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lundi 5 mars 2018

Les Jésuites

Alain Woodrow, Les Jésuites, 1990.
Alors non, ce n'est pas ce que vous croyez, ce n'est pas que je n'ai plus rien à lire. Le sujet m'intéresse vraiment. Le rapport avec le voyage ? Énorme ! La Compagnie de Jésus, c'est ce petit groupe d'originaux créé par Ignace de Loyola au XVIème siècle qui se mettent en tête de s'essaimer partout dans le monde pour convertir les populations au christianisme. Une équipée d'illuminés dont les débuts sont un peu chaotiques et dont le pape de l'époque se méfie pas mal, mais qui ont le mérite de jurer fidélité au Saint Père et de se mettre à sa disposition, quelle que soit la mission que celui-ci leur confère : ça aide. La Compagnie de Jésus est finalement reconnue officiellement en 1540 et c'est parti pour une progression complètement dingue. Ils sont partout. Très vite, on les retrouve dans le nouveau monde, en Chine, au Japon, en Europe évidemment. Leur méthode est simple : se fondre dans la masse, à Rome faire comme les romains, adopter les coutumes locales. C'est presque du travestissement ! Ils appellent cela "l'inculturation". S'habiller en mandarin, pousser la ressemblance à son paroxysme et convertir les élites locales pour provoquer des conversions de masse parmi le peuple, ça s'apparente quand même à une grosse supercherie. Mais cela se fait dans le respect de l'Autre. Et puis, partout où ils opèrent, les Jésuites respectent et suivent non seulement les cultures autochtones, mais apprennent également la langue, inestimable vecteur de transmission. Pourquoi employer le latin face à des Indiens ou des Quechuas ? C'est une absurdité à laquelle les Jésuites n'adhèrent pas. Au contraire, le catéchisme mondial des Jésuites est polyglotte. 
Je connaissais déjà le sujet en ce qui concerne la partie américaine de leur épopée. Très tôt, la Compagnie de Jésus est appelée à la rescousse dans les colonies de la couronne espagnole afin de procéder au nombre incalculable de confessions engendrées par la christianisation forcée des populations. Leur présence sur les terres américaines est forcément contrastée, puisqu'ils sont là pour "extirper l'idolâtrie" et recourir à la sévérité si cela est nécessaire (dans le cas d'apostats qui pratiquent leur ancienne religion en cachette ou des "héchiceros" ("sorciers", en fait les prêtres des religions andines) pour lesquels on construit même des prisons : les idoles sont brûlées et les sanctuaires détruits. On n'est pas non plus à une époque formidable. Pourtant, les Jésuites s'opposent farouchement à la barbarie de l'Inquisition et aux thèses guerrières du vice-roi Toledo. Ils prônent la persuasion, la discussion, le prêche, afin d'amener pacifiquement les indigènes à se tourner vers la nouvelle religion, ce qui, à l'époque, ne va pas du tout de soi. De même qu'en Chine, ils enseignent le catéchisme dans les langues locales et ne voient pas en quoi les cultures andines s'opposeraient au catholicisme. 

Dans les années 70, c'est d'une autre forme d'ouverture d'esprit dont les Jésuites font preuve. Résolument tournée vers les pauvres dont elle partage le quotidien, la Compagnie se fait la voix des sans voix et finit inévitablement par lutter contre les dictatures en place, notamment en Amérique Centrale. De là à franchir le cap de l'engagement politique, il n'y a qu'un pas et les Pères le franchissent souvent spontanément. Non pas par attachement au marxisme, mais parce que certaines de ces thèses correspondent à leur vision de la justice sociale. Seulement voilà, le Pape et toute l'institution catholique ont une peur bleue du communisme et on trouve toutes sortes de prétextes pour accuser les Jésuites. Personne ne les défend lorsqu'ils se font assassiner dans les villages salvadoriens ou nicaraguayens. Jean-Paul II en personne durcit l'attitude de Rome. On a tendance à valoriser Jean-Paul pour son engagement de paix à travers le monde, mais on a tendance à oublier son soutien indéfectible envers les dictatures latino-américaine et son rejet farouche des mouvements populaires...auxquels les Jésuites prennent part. On se souvient de l'image marquante de la visite du Pape au Nicaragua en 1983, lorsqu'il admonesta vertement le Père Ernesto Cardenal dont il réprouvait l'engagement envers le peuple opprimé. Son frère, Fernando Cardenal, avait carrément été viré de l'Eglise par le Pape. C'est dire !
On ne peut qu'éprouver de la sympathie pour ces religieux qui mènent finalement une vie "comme les autres", travaillent (on veut parler ici des "prêtres ouvriers"), se syndicalisent, font de la résistance au nazisme pendant la guerre, et ont finalement tout pour plaire. Que l'on soit chrétien ou pas, l'histoire de la Compagnie de Jésus en dit long sur les tares de l'institution catholique, ses excès, son élitisme et son esprit étriqué. Le livre est, outre un document précieux pour qui s'intéresse à la Compagnie, un voyage étonnant dans les méandres de l'Eglise, ainsi que l'incroyable aventure d'hommes portés à favoriser la connaissance et le respect de l'Autre plus haut que tout. 

vendredi 17 novembre 2017

Le (dernier ?) des Mohicans

Grande fresque. Grande fresque misogyne et raciste, mais grande fresque quand même. Tirée d'une histoire vraie. Je suis allée ouvrir ce livre parce que je l'ai récupéré dans l'édition Folio Junior et, en bon cobaye, je voulais tester si cette lecture était vraiment "junior". Alors pour des enfants de 10 ans, je vous le dis tout de suite, c'est non ! Beaucoup de sang, de batailles, de massacres et de scalps, des tournures de phrases ampoulées et une situation géopolitique tellement complexe qu'elle en devient totalement floue. En revanche, le roman est à garder, pour plus tard, pour le relire quand on a grandi, voire quand on est adulte et qu'on s'intéresse à l'histoire de l'Amérique et aux différents points de vue qui nous sont offerts. Ici, le point de vue est clair : européo-centriste et basé sur le postulat de départ selon lequel le blanc est supérieur à toutes les autres "races". Donc raciste.

