vendredi 17 février 2012

Contes de la mine: la traduction!

Il faut toujours être fier de son travail. Pas orgueilleux, juste fier. Parce qu'aussi la concrétisation d'un projet de longue haleine mérite qu'on s'en félicite, et qu'on fasse partager sa joie de l'avoir mené à bien malgré tout.
Il y a quelques années, en mai 2009 exactement, je me souviens, je reçois un mail avec en pièce jointe un texte sur Guillermo Lora, un leader syndical des mines boliviennes qui venait de décéder. Sur ce mail, juste une phrase: "à diffuser s'il vous plaît". Signé: Victor Montoya. Je me dis, c'est incroyable, ce nom, je le connais. Oui, Victor Montoya, l'auteur des Cuentos de la mina que j'avais trouvés dans la rue Heroinas, à Cochabamba, alors que je cherchais des livres sur les mines pour mes recherches universitaires. Montoya, une découverte, et tout un monde avec lequel je me familiarisais, qui me devenait de plus en plus familier. Une oeuvre étonnante, nouvelle, différente, dérangeante et magique à la fois. A l'époque, en recevant ce mail, je me dis c'est impossible, ce n'est pas lui, je dois me tromper. Pourquoi s'adresse-t-il à moi? Je ne suis pas grand chose! Je réponds, en gros, en demandant, sur la pointe des pieds et avec des gants triples épaisseur, est-ce que c'est bien vous, le "vrai" Victor Montoya? Il me renvoie un long mail en me disant que oui, c'est bien lui, qu'il a vu mon blog sur la Bolivie, qu'il a compris que je m'intéressais aux mines et aux mineurs, que c'est pour ça qu'il m'a envoyé ce texte. Je bondis de ma chaise, ou j'en tombe, je ne sais plus. C'est juste hallucinant, une aubaine, un cadeau du destin! Je lui demande la persmission de traduire ce premier texte sur Guillermo Lora, il accepte.
C'est le début d'une grande collaboration et la naissance d'une amitié. Victor Montoya me confie ses Chroniques minières, l'une après l'autre, et je les traduis. Je découvre, je m'enrichie, m'imprègne de cette culture qu'il connaît si bien. Petit à petit, j'en apprends aussi un peu plus sur le personnage, son histoire, ses engagements, son exil en Suède, sa Bolivie. Les échanges par mail se font de plus en plus longs, il me soutient et m'aide pour mes recherches universitaires, nous sympathisons. C'est un bonheur de travailler avec Victor, toujours à l'écoute.
Et un jour vient LA proposition, celle de traduire les fameux Cuentos de la mina, ceux qui se trouvent dans ma biliothèque, ceux auxquels je projette de consacrer un chapitre de mon mémoire de Master, ceux que je connais déjà presque par coeur, que j'ai lu et relu. Quelle question! Evidemment, je dis un grand oui, sans conditions, oui comme ça, presque sans réfléchir. Cela prendra le temps que ça prendra, mais je m'engage, les yeux fermés, parce que je sais que j'ai tout à gagner. Contes de la mine... La mine, je m'y engouffre alors, je vis dedans, jour après jour, j'y avance, dans l'obscurité. La Virgen del Socavon, el Chiru Chiru, la Chinasupay et bien sûr le Tio, tous ses personnages m'accompagnent dans mon travail. Parfois, je ressens même la présence du Tio. Alors je m'applique. Je veux bien le traîter, qu'il soit satisfait de mes mots. La partie la plus difficile, la plus laborieuse, commence alors à la fin de la traduction, quand vient la relecture. Que dis-je, LES relectures, des dizaines, je ne peux même plus les compter. Et combien d'yeux se sont posés sur ces pages! Je parlerais presque d'une solidarité occulaire! On lit, on relit, on décortique, on analyse, on corrige, on remplace. Un vrai travail d'artisan. Parce qu'il ne faut surtout pas dénaturer le texte de Victor. C'est de l'orfèvrerie!
Enfin, c'est l'envoi à plusieurs éditeurs. On est très vite contactés. Mais la sentence tombe: il faut d'autres textes. Me voilà repartie pour quelques heures fiévreuses de traduction accélérée, ayant cette fois la pression du temps, puisqu'on attend maintenant mon travail. Ce sont les "Conversations avec le Tio", cette série de textes dans lesquels Victor Montoya parle littérature avec sa divinité favorite. C'est un régal pour les yeux, parfois un casse-tête, toujours un jeu, un nouveau défi à chaque jeu de mots, à chaque trait d'esprit. Jamais le travail ne pèse, je m'amuse.
Pourtant, je l'avoue, à la fin, il est temps que tout cela se termine, que le livre prenne son envol. Je sens qu'il a fait son temps, que la gestation est terminée. Le Tio, à force, je ne peux plus le voir en peinture. J'overdose. Attention, c'est une image... Je ne voudrais surtout pas me fâcher avec celui qui quelque part est aussi mon protecteur, qui, par-dessus mon épaule, a supervisé mon travail. Depuis, quand j'écris, je sens souvent sa présence dans mon dos, son regard de feu et son souffle derrière moi, cette ironie qu'il a parfois, cette faculté sournoise à me faire douter sur le contenu et le style de ce que je suis en train de produire. Qui a dit que les divinités ancestrales étaient des incultes?
Au terme de ce travail, donc, trois ans après cette belle rencontre avec mon ami Victor Montoya, je vous annonce avec fierté la parution de notre livre, Contes de la mine:

Merci à Victor pour sa confiance, son amitié, sa gentillesse et sa disponibilité.
Merci à Cécile, Bruno et Hugo de s'être abîmé les yeux sur mes textes.
Merci à Ariane qui m'a encouragée sur le chemin de la traduction.
Merci au Tio, divinité de la mine, gardien des minerais et patron des mineurs, qui s'est toujours montré bienveillant.

3 commentaires:

lagors a dit…

il est en librairie ou il faut encore attendre?

emi a dit…

ça y est, il est sur le site de l'Harmattan, en vente depuis peu!

Anonyme a dit…

Encore une fois, je suis très contente pour toi ! tu as bien transpiré et tu es en droit, en effet, d'être fière de ton travail.
Besitos
PCR