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mardi 6 mars 2018

Sarah, impressions pakistanaises

Quelle drôle d’idée d’aller faire du tourisme au Pakistan !

Il y a quelques années j’étais fascinée par l’Indus. J’avais fait des études d’Histoire et j’avais trouvé que les aventures d’Alexandre le Grand en Asie c’était plutôt cool. Je rêvais donc de l’Indus, de ce fleuve mythique où Alexandre avait rencontré des éléphants et un roi indien qui l’avait renvoyé dans ses pénates macédoniens. Alexandre n’est jamais rentré chez lui et de mon côté cette histoire m’a donné envie de voir de plus près ce fleuve et moi aussi de déambuler dans les anciennes et mythiques Bactriane et autre Sogdiane. J’ai commencé par suivre son cours en allant au Ladakh, au nord de l’Inde, là où le fleuve sort des hautes montagnes du Tibet où il est né, au pied du mont sacré du Kailash. Puis ensuite je suis allée au Tibet pour pleurer sur les ruines de la civilisation tibétaine mise à sac par les Chinois. Mais l’Indus c’est au Pakistan qu’il coule réellement. C’est au Pakistan qu’il prend son court majestueux de fleuve asiatique, où il finit de dévaler les pentes de l’Himalaya comme un torrent pour devenir un large fleuve dans les plaines arides du Sind.
View point sur les bords de l'Indus, au Nord Pakistan, non loin de la frontière chinoise

J’étais aussi fascinée par la civilisation d’Harappa, une civilisation antique, équivalente à celles de Mésopotamie ou d’Egypte, mais qui reste un mystère pour les archéologues car il y a très peu de restes écrits et surtout on ne sait pas les déchiffrer. Cette civilisation pacifique et visiblement évoluée, comme toutes celles de son époque, s’est installée sur les bords de l’Indus au sud de l’Inde. Les villes de Mésopotamie ont le Tigre et l’Euphrate, les temples égyptiens ont le Nil ; Harrapa et Moendjo Daro ont l’Indus.
Enfin (et oui, j’ai vraiment beaucoup de raisons d’aimer ce pays), mes voyages précédents dans l’Himalaya ont fait de moi une bouddhiste. Mais je reste profondément européenne et, en tant que professeure de philosophie, très passionnée par la pensée de la Grèce ancienne. Or, c’est au Pakistan, au début de l’ère chrétienne, que se sont rencontrés l’Orient et l’Occident, le bouddhisme et la pensée grecque. Cela a donné naissance à une autre civilisation, celle du Gandhara, célèbre pour ses statues de Bouddha drapés dans des toges athéniennes et aux traits plus qu’européens.
Pour terminer cette longue liste, qui est surtout je m’en rends compte une liste d’intello pur jus… je voulais aussi voir de plus près les hauts sommets de l’Himalaya. Le Pakistan est un pays de montagne : Himalaya, Hindu Kush, et du Karakoram. C’est un pays de vallées himalayennes, dont j’avais déjà pu avoir un aperçu lors de mon séjour au Ladakh, des vallées où le bleu diamant du ciel touche le vert des peupliers et le jaune de l’orge moissonné. Je ne suis pas alpiniste, mais seulement trekkeuse, et le Pakistan est le rêve pour ceux qui aiment la haute montagne. Il y a 5 sommets à plus de 8000 mètres, dont le K2 et le Nanga Parbat, dont j’ai atteint le camp de base, le féérique Fairy Meadows ; et 120 sommets de plus de 7000 mètres. J’ai eu la chance de résider au pied de l’un d’eux, le Terich Mir dans la vallée de Chitral.
Alors c’est sûr, comme ça, à première vue, le Pakistan ce n’est pas un pays très touristique, et il l’est de moins en moins. En tout cas il ne l’est pas pour ceux et celles qui font du tourisme… mais j’ai rencontré parfois des européens qui avaient dépassé cette « peur » très médiatique et très politique et à chaque fois que je discute avec ces chanceux, nous sommes transportés d’un délire collectif à nous raconter les merveilles que nous avons pu voir, vivre dans ce pays hors norme.

Le Terich Mir et la vallée de Chitral

Les Talibans, un pays arriéré, les clichés… Tu infirmes ou tu confirmes ?

Un jour, je suis rentrée du Pakistan et la semaine suivante je retournais à mon poste d’enseignante dans un collège de région parisienne (à l’époque j’enseignais l’histoire-géographie… ). Je savais que je passais pour une sacrée hurluberlue auprès de mes collègues, mais j’avais l’habitude et de toute façon les profs sont une des castes les plus réactionnaire que je connaisse ! Bref. Comme toujours j’étais enthousiaste de ce énième voyage et j’essayais de dire à mes collègues en salle des profs, que « non, le Pakistan n’est pas que ce pays voyou, arriéré et pétri de fanatisme religieux ». Pour les convaincre, j’ai rétorqué que « les Talibans sont des gens comme vous et moi », sous-entendu que l’image de barbares sanguinaires que l’on nous décrit dans les médias occidentaux n’est pas tout à fait la réalité. A ma provocation (j’avoue), on m’a répondu que « les Talibans sont surtout comme toi » ! Oh… je l’ai pris pour un compliment, venant de personnes dont je méprisais foncièrement le jugement.
Au-delà de cette anecdote, je sais un peu limite (mais il n’est pas toujours aisé de défendre quelque chose que l’on aime quand l’immense majorité vous prend pour une folle et qu’elle pense que l’objet de cette passion est totalement inadapté à ce sentiment fort et noble), le Pakistan est un pays très profondément religieux. Paki-stan cela veut dire le Pays des Purs… tout est dit ! La République est une république islamiste ; la charia, la loi coranique est mise en œuvre dans certaines provinces, dont celle de Peshawar où j’ai vécu.
Le minaret de Lahore