Resituons. L'histoire se passe en 1757, au moment où les Français et les Anglais se disputent des territoires situés sur ce qui est aujourd'hui la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Chaque camp a cherché à faire alliance avec différentes tribus indiennes, semant une zizanie sans pareil entre elles et les montant les unes contre les autres. Diviser pour mieux régner. Au terme du roman, on a une idée assez claire du rôle des blancs dans l'implosion des sociétés indigènes. Chose à garder en mémoire, c'est la date de publication du libre de Fenimore Cooper : 1828. Finalement, nous ne sommes historiquement pas si éloignés que cela des événements relatés. Les blessures sont encore profondes. Quand on sait que les revendications indigènes contemporaines aux Etats-Unis sont encore réprimées, on comprend mieux qu'au début du XIXème les mentalités en soient encore là. Les indiens sont dépeints comme des barbares, assoiffés de sang, incontrôlables, pas vraiment fiables et pour la plupart incapables d'aligner plus de deux phrases, "Ugh !" étant l'essentiel de leur vocabulaire. J'exagère. Pour certains, au contraire, ce qui sort de leur bouche est digne des enseignements obscurs d'un mystique religieux incompris. Grotesque. Ajoutez à cela une propension au prosélytisme chrétien et vous obtenez une jolie fresque bien orientée. Les femmes (blanches, les squaws n'existent même pas et leurs enfants sont comparés à des animaux, encore moins intéressants que le petit peuple des castors) en prennent aussi pour leur grade. Les deux héroïnes sont les filles du Colonel Monro (qui a vraiment existé) et elles se mettent en tête de rejoindre leur père dans le Fort William Henry, surveillé de près par les Français de Montcalm (autre personnage historique). Les pauvres filles sont comparées à des enfants sans défenses, empêtrées dans leurs robes et leurs foulards, pleurnichant sans cesse, incapables de marcher avec leurs petits pieds délicats dans leurs petites chaussures (le fait est que ça ne devait pas être une tenue très adaptée), s'évanouissant pour un rien et poussant des cris de stupeur et des gémissements lamentables. Pauvres chéries ! Pourtant, si on repense à l'époque et au contexte, on se dit que les femmes devaient être élevées comme cela, dans la soumission au mâle et dans l'ignorance complète de leurs droits et de leurs capacités. Bref. 
Ce qui nous réconcilie un peu avec l'auteur, c'est que, si les Hurons s'en prennent une pleine tête, les deux Mohicans qui accompagnent nos jeunes écervelées dans la seconde partie du voyage et jusqu'à la fin du roman sont dits appartenir à un peuple supérieur par ses traditions, ses qualités guerrières et son intelligence. D'autre part, le chasseur qui les accompagne, bien qu'il affirme jusqu'à plus soif qu'il est un blanc "de sang pur", a intériorisé toutes les qualités des indiens : vision, oreille, instinct, stratégie, respect de la nature. Un personnage entre les deux mondes, ça soulage. Et puis, presque de l'amour. Entre Uncas, le soit-disant "dernier des Mohicans" et Cora, l'une des filles de Monro (bon, d'accord, elle est issue d'un mariage avec une quarteronne, donc elle est presque noire, donc déjà un peu inférieure). Mon côté romantique y a cru un instant, accompagné par les sous-entendus livrés par l'auteur. Et puis finalement non. 
Ce que les lecteurs critiquent, ce sont les longueurs, les dialogues artificiels, une action qui se traîne. Pas faux. Personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Sociologiquement, c'était intéressant. Pour le traitement du "sauvage", pour la place de la femme, pour la prise de position blanche, parce qu'on entrevoit quand même un peu de réalité. Mais au fait, le Mohican du roman, c'était le dernier ? Alors non, pas du tout ! Je m'en suis rendu compte en regardant un super reportage sur Arte consacré aux racines amérindiennes du rock et au cours duquel des musiciens issus des minorités ethniques opprimées interviennent. A côté de leurs noms était indiquée leur origine et, parmi celles-ci, j'ai pu lire "Machin Bidule, guitariste, mohican". Du coup, ni une ni deux, enquête. En vérité, les Mohicans n'ont pas tous été exterminés. Comme tous les autres peuples, ils ont été déplacés, déportés selon les besoins et les caprices des blancs venus usurper leurs terres, puis parqués dans des réserves qui avaient tout de camps de concentration. Une autre forme d'extermination. A l'heure actuelle, bien que les lois se soient en théorie assouplies, les indigènes n'ont toujours pas les mêmes droits que les blancs sur des terres qui pourtant, faut-il encore le rappeler (il le faut), leur appartiennent. Alcoolisme, viol, suicide, meurtres et, malgré cette situation apocalyptique, l'espoir de voir ces peuples refaire surface, réaffirmer leurs traditions et nous les enseigner à nous, pauvres blancs matérialistes et ignorants. 

lundi 21 août 2017

3 livres rouges qui nous mènent vers les cimes

Rien ne me rend plus dingue que les couvertures rouges des Editions Guérin de Chamonix. Rien ne me donne autant envie de me perdre dans un livre comme on va se perdre en montagne, seul dans les alpages avec juste le bruit du torrent et le souffle du vent. J'ai récemment dévoré trois d'entre eux avec gloutonnerie, je vous en parle tout de suite.

