vendredi 9 octobre 2009

Retour en enfance

E. Wustmann, Le berger des Andes, 1962.
Cela fait du bien, parfois, de retourner (et non pas retomber, parce que ce n'est pas une chute) en enfance pour lire les livres qu'on aurait aimé voir atterrir entre nos mains à l'époque, le genre de livres qui nous auraient fait rêver, décoller vers des mondes imaginaires qui nous auraient offert un droit à l'évasion depuis notre chambre d'enfant qui croyait que tout était encore possible.
Le berger des Andes contient tous les éléments propice à cette évasion vers l'exotisme justement. Un enfant, Nilo, vit au Pérou, près de Puno, non loin du lac Titicaca avec sa famille. Le lieu est déjà un enchantement. Les cimes mystérieuses, les ruines de grandes civilisations disparues, et la découverte dans le champ familial d'un trésor. Un ingénieur gringo passionné d'archéologie qui se prend d'amitié pour l'enfant et qui l'emmène parcourir les sommets à la recherche de métaux précieux. Un épisode palpitant où Nilo sauve la vie de son nouvel ami, ce qui les lie à jamais. Le début pour l'enfant du travail à la mine, suite à l'accident de travail de son père. Et Nilo qui grâce à son travail gravit les échelons, pour revenir en vainqueur, presque en héros, dans sa communauté. Une histoire passionnante à lire pour un enfant, l'expression même de la réalisation possible des rêves.
Evidemment, en tant qu'adulte il est difficile de faire abstraction de certaines choses. D'abord des stéréotypes bien marqués: les costumes traditionnels, le père à la mine, l'enfant à l'hacienda. En même temps, en écrivant ces lignes, je me dis que dans les années 50- 60 au Pérou, la situation pour une famille de la campagne devait ressembler à cette description. Ce qui est le plus difficile à admettre pour nous aujourd'hui, c'est cette amitié sans failles entre un pauvre indigène va nu pieds et un gringo ingénieur et riche. D'ailleurs, on voit bien dans l'histoire que leurs conceptions des trésors archéologiques qu'ils découvrent varie. L'un, Nilo, a peur d'offenser ses Dieux, l'autre, le blanc, rêve de les exposer dans un musée. Et pourtant on y croit, parce que l'histoire est jolie et les personnages attachants.
C'est sans doute une "déformation", une facheuse tendance à la critique pas toujours constructive, qui me fait lire entre les lignes quelques messages indirects, comme ici un discours qui ressemble assez à celui des Evangélistes en Bolivie:
"Les quichuas se sont, pourrait-on dire, volontairement amoindris, diminués. Ce n'est pas l'altitude qui les a décimés, mais l'abus de la coca. Le peuple entier s'est mis à en mâcher, et sa pensée, son intelligence se sont engourdies. Nilo, si jamais tu commences à mâcher de la coca, tu es perdu. Garde-t-en, comme d'un poison! Tu découvriras alors le chemin qui mène vers une vie meilleure. Dieu a créé des hommes et non des esclaves. (...)"
Tous des drogués! S'ils sont pauvres, c'est de leur faute! Dieu est leur seul salut!
Mais trêve de mauvaise foi!
Merci beaucoup, énormément, Michèle, d'avoir pensé à moi en m'envoyant ce petit bijou de fraîcheur qui m'a replongée dans mes tendres années, à l'époque où je croyais que tout était encore possible. Grâce à cette brève lecture, figure-toi, j'y crois encore.

1 commentaire:

Michèle a dit…

Tu me fais un immense plaisir, là !