'évocation baroque à la Alejo Carpentier de cette nature qui tient plus de l'onirisme, voire du cauchemar, que du réel. 

Claude Michelet, La nuit de Calama, 1994.
Quelques générations plus tard, le descendant de l'un des personnages des romans précédents se retrouve emprisonné dans une geôle chilienne, en pleine dictature de Pinochet ; plongé malgré lui dans l'enfer de l'autoritarisme, retenu alors qu'il venait faire un reportage au Chili, faisant fi de la situation politique. S'engage alors un chassé croisé entre plusieurs récits, plusieurs époques, plusieurs lieux, plusieurs temps. Christian, la nuit, dans sa prison chilienne, accompagné de cafards et des ronflements de son camarade de chambrée. Pendant son insomnie, il se rappelle ses recherches concernant son père et, au-delà, sa famille, qui l'amènent à reprendre contact avec une époque taboue et compliquée, celle de la seconde guerre mondiale, avec la problématique collaboration / résistance. Et puis cette époque précisément, qui occupe en réalité une place majeure dans le récit et qui nous renvoie à des interrogations et des réactions humaines : la peur, les non-dits, l'engagement, la soumission, le silence coupable. Évidemment, tout ceci est à mettre en perspective avec la propre situation de Christian, visiteur innocent dans un pays maltraité. Claude Michelet manie sa technique littéraire avec une grande habileté. Le seul petit reproche, peut-être, que l'on puisse lui faire, c'est d'avoir enfermé son héros pour des motifs flous, puis rapidement éclaircis et résolus, comme un prétexte à son second récit qui, au fond, aurait pu fonctionner sans ce mécanisme un peu tiré par les cheveux. Mais on lui pardonne, car la morale de l'histoire est engagée et nécessaire : ne jamais faire aucun compromis avec les dictatures. 

lundi 24 octobre 2016

Pour un arpent de terre

Claude Michelet, Pour un arpent de terre, 1986.
Encore un livre trouvé dans la "bibliothèque" de ma maison, cet entassement divers et varié de livres laissés par les anciens propriétaires et qui n'en finissent pas de me réjouir. Cette fois, le résumé parlait de la guerre du Pacifique (1879-1884) entre Chili, Pérou et Bolivie et de colons français venus s'installer en terre américaine pour y vivre mieux qu'en France. Une sorte de saga grandeur désert et étendues sans limites, un roman dans le cadre infini et sauvage d'une Amérique du Sud où tout semble possible. Aventuriers, Parisiens en quête d'un renouveau existentiel, paysans corréziens appauvris venus chercher fortune dans le nouveau monde, banquiers anglais ou commerçants bordelais, on trouve de tout sur ces terres chiliennes encore inexploitées. Nous arrivons dans le récit au moment où les héros sont déjà bien installés, gérants d'une superbe hacienda dans les terres chaudes du pays, propriétaires de la "Maison de France", une superbe maison de commerce qui rivalise d'élégance avec les grandes boutiques parisiennes. Seulement, nous sommes en pleine guerre. Chili, Pérou et Bolivie, sans doute pas mal incités par les Européens et notamment les Anglais, assoiffés de richesses minérales et de profit, se battent pour "un arpent de terre", comme le dit le titre du roman. Mais pas n'importe quel bout de territoire, non. Un morceau de terre riche de cuivre, de salpêtre et autres trésors à exploiter. C'est ainsi que les protagonistes, tout en développant leur commerces et leurs échanges maritimes, se voient malgré eux impliqués dans cette guerre sanglante et sans répit. Nous sommes en plein cœur d'une histoire passionnante, peu souvent évoquée, mais également au contact de la terre et des récoltes, sujet que l'auteur connaît si bien, dans un récit rythmé par les saisons. Il ne faut pas très longtemps pour comprendre que ce roman vous agrippe, vous entraîne sur ce continent merveilleux et rude à la fois, vous fait vous attacher aux personnages et les suivre comme si vous y étiez. Il y a des sagas ennuyeuses, longuettes ; et il y a celles qui vous captent pour ne plus vous lâcher. Damned ! Je m'aperçois qu'il reste deux livres après celui-ci, que nos amis sont en train d'orienter leurs espoirs vers la percée de ce fameux canal de Panama dont on commence tant à parler... et que les deux volumes en question ne se trouvent pas à l'étage de ma maison ! Peut-être vais-je les commander... Parce que j'ai très envie de connaître la suite !... Bon... c'est fait !