Reinhold Messner, La montagne nue, 2005.
Il ne s'agit pas seulement là de l'autobiographie de l'alpiniste italien vainqueur d'un certain nombre de sommets himalayens. C'est l'un des livres phares sur le sujet, l'un de ceux que l'on se doit d'avoir bien en vue dans sa bibliothèque lorsqu'on est un amoureux de la montagne et un admirateur fervent des aventuriers modernes. Mais l'histoire de Reinhold ne serait pas complète si elle n'était pas immédiatement mise en perspective avec celle de son frère Gunther, son indéfectible compagnon de cordée qui disparut en 1970, avalé par une avalanche après qu'ils ont ensemble vaincu la cime mythique du Nanga Parbat. Et puis, au delà de l'exploit qui implique une foi aveugle dans la réussite et une volonté surhumaine, il y a la controverse, la polémique, comme souvent d'ailleurs dans les grandes ascensions. Mauvaise organisation ou manipulation ? Accident ou abandon ? Les différentes versions s'affrontent depuis des décennies sans que rien ne vienne calmer les rancœurs et les doutes. Sur le toit du monde, au-delà de ses limites, l'homme est capable du plus grand altruisme, de la plus belle abnégation comme du plus pur égoïsme. Messner raconte ces paradoxes de manière passionnante dans son livre et le met en relief avec l'histoire des cordées qui l'ont précédé sur le Nanga Parbat, la "montagne nue". Et on reste, après cette lecture, à jamais à genoux et bouche bée devant la force de cet homme.
Pour aller plus loin...
Un film de Joseph Vilsmaier est sorti en 2010 sur l'ascension du Nanga Parbat. Un documentaire d'Andreas Nickel sur Messner existe également depuis  2012. Les deux sont disponibles en entier sur You Tube.




Lionel Terray, Les conquérants de l'inutile, 1961.
Encore une fois, un livre précieux, un ouvrage passionnant qui ne se limite pas à l'autobiographie. Finalement, l'un des plus beaux livres qui aient jamais été écrits sur la montagne. Le genre de ceux qu'on n'a pas envie de terminer, dont on a envie de reprendre la première page dès la dernière tournée. Une philosophie de vie qui se dessine au fil des chapitres et qui instruit, remet chaque chose à sa place et ridiculise nos doutes quotidiens de pauvres fourmis apeurées. Lionel Terray, c'est une existence dédiée à la montagne. Mais pas que. C'est le refus de l'alpinisme compétition, l'altruisme poussé au zénith, l'humain dans ce qu'il a de plus pur. L'anti Herzog. La cordée qu'il forme avec Lachenal les mènera jusqu'au sommet de l'Annapurna mais qu'importe. La gloire n'intéresse pas Terray. Ce qu'il aime, ce qui le passionne, c'est de monter pour rien. Plus la conquête est sans motif, inutile, plus elle l'inspire. Et en contrebas des plus hautes cimes de la terre, il y a les hommes. Et Terray les aime profondément, les hommes. Sherpas, quechuas, il les côtoie, parle des heures avec eux, partage leur quotidien, apprend et se tait. Humilité. Terray nous laisse des films inédits tournés à des endroits improbables de la terre. 
Pour aller plus loin...
Certains films sont visibles sur le site de la Cinémathèque d'Images de Montagne. De quoi y passer quelques belles heures... 

Vincent Jaccard, Petites aventures de l'autre côté du Mont Blanc, 2016.
Une fois que vous aurez lu ces deux pavés rouges et vu les nombreux films correspondant, voici de quoi vous reposer. L'auteur, alpiniste par goût, après avoir pas mal traîné ses crampons de chaque côté des Alpes, s'est un jour posé la question suivante : pourquoi se faire mal, pourquoi tâter du doigt ses limites, vouloir aller toujours plus haut, toujours plus loin ? Alors, il regarde autour de lui, dans le Val d'Aoste de ses ancêtres et se met à raconter. Avec une grande générosité, il nous livre ses plus jolis souvenirs. Un pèlerinage, l'arrivée au chalet, la polainte de Maria, les silences qui en disent long, la vie, quoi. Les bouquetins croisés au hasard, le froid qui pique, les gueuletons dans les alpages, le soleil, les nuages. Un livre d'épicurien à faire lire à ceux qui ne sont pas (encore) des montagnards dans l'âme, pour leur faire comprendre qu'il n'y a pas que les ascensions, le Mont Blanc et les sensations. Qu'il y a quelque chose d'autre, quelque chose qui nous attache à la montagne pour la vie. Quelque chose qui court dans notre sang et qui nous ramène sans cesse à elle. Qu'on soit tout près ou très loin d'elle, la montagne est toujours là. Ou plutôt, on y est en fait à chaque instant. Dans le cœur, dans la tête. Un bel hymne à une région. 
Pour aller plus loin...
Une vidéo dans laquelle l'auteur présente son livre. C'est toujours super, quand c'est l'auteur qui raconte lui-même ce qu'il a écrit !

Si avec tout ça vous n'êtes pas vous aussi conquis par les livres rouges, je ne comprends pas !

dimanche 14 mai 2017

Visite express à Bercy, entre sport, balade et shopping

Le sport
L'Accor Hôtel Arena, ex POBP, est une salle incroyable pour voir du sport de haut niveau dans une ambiance survoltée. Après les championnats du monde de handball où nous étions entourés de Danois pas si flegmatiques que leur réputation ne le laisse supposer et des Egyptiens fidèles à leur sang chaud méditerranéen, nous nous sommes frottés ce week-end au public du championnat du monde de hockey sur glace, sport dont nous suivons assidûment les péripéties outre Atlantique. Nous avons donc enchaîné trois matchs dans la journée et avons croisé des Biélorusses, des Slovènes, des Norvégiens et des Finlandais, mais nous n'avions encore rien vu jusqu'au dernier match : le Suisse - Canada que nous attendions. Noyés dans une marée rouge et blanche d'Helvètes au comble de l'excitation, nous nous sommes difficilement frayé un chemin entre les costumes de vaches alpines, les drapeaux, écharpes, chapeaux et chants hurlés en suisse allemand, nous... pauvres supporters canadiens esseulés ! Transportés dans la salle par 12 000 personnes en furie, nous avons assisté à un événement tout à fait marquant. Toute la Suisse semblait avoir été vidée de ses habitants tant la densité était forte dans Bercy et dans tout le quartier ! Ce sont des moments comme cela qui nous autorisent à penser que les gens sont encore capables de se rassembler pour des choses positives... même si la Suisse a finalement battu le Canada champion du monde en titre et que nous nous sommes faits... tout petits petits... Malgré la défaite, quel frisson de voir évoluer à quelques mètres de nous les joueurs que nous admirons tout le reste du temps devant notre petit écran ! 