Les femmes, dont moi, qui en plus étais mariée à un pakistanais (oui… je sais…), sont clairement soumises à la domination masculine et n’ont que très peu de droits. Elles portent le voile et la burqa ; elles sortent très peu de chez elles ; font peu d’études ; sont mariées jeunes et dans des mariages arrangés. Bref… c’est le monde dans lequel vivait… ma grand-mère dans les années 60… soumise à un pervers de 15 ans de plus qu’elle… elle allait à la messe tous les dimanches en portant sa voilette… elle ne travaillait pas et n’avait pas fait d’études… parfois elle mangeait dans sa cuisine quand son mari mangeait devant sa télé dans le salon…
Tout ça pour dire qu’en matière d’arriération, il ne vaut mieux pas jouer à qui « pisse le plus loin »… surtout quand on regarde aujourd’hui le « leader du monde libre », les Etats-Unis, où la morale la plus hypocrite et la plus religieuse refait surface.
Avoir vécu au Pakistan m’a d’autant plus appris la tolérance et le mépris des religions monothéistes. J’ai côtoyé des Talibans mais surtout des personnes ordinaires pour qui la religion, la loi coranique étaient centrales dans leurs vies. Cela impliquait une morale, en particulier sexuelle, qui n’était en grande partie qu’hypocrisie. Une fois que l’on a compris cela, « quand on vit à Rome on fait comme à Rome »… sinon on ne voyage pas (du moins c’est mon principe). Après, le jugement moral sur ce que vivent les autres, ce qu’ils font ou comment ils devraient vivre m’est totalement étranger. Je ne porte jamais ce genre de jugement car je déteste par-dessus tout qu’on en fasse usage concernant ma propre vie.
Mais à part cela, j’ai découvert aussi des gens et surtout des familles où la solidarité n’était pas juste un mot. Des familles élargies où chacun pouvait être soutenu et aidé. J’ai assisté à des moments de vie quotidienne où l’éducation des enfants est l’affaire de tous, pas seulement des parents : les mioches se prennent des baffes et des baisers par toute leur parentèle, ils apprennent à être autonomes très vite et les maisonnées sont remplies de rires, de joies d’être ensemble avec le plus de générations possibles. Personne n’est seul au Pakistan !

Visages d'enfants Kalash, peuple animiste du Pakistan 

Qu’est-ce tu gardes du Pakistan en toi ?

Je garde beaucoup d’images, celles des montagnes en particulier : le Terich Mir et la vallée de Chitral, le Nanga Parbat et le camp de base de Fairy Meadows, la vallée de l’Indus du nord au sud, la vallée de Gilgit tout au nord, Karimabad et ses forts médiévaux.
Je garde les odeurs et les couleurs du bazar de Peshawar, la ville aux mille facettes, étape de la route de la soie et aujourd’hui bastion des intégristes religieux.
Je garde les saveurs de la cuisine orientale, le goût typique du chaï et surtout celui du riz cuisiné au poulet de Chitral : je n’ai jamais mangé quelque chose d’aussi bon ni d’aussi simple !
Je garde aussi des images des visages des gens que j’ai croisé et que j’ai aimé. L’accueil fabuleux de tous les gens qui ont croisé ma route, leur bienveillance, leur gentillesse à mon égard. J’ai été accueillie comme une enfant du pays par des gens qui vivent avec parfois moins que les plus pauvres des pauvres de France.
J’ai l’habitude de dire que le Pakistan est devenu mon pays d’adoption, et je sais que très peu de personnes comprennent, sauf ceux et celles qui y sont allées.
Je dis aussi que j’ai quitté le Pakistan, mais que mon cœur est resté accroché en haut des montagnes.


Quelque part dans le nord du Pakistan...

Avec la distance, tu idéalises ?

Tout à fait, et j’assume.

Un retour un jour, ou plus jamais ?

C’est évident : j’y retournerai. Une trop grande part de Moi est là-bas, avec des rêves, des souvenirs, des images, des odeurs. J’ai vécu une expérience extraordinaire qui n’est pas terminée. Mon rêve secret est, au moment de ma vieillesse ou peut-être avant, de m’y installer, dans une petite maison quelque part dans une vallée du Nord et de regarder le temps qui passe.

Les blogs qui racontent l’Iran, Dubaï ou d’autres pays du genre : tu les lis ? Tu en penses quoi ?

