dimanche 28 mars 2010

Le poids du costume

Je ne m'étais jamais vraiment posé la question du poids du costume dans la culture andine. Le costume, celui de la danse, celui que l'on porte lors du Carnaval ou d'autres fêtes, souvent à connotation religieuse. Que ce soit celui de la Morenada, le masque de la Diablada ou les mutliples jupons du Waka Tokoris, ces fameux costumes ont un poids, propre, figuré, certain. En cherchant justement des explications sur la danse du Waka Tokoris, j'ai appris qu'une célèbre danseuse de La Paz, à force de faire tournoyer ses 10 kilos de jupons, s'est "disloqué" la hanche. Mais ce n'est rien, laisse-t-elle entendre, à côté de la fierté de danser, que personne ne pourra jamais lui enlever. Porter le costume serait donc un sacerdoce? On sait déjà qu'un danseur de Morenada ne peut pas du jour au lendemain rendre son habit et changer de statut pour devenir un danseur de Diablada. J'emploie le mot statut, c'est presque de cela dont on parle. La danse, c'est du sérieux. C'est une vocation, un engagement social et spirituel, jusqu'à la mort, "hasta la muerte". Souvent, on fait partie d'une "fraternidad", d'un groupe de danse, par dévotion, par exemple à la Vierge de la Mine, lors du Carnaval de Oruro. A son tour, le danseur est alors respecté, voir même vénéré, pour sa fidélité, sa performance physique aussi.
Un masque de la Diablada - Entrada de Urkupiña, Cochabamba, août 2007
(Photo:emi)
Car tous les costumes ont un poids, on y revient. Entre 20 et 30 kilos pour les différents étages de l'habit des Morenos, 10 kilos de jupons à faire tourner pour les danseuses de Waka Tokoris. Il faut souffrir pour être beau, pour rendre grâce à la Vierge, pour perpétuer ses traditions. Des traditions qu'on est fier d'afficher et de montrer au monde entier en ce qu'elle sont l'expression d'une culture qui a su résister à l'envahisseur, en tourner les attitudes et les coutumes en ridicule pour mieux affirmer sa propre vision du monde. Waka Tokoris toujours: une satire de la corrida espagnole et une mise en scène des paysannes vendeuses de lait. L'absurdité d'un combat entre l'homme et l'animal face à une cohabitation et une relation d'aide réciproque. Nous parlions de danser "jusqu'à la mort"; cela me fait penser au Danzaq, au Pérou, le danseur de ciseaux, qui lors de ses transes artisitiques s'enfile des aiguilles dans la chair et finit parfois, comme dans le conte de l'écrivain péruvien José Maria Arguedas, par mourir en dansant, en dansant jusqu'à la dernière seconde. Vraiment le costume dans les Andes a un poids. On ne le porte pas pour rien, pas n'importe comment, pas à la légère. Pratiquement, on "prend l'habit".

2 commentaires:

enrique a dit…

Bonjour Emi! Tout ça nous fait rêver! La video est superbe!

patricio a dit…

hola
super cette video jaime bien la mise en scene avec le wayno final
chevere
patricio