La balade
Après toute cette agitation, il nous fallait de la verdure, de l'oxygène, de l'espace. Nous les avons trouvés dans le super et grand parc Yitzhac Rabin, à quelques pas de l'arène sportive. Situé sur l'emplacement des anciens entrepôts de vin (on peut encore voir les vestiges des rails), les trois jardins qui composent le parc ont chacun leur caractère. Près de Bercy, on trouve d'abord les prairies, puis la partie plus pédagogique des parterres qui comprend également la "maison du jardinage", une véritable mine d'or pour les jardiniers professionnels ou amateurs. Centre de ressources, conseils, partage, tout tend à prouver qu'il est tout à fait possible de jardiner en ville. Plus encore, le parc nous incite à végétaliser, cultiver, faire pousser, reverdir les métropoles pour les rendre plus humaines. Plus loin, on passe une passerelle et on se retrouve dans les jardins romantiques et leurs jolis bassins sur lesquels nagent des poules d'eau et se dressent des hérons. On ne se croirait presque plus en ville. Le bruit des voitures a disparu, les immeubles sont cachés par la végétation, un vrai bonheur que ce jardin. 




Le shopping
Il y a l'immensité snob des Champs Elysées... et le shopping à taille humaine de Bercy Village. Si toutes les rues et tous les passages portent des noms de grands crus, c'est parce que le quartier abritait les chais qui ont vu vivre le plus grand marché viticole du XIXème siècle. Aujourd'hui, les chais sont rénovés et transformés en boutiques. Le cour Saint Emilion reste l'endroit emblématique de ce quartier, avec ses rues pavées et son ambiance villageoise. Certes, un village chic. Les magasins qui le peuplent ne s'adressent pas à des portefeuilles trop restreints puisqu'il s'agit pour l'essentiel de grandes marques de thé, de vêtements, de décoration ou d'épiceries fines. C'est l'anti marché aux puces de Montreuil. Très bobo, l'endroit est agréablement nuancé par l'omniprésence de touristes (en particulier en cette période de grand événement sportif). Les restaurants ne sont pas en reste (sans jeux de mots ou avec), puisqu'on peut profiter de la gastronomie à la française, de bons vins et de terrasses agréables pour des prix raisonnables. J'aime beaucoup ce quartier de Paris ! 

Les alentours
- Le Parc de Bercy, où les familles pique-niquent, les sportifs exhibent leur musculature et les flâneurs flânent. 
- Les bords de Seine pour observer le va et vient des péniches, s'embrasser en amoureux ou aller voir des concerts sur des bateaux. 
- Le musée des Arts Forains pour passer un excellent moment de divertissement et d'émerveillement, retomber en enfance et rire aux éclats.
- La cinémathèque française qui ravira les amateurs du 7ème art.
- Le Ministère de l'Economie (de nos impôts) pour son architecture moderne époustouflante. 

mardi 27 décembre 2016

La nouvelle vie de Paul Sneijder

Deuxième petite soirée grand écran à la maison. 
"C'est un film avec Thierry Lhermitte.
- Ah , ça va être drôle alors !
- Heu... pas forcément...
- Ah...
- Mais ça se passe à Montréal !
- Ah !"
Le décor était planté. Sorti au printemps 2016, ce film tout récent est l'adaptation du roman de Jean-Paul Dubois intitulé "Le cas Sneijder". Tout commence un peu mal, puisque Paul Sneijder, le personnage principal vient, dans la première scène du film, récupérer les cendres de sa fille morte dans un terrible accident d'ascenseur dont il est le seul survivant. Sa nouvelle femme le pousse à demander une indemnisation monstre, à prendre le meilleur avocat de tout Montréal afin d'obtenir une somme importante d'argent qui leur permettrait de financer les études aux Etats-Unis de leurs deux garçons. Seulement, on sent bien que l'accident a semé dans la tête de Paul un questionnement qui l'empêche de reprendre sa vie d'avant, et en particulier sa très bonne situation professionnelle. Las d'entendre les reproches de sa femme et ses couplets matérialistes, paralysé par sa claustrophobie et sa peur des ascenseurs, Paul démissionne et devient... promeneur de chiens, au grand damne de son épouse qui se sent humiliée et ridiculisée. Elle qui, pourtant, est la première responsable de la dérive de leur couple, puisqu'elle trompe allègrement son mari. 
Ce film est un chef d'œuvre, je vous le dis tel quel. D'abord, Thierry Lhermitte est un acteur hors normes, un très grand, le genre de ceux qui, en un froncement de sourcils ou en un regard sait exprimer des nuances émotionnelles multiples et précises. Ensuite, les paysages sont grandioses. Montréal en hiver, pensez-vous ! Le grand froid extérieur qui va de pair avec la paralysie physique et mentale du personnage, cette lenteur de la neige qui atténue les bruits et ralentit les mouvements et qui trouve un écho dans les plans fixes et les visages figés filmés en gros plan. On s'identifie et on se reconnaît dans le personnage de Paul Sneijder, cet homme perdu qui recherche un sens à sa vie, quitte à tout remettre en question et à se détourner complètement de son mode de vie d'avant. Alors, non, ce n'est pas une comédie, c'est un peu un conte philosophique, un drame qui s'enfonce dans la psychologie des personnages comme on entre dans une mine. Mais il y a, je vous rassure, des scènes délicieusement drôles, cyniques, cocasses, dans lesquelles Lhermitte et les acteurs québécois sont excellents. Une délicieuse mayonnaise qui prend dès les premières secondes. Si bien qu'à la dernière image, on n'a pas vraiment envie que cela se termine.