Non je ne lis pas de blogs de voyages. Cela ne m’intéresse pas, surtout quand je n’ai pas visité le pays. J’ai visité Dubaï, Doha et le Yémen (deux mondes totalement opposés) et j’ai trouvé au Yémen la même profondeur qu’au Pakistan, la même densité de la vie, des gens, des paysages. Dubaï, Doha et toutes ces villes-états ne sont que des gadgets dans le désert et de plus en plus des petits bouts de l’Occident malade. Par contre, j’irais bien en Iran, parce que le peuple iranien… et bien c’est tout de même autre chose. C’est comme les Afghans : ils ont une culture, puissante et ancienne, ils sont ancrés dans un paysage ancestral, à la fois très rude et très beau. Je ne vais pas me faire des amis, je sais, mais ce n’est pas le cas des Arabes par exemple, peuple de bédouins, nouveaux riches qui n’ont pas l’Esprit pour faire quoique ce soit de fort ou de beau avec leurs dollars. C’est d’ailleurs pour cela que la guerre actuelle entre sunnites arabes et chi’ites iraniens, qui détruit le Yémen et la Syrie, est bien plus qu’une guerre fratricide ou uniquement de religion. 
La mosquée d'Islamabad

vendredi 8 décembre 2017

La parole est aux expats ! Stelios, un grec à Paris

1. La France, un hasard ou un souhait ?
Je vivais à Santorin en Grèce, et je suis tombé amoureux d’une française qui était en vacances. Je me suis rendu compte que je pourrais difficilement vivre sans elle, et que j’allais passer à côté d’un moment important de ma vie. C’était bien sûr réciproque. Comme c’était la crise (ça l’est toujours) en Grèce, elle ne pouvait pas venir vivre là-bas, j’ai donc décidé de venir la rejoindre en France, au bout d’un mois. Cela fait bientôt 7 ans que ça dure !

2. Séduit par la France, déçu, agacé ?
Je pensais que la vie serait plus facile et plus agréable, notamment pour trouver du travail, mais je me suis heurté à l’administration française (qui est presque aussi pire que celle de la Grèce). Je me suis également heurté à la difficulté de la langue, qui est une véritable barrière, les français sont assez chauvins de leur langue, et ceux qui parlent anglais se comptent sur les doigts de la main. J’ai beaucoup de difficulté à apprendre le français, qui est obligatoire pour travailler (ce qui n’est pas le cas en Grèce)
Je suis admiratif de la culture en France, vous avez une très grande histoire que vous mettez en valeur, j’adore découvrir de nouveaux lieux, j’adore regarder la tour Eiffel scintiller, le Louvre, Versailles, les châteaux de la Loire et tous les petits villages médiévaux.


3. Elle te manque, la Grèce ?
Ce qui me manque le plus ce sont mes enfants. Je pensais qu’en vivant en dehors de mon pays, j’allais pouvoir les aider et leur proposer une meilleure vie. Heureusement les nouvelles technologies me permettent de communiquer avec eux pratiquement tous les jours.
La mer me manque beaucoup également. En Grèce, pas besoin de faire des centaines de kilomètres, d’autant qu’ici elle est froide, pas transparente et il y a beaucoup trop de vagues à mon goût. Les bars de plage, les tavernes et les activités nocturnes sont les premières choses que je fonce faire quand je retourne dans mon pays.

4. Vrai parisien ou Grec émigré ?

Pour le moment je me sens toujours grec, je pense qu’on doit se sentir intégré au bout de 30 ou 40 ans de vie dans un même lieu. Mais je connais mieux les lignes du métro parisien que ma chérie, et ça c’est une fierté pour moi.

5. Ton installation en France, définitive ou transitoire ?

Avec ma chérie, nous avons le projet d’aller vivre quelque part en Grèce. Nous cherchons le moyen de pouvoir y vivre correctement. Nous pensons que d’ici une dizaine d’années, nous vivrons là-bas, du moins nous l’espérons fortement.

6. Si ça n’avait pas été la France… ?
Je savais que je ne voulais pas rester en Grèce, car je voulais trouver une meilleure vie pour ma famille. Peut-être serais-je parti vivre à Amsterdam qui me semble plus accessible. Ma chance a été de trouver le grand Amour, celui de ma vie, et de faire au mieux pour ma famille.

Vous pouvez retrouver les voyages de Stelios et Hilona sur leur blog : 

vendredi 3 février 2017

La parole est aux expats ! Krys, une love story chinoise

1. Pourquoi la Chine ?
Mon mari est Chinois, tout simplement. Je suis à la base très attirée par la Corée, ce qui est toujours le cas actuellement, et c'est le fait que mon mari soit Chinois qui m'a fait m'intéresser à la Chine. Désolée si je déçois. Mais lors de mon premier voyage je suis tombée amoureuse de la Chine, vraiment ! Je partais avec une grosse appréhension et ce fut le coup de foudre ! Je me suis rendue compte qu'en France on croyait savoir des choses sur ce pays mais en fait on n'en connaît même pas les 3/4 ! Ce fut un déchirement pour moi de revenir en France !

2. Tes premiers pas en Chine : grisant ou déstabilisant ?
Mes premiers pas en Chine furent grisants ! Forcément c'était la première fois que je partais loin de chez moi ! Puis tout était complètement nouveau ! Un nouveau mode de vie, une nouvelle culture...je me régalais ! C'est après une fois redescendue que c'est devenu déstabilisant car nous sommes vraiment très différents… Tout nous oppose : les Français aiment mener la belle vie et le travail passe après pas mal de choses et le Chinois passent des heures au travail. L'argent pour nous est important mais tant que nous sommes entourés des gens que l'on aime c'est tout ce qui compte, mais en Chine c'est l'argent qui prime. Toutes ces choses nous font nous rendre compte qu'il y a bel et bien un fossé entre nous. Pas infranchissable mais ça peut compliquer les choses. Puis le fait pour moi de ne pas parler Mandarin, donc je passais d'une personne indépendante à dépendante de mon mari. Donc parfois il y a eu des bas mais il me suffit de sortir hors de Beijing pour retrouver la raison pour laquelle j'étais tombée amoureuse de ce pays.