lundi 12 octobre 2015

Ils rêvaient des dimanches

Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches, 2008. 
Plus qu'une histoire familiale, ce roman généalogique autobiographique de Christian Signol nous invite à revoir l'Histoire de France et celle de l'Europe à travers la petite histoire, celle de son grand-père paternel. Élevé par une lointaine parente dans une maisonnette très pauvre et isolée du causse, Germain attend désespérément une mère partie travailler à Paris. A l'époque, une fille qui tombe enceinte dans la grande maison dans laquelle elle est employée, et à cause de sa relation avec le fils de famille, c'est intolérable. Alors, Germain attend sa mère. A travers la description de son enfance, on mesure toute la pauvreté de ces terres agricoles desséchées par le soleil, entre Lot et Corrèze. La tourte rassie que sa mère reçoit chaque semaine (rassie, pour ne pas avoir goût à la manger trop vite) est la seule nourriture qui provient de l'extérieur. Pour le reste, la foyer tourne en auto suffisance, bien que le mot ne soit pas adéquat pour qualifier un mode de vie qui tient plus de la survivance que de la véritable économie fermée. Car, d'économie, il n'y en a pas. La mère de Germain, cette femme droite, froide et déterminée, ne manipule quasiment pas d'argent. A l'époque, dans la région, c'est le troc qui se pratique. Très vite, Germain doit laisser l'école, pour laquelle il montre cependant de belles dispositions. Convaincu que le travail de la terre le laissera dans la misère, il se lance dans une aventure qui marque le début de la transition entre l'élevage, l'agriculture et les métiers artisanaux. Germain décide de devenir boulanger : pour ne plus avoir froid l'hiver, pour ne plus jamais avoir faim et être à l'abri des aléas climatiques qui détruisent les récoltes et ruinent une vie de labeur. Seulement, la première guerre mondiale commence et le voilà brinqueballé sur les routes de France en direction du front. Ce que ses yeux ont vu d'horreurs et ce que son corps a souffert changeront à jamais sa perception de la vie et du monde. A chaque fois que la guerre refera son apparition, il tremblera de peur et de rage. Deuxième guerre mondiale, Indochine, Algérie, autant de conflits qui contrasteront avec l'acharnement au travail de Germain et sa volonté de donner du pain à tous, même gratuitement, même à des réfugiés espagnols ou à des Juifs. Même à des Allemands. 
Ce qui ressort de cette histoire familiale, de cette fresque panoramique, c'est cette infatigable lutte vers une existence moins dure, cette quête d'un mieux vivre qui échappe totalement aux mains travailleuses de nos ancêtres mais qu'ils atteignirent finalement à travers les générations futures. Enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants et enfin la permission de faire des études, de gravir une échelle sociale si longtemps insurmontable. Christian Signol tient à nous préciser que l'objet de son livre n'est pas de glorifier les temps passés, mais, au contraire, de démontrer leur âpreté et, à travers le caractère sans failles de ses aïeux, de nous faire partager les repères, les bases qui lui ont permis de grandir à son tour. 

vendredi 5 juin 2015

Le Mont Gargan

Un peu de fraîcheur et d'altitude pour ceux qui ne tolèrent pas la chaleur ambiante.
Nous sommes en haut du Mont Gargan, à 731 m d'altitude, non loin de Limoges, un  peu plus au sud. En face de nous, la masse sombre des monts d'Ambazac. Plus loin, l'Auvergne et, si on a de la chance, par temps clair, le Sancy. Lors de notre randonnée d'une heure trente, le ciel est un peu couvert et nous ne verrons pas tout le panorama en détail, mais la vue à 360 degrés reste magique, comme toujours dans le Limousin et plus encore sur le plateau de Millevaches. 
Ensuite, il faut remettre les lieux dans leur contexte historique. La chapelle détruite, l'ambiance de guerre. Le Mont Gargan a été un haut lieu de la résistance. Pas de mémorial, pas de panneaux informatifs, pas de grands discours. Juste la nature et le souvenir, les arbres au coeur desquels ils se sont cachés, le silence qui laisse imaginer la résonance des tirs, les avions, les blessés et les disparus. En juillet 1944, dans ce paysage aujourd'hui apaisé, se jouait une bataille importante de la seconde guerre mondiale. Héroïsme et tragédie vont souvent de pair. 