samedi 24 décembre 2016

7/77 Montréal

Je reviens tout juste de Montréal. Oui, parfaitement. Et sans avoir eu à subir ni le froid, ni le décalage horaire. Simplement grâce à la magie de mon écran plat. Outre le fait que le Canada a déjà élu domicile dans ma télé, puisque je ne rate quasiment aucun match de la célèbre équipe de hockey des Canadiens de Montréal, j'ai eu droit hier soir à l'organisation d'une petite soirée concoctée pour la grande voyageuse que je suis par quelqu'un qui sait parfaitement ce qui me fait plaisir. Faute de prendre l'avion dans l'immédiat, c'est à travers les images d'un très bon documentaire que je me suis envolée direction le Québec. Sortir en 2012, ce docu de Morgane Launay et Sébastien Houis est tout sauf un ramassis d'images juxtaposées censées nous montrer les hauts lieux touristiques d'une ville. D'ailleurs, il n'y a pas de voix off. Non, les seules voix que l'on entend, ce sont celles des multiples personnages tous complètement différents et originaux et qui, par leur singularité et les morceaux d'intimité qu'ils nous livrent, nous décrivent leur ville, celle qu'ils aiment, celle dans laquelle ils évoluent. Il y a ici des enfants, de jeunes adultes, des personnes âgées ; des québécois de souche, des français venus s'installer au Canada, des Belges, des rapatriés d'Algérie ; des hommes, des femmes, des mystiques, des étudiants, des amateurs de sport. Un véritable puzzle, un caléidoscope de portraits croisés dont chacun, tout en étant court, possède une place entière dans le documentaire. Le rythme est relativement lent, ou plutôt, il est paisible, tranquille, détendu, agréable, comme la ville de Montréal, d'après ce qu'on peut en conclure au terme du film. Une métropole à taille humaine, une cité de béton en pleine nature, une âme sauvage qui sent bon la forêt et la montagne dans une enveloppe moderne. Une combinaison parfaite entre le passé et le présent, entre le progrès et la nature. Une ville où il fait bon vivre et où, du coup, on rêve encore plus d'aller... Des voyages, comme ça, pour une soirée, franchement, j'en redemande ! 

lundi 21 novembre 2016

Les brumes de Sapa

Lolita Séchan, Les brumes de Sapa, 2016.
Il y a quelques jours est arrivé, par surprise, un colis dans ma boîtes à lettres : le livre tout récemment paru de Lolita Séchan. Il est vrai que j'avais suffisamment dit que, d'après le résumé, l'histoire allait vraiment me plaire et que, cette fille, je l'aimais bien. Ou comment inciter fortement les colis surprises à venir se nicher dans votre boîte au-milieu des factures...
Franchement, on comprend pourquoi cela lui a pris tant de temps. Cinq longues années pour sortir cette BD de ses tripes, son histoire, celle de sa vie et de sa quête identitaire. Elle l'aurait complètement inventée, fait naître de son imagination que cela n'aurait pas été aussi beau, aussi profond, aussi vrai. Mais Lolita a voulu écrire la vérité, témoigner, se livrer et nous offrir en cadeau ce qu'elle a de plus précieux : son roman d'amour avec le Vietnam, son incroyable amitié avec Lo Thi Gom, cette petite fille de 12 ans qu'elle rencontre lors de son premier voyage en Asie et qui l'agrippe littéralement, l'enchaîne et la pousse à revenir, année après année. Elle a 22 ans lorsqu'elle s'envole pour le Vietnam pour la première fois et une énorme valise remplie de doutes et de questionnements existentiels. Comme à beaucoup de jeunes adultes aujourd'hui, tout juste ou pas tout à fait sortis de l'adolescence, la prise de distance avec le quotidien, le voyage, le sac à dos s'imposent à elle. Combien sont-ils, au moment même où vous lisez cet article, à se trouver quelque part sur la planète, en plein tour du monde, en quête de leur Moi profond ? Quiconque est déjà allé se perdre dans un village des Andes, d'Asie ou d'ailleurs à une période de son existence se reconnaîtra en Lolita, le personnage du livre.
"Et comme chaque fois que rien ne bouge à l'intérieur de moi, je m'arrange pour faire défiler le paysage."
Année après année, y compris lorsqu'elle habite dans la froidure de Montréal, Lolita prend des avions. Voyage après voyage, elle apprend à connaître sa nouvelle amie et surtout son peuple. Lo Thi Gom appartient à une minorité ethnique, les Hmongs. Oui, celle-là même que Clovis Cornillac était allé visiter pour l'émission Rendez-vous en terre inconnue. Sauf que Lolita, elle, n'a pas fait que passer. Elle a créé un lien indéfectible, à travers son amie, avec ce peuple opprimé mais aux si belles traditions. Ce peuple qu'on parque encore dans des camps de concentration dans certains pays, comme au Laos. Cette ethnie détestée, ces montagnards analphabètes aux costumes chatoyants que les Vietnamiens ont si longtemps méprisés à cause de leur collaboration avec les Américains pendant la guerre du Vietnam. C'est cette terrible histoire que Lo Thi Gom porte son visage triste et trop lucide d'enfant déjà adulte, cette histoire que Lolita nous raconte comme un témoignage, un hommage à ces gens qu'elle aime profondément. 
S'est-elle trouvée là-bas ? Pas de réponse. Parfois, on passe sa vie à se chercher. En tout cas, elle a trouvé un pays, un peuple, une amie, tout un monde. Et elle a trouvé l'inspiration pour ce livre, un moteur à la création, une envie, une voix à faire parler à travers ses magnifiques dessins. Des dessins qui donnent envie de sauter à l'intérieur de la page, d'aller dans ces montagnes merveilleuses et à la fois lourdes de non-dits. Alors oui, Lolita est "la fille de". Mais en toute discrétion, avec pudeur, en témoignent ces jolies scènes avec ses parents, qu'elle dessine de dos. Et elle est avant tout elle, Lolita Séchan, celle qui nous donne en cadeau cette BD qui est immensément plus qu'un livre. 
Et allez donc voir cette petite vidéo dans laquelle Lolita, avec sa douce voix et son inimitable sourire, nous explique tout (oui, je l'aime bien, cette fille, définitivement, et depuis que je l'ai vue en vraie au Zénith à un concert de son papa, en toute simplicité, je l'aime encore plus):

