samedi 29 octobre 2011

La tombe d'à côté

Katarina Mazetti, Le mec de la tombe d'à côté, 2009.
Le titre résonne déjà en lui-même d'une originalité et d'un humour décapants. Il s'agit d'un roman en miroir, à deux voix, deux personnages totalement faits pour ne jamais se rencontrer, aux chemins parfaitements opposés. D'un côté, Benny, robuste agriculteur, célibataire, la trentaine, un peu plouc sur les bords, passant tout son temps dans sa ferme avec ses vingt quatre vaches laitières, ne sortant que rarement en ville, le parfait bouseux. De l'autre côté, Désirée, frêle et pâle citadine, bibliothécaire intello, adepte des plats surgelés et du théâtre contemporain, à l'appartement tout blanc, une vraie bobo. Chacun, très régulièrement, se rend au cimetière: Benny, sur la tombe de sa mère, Désirée sur celle de son mari. La présence de l'autre les agace, les dérange, et pourtant. Et pourtant un jour un sourire et les deux univers, et on parle vraiment d'univers bien distincts, se téléscopent. Commence alors une passion dans laquelle très vite l'incompréhension laisse place à l'insouciance. Chacun, individuellement, ne comprend rien à l'existence menée par l'autre ni à ses goûts, et aucun des deux ne cherche à se remettre en question et encore moins à faire ne serait-ce que l'ombre d'une concession. Et malgré les disputes, les différents et les attaques, ils reviennent toujours l'un vers l'autre. Les chapitres s'intercalent. Elle, son cynisme et sa ridicule fierté de femme indépendante; lui, sa rudesse et ses touchantes tentatives d'interprétation de sa belle. Peu à peu, les personnages de creusent, se mêlent, se complexifient et le roman sort de la comédie romantique par laquelle il avait semblé commencer pour s'interroger vraiment sur le choc des cultures, puisqu'il s'agit vraiment de cela. Cette histoire nous rappellera à tous une péripétie de ce genre dans notre vie, quand on sent que l'évidence est indéniable mais que tout nous oppose pourtant, et qu'aucun ne veut renier quoi que ce soit de ce qu'il est. On se rend alors compte qu'aucun compromis n'est possible, qu'aucune solution n'est envisageable et fatalement, on souffre. La fin du roman est à l'image de toute l'oeuvre, surprenante, originale, à méditer...

2 commentaires:

Laure Hetzel a dit…

C'est rigolo, un couple qui se rencontre dans un cimetière, dont les personnages se creusent et ne font aucune concession !
C'est la fête des défunts aujourd'hui tiens.

emi a dit…

Pas mal! En même temps, en faisant trop de concessions, ne creusons nous pas nous mêmes la tombe de l'amour?...