3. La censure, on en parle ou on censure ?
La censure existe bel et bien, sinon pourquoi Facebook, Google, Twitter, Snapchat etc...seraient-ils bloqués ? Il y a clairement une volonté de censurer et d'empêcher les personnes de dire quoi que ce soit de mauvais sur la Chine. Il suffit tout simplement de regarder CCTV 1 pour se rendre compte que rien de mauvais n'est dit à propos de la Chine ou du parti !

4. Tu te prêtes au jeu du j’aime, j’aime pas ?
J'aime en Chine la richesse de sa culture, le fait que les Chinois soient fiers de leur nationalité malgré la vie difficile pour eux. Nous les Français on passe notre temps à dire j'aimerais être Americain, etc... eux ils sont fiers de leur nationalité. J'aime que lorsqu'on arrive dans les familles l'accueil est chaleureux, on est accueilli à bras ouverts, et quand on rentre dans une famille par exemple comme moi personnellement, ma Ayi (la mère de mon mari) me considère vraiment comme sa fille. Elle fait tout pour moi comme elle le fait avec son fils. Ça fait chaud au cœur. Les Chinois aiment également apprendre des choses de leur pays aux autres. Je ne parle pas des guides mais dans les petites villes, ou si tu connais bien quelqu'un, dans les petites rues il voudra toujours t'apprendre quelque chose sur cet endroit. Malgré toute la pauvreté et la dureté de la vie, les Chinois sont sincèrement généreux quand ils t'apprécient.
Après ce que je n’aime pas c'est que tout est relatif à l'argent. On leur met tellement en tête que l'argent fait tout, que c'est ce qui prime avant tout. Parfois la vie est tellement dure que personne ne sourit, personne n'est heureux sauf dans les campagnes. Ce que je n’aime pas non plus c'est les voir cracher dans la rue ou renifler car en tant qu'Occidentale, même si je comprends qu'ils préfèrent avoir les bactéries hors de leur corps, pour moi je trouve ça répugnant. Mais comme le dit souvent mon mari, ils sont trop nombreux et c'est dur de donner de l'éducation à tout le monde. Et le fait de ne jamais être totalement intégrée, un non Chinois est un non Chinois. Même si tu parles la langue, que tu restes dans le pays pendant des mois on n’est jamais comme eux. Contrairement à chez nous, où si quelqu'un reste des années on le considère aussi Français qu'un autre, chez eux non, tu ne seras jamais comme eux.
5. La Chine : une love story à vie ?
Une love story à vie c'est en quelque sorte obligé car maintenant je suis mariée à un Chinois donc je suis liée à sa culture et ça fera donc toujours partie de ma vie. Mais j'en suis heureuse car la Chine est vraiment un pays merveilleux qui mérite qu'on s'y attarde plus et à chaque voyage et à chaque chose que j'essaye de faire découvrir même moi je prends plaisir à apprendre. Chaque ville, chaque province apporte quelque chose d'unique et fait rencontrer des personnes uniques qui nous font prendre conscience de beaucoup de choses sur nous-même et sur notre manière de voir les choses.

Donc je pense pour tout ce que cela m'a apporté que oui c'est une love story à vie,même sans mon mari.
 Et vous pouvez suivre les aventures chinoises de Krys, sur son super blog : Une occidentale en Chine 


Légende des photos :
1. Beijing dans "Prince Gong Mansion", le plus grand Siheyuan (maison avec cour typique Chinoise) du monde.
2. Le Temple du Ciel à Beijing
3. Mengshang da Fo, dans le Shanxi la province de mon mari. Les personnes du Shanxi se plaisent à dire qu'il est plus grand que Leshan (dans le Sichuan) car il a les jambes croisées et non assis comme Leshan.
4. Moi au Palais d'Eté
5. Mon mari et moi, avec des noix de coco à la main à Sanya sur l'île de Hainan celle-ci est considérée comme la Hawaii Chinoise
6. Mon mari et moi s'amusant à Pingyao, une très ancienne cité, dans une salle qui était autrefois réservée à l'apprentissage du Kung fu
7. Mon mari et moi en tenue d'Empereur et d'impératrice

vendredi 13 janvier 2017

La parole est aux expats ! Margaita, une basque à la Guadeloupe

Tout d’abord, merci de me donner la parole, je vais faire de mon mieux pour être à la hauteur de tes attentes! Je ne suis là que depuis 4 mois et demi, un peu court pour une étude de terrain approfondie. Je te livrerai donc des « premières impressions »...
En me présentant comme « une Basque à la Guadeloupe » tu mets précisément le doigt sur une question épineuse qui assaille quiconque met le pied sur ce territoire, celui de l’Identité. Une question complexe qui crispe les gens. Blancs, Noirs, Métisses, les 3 composantes de la société de Guadeloupe.