mardi 13 septembre 2016

26 choses à voir absolument en Suisse

Tatiana Tissot, 26 choses à voir absolument en Suisse, 2016.
C'est tout nouveau, tout beau, ça vient de sortir et la SwissPost me l'a livré il y a peu ! Le livre que la terre entière attendait : la compilation des 26 merveilles de la Suisse vue par Tatiana Tissot, auteure du très bon blog "Y'a pas le feu au lac!" que je vous conseille vivement de suivre. La fille connaît évidemment la Suisse comme sa poche, mais a également vécu au Québec et en France, où elle est expatriée. Et si son pseudo est Kantutita, la fleur nationale Bolivienne, ce n'est pas un hasard non plus... Elle sait saisir les travers et les originalités de chaque peuple qu'elle côtoie et nous embarque dans ses visites avec dynamisme. Ton que l'on retrouve avec grand plaisir dans le livre, pour lequel Tatiana a choisi de nous montrer 26 lieux exceptionnels de son pays d'origine. Glaciers, montagnes majestueuses, lacs, villes, il y en a pour tous les goûts, avec des photos à couper le souffle. On se situe entre le "beau livre" et le guide de voyage, entre le divertissement et le culturel, entre l'Histoire et l'humour. Le tout raconté sur un rythme enlevé qui fait qu'on dévore le bouquin en moins de deux. Personnellement, je suis fan ! 
Et à en voir le niveau de ces fameux 26 immanquables helvètes, on se dit que la Suisse doit encore regorger de trésors de la sorte. Alors, Tatiana, une question me brûle les lèvres : à quand un tome 2 ?

dimanche 17 juillet 2016

Sur la route

Jack Kerouac, Sur la route, 1957.
Tout voyageur se doit d'avoir lu l'oeuvre majeure de Kerouac, la seule et unique référence en terme de voyage, vagabondage, auto stop, sexe et marijuana. La Bible de la beat generation dont les grands principes se résument en deux idées : merde à l'ordre, oui à la liberté. Avec tout ce que cela comporte de rébellion passive, de clochardise due à un chômage forcé (puisqu'on ne se soumet à personne, donc à aucun patron), d'excès en tous genres et de fibre littéraire exacerbée par les drogues. La biographie de Kerouac est un roman et une mappemonde à elle toute seule. Né de parents québécois d'origine bretonne immigrés aux Etats-Unis, il est très rapidement plongé dans un bain à la fois artistique et alcoolisé. La prostitution et la benzedrine sont déjà les piliers de sa vie, alors qu'il n'est qu'à l'aube de l'âge adulte mais qu'il cherche déjà à sur stimuler son cerveau et à voyager. Enfin, fuir plus qu'il ne voyage. La marine marchande, l'armée puis la désertion après avoir simulé la folie (résultat, un petit séjour en hôpital psychiatrique), et le début de ce qui sera la trame de "Sur la route": ces allers et retours incessants entre l'est et l'ouest, pour finir plein sur vers Mexico. Je me suis évidemment amusée à suivre les trajets du personnages, Sal Paradise, sur Google Map, et j'ai trouvé sur wikipédia (autre Bible dans son genre) une carte qui les représente assez bien :
La froide New York, la folle San Francisco et le centre de tout, Denver, ville matrice où se retrouvent les personnages complétement déjantés du roman et notamment le plus déglingué de tous, Dean Moriarty, archétype du drogué illuminé. A la vitesse de Speedy Gonzalez, il emballe les filles, les marie et les abandonne pour filer vers l'est ou vers l'ouest. En fond sonore de ce road trip littéraire, le jazz des années 40, décrit dans un style qui ressemble à cette musique : déstructuré, entêtant, répétitif, recherché. Dans l'introduction, on dit que le roman de Kerouac se lit comme on écoute du jazz, démesurément, en transe. J'en ai douté. J'ai eu tort. Arrivée au terme de ce voyage à travers l'Amérique et dans l'esprit embrumé mais inspiré des personnages, j'ai eu, comme à la fin d'un concert qui brouille les codes, l'envie de dire "waou", ah oui, quand même ! Un livre à lire d'une traite sans respirer, qui vous colle à la peau. 
Et l'idée de refaire les routes de Kerouac en vrai... Une bonne idée de road trip, n'est-ce pas ?!

mardi 17 mai 2016

Trains de rêve

Depuis que j'ai lu "Patagonie express" de Paul Théroux, dans lequel l'auteur raconte son départ de Boston en métro, pour rallier la gare et filer vers le grand sud par le rail, le train me passionne. L'avion, c'est rapide, efficace, mais on ne voit évidemment pas les paysages. La voiture, c'est moderne, autonome, mais ça n'a pas beaucoup de charme. Quant à la marche, même si elle permet de sillonner des montagnes et des vallées, elle a ce côté épuisant qui peut dissuader. La route de la soie à pied, ça ne me tente pas plus que cela. Je laisse la performance à Bernard Ollivier qui le raconte très bien. Par contre, faire cette même route dans un train, j'adhère ! Les trains, au fond, ce sont des machines de légende, qui souvent suivent des routes elles-mêmes mythiques : celle des chercheurs d'or au Canada, l'Orient Express, le train des cimes en Argentine, le Moscou Pékin et j'en passe. Ils nous font aller au coeur d'endroits magnifiques, mystérieux, inquiétants ou fascinants. Le pont de la rivière Kwai, les chutes Victoria, pensez-vous ! Je me suis délectée en lisant le magazine Géo spécial consacré à ses trains de légende. Je suis montée dans le Al Andalus qui nous promène à travers l'Espagne musulmane ; j'ai sauté dans le Che-Pe qui traverse les montagnes mexicaines des indigènes Tarahumaras ; j'ai tremblé de peur, tapie sur le toit d'un train du Bangladesh. J'ai vécu plein d'aventures en lisant ces lignes magiques, en plongeant dans les photos au pouvoir envoûtant. Je suis ressortie de là en ayant noté plein de référence de romans et autres ouvrages à lire pour prolonger le voyage. J'ai du pain sur la planche !

