lundi 21 août 2017

3 livres rouges qui nous mènent vers les cimes

Rien ne me rend plus dingue que les couvertures rouges des Editions Guérin de Chamonix. Rien ne me donne autant envie de me perdre dans un livre comme on va se perdre en montagne, seul dans les alpages avec juste le bruit du torrent et le souffle du vent. J'ai récemment dévoré trois d'entre eux avec gloutonnerie, je vous en parle tout de suite.

Reinhold Messner, La montagne nue, 2005.
Il ne s'agit pas seulement là de l'autobiographie de l'alpiniste italien vainqueur d'un certain nombre de sommets himalayens. C'est l'un des livres phares sur le sujet, l'un de ceux que l'on se doit d'avoir bien en vue dans sa bibliothèque lorsqu'on est un amoureux de la montagne et un admirateur fervent des aventuriers modernes. Mais l'histoire de Reinhold ne serait pas complète si elle n'était pas immédiatement mise en perspective avec celle de son frère Gunther, son indéfectible compagnon de cordée qui disparut en 1970, avalé par une avalanche après qu'ils ont ensemble vaincu la cime mythique du Nanga Parbat. Et puis, au delà de l'exploit qui implique une foi aveugle dans la réussite et une volonté surhumaine, il y a la controverse, la polémique, comme souvent d'ailleurs dans les grandes ascensions. Mauvaise organisation ou manipulation ? Accident ou abandon ? Les différentes versions s'affrontent depuis des décennies sans que rien ne vienne calmer les rancœurs et les doutes. Sur le toit du monde, au-delà de ses limites, l'homme est capable du plus grand altruisme, de la plus belle abnégation comme du plus pur égoïsme. Messner raconte ces paradoxes de manière passionnante dans son livre et le met en relief avec l'histoire des cordées qui l'ont précédé sur le Nanga Parbat, la "montagne nue". Et on reste, après cette lecture, à jamais à genoux et bouche bée devant la force de cet homme.
Pour aller plus loin...
Un film de Joseph Vilsmaier est sorti en 2010 sur l'ascension du Nanga Parbat. Un documentaire d'Andreas Nickel sur Messner existe également depuis  2012. Les deux sont disponibles en entier sur You Tube.




Lionel Terray, Les conquérants de l'inutile, 1961.
Encore une fois, un livre précieux, un ouvrage passionnant qui ne se limite pas à l'autobiographie. Finalement, l'un des plus beaux livres qui aient jamais été écrits sur la montagne. Le genre de ceux qu'on n'a pas envie de terminer, dont on a envie de reprendre la première page dès la dernière tournée. Une philosophie de vie qui se dessine au fil des chapitres et qui instruit, remet chaque chose à sa place et ridiculise nos doutes quotidiens de pauvres fourmis apeurées. Lionel Terray, c'est une existence dédiée à la montagne. Mais pas que. C'est le refus de l'alpinisme compétition, l'altruisme poussé au zénith, l'humain dans ce qu'il a de plus pur. L'anti Herzog. La cordée qu'il forme avec Lachenal les mènera jusqu'au sommet de l'Annapurna mais qu'importe. La gloire n'intéresse pas Terray. Ce qu'il aime, ce qui le passionne, c'est de monter pour rien. Plus la conquête est sans motif, inutile, plus elle l'inspire. Et en contrebas des plus hautes cimes de la terre, il y a les hommes. Et Terray les aime profondément, les hommes. Sherpas, quechuas, il les côtoie, parle des heures avec eux, partage leur quotidien, apprend et se tait. Humilité. Terray nous laisse des films inédits tournés à des endroits improbables de la terre. 
Pour aller plus loin...
Certains films sont visibles sur le site de la Cinémathèque d'Images de Montagne. De quoi y passer quelques belles heures... 

Vincent Jaccard, Petites aventures de l'autre côté du Mont Blanc, 2016.
Une fois que vous aurez lu ces deux pavés rouges et vu les nombreux films correspondant, voici de quoi vous reposer. L'auteur, alpiniste par goût, après avoir pas mal traîné ses crampons de chaque côté des Alpes, s'est un jour posé la question suivante : pourquoi se faire mal, pourquoi tâter du doigt ses limites, vouloir aller toujours plus haut, toujours plus loin ? Alors, il regarde autour de lui, dans le Val d'Aoste de ses ancêtres et se met à raconter. Avec une grande générosité, il nous livre ses plus jolis souvenirs. Un pèlerinage, l'arrivée au chalet, la polainte de Maria, les silences qui en disent long, la vie, quoi. Les bouquetins croisés au hasard, le froid qui pique, les gueuletons dans les alpages, le soleil, les nuages. Un livre d'épicurien à faire lire à ceux qui ne sont pas (encore) des montagnards dans l'âme, pour leur faire comprendre qu'il n'y a pas que les ascensions, le Mont Blanc et les sensations. Qu'il y a quelque chose d'autre, quelque chose qui nous attache à la montagne pour la vie. Quelque chose qui court dans notre sang et qui nous ramène sans cesse à elle. Qu'on soit tout près ou très loin d'elle, la montagne est toujours là. Ou plutôt, on y est en fait à chaque instant. Dans le cœur, dans la tête. Un bel hymne à une région. 
Pour aller plus loin...
Une vidéo dans laquelle l'auteur présente son livre. C'est toujours super, quand c'est l'auteur qui raconte lui-même ce qu'il a écrit !

Si avec tout ça vous n'êtes pas vous aussi conquis par les livres rouges, je ne comprends pas !

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