jeudi 25 décembre 2014

Noël limougeaud

Cela devient un rituel, après le repas du 25 décembre, nous allons faire un petit tour à Limoges. L'année dernière déjà, nous y étions allés admirer les illuminations de l'hôtel de ville. Cette année, nous avons été plus paresseux et ne sommes pas allés marchouiller autour du Lac de Saint Pardoux. Nous avons commencé par entrer, pour la première fois, dans la gare des Bénédictins, la fameuse gare sous laquelle les trains passent et qui date du début du XX ème siècle. Les vitraux Art Déco et les sculptures très Néo Classiques sont, c'est vrai, impressionnantes. Dommage que, comme on le voit dans le reportage des Racines et des Ailes sur le Limousin, que nous n'ayons pas pu grimper tout en haut de la tour pour regarder la ville...


Plus tard, loin de la fête foraine, nous sommes perdus dans les ruelles du quartier de la Boucherie, à Limoges. On apprend en lisant les panneaux touristiques qu'à l'époque, 6 familles seulement se partageaient le monopole de l'activité. Les maisons sont si serrées que les habitants pourraient étendre leur linge de fenêtre à fenêtre sur le même fil. Nous devons malheureusement, comme à Confolens, regarder à la fois en l'air, vers les vieilles façades, et par terre, là où les chiens ont laissé quelques traces gênantes. 


Nous arrivons tant bien que mal à la chapelle Saint Aurélien, qui fait un peu chapelle miraculeuse avec ses reliques, pétrie de superstitions diverses. 

Pas aussi étrange que l'église Sainte Croix, cependant. A l'extérieur, la grande crèche taille "réelle" est réglementaire. Mais à l'intérieur, l'ambiance est très spéciale : une grande croix, des lumières bleues, l'obscurité... ça a de quoi effrayer ! Le trésor, lui, est à visiter et nous y reviendrons. Dommage que les richesses de l'église soient si peu mises en valeur...

Remarquez, à Limoges, même le Père Noël a des yeux... bizarres... !

mardi 23 décembre 2014

Le château de Langé

Il y a le château de Langeais, là où Anne de Bretagne s'est mariée, et le château de Langé, dans l'Indre. 
De l'ancienne forteresse du XIIIème siècle, il ne reste quasiment rien, que quelques traces, pour cet édifice qui a été entièrement reconstruit sue le modèle des châteaux de la Loire. Non loin du majestueux Valençay, ce n'est donc pas un bâtiment qui fait de l'ombre à mon château préféré. Par contre, l'histoire de ses propriétaires mérite qu'on s'y arrête. 
Le château de Langé est acheté, sous l'Empire, par Antoine Bernard Finot. Je suis allée farfouiller sur le net et j'ai appris des tas de choses incroyables sur monsieur le Baron. Il passe par de hautes fonctions en Italie, en Autriche et en Hollande, mais c'est en France que son parcours m'interpelle. Tour à tour préfet du Mont Blanc, de Corrèze, de la Creuse et du Cher, puis de l'Isère (que des régions que je connais très, mais alors très très bien !). Il supervise même les travaux du Canal Latéral à la Loire !
Quant à son fils, qui naît à Guéret (décidément !) et meurt au château de Langé, il est connu comme propriétaire et éleveur de chevaux de course, avec lesquels il a quasiment tout gagné. Le plus drôle, c'est que sa première victoire a lieu à Mézières en Brenne, avec un cheval qui s'appelle "Tournon" (du nom d'une petite ville de l'Indre, près du Blanc), et que sa dernière victoire, en 1905, lui est offerte par un cheval nommé Issoudun. Depuis la mort du Baron Jules Finot en 1906, plus de traces de la succession des hôtes du château de Langé. Celui-ci est privé et ne se visite pas. Je reste intriguée : j'aimerais bien savoir qui l'habite maintenant !