lundi 8 février 2016

Les Cowboys Fringants au Trabendo

Dans un précédent article où je vous expliquais le pourquoi du comment du changement de nom pour le blog, j'évoquais la musique et en particulier quelques groupes québécois que j'écoute en ce moment. En voici un, et pas des moindres : Les Cowboys Fringants. Célèbres déjà depuis une quinzaine d'années et ayant une série d'albums à leur actif, je ne les connais que depuis peu mais j'ai de suite adhéré au projet. Plusieurs raisons :
- ce sont des musiciens hors pair
- leurs textes sont à la fois drôles, mélancoliques, engagés, crus,  poétiques
- ils sont férocement sympathiques
- leur parlé québecois fleuri et imagé est un voyage à lui tout seul.
Dans leur œuvre, rien à jeter, pas de bémol, tout est bon. Aucun morceau pour lequel on se dit bof, aucune chanson qu'on passe sans l'écouter pour aller directement à la suivante. On écoute tout, fort, dans la voiture, à la maison, dans la tête, et on chante à tue-tête, tant qu'à faire. Alors, le concert, le premier, c'était comme un rêve !
La salle du Trabendo est une sorte de cube rouge qui se situe dans le parc de La Villette. Pas de sièges, 700 personnes debout, le ton est donné, il va y avoir de l'ambiance. Chacun y est allé de son t-shirt des Cowboys Fringants ou son maillot à l'effigie de l'équipe de hockey des Canadiens de Montréal. Les fans, aussitôt le contrôle de sécurité passé, on couru pour se placer au premier rang, quasiment sur la scène tellement le public est proche des musiciens au Trabendo. De quoi en avoir plein les yeux devant l'imposante silhouette du charismatique chanteur Karl Tremblay, de quoi se remplir les oreilles de la virtuosité pétillante du violon de la belle Marie Annick. Et ça lève les bras, et ça chante toutes les chansons par coeur, et ça saute au rythme des deux (rien que ça !) batteries. Certains fans inconditionnels reviennent même du Québec où le groupe a déjà fait une bonne partie de sa tournée. Ce qui frappe, c'est l'esprit participatif, le sourire sur tous les visages. Tout le monde a la banane et se parle, communique, danse, se bouscule un peu parce qu'on est serré, mais c'est le jeu. C'est beau, 700 personnes à l'unisson, dans la même direction, sur la même longueur d'onde. C'est beau et c'est made in Québec. Les Cowboys Fringants, lors de cette mini série de trois concerts à Paris, nous ont donné une envie furieuse de les revoir très vite !
Ici, deux vidéos du concert d'hier, pour vous donner l'eau à la bouche. Ils reviendront très bientôt... à bon entendeur !


mercredi 3 février 2016

Nouveau nom, nouvelle tête : pourquoi changer ?

Depuis un certain temps, l'idée me tournait dans la tête. J'avais envie de renouveau. Un changement s'imposait. Rappelez-vous, le blog, avant, c'était ça :
Et ça s'appelait "Montagnes d'ici et d'ailleurs". La montagne était la dominante et tout avait commencé par le récit de mes premières aventures boliviennes en 2006. Forcément influencé par mes recherches universitaires de l'époque, le sujet des mines et des mineurs y était omniprésent. Le ton des débuts était très scolaire et appliqué. Par la suite, j'ai trouvé mon créneau d'écriture entre l'informatif, le récit et l'originalité. Petit à petit, je me suis fait plaisir. Mes aventures alpines, thème que je maîtrise bien étant donné qu'elles correspondent à tous mes étés depuis l'enfance, ont pris une large place et j'ai pu raconter quelques belles randonnées. Et puis, il y a eu une période où le spectre s'est beaucoup élargi : cuisine, lectures, balades en France, traductions et autres réflexions. Du coup, il n'y a pas si longtemps que ça, j'ai décidé de faire le ménage et de recentrer le blog sur l'essentiel : la montagne, Alpes et Andes et tout çe qui tourne autour. C'était sans compter un revirement géographique imprévu qui m'a entraînée vers la mer, le grand océan, et dans un tourbillon de nouvelles destinations vers lesquelles j'avais toujours rêvé de voyager : l'Andalousie, la Grèce, la Catalogne et Barcelone... L'appellation de " Montagnes d'ici et d'ailleurs" devenait trop étriquée. Hier soir, j'ai tout changé !
Après un brainstorming dans les règles pour trouver un nouveau nom qui serait moins restrictif, j'ai opté pour " Voyageages ici et ailleurs".
Pourquoi ce titre ? Ici et ailleurs, parce que, si de multiples destinations m'attirent, la France, ses villes, ses villages et ses côtes restent un élément important. De ce point de vue là, de l'ici et de l'ailleurs sont en projet... Voyageages, maintenant. Si si, le mot existe ! J'ai même vu sur internet qu'il était valable au Scrabble ! C'est en réalité un terme québécois pour signifier des déplacements, des allées et venues. Peu importe qu'il s'agisse de montagne ou de mer, de loin ou de près, l'idée d'être toujours ou presque en mouvement est ce qui me définit le mieux ! Vous me direz, je ne suis pas encore allée au Québec, pourquoi ce terme ? Eh bien, pour tout vous dire jusqu'au bout, le Québec est une destination qui me fait rêver, je suis assez fan de quelques groupes de musique de là- bas et les aurores boréales, l'été indien, Chibougamau, tout ça... Enfin voilà !
Donc en résumé, tout change et rien ne change ! Je vous invite toujours à me suivre dans des aventures aussi photographiques que culinaires, aussi sportives que contemplatives, en France, en Europe, en lecture, en musique et en vidéo. Je suis toujours sur Facebook et sur Twitter. Nouveauté toute récente puisqu'elle date d'hier soir assez (trop!) tard, un site est en construction... Je vous en reparlerai quand j'aurai réussi à dompter l'endroit, c'est à dire pas vraiment dans l'immédiat, c'est technique ! Mais j'y travaille. 
Voilà, une page se tourne, c'est un nouveau départ. Un nouveau nom, des racines plus que jamais assurées sur les cimes et de multiples horizons qui s'ouvrent à ma fenêtre. A très vite pour de nouvelles aventures !
Séville - décembre 2011

