mardi 1 novembre 2011

La presse italienne en croisade contre les gouvernements sudaméricains

Humala abandonne le modèle Chavez : « Mon Pérou est libre. »
(La Stampa, 24/10/2011)
Traduit de l'italien par Emilie Beaudet

Très gentille, Nadine Heredia, la première dame du Pérou, accueille les journalistes dans les salles fastueuses de marbre marqueté du palais présidentiel. Assistée du premier ministre Salomon Lerner Ghitis, elle offre du « Pisco sur », l’immanquable cocktail national, et une promesse importante : son mari, Ollanta Humala, viendra en personne à l’assemblée annuelle de la Société Inter Américaine de Presse (SIP), pour expliquer que le gouvernement de Lima « préfère avoir à faire à une presse parfois excessivement critique et unilatérale, plutôt qu’à une presse adulatoire et asservie ». Le lendemain, effectivement, Humala s’assied face à la tribune des medias américains et assure : « La liberté d’expression n’est pas en antithèse avec la démocratie. Je n’ai aucun ressentiment envers ceux qui m’ont attaqué pendant la campagne présidentielle et je vous écouterai quand vous me critiquerez. A condition que vous soyez inspirés par l’amour de la vérité, et non par l’intérêt économique. »
Pour l’observateur occidental, ces paroles ne ressemblent pas exactement à celles du président américain Jefferson qui, à un Etat sans journaux, préférait des journaux sans l’Etat, mais en Amérique du Sud elles représentent la promesse d’une exception. Un respect rare pour la liberté d’expression, qui reste menacée même après la fin des dictatures militaires, et le signe d’une nouvelle prise de distance avec le président vénézuélien Chavez. A la lecture de leurs biographies, Ollanta et Hugo semblent des frères jumeaux séparés à la naissance.

Humala est le fils d’un avocat communiste, a été militaire jusqu’à parvenir au grade de colonel et a participé à la lutte contre le Sentier Lumineux, s’attirant l’accusation d’avoir torturé ses prisonniers. En 2000 il a été à la tête d’un coup d’état manqué contre Fujimori, ce qui est maintenant un mérite, parce que Fujimori est maintenant en prison et qu’il est considéré au Pérou comme un dictateur. En 2006, il est candidat à la présidence avec un programme chaviste, à tel point qu’il portait une chemise rouge et le bruit courait que c’était Hugo qui finançait sa campagne. Il a perdu, mais cinq ans plus tard il s’est représenté, en prenant de la distance avec Chavez, pourtant touché par un cancer qui selon les médecins ne lui laissait que deux ans de vie.

Il dit que son modèle est devenu l’ex président brésilien Lula, et qu’il n’a aucune intention de démanteler le système économique libéral péruvien, capable d’apporter au pays une croissance qui oscille entre 6 et 7%, grâce à l’extraction de cuivre, d’argent, d’or et de zinc. Son objectif consiste seulement à le réformer, pour élargir le pourcentage de population bénéficiaire de tant de richesse. En juillet dernier, sur la base de ce programme, il est devenu président. Sur le plan économique, Humala a jusqu’à maintenant tenu ses promesses : il a nommé des ministres favorables à l’économie de marché, même si cela est dû au fait qu’au Parlement il a besoin des voix du parti de l’ex président libéral Toledo. Il a seulement augmenté les impôts sur les entreprises minières, pour recueillir des fonds à réinvestir dans le développement. Des USA,  il a dit qu’ils étaient un « partenaire stratégique ».

Son attitude envers les médias est un autre aspect de la prise de distance avec Chavez. Claudio Paulillo, directeur du journal uruguayen « Busqueda » et président de la Commission pour la liberté d’expression de la SIP, dénonce le fait que « les médias en Amérique du Sud sont poursuivis comme au temps des dictatures militaires, mais que l’on n’en parle simplement plus. Il suffit de penser qu’au cours des six derniers mois ont été tués 21 journalistes. » Des homicides perpétrés par le narcotrafic, mais aussi par la politique. Les leaders les plus dangereux sont Chavez, Castro, l’équatorien Correa et il nicaraguayen Ortega, mais aussi l’argentine Kirchner qui est en train d’étouffer les journaux « Clarin » et « La Nacion » en interdisant la publicité. « Dans ce contexte, dit Paolillo, la promesse de Humala est importante et la bienvenue. A condition qu’elle soit réelle, et pas seulement une stratégie du moment. »
Article très orienté, à mettre en parallèle avec un reportage diffusé il y a peu sur France Ô, sur la présidente Argentine Kirchner, harcelée par les médias, dont Clarin, qui représentent en Argentine un important contre pouvoir face auquel il est difficile de lutter et qui rend quasiment impossible toute tentative de réforme sociale...
A mettre en parallèle aussi avec la lecture de quelques grands journaux boliviens qui passent leur temps à critiquer systématiquement toutes les actions du président Morales...
Indéniable cependant, les cas Chavez et Castro...
La presse italienne prend position mais généralise et caricature... ça vous étonne?

5 commentaires:

Jacqueline a dit…

Indéniable cependant, les cas Chavez et Castro...

???
Dévelopement....

emi a dit…

Je développe: Chavez et Castro, deux dirigeants pas tendres avec la presse et les journalistes.

Jacqueline a dit…

Quelles sont vos sources?
L'article de Thierry Deronne (qui vit, travaille au Venezuela, que je connais personnellement et apprécie beaucoup) donne d'intéressants éclairages sur "la déontologie journalistique"
http://www.legrandsoir.info/les-aventures-d-un-conseil-de-deontologie-journalistique.html
On pourra parler, aussi de Castro et de Cuba....

emi a dit…

Qu'en pensez-vous?
http://www.lostiempos.com/diario/actualidad/internacional/20111110/venezuela-editor-detenido-inicia-huelga-de-hambre_148859_308412.html
Moi ça me rappelle un peu l'incendie de Charlie Hebdo.

Jacqueline a dit…

Je ne connais pas ce journal "Los tiempos".
Moi je me demande pourquoi BHL était présent à la conférence de presse de Charlie Hebdo.... Etrange, non???