lundi 1 décembre 2014

Les hauts pays

Philippe Lamour, Les hauts pays, 1982.
Je ne sais pas quoi vous dire de ce livre. Moi qui suis d'habitude si volubile en terme de critique littéraire, qui m'emballe pour un rien et qui aime à vous faire partager ce que je lis, là, je ne sais pas quoi vous dire. 
Comment ce bouquin est tombé entre mes mains ? J'étais dans l'ancien cloître de l'abbaye de la Prée, je fouinais dans les rayonnages et, entre un paroissien de Séez datant du XIXème siècle et un manuel du petit montagnard, j'ai sorti ce volume de l'étagère. Tiens, une histoire sur la montagne. Tiens, des personnages. Bon, vignette jaune, 1 euro, qu'est-ce que je risque ?
Comment ce livre ne m'est pas tombé des mains ? Il n'est pas passionnant, les personnages sont décrits "à l'ancienne", le style n'est pas enchanteur. On est dans les Hautes Alpes, près de la frontière italienne, rien à signaler de transcendant. Dans les Alpes, dites-vous ? Près de la frontière italienne ? Voilà ce qui m'a amenée à tourner la dernière page sans trop peiner. Je n'en garde pas un grand souvenir. Je ne le qualifierai pas de fresque mémorable. 
Cependant... L'histoire, où les courtes histoires qui ont pour cadre les environs du village de Ceillac donc Philippe Lamour a été maire pendant 18 ans, se passent à l'aube des années 60, alors que le tourisme ne fait que balbutier dans la région et que les habitants vivent encore dans un dénuement qui ressemble fort à de la pauvreté. Ils n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent, dorment encore avec les vaches pour se réchauffer. Pendant ce temps-là, en Haute Savoie, ou dans d'autres régions, bien avant cela d'ailleurs (voir le périple Suisse de Jemima Morrell au XIXème), les étrangers viennent en masse, le tourisme, l'alpinisme, le ski, la randonnée sont en pleine bourre. Plus au sud, on n'en est pas du tout là.
En discutant avec un grand voyageur qui connaît sa France mieux que sa poche, j'ai fait un bon de moins de 10 ans, pour me retrouver, dans le même coin, vers Barcelonnette, au tout début des années 70 : les choses n'avaient pas beaucoup évolué. Les fermes étaient encore reculées, les enfants revenaient encore de l'école à pied et le paysan n'avait pas grand chose à offrir aux visiteurs. Eux, qui n'avaient rien mangé depuis la Touraine et qui venaient de se farcir presque 10 heures de route (les autoroutes étaient encore à l'état science fictionnel) pour livrer des poulaillers modernes, ont écarquillé l'estomac en voyant le paysan déballer son pain et ses tranches de saucisson. Manque de pot, c'était le goûter des écoliers. Le strict minimum, rien de prévu pour l'étranger de passage. 
Remarquez, dans la Creuse, l'année d'après, vers 1972, les gens n'étaient pas bien riches non plus. Les mêmes voyageurs, descendant de leur camion, avaient été frappés par deux images : la vieille qui revenait des champs avait attrapé une extrémité de son tablier et l'avait habilement fourrée dans la poche opposée. Pour cacher la crasse. La jeune fille, qui faisait ses études à Guéret, en les voyant arriver, s'était empressée d'aller se cacher dans la maison. Elle était mieux habillée que ses parents. On sentait qu'elle venait déjà de la ville. Elle avait honte, sans doute.
Certains livres n'ont d'intérêt que parce que, en parlant d'eux, on amène d'autres interlocuteurs à fouiller dans leurs souvenirs. Quand se croisent les vies littéraires et les vraies vies.

vendredi 7 novembre 2014

A Confolens, regardez où vous marchez !

Vous voyez ce joli pont ? Oui ? Eh bien nous sommes à Confolens. Après notre randonnée autour de Saint Germain de Confolens et son château envoûtant, nous poursuivons avec la visite de la ville du même nom (que, par la même astuce, je réussis à vous placer dans le Limousin). Tout a l'air joli, ancien, pavé, médiéval à souhait, et pourtant... 
Si vous vous approchez de l'écran, vous risquez fort de voir, en y regardant de plus près, un nombre incalculable d'excréments canins. Ce pont, qui date du XIIIème siècle et qui en a vu d'autres, semble être le rendez-vous quotidien des machines à crottes à quatre pattes. Leurs propriétaires, munis d'un délicat sens du partage, y viennent consciencieusement faire chier leur chien. Peut-être que monsieur le maire ne se balade que trop rarement dans sa commune, très occupé qu'il est par des dossiers de la plus haute importance. C'est pourquoi nous lui mettons aujourd'hui le nez sur ce problème épineux, que dis-je, colossal. Les écriteaux ont beau être explicites, l'arrêté municipal ne fait visiblement d'effet sur personne...
Les anciens remparts et le donjon du XIIème siècle ne sont pas mieux servis. Casseaux de verre et papiers gras ponctuent le chemin de ronde. On croit deviner de quelles activités nocturnes il est le théâtre et quels acteurs mal élevés le fréquentent. Il est pour ainsi dire criminel de laisser un patrimoine historique se faire dégrader de la sorte sans réagir. La conscience écologique n'est peut-être pas innée en France, mais on peut encore y remédier, ne croyez-vous pas ?