1. Réglons la question de suite : la Guadeloupe, encore l’ici ou déjà l’ailleurs ?
Peut-être en fait: France ou pas France, non?
Oui pour ce qui est des panneaux routiers, des enseignes, des panneaux publicitaires au bord des routes. Une impression de familiarité, de déjà-vu. Les mêmes produits dans les rayons. Les monuments aux morts, les drapeaux au fronton des mairies... Et bien sûr la langue.
Mis à part cela, le sentiment rapide d’une «France », certes, mais différente...
« Les Antillais ne savent pas s'ils sont des Français à part entière mais ils savent qu'ils sont des Français entièrement à part » Aimé Césaire, 1968.
Bien sûr, Césaire parlait plus là du statut des citoyens et des institutions françaises que de la condition de l’homme noir, mais ce « à part » se ressent fortement.
D'abord, un pays magnifique, un air de « Monde des tout premiers temps» qui souvent me remplit les yeux de larmes. Il m'arrive de me demander si ce que je vois est bien réel. La nature est époustouflante et donne une force intérieure, une sorte de souffle tellurique. Je t'assure, ça fait un peu prospectus New Age mais c'est vrai.
Et puis, à côté de cette merveille, des décharges à ciel ouvert, de la crasse, des carcasses de voitures, des routes défoncées, des chiens errants parfois en meute. Une incurie qui existe dans tous les pays pauvres. Un laissez-aller tout juste rafistolé par des pouvoirs locaux pléthoriques et inefficaces. Bref, une France du « Tiers-Monde » comme on disait avant, qui provoque une drôle de sentiment d'inégalité avec la Métropole où ces amoncellements de misère seraient inimaginables. Souvent je ne me sens pas « en France », je me considère presque comme une expatriée. Mais chut, ce n'est pas bien de le dire, je suis une « métro ». Pas dire « Blanc » non plus, même si les « Noirs » nous appellent comme ça. Penser mais pas dire...

2. Le soleil des Antilles, plus séduisant que le soleil basque ?
Le soleil ! Si beau, si brillant, si chaud et si brûlant parfois. Oh oui, il est plus intense que mon doux et beau soleil du Pays-Basque. Mon iruzki.
Le soleil, ici, on s'en protège, évidemment. D'abord bronzer c'est bon pour ces fous de Blancs qui veulent rendre les collègues envieux. Le bronzage c'est un peu le retour sur investissement du métropolitain en vacances. Et ça brûle.
Mais je dois t'avouer une passion coupable pour le sable blanc, la serviette et l'odeur de l'huile solaire chaude sur la peau...D’autant qu’ici les plages sont plantées de cocotiers, de raisiniers et d’autre arbres encore qui offrent une ombre merveilleuse pour lire après le bain… Une expatriée, je te dis !

3- La plage, le rhum, le zouk. Clichés ou réalité ?
Eh bien, des clichés réels.
La plage je t'en ai déjà parlé. Omniprésente. Tous les contours des îles de l'archipel. Sable blanc, sauf à portée du volcan où il est gris, moins avenant peut-être.
Le rhum, une merveille. Sans rien d'autre qu'un peu de sucre de canne et un quart de citron vert pressé. Le bonheur des sens, lorsque la nuit tombe, tôt, et que les grenouilles commencent à crier, fort. Je ne sais pas si elles coassent ici, ça fait plus stridulation aiguë. La bande sonore des Antilles.
Le zouk... comment dire... peut-être ne suis-je pas encore assez acclimatée. Disons que je fais comme les Antillais avec le soleil, je le fuis. Danse lascive, hyper cliché pour le coup, esthétique fluo années 80. Pas mon truc vraiment.

4. Qu’est-ce que tu gardes et qu’est-ce que tu jettes ?
Je prends tout. D'abord parce que je n'ai pas le choix (ce qui rend sage) et parce que ça romprait l'équilibre.
Enfin quand même... pour moi comme pour tous, j'éliminerais bien jusqu'au dernier cette punition de la nature qui accompagne ces contrées paradisiaques, ce vampire domestique qu'est le MOUSTIQUE, qui en plus semble adorer les peaux exotiques qui embarquent à Orly Sud... A nous trois nous avons déjà dû donner des litres de sang, une plaie.
Je jette aussi une conduite fantaisiste sur la route (¡Madre mía !je me demande si on enseigne ici le même code que là-bas, à voir...), des embouteillages permanents, des voitures sans feux stops, partout tout le temps.
Je jette la violence bien sûr. Réelle et en progression au dire des gens d’ici. Une violence de pays pauvre, des mômes qui tuent pour une bagnole. Flippants les récits de la presse à sensation, l'unique presse d'ailleurs. Je me tiens sur mes gardes, sans exagération.
Je jette les grosses chairs flasques et roses des touristes qui répugnent à s'habiller et à se chausser, au motif qu'on est sous les tropiques. Beurk.
Mais je jette aussi en face cette espèce de pudibonderie, corollaire je suppose des bondieuseries répandues par d'innombrables églises, temples et autres lieux de cultes qui pullulent et crient « Repentez-vous » à tous les carrefours, proprets dans leur chemise blanche amidonnée.
Je garde l'air, le ciel, la lune qui croît et décroît non pas verticalement mais horizontalement; ce qui fait qu'à la lune montante il y a un joli sourire dans la nuit noire comme du charbon.
Je garde les tempêtes phénoménales les éclairs sublimes et le tonnerre qui fait trembler les murs. Car j'aime que ma fille se glisse dans mon lit, la nuit, parce qu'elle a peur...
Je garde le poisson grillé et les beaux fruits comme s'ils étaient peints, même si je n'aime pas trop en manger.


5. La Guadeloupe, une porte vers l'expatriation ? 
Oui, par bien des aspects c'en est déjà une, comme je te le disais. Être ici c'est reconnaître des détails familiers sortis de leur contexte d'origine. Le décor est ressemblant mais la pièce est tout autre. C'est une France américaine, un peu déclassée, où la nature est superbe et la ville cassée.
Il faut changer certaines de ses habitudes et revoir ses attentes, comme on l’avait fait pour vivre en Inde, par exemple.
C'est un mélange de population qui donne parfois l'impression que l'on reconstitue des scènes historiques : chacun est à sa place, qu'il le veuille ou non, on lui assigne un rôle et on attend de lui qu'il s'y conforme sans chercher à en jouer un autre. Ici, on n'aime pas l'usurpation d'identité.
Tout ça est tour à tour surprenant, beau, laid, énervant, drôle, horripilant, amusant, émouvant....
Bref, c'est un précipité de vie que je suis heureuse de partager avec cette terre et ceux qui la peuplent.

mercredi 21 décembre 2016

La parole est aux expats ! Julien, California dreamin'...

