vendredi 24 décembre 2010

Une histoire d'avion

Tandis que les aéroports parisiens sont enfouis sous la neige et paralysés, deux avions, affrétés par le gouvernement français, ont cependant miraculeusement réussi à s'envoler en direction de Haïti pour que des futurs parents éplorés aillent enfin rechercher et ramener en France leurs enfants adoptifs tant désirés. Ne me demandez pas combien ce régime spécial va nous coûter, je n'en sais rien, mais je me doute que le chiffre est suffisamment important pour ne pas plaire à un certain nombre de gens qui ont vu leur propre vol annulé et non remboursé par les compagnies aériennes. Enfin, les familles vont être réunies. Mais de quelles familles parle-t-on? De celles que forment ces parents prêts à arracher à leur pays des orphelins déjà martyrisés par la perte de leurs parents? Celles dont rêvent ces hommes et ces femmes blanches en mal d'enfants et qui sont prêts à payer une somme phénoménale pour assouvir un besoin dont ils devraient plutôt faire part à leur psy avant de mettre leurs plans à exécution? Un enfant, ça ne s'achète pas, messieurs dames. Et l'amour non plus. Les racines, ça ne s'arrache pas, messieurs dames. Et on ne les replante pas où on veut comme dans un massif de violettes au coin de la maison. Encore une fois, je m'insurge contre l'adoption d'enfants à l'étranger. Je voudrais, un jour, ne plus devoir entendre d'horribles considérations, des préférences sur la couleur, l'origine, de la part de riches blancs faisant leur marché dans le tiers monde comme on achetait des esclaves, comme on choisit un chien. Je ne dis pas que la vie de ces petits haïtiens, là-bas, serait toute rose. Je sais la pauvreté, les décombres, la maladie, les décharges. J'ai marché sur des montagnes d'ordures, respiré des produits toxiques et connu des enfants souffrants de malnutrition. Mais je sais aussi que là, sur cet immense tas de merde, au milieu de nulle part, ils souriaient, parce qu'ils étaient chez eux. Vos larmes, messieurs dames, votre foutue pitié, ces enfants n'en ont pas besoin. Gardez là pour votre feuilleton larmoyant du dimanche après midi. Un jour, ces enfants grandiront et ils seront l'avenir de leur pays. Un jour, ceux que vous aurez cru replanter dans votre terre froide croîtront comme des plantes tordues, la tête tournée vers un ailleurs qui coule dans leurs veines. Et le sang, messieurs dames, lorsqu'il afflue pour jaillir à la vie, personne ne l'arrête.

14 commentaires:

z e n c h a dit…

- Haïti. Terre des hommes dénonce une procédure d’adoption illégale

- Adoption en Haïti. «Ce que la France a fait est scandaleux»

enrique a dit…

Bonjour! Je serais d'accord pour que ce monsieurs, dames aident ces enfants à grandir en Haiti.

z e n c h a dit…

Adoption en Haiti. Un conte de Noël.

Ce que Bernard Kouchner, le méchant-homme-sans-coeur n'a pas pu faire, c'est MAM, la mère Noël tombée du ciel qui le fait (dans un style quasi militaire): en deux rotations, amener en France, 318 enfants haïtiens dépourvus de passeport mais bénéficiant d'un laisser-passer consulaire exceptionnel. Quel beau cadeau de Noël avant l'heure!

Pour ceux qui seraient naïfs, Fillon et Sarkozy sont déjà en campagne électorale. Ne soyons pas dupe.

D'ici peu, on en fera un film...
Et les acteurs se bousculeront: JVM , EFA , LDH, ...

Anonyme a dit…

Pour le coup politique OK, c'est clair comme de l'eau de source... Je travaille bénévolement dans un petit organisme d'adoption de proximité et je dénonce, avec mes amis, la "politique du chiffre" gouvernemental, la politique de la concurrence. D'ailleurs nous sommes dans le collimateur et appelés à mourir lentement. Vos propos qui décrivent l'adoption comme un marché aux esclaves sont assez choquants... Quant aux enfants souriant sur des tas de merde... non, la réalité est bien autre.
Avez-vous des enfants???

emi a dit…

J'entends bien que certains de mes propos peuvent choquer et je sais qu'ils sont polémiques. Cependant il me semble que ma vie privée n'a rien à faire dans ce débat.