Alors bien sûr, la ville est très belle et les déjections et autres crasses humaines ne sont pas les seuls atouts de la cité. Il ne faudrait pas se laisser gâcher la visite par des peccadilles (du pied gauche madame ! ça porte bonheur !). Confolens, ses rues pavées, ses maisons anciennes aux murs épais, ses passages qui rappellent l'Espagne, ses églises romanes et ses édifices bourgeois. Autant de charmes qui méritent le détour, n'est-ce pas ? Confolens, ville du célèbre Festival international de folklore (qui est tout de même aussi très payant), rencontre des cultures de la planète entière qui viennent y partager leurs danses et leurs musiques, gagne à être connue et mérite que l'on vienne y marquer son territoire. Foi de caniche.




jeudi 6 novembre 2014

Saint Germain de Confolens

Sur le papier, Saint Germain de Confolens se trouve en Charente. Mais nous venons à peine de passer la "frontière" et toutes les informations touristiques nomment la région en tant que "Charente Limousine". J'opère un petit raccourci et, chauvinement, je vous classe ça dans la rubrique "Limousin". Les habitants sont si peu nombreux (moins de 100, d'après mes recherches), qu'ils ne nous en voudront pas de les associer à l'une des plus belles régions de France, j'ai nommé : le Limousin. Rochechouart n'est pas loin. Des noms comme de Rochechouart ou de Mortemart apparaissent dans l'histoire du château, qui est frôlé par la route Richard Coeur de Lion. Alors, le découpage administratif, je veux bien, mais il n'est pas toujours très logique. 
Une fois que le décor est planté, partons pour une randonnée autour du village et grimpons (rudement, mais sûrement) vers les ruines. Si vous avez des enfants, c'est ici qu'ils faut les emmener s'ébattre un jour de grand ennui. Pas de pancartes touristiques, pas de barrières, pas de visiteurs, juste des murs énormes, des meurtrières pour guetter l'ennemi, des fenêtres pour jouer à la princesse qui attend son prince dans sa tour. Ils peuvent courir d'un bout à l'autre de ce qui reste des fortifications et se prendre à rêver d'un grand feu dans l'antique cheminée. Je me dis que les anciens du village ont dû passer des heures à jouer dans ce cadre merveilleux pour des enfants. 

Nous sortons du château et, avant de la contourner pour descendre vers la rivière, nous entrons dans l'église en croix byzantine qui me rappelle celles de Grèce. L'ancienne chapelle castrale est claire et mystérieuse à la fois. Autour de ses murs épais logent des morts bien chanceux de reposer dans un cimetière si tranquille et avec une vue imprenable sur la vallée de l'Issoire. La rivière donc, que nous longeons en bas, après avoir vu les chutes d'eau du barrage qu'elle alimente. 

Avant de visiter les ruelles du village, nous remontons jusqu'au site de Bellevue, depuis lequel nous voyons la Vienne dévoiler ses courbes entre les arbres roux de l'automne. Il faudrait voir cela d'encore plus haut, comme les grues, pour admirer la totalité de la rivière et de ses méandres à travers la région. Le village, lui, traversé par un vieux pont, semble un peu à l'abandon. Quel dommage. Malgré le nombre saisissant de résidents anglais, il ne parvient pas à retrouver l'animation qu'il a dû connaître dans ses jeunes années. On a beau dire, on a beau critiquer les British de venir s'établir chez nous, faire monter les prix de l'immobilier et autres plaies, n'empêche que, souvent, s'ils n'étaient pas là, il n'y aurait personne pour rénover les maisons en ruines et pour rouvrir les commerces agonisants de nos villages. Je fais du Jean-Pierre Pernaut, ça fait beauf ? Il n'a pas toujours tort. Vous savez ce que c'est, vous, que de traverser chaque jour des villages morts, que de voir que nos belles campagnes se désertifient ? Vous savez ce qu'est le désarroi de jeunes dont les parents sont au chômage et qui, tout en reconnaissant avec une nostalgie anticipée s'y sentir bien, ne rêvent que d'une chose : fuir leur monde rural en perdition ?