1. Mais qu'est-ce qui t'a pris d'aller vivre à San Francisco ?
Y a pire, non ? Ma femme et moi voulions partir dans un pays anglophone. J'ai postulé un peu partout sans grand espoir. En fait, San Francisco voulait bien de nous. Ni une ni deux, nous avons foncé ! S’il y avait un endroit où je souhaitais aller aux Etats-Unis, c’était bien là. Ca cristallisait tous mes fantasmes. Ma femme rêvait de partir vivre aux Etats-Unis. Il faut dire aussi que j’étais très casanier et qu’il me fallait cette épreuve bourrée de challenges (comme ils disent). Et puis, à deux, c’est mieux… 
2. Un coup de cœur ? 
Des tonnes ! On a prévu de repartir ! En plus, on a ramené un petit Madison dont nous sommes très fiers et que nous aimerions voir parler anglais sans l’accent du Sud (ou du moins pas trop). Ma femme ne veut plus vivre ailleurs et ce, malgré les difficultés qu’impose la vie là-bas. La Californie est vraiment un très bel état dont je n’ai eu l’occasion de voir qu’une partie. San Francisco en est une facette. Sans parler des Etats-Unis dont je n’ai vu que des bribes. Le baseball que je suis avec beaucoup de ferveur. Les américains avec qui j’ai lié des contacts (qu’il me faut entretenir malgré la distance). 

3. Un coup de gueule ? 
Ben non. Je regarde en arrière et je me dis que le boulot d’un expatrié, c’est de s’adapter. Ce que nous avons fait du mieux que nous avons pu. En fait, j’ai un regard beaucoup moins acerbe sur les Etats-Unis que sur la France. Sans doute par ignorance de ce qui s’y passe réellement. Sans doute parce que vivre dans un pays où l’on n'est pas né te fait te comporter différemment. Il y a quand même quelque chose qui est bouleversant, dans le sens péjoratif du terme, c’est la pauvreté et la misère que l’on retrouve à SF. Le quartier du Tenderloin en est un exemple frappant. Des sans domicile fixe errent littéralement dans les rues, la came est un fléau, peu de soins sont mis à leur disposition (et encore, San Francisco est un modèle aux Etats-Unis). Dans ce même quartier, circulent les bus de Google, Facebook et de toutes les multinationales de la Silicon Valley. Je crois que c’est quand même un truc auquel personne ne s’habitue. Aussi, le système médical que nous avons vécu sous deux angles différents. Un séjour aux urgences des pauvres et un autre à la maternité des riches. Je ne rentre pas dans les détails parce que ces histoires m’appartiennent mais ça suffit à résumer le constat-coup de gueule… 
4. Prof aux USA, prof en France, même combat ? 
Nan ! Mon expérience aux Etats-Unis m’a apporté beaucoup d’expériences enrichissantes, dont le contact avec des profs d’autres origines. Mais travailler pour une école privée est une expérience stressante, bien qu’enrichissante. Le truc, c’est que tu as un chef qui n’a pas du tout les mêmes idées que toi sur l’éducation et qui pense à l’avenir de l’école pendant que toi, tu penses à l’avenir des élèves. Ca fait un peu mielleux comme ça et un peu excessif aussi. Les chefs ont quand même un intérêt pour leurs élèves. Mais cette liberté (relative) qu’ont les professeurs en France leur permet de s’exprimer, d’innover et de laisser mariner leur pratique pour qu’elle gagne en profondeur, en saveur, en efficacité. Quand le progrès et l’évolution sont deux maîtres mots, c’est tout simplement contre-productif, comme si on tirait sur une plante pour qu’elle pousse plus vite. La classe inversée à tout va et le blended learning comme seule motivation ne me conviennent pas et surtout sans parcimonie, pas d’intérêt. Je l’ai toujours dit, je n’étais pas prêt à perdre mes valeurs pour rester là-bas. Je ne les ai pas perdues, mais je ne me suis pas fait que des amis… 
5. A quelques mois de ton retour, encore dans le brouillard ? 
Nous nous sommes posés mais l’expérience a été trop courte et nous souhaitons repartir. Nous sommes dans une région jolie mais où il y a trop de parisiens. C'est très bien : c’est un moteur pour repartir ! En fait, on évite de trop parler de SF, c’est un sujet épineux. Du coup, c’est comme un lointain souvenir qui se noie dans le brouillard. « When you own the world, you're always home » pourrait être mon slogan maintenant. Je préfère être pauvre loin que riche en France (et en région parisienne n’en parlons même pas). Le retour me fait quand même réaliser que ce que j’ai vécu, les gens que j’ai côtoyés et le pays dans lequel j’ai passé trois ans, m’ont rendus bien plus fort, bien plus solide que je ne l’étais auparavant. Je n’aurai pas épargné les vieux poncifs mais c’est vraiment ce que je ressens. Comme la musique ! La tension réduit et tout va mieux mais d’un autre côté, sans tension pas de réduction, pas de musique (ou alors de la soupe). On est en phase de réduction, les accords s’enchaînent tranquillement mais on attend un peu que les dissonances de l’expatrié reviennent… C’est aussi un peu égoïste mais j’avais besoin de ces défis pour évoluer en tant que personne. 

