jeudi 22 janvier 2015

De la danse, de l'art et donc de la vie

La vie est une école, une très belle école. 
Quand un papillon, vient se poser sur ta tête, tu n'applaudis pas à tout rompre en criant à tort et à travers pour ameuter tous tes amis ? Et bien avec les belles choses de la vie, il faut faire pareil. 
Longtemps, j'ai cru que tout résidait dans la compétition, dans la souffrance infligée au quotidien pour avoir la meilleure place, pour réussir, pour séduire, se mesurer aux autres, y arriver, dompter son corps et son esprit, ses doigts de musicien et sa voix pour chanter ou simplement s'exprimer. Je pensais qu'il était nécessaire de s'affirmer, quitte à contredire, à affronter, à courbaturer et à morfler. 
Un jour, quand le corps dit stop, l'esprit aussi dit stop. Rejet en bloc.
Comme on dit dans les films, "quelques mois plus tard...".
Quelques mois ou quelques années plus tard, le naturel qui s'était barré au galop parce qu'on l'avait un peu malmené il faut dire, revient comme si de rien n'était, sous des formes étonnantes. 
Impensables, même. Vous savez, cette fameuse fontaine de laquelle on ne boira jamais l'eau ? En fait, elle est assez potable. Voire délicieuse.
Des exemples concrets ? 
La danse. Vous savez, le truc où on martyrise les articulations pour que ce soit joli ? J'exagère mais il y a de ça. Comme pour la fontaine, on dit "plus jamais". Et puis, l'amie d'une amie, une manière de bouger, de se tenir, quelque chose de commun, un ADN, une identité, des mouvements qu'on reconnaît et le corps qui se met à bouger tout seul, comme un accidenté qui réapprend à marcher. Des danseurs qu'on m'apporte sur un plateau sur mon lieu de travail, la danse qui me prend par la main et me dit "viens, allez, ne soyons plus fâchées". Des bras tout en douceur, des déplacements lents, l'immobilité, le silence et prendre le temps de la respiration. Le public est plus ou moins conquis et plus ou moins touché. Moi, je plane. Mon rythme cardiaque se cale sur celui de la danseuse et je me projette dans ses pas. Il n'y a aucune souffrance là-dedans, juste un autre regard apporté sur ma discipline, une autre manière de l'aborder qui me fait dire que le temps de la souffrance est terminé.
Je pourrais aligner d'autres exemples. Avec la musique. Les textes que j'écris et mes oreilles qui ne souffraient pas le son de certains instruments. Parce que ce n'était pas dans mon projet, dans mon moule, dans ma conception de la chose. Et puis, toujours quelques mois ou quelques années plus tard, sans prévenir, le carcan explose et, là non plus, aucun déchirement, zéro déflagration sur l'échelle de la douleur, la boule au ventre éclate, ça vole en plumes et on se dit LA phrase : "pourquoi pas?".
Pourquoi pas ? Une fois qu'on l'a prononcée la première fois, on ne peut plus s'arrêter et on la teste pour tout, on se la balance en riant, on se la savoure sous les papilles avant de la dire, on ne peut plus s'en passer. C'est à ce moment qu'il commence à se passer des choses vraiment incroyables. Des trucs qu'on n'aurait jamais imaginés avant, dont on aurait ri avec mépris. Moi ? Jamais de la vie ! A l'heure qu'il est, à y regarder de plus près, puisqu'on a enfin compris et qu'on n'est plus à ça près de belles révélations et de petits miracles, autant se dire qu'au fond, après toutes ces années à marcher pieds nus sur les pierres du chemin, on l'a bien mérité, ce tapis de pétales !
Vraiment, il y a des moments de grâce.
Tu sais, comme un papillon qui se pose sur ta tête ? 

3 commentaires:

Laure Hetzel a dit…

Changer de regard, de perspective. C'est essentiel. Le professeur Keating faisait monter ses élèves sur les tables pour prendre du recul, de la hauteur, voir le monde autrement...

Lydie Hilaire a dit…

Un très beau texte! merci pour cet envol. Merci pour la métamorphose...Tout est mouvement dans le monde!

emi chaskahuma a dit…

Merci d'être passée par ici avec autant de gentillesse ! Bisous Lydie :)