Anonyme a dit…

"Les blancs", "les blanches", tout ça dit avec un ton si haineux, ça fait peur !!! J'aime bien vos articles, même si souvent écrits sur un ton de donneuse de leçon, mais là, c'est navrant. Alors il faut qu'on reste chez soi, c'est comme ça qu'on est heureux ? les blancs chez les blancs ? et alors, les noirs chez les noirs donc ? On peut s'indigner des manipulations gouvernementales, mais pour le reste...

aldeaselva a dit…

Puisqu'il faut étaler sa vie privée, je profite de vous raconter que ma grand-mère ne partait jamais en vacances sans quérir des petits cadeaux qu'elle conservait précieusement jusqu'à Noël. Ces cadeaux, ma grand mère ne roulait pas sur l'or, étaient de peu. Le choix était guidé cependant par le strict respect des valeurs affectives que nécessite un présent effectué dans le respect d'autrui: un partage, librement, consciemment et réciproquement consenti.

aldeaselva a dit…

Quand on refuse de voir la réalité, qu'un blanc , c'est blanc, qu'un noir, c'est noir et qu'il est parfois plus dévastateur de vouloir apporter "sa" civilisation à un peuple, à une tribu, à une famille, à un individu que les fléaux de l'apocalypse, alors, oui, il vaut mieux rester chez soi.

z e n c h a dit…

[Le Monde] Point de vue. 318 enfants d'Haïti pour Noël !

...

UN ENFANT A BESOIN DE PARENT, PAS DE HÉROS

Cette colonisation moderne que véhiculent nos comportements politiques en matière d'adoption, n'est pas tolérable. Pas tolérable de la part d'un pays qui a mis les droits des enfants au cœur de ses préoccupations, pas tolérable au nom de l'adoption qui n'a pas pour vocation de sauver un enfant mais bien de construire une famille.

Les deux processus se distinguent : là où l'intervention humanitaire a une logique légitime d'intervention rapide, la construction filiative demande du temps. On ne devient pas le fils ou la fille d'un sauveur d'enfant. Un enfant a besoin de parent, pas de héros. La dette de l'enfant à ses parents est une dette de vie, jamais une dette de survie. La possession d'enfant ne doit pas prendre le pas sur la construction familiale car si tel était le cas, la haine viendra en lieu et place de l'amour. S'en suivra des faits divers dans lesquels des parents adoptifs abandonneront à nos services de l'aide sociale à l'enfance, leur enfant. Sujet tabou des tabous, trop loin du conte de Noël raconté d'une seule voix en ce 24 décembre.

Les débordements politiques médiatiques qui tiennent à valoriser la main tendue du gouvernement français, les images de parents-sauveurs, les commentaires qui exposent le geste généreux parental doivent être condamnés. Pendant que nous imaginons être des sauveteurs d'enfants, le monde nous regarde. Les plus graves conséquences seront subies par les enfants et leurs familles et les années à venir révéleront des échecs d'adoption fabriqués de toutes pièces. La double "livraison" des enfants d'Haïti va laisser de lourdes traces dans l'histoire de l'adoption internationale en France.

Pierre Lévy-Soussan, Psychiatre et psychanalyste, et Sophie Marinopoulos, psychanalyste

z e n c h a dit…

"J'étais là...": l'envers du décor des adoptions à Haïti
Une jeune journaliste raconte sur son blog les dessous de l'adoption fortement médiatisée de 113 enfants haïtiens en décembre 2010.

J'ai les boules-de Noël

ganesh46 a dit…

non mais vous vous prenez pour qui pour juger ainsi??
quand vous dites "Mais je sais aussi que là, sur cet immense tas de merde, au milieu de nulle part, ils souriaient, parce qu'ils étaient chez eux." : et vous croyez qu'une fois en France dans leur famille d'adoption ils ne sourient pas...visitez un peu les blogs des familles et voyez les photos.
arrêtez de cracher votre venin aux relents populistes!
c'est vraiment qu'un tas de M... votre article!
Anne maman adoptive aussi qui a déraciné sa fille ouhhhhh c'est mal!

mirtille a dit…

Comment pouvez-vous juger le désir profond et sincère( Je l'espère ) des parents en demandent d'adoption ????

Comme vous je pense que si un enfant peut rester vers ses parents alors là oui....mais autrement pourquoi pas la douceur, une possibilité d'avenir avec une maman,un papa d'une autre couleur, d'une autre culture...

Merci pour cette échange.

Mirtille maman de deux filles bio en attente d'un enfant depuis 2005 d'un autre continent.

enrique a dit…

Bonjour Emi! C'est étrange! Après le séisme au Japon, on n'entends pas parler d'adoption.

emi a dit…

Peut-être parce que le gouvernement japonais n'est pas vraiment pour les intrusions étrangères?...