6. Avec Trump au pouvoir, tu y serais allé quand même ? 
Alors c’est une excellente question. Je suis très intéressé par la politique mais je vois clairement que ce n’est pas elle qui donnera les solutions à nos problèmes. En fait, je suis en train de penser comme la plupart des français que je dois vivre ma vie malgré les politiques menées. Je reste curieux concernant les décisions prises par les gouvernements des pays dans lesquels je vis mais j’essaie de me faire une raison et d’avancer contre le courant. Après tout un climato-sceptique à la tête des instances environnementales, ça me paraît tout à fait logique quand on est climato-sceptique soi-même et qu’on souhaite faire de l’argent. Le peuple n’est pas idiot, on s’en est aperçu récemment (Brexit, Trump, primaire de la droite…) Voyons où cela nous mène et quelles conclusions en tirons-nous… Un ami américain est pourtant surpris qu’on souhaite retourner là bas. Nous repartirions demain si nous pouvions…

vendredi 18 novembre 2016

La parole est aux expats! Elise, de Bollywood à Hollywood

1. Entre l’Inde et les États-Unis, un grand saut ?
J’avais déjà eu la chance de venir plusieurs fois aux USA avant de partir en Inde. Je savais du coup à quoi m’attendre, contrairement à l’Inde où je n’avais aucune idée de ce qui allait m’arriver ! Les deux cultures n’ont rien à voir que ce soit dans le rapport à l’autre, la nourriture ou le rythme de vie. Je ne suis pas certaine que l’une ou l’autre me corresponde vraiment. Voyager offre aussi cette possibilité, de savoir où est son chez-soi.

2. Desperate housewife ?
Pas vraiment. J’ai l’habitude de travailler chez moi, de m’organiser et d’avoir un vrai emploi du temps comme quelqu'un qui a un travail plus conventionnel. Mon seul problème c’est de pouvoir en vivre ! Après, l’arrivée du bébé changera sûrement un peu la donne et il faudra que je sois encore plus organisée pour pouvoir continuer à travailler avec un nouveau né à la maison. On peut par contre savourer en France, la chance qu'on a d’avoir des aides pour pouvoir trouver des modes de garde qui ne coûtent pas le prix d’un salaire, ou l’école gratuite, contrairement aux États-Unis
Alexandria, sud de Washington
Washington

3. Un bébé américain, ça change quoi ?
Ça lui fera deux passeports et deux pays où payer des impôts. À part ça je ne suis pas sure que ça change plus notre vie qu’il soit franco-américain ou juste français. J’espère que ça sera une richesse pour lui, c’est pour ça qu’on a fait ce choix. Par contre vivre une première grossesse dans un pays qui n’est pas le sien, ça c’est un peu plus compliqué, mais évidement je n’ai pas de point de comparaison ! J’ai la chance de savoir plutôt bien comment les choses se déroulent en France mais ce n’est pas toujours fait de la même façon aux USA. Ça peut être une source de stress supplémentaire mais je reste zen, le plus possible ! 

4. Encore touriste ou déjà intégrée ?
Un peu les deux. C’est ça qui est plutôt bien quand on est expatrié. À la fois on a toujours de nouvelles choses à visiter, à découvrir, des nouvelles personnes à rencontrer, du coup on ne s’ennuie jamais. Mais d’un autre côté, se créer un quotidien, lier de vraies amitiés, avoir des habitudes c’est un peu plus compliqué.
L'hiver dans le Maryland
Pittsburgh
5. L’Amérique, c’est le rêve ?
Non, clairement pas ! Ce n’est pas du tout le cauchemar non plus mais ça n’a rien à voir avec l’idée préconçue qu’on peut en avoir. Le rêve américain, quelle bonne blague. Comme si ce pays, plus qu’un autre avait un eldorado à offrir. Quand on est étranger et qu’on vient aux USA, on se rend très vite compte de ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Comme ça doit être le cas en France pour les étrangers qui y viennent. Et le coût de la vie est vraiment très élevé, ce n’est pas toujours évident de suivre. Je crois que le plus compliqué à gérer aux Etats-Unis c’est le rapport à l’argent, avoir un appartement, un prêt bancaire, une voiture, une assurance maladie, tout est un peu un casse-tête et ce n’est pas du tout la même logique qu’on a en France. Mais encore une fois, je ne me rends absolument pas compte à quoi les expatriés qui arrivent en France doivent faire face.
Ce qui n’est pas toujours évident à gérer aussi c’est la distance, avec la famille, les amis, qui sont en France. Le décalage horaire ne facilite rien. Mais ça faisait partie des points négatifs qu’on a pris en compte lorsqu’on a décidé de partir. Ce qui n’aide pas non plus c’est qu’il n’est vraiment pas facile de lier des relations avec les américains. En presque un an, la plupart des amis que nous avons sont étrangers comme nous. Pas des français, parce que les français qui sont à l’étranger ne sont pas du tout agréables, enfin des expériences qu’on a eu. Mais les relations vraies et régulières qu’on a avec des américains se comptent sur les doigts d’une main. Alors que nous avons beaucoup de liens très forts avec des personnes du Brésil, de Belgique, d’Inde, d’Espagne et de Slovaquie.