 Athènes - avril 2014

 Cochabamba  - juillet 2014

 Tossa de Mar - avril 2015

mardi 12 janvier 2016

La Rochelle au matin : l'appel du large

Après notre soirée féérique dans la douceur hivernale de La Rochelle, nous voici dans la ville au matin. Plus de musique sur le marché de Noël, plus de promeneurs, plus rien. Les rues sont d'un calme olympien. Seuls, quelques joggeurs matinaux exercent leurs muscles encore engourdis ; quelques passants avancent paisiblement sur le quai ; un clochard finit sa nuit sur un banc ; un chien attend le départ sur un bateau. Tout est tranquille. Rien à signaler dans la cité blanche. Au soir, les tours illuminées avaient pris des teintes rousses et les maisons portaient une ombre brune. Aujourd'hui, la lumière fait ressortir encore davantage la blancheur des pierres, que nous n'avions pas soupçonnée en nocturne. Autre changement, la mer a fait son apparition. En face de la tour de la Lanterne, elle est belle, et bien là, immense, infinie, impressionnante de sérénité et de force. L'océan appelle au large et renvoie immanquablement des effluves d'Amérique, des saveurs de Québec. C'est de là que sont parties les "filles de La Rochelle". Pour l'aventure, vous êtes à la bonne adresse. C'est aussi sur cet immense parking qu'ont lieu les Francofolies, autre rendez-vous incontournable de la région. La musique et le voyage, deux phares, deux boussoles. Voyager en musique ou se laisser bercer par la musique du voyage. Deux façons de voir les choses, deux philosophies. Il y a ceux qui restent et contemplent. Il y a ceux qui partent vers l'ailleurs. La Rochelle est à la fois porte vers l'horizon lointain et écrin qui abrite un millier de rêves immobiles. 




lundi 4 janvier 2016

Les filles de La Rochelle

Bernard Morasin, Elles étaient les filles de La Rochelle, 2013.
Filles de joies ? Non, aventurières, pionnières, découvreuses, mères du Québec. Des filles abandonnées, pauvres, promises à un sort pas enviable, recluses dans des couvents en attendant mieux, perdues dans La Rochelle et à qui on a offert un autre destin. Nous sommes au début du XVIIème siècle, quand le royaume de France tente de s'établir définitivement au Québec. Dans les colonies qui viennent d'être fondées, que des hommes ou presque. Il faut donc envoyer des femmes, concrètement, pour les faire se reproduire. On leur confère un statut spécial, celui de "filles du roi", qui est à double tranchant : à la fois protégées, elles portent aussi sur leurs épaules le lourd fardeau de devoir peupler la colonie. Si elles se révèlent incapables de pondre, c'est le retour au couvent qui leur pend au nez. Le livre de Bernard Morasin est un hybride, document romancé, roman documenté. Les personnages mis en scène ont réellement existé, tout comme les innombrables conflits avec les Indiens et les hivers enneigés. Le fait de pouvoir s'identifier à l'une de ces femmes nous aide à mieux percevoir toute la difficulté de ce saut vers l'inconnu ainsi que de l'adaptation à une nouvelle contrée. En même temps, celle-ci ou une autre, peu importe. C'est à ce groupe de femmes, près de 900 au total et dont toutes ne sont peut-être pas répertoriées. que l'auteur rend hommage. Non, les filles de La Rochelle n'étaient pas des filles de joie. Il faut rétablir cette vérité. Elles étaient des découvreuses, des pionnières, des courageuses. Les mères du Québec. 

lundi 19 octobre 2015

Soeurs volées


Emmanuelle Walter, Soeurs volées, 2014.
Afficher l'image d'origineAprès Les évaporés du Japon et Rouge ou mort, encore un des livres passionnants que je suis allée glaner dans les colonnes du Monde Diplomatique (au temps où je prenais encore le temps de le lire...hum hum...). Il s'agit d'une enquête à la fois sociologique et anthropologique d'Emmanuelle Walter qui nous renvoie en pleine figure notre naïve erreur : celle de considérer le Canada et le Québec comme des terres de cocagne, où il fait bon vivre, où on ne ferme pas la porte de sa maison à clé parce qu'il n'y a pas de voleurs et où les paysages grandioses n'ont d'égal que le pacifisme de leurs habitants. Nous parlons en réalité d'un pays qui parque ses indigènes dans des réserves et qui ignore le sort des autochtones, se voilant la face d'une indifférence assumée. Or, la situation des femmes en particulier est alarmante, catastrophique. C'est sous l'angle de la disparition de deux adolescentes, Maisy et Shannon, que l'auteur tire la sonnette d'alarme sur le nombre insensé de filles et de femmes qui disparaissent à jamais où que l'on retrouve assassinées sur le bord d'une route. Toutes autochtones. Toutes ou presque vivant dans des réserves. Du coup, Emmanuelle Walter est amenée à fouiller dans les vies de ces adolescentes disparues, et, par extension, dans le passé des peuples premiers d'Amérique du Nord. Enfants retirés à leurs familles et enfermés dans des pensionnats, où ils sont maltraités, affamés, violés. Confiscation de terres, mépris, racisme, discrimination, apartheid et la création des trop célèbres réserves. Les conséquences ne sont que des traumatismes inhérents à ce passé : solitude, isolement, chômage, pessimisme, fatalisme, alcool, drogue, violence, déscolarisation. Les femmes sont évidemment la population la plus touchée, assaillies par la violence des hommes, la plupart du temps faisant partie de leur entourage, qui, imbibés d'alcool, de rancœur et de frustration, assouvissent leur vengeance en tuant. La faute, aussi, à l'image de la squaw dépravée créée de toutes pièces par les colonisateurs, par les blancs que cela arrangeait bien pour légitimer le trafic de femmes autochtones, transformées en prostituées, dont ils étaient les instigateurs. En suivant l'auteur dans ce Canada méconnu, on découvre une histoire affligeante et insoupçonnée. Une enquête claire et objective, non dénuée de la sensibilité dont on ne peut s'empêcher de faire preuve face à des cas si touchants, face à l'injustice de tels faits, face à l'immobilisme, voire au désintérêt affiché de la police. Où sont-elles. C'est par cette question obsédante que se termine l'ouvrage. Une question qui prend racine en nous et tourne en boucle dans nos têtes après la lecture. Qu'on le veuille ou non, maintenant, nous sommes concernés.