lundi 5 janvier 2009

Aguirre, le film à boulettes

Outre le fait que ce film ne soit pas regardable –attention, c’est un avis personnel- de par sa lenteur et son manque cruel de dynamisme, je n’ai pas pu terminer Aguirre ou la colère de Dieu, m’arrêtant sur une scène caricaturale à souhait.
Je reprends l’histoire. Nous sommes en 1560, et Lope de Aguirre est à la recherche de l’Eldorado, perdu avec son expédition dans la forêt amazonienne. Déjà, premier écueil –d’accord, le film date des années 70-, les indiens à bonnet rouge qui jouent du flûtiau pour le conquistador, c’est ridicule, une vision sacrément dépassée digne des Cités d’Or. Autres boulettes : un indien qui se dit prince dans son pays –heu, mis à part s’il est de la famille de l’Inca, je ne vois pas comment…- et en plus qui parvient à communiquer dans la même langue que les Indiens d’Amazonie alors qu’il est vraisemblablement des Hauts Plateaux. Et oui, dans les années 70, on pensait que tous les sauvages se comprenaient entre eux ! Plein d’incohérences donc. Et arrive la fameuse scène qui m’a fait éteindre la tele.
Deux indiens arrivent en pirogue vers le radeau des Espagnols. Et là ils commencent à expliquer que selon un vieux présage on disait que des hommes blancs allaient venir de la mer et qu’il faudrait les considérer comme des Dieux. Magnifique raccourci ! Le réalisateur a sans doute voulu montrer qu’il connaissait quelques bribes de l’Histoire des Incas et autres Aztèques et a étalé un peu de sa science qu’il a fait sortir de la bouche d’un amazonien –ben oui, pas le choix, on était dans la forêt-. Ce n’est pas fini. A ce moment un moine tend une Bible aux dits sauvages en leur disant que c’est la parole de Dieu, l’indien met son livre à l’oreille, et le jette. Les Espagnols le tuent. Très rapide, et incompréhensible pour des gens qui ne connaissent pas cet épisode de l’Histoire de l’Empire Inca. En fait dans la réalité, les Espagnols ont bien tendu une Bible à un indien. Mais ce n’était pas en Amazonie, et ce n’était pas n’importe quel indien. Ca se passait en fait à Cajamarca et il s’agissait de l’Empereur Atahuallpa. On lui tendit en effet une Bible, et on lui dit que ce livre, c’était la parole du Dieu des Espagnols. Problème, les Incas n’avaient pas de système d’écriture. Comment traduire ? Bref, Atahuallpa comprit qu’il fallait approcher le livre de son oreille pour entendre la parole de ce nouveau Dieu. N’entendant rien, il crut –et ce n’était pas si déplacé de le penser- que les Espagnols se fichaient de lui et jeta le livre à terre. Incompréhension entre les deux peuples, sacrilège pour les Conquistadors, cet acte sonnait la fin de l’Empereur et de son peuple. C’est donc cette scène que tente de reproduire le réalisateur du film. Mais la noblesse d’Atahuallpa est réduite à l’ignorance, voir à la bêtise d’un pauvre indien d’Amazonie. Ca en dit long sur la façon dont on voyait les peuples « premiers » dans les années 70.Bref, tout ça pour dire que ce film est très mauvais…
(J'avais posté il y a un bout de temps ce texte avec une video illustrant le sujet mais You Tube a encore fait des siennes...)

4 commentaires:

metreya a dit…

Qu'est-ce que tu as contre les Cités d'Or O_o

Michèle a dit…

Salut Emi, tu as le droit de ne pas aimer !
Par contre je ne suis pas sûre que les spectateurs se soient arrêté sur les précisions historiques.

C'est une fiction avant tout.
Et moi je trouve que Kinski a de la gueule et la musique de Popol Vuh colle parfaitement à ce film ! ce n'est que mon point de vue...


http://fr.wikipedia.org/wiki/Popol_Vuh


http://www.cndp.fr/tice/teledoc/dossiers/dossier_aguirre.htm

emi a dit…

Et non Michèle, ce n'est pas parce qu'on est en 2009 que je vais changer!!

aldeaselva a dit…

Il est vrai que ce film s'est inscrit dans un contexte post cinématographique basé sur le modèle du héros indestructible et surtout stable psychiquement. Il fait partie d'une vague où me semble-t-il l'influence du cinéma d'art et d'essai a été utilisée pour tenter la démocratisation ( commercialisation devrais-je dire?) de ce genre de cinéma sans que l'expérience ne soit là vraiment convaincante. Il est vrai que si Klaus Kinski sauve le film par ses accès schizophréniques, moi il me fait bien rire tellement tout est énorme. Mais il reste une référence plutôt affective de cette époque durant laquelle la vision de l'amérique Latine était particulièrement déformée. Un summum du genre a été atteint peu de temps après dans le même genre avec le Désert des Tartares dans lequel Depardieu et Deneuve n'ont su laissé qu'un testament ridicule, voir pitoyable. Et là, pour ce qui est de la lenteur de l'action, je ne pense pas qu'on ait fait mieux depuis!(à l'époque, j'ai quitté la salle avant la fin) Là où tu as certainement raison, je pense, c'est que ce film ne laissera pas la même sensation poétique comme, par exemple, certains films d'avant guerre remplis de non-sens sur les plans scientifiques, historiques ou sociologiques mais qui ont ce je-ne-sais-quoi qui différencie les oeuvres d'art du reste.