6. Bye bye la France ou see you soon ?
Je crois que tout ce qui se dégage de ce que j’ai pu raconter précédemment, c’est que ma place n’est pas ici. Je ne regrette pas du tout qu’on ait fait le choix de partir mais c’est vraiment pour mieux revenir. La France n’est pas parfaite, surtout en ce moment. Le climat pré-élection et post attentats n’est pas la meilleure période de l’histoire moderne du pays mais c’est quand même chez nous.

Depuis qu'elle a répondu à nos questions, Elise a vu sa vie changer... Bienvenue au petit Léon ! 💙💙

PS : Vous pouvez retrouver Elise sur son super blog : 

mardi 1 novembre 2016

La parole est aux expats ! Sabrina : Paris – Mayotte – Paris

1. Pourquoi ce départ : marre de Paris ?

Tout d'abord, pas marre de Paris, au contraire. Paris est magique...Mayotte, c'est un projet qui était dans ma tête depuis 2009. Lorsque j'étais stagiaire à Verdun, dans la Meuse, une collègue m'avait parlé de son projet de partir là-bas. C'est resté dans un coin de ma tête. Ce sont plus des changements dans ma vie perso qui m'ont poussée à demander ma mutation, comme si ce changement radical me permettait de fermer une page de ma vie de manière définitive. C'était comme si j'avais besoin de me prouver quelque chose.


2. Mayotte, enfer ou paradis ?

On a souvent une vision manichéenne des choses : d'un côté l'enfer, de l'autre le paradis. Et bien Mayotte, c'est le paradis qui côtoie l'enfer sur chaque cm2 de l'île. C'est impressionnant. Je pense que les Mahorais ont la chance d'avoir le plus beau lagon de l'océan indien qui regorge d'espèces incroyables. Un spectacle dont on ne se lasse jamais. À la surface, des kwassas (bateaux de fortune) remplis de gens fuyant la misère des îles voisines, pensant que Mayotte sera la solution à tous leurs problèmes. Une intime proximité entre les villas et les bangas (cases en tôle), les déchets sur la voie publique et l'océan bleu turquoise, l'extrême violence et les rires des enfants...C’est déconcertant.


3. S’expatrier, c’est mélanger ses racines ? S’en fabriquer d’autres ?

À mon sens, s'expatrier c'est oublier ses racines… On pense qu'on a des bases solides, des principes, des valeurs, une façon de voir les choses sans changement de point de vue possible. Et bien en vivant dans une société très différente, tout est bouleversé. Pourquoi notre façon de penser ou vivre serait mieux que celle des autres ? Il n’y a pas une société mieux qu'une autre… Un exemple qui était très flagrant à Mayotte : la république aime rappeler son attachement à la laïcité. Dans de nombreuses histoires, le représentant religieux est invité à aider les garants de la loi afin de faire une prière pour "conjurer le sort". Les façons de voir les choses étaient tellement différentes que finalement les seules choses que tu peux partager sont universelles : un sourire, un service, un repas, du respect, de l'amour...

Se fabriquer d'autres racines, cela dépend de ce que tu as bien voulu créer avec les gens. Pour certains, l'expatriation c'est vivre entre expats. C’est dans ces moments que tu comprends que l'être humain a peur de la différence, est rempli de préjugés. Si les gens sont gentils, c'est intéressé. Surtout lorsque tu vis dans une société qui est en majorité pauvre. Tu apprends beaucoup sur toi, sur les autres. Quand les gens donnent ils veulent qu'on leur donne en retour l'équivalent voir plus. Sinon c’est que les gens sont des profiteurs. Et pourquoi ne pas accepter de prendre en charge quelqu'un en échange de quelque chose de symbolique ? C’est ça aussi le partage.
Je pense que j’ai créé des liens, j’ai laissé un peu de moi là-bas… Je pense que j'ai ouvert une porte qui ne se refermera jamais, que j'y retourne ou pas.




4. Pas trop dur, le retour ?
Dur le retour !!! On ne va pas se mentir !!! Je me sens forcément en décalage avec le conformisme d'ici. On est trop dans le "ça se fait pas". À Mayotte tu peux t'habiller n'importe comment, tout le monde s'en fout. Tu peux demander à un jeune dans la rue de t'aider à porter tes cabas, tu peux prendre quelqu'un en stop sans que ça vire à la paranoïa. Tu peux voir débarquer un élève sur ta terrasse avec un sachet de tomates qu'un adulte lui aura demandé de te monter. La base de la société mahoraise, c’est la confiance. Ils ont d'ailleurs un système de cotisation en groupe qui leur permet d'épargner, basé uniquement sur la parole. En fait même si tout n'est pas à prendre et si tu n'es pas mal intentionné (attention aux dérives) tu te sens plus libre tout simplement.


5. Sédentaire à jamais ou de nouveau sur le départ ?

Sédentaire à jamais, ça me semble compliqué. À peine mes valises posées, j'étais sur le point de demander un poste à Beyrouth ! Après je ne sais pas ce que me réserve l'avenir. Je me laisse porter par le cours de la vie. Pourquoi pas un de ces jours, encore à Mayotte ? En tout cas le monde est vaste, il est beau et toutes les rencontres que j'ai pu faire m'ont forcément rendue plus riche. Je suis contente d'avoir la chance d'avoir pu vivre cette expérience. À suivre...


Sabrina et ses élèves de 3ème qui, malgré les violentes luttes inter-villages, donnent ici un beau message de fraternité