jeudi 3 juillet 2008

Ingrid libre

Vous vous en doutez bien, je vais mettre encore les pieds dans le plat...
Bon, disons d'abord, avant toute chose, que le fait que Ingrid soit libre est une chose magnifique, et qu'elle retrouve ses enfants qui lui ont permis de tenir jusque là. C'est évident, cette femme a fait preuve d'un courage hors du commun et nous montre à quel point l'instinct de survie et le lien maternel peuvent narguer la solitude et la mort. On peut se réjouir aussi que Ingrid soit en bien meilleure santé que ce que l'on nous faisait croire -pour une raison ou pour une autre d'ailleurs, peu importe, elle va bien et c'est l'essentiel.
Ceci étant dit, le fait que tout le monde se félicite de cette libération me donne mal au coeur. Sarkozy en grand sauveur, Uribe en messie, dont on dit que la théorie de la manière forte a réussi là où les négociations de Chavez avait échoué. Rappelons que Uribe était candidat à l'élection présidentielle de 2002, année où Ingrid se présentait aussi, et que comme par hasard, une fois la leader du parti Oxigeno mise hors d'état d'être élue, est parvenu au pouvoir. Uribe qui avait très bien pu orchestrer l'enlèvement d'Ingrid avec les FARC et qui aujourd'hui passe pour son sauveur. Et un spécialiste des FARC (au nom de famille nord américain, ce n'est pas un détail) de nous faire part de son incompréhension face à la diplomatie française qui doutait de la méthode Uribe. Mais peut on faire confiance à un homme qui entretient la violence dans son pays en y déployant des paramilitaires sanguinaires, appuyé par les Etats-Unis? Ce même spécialiste affirme même que le discours des FARC sur la défense des droits des paysans est une supercherie et que cette guerrilla a été créée de toutes pièces par l'URSS dans les années 50 pour entraver la démocratie en Colombie.
Il me semble, à l'image de ces discours démagogues et mensongers, que dans les prochaines semaines nous devons nous préparer à entendre les pires inepties sur le sujet. Le manicchéisme sera de mise, puisque Uribe est maintenant dans le camp des bons et les FARC définitivement dans le camp des méchants. Libre aux gens de le croire. Quant à moi je reste très septique sur cette analyse simpliste des choses, aucun acteur n'étant totalement libre de critique et de soupçons.
Alors certes Ingrid est libre et je le répète c'est magnifique. Mais restons vigilants sur les discours qui nous sont tenus. N'avalons pas toutes les couleuvres qu'on nous offre sur un plateau. Ayons toujours l'esprit critique car l'histoire nous montre souvent a posteriori -et il me semble qu'il en va de même pour la Colombie- que les choses étaient bien plus complexes que ce que l'on nous a fait croire à l'époque des faits. Attendons donc pour juger des culpabilités.

6 commentaires:

aldeaselva a dit…

Ou l'art de peindre une icône avant que le miracle ne soit!

metreya a dit…

"septique"… sceptique ? ou anti-septique !!
c'est vrai que c'est très marrant les brassées de fleurs que l'on envoie à présent à Uribe, Ingrid en première ligne d'ailleurs. Mais on pourra aussi remarquer que l'opération de sauvetage (sans doute mise sur pied avec la CIA) était superbe (et je m'y connais :-) )

Anonyme a dit…

Emi, as-tu vu cette vidéo ?

http://tf1.lci.fr/infos/monde/ameriques/0,,3900130,00-ingrid-betancourt-discours-arrivee-.html

C'est carrément une déclaration d'amour !

Si moi, j'avais été emprisonnée pendant tant d'années je me retirerai avec mes enfants au lieu de participer à tout ce battage médiatique, mais je ne suis pas IB...

Je n'ai rien d'autre à ajouter, la suite de l'histoire parlera d'elle-même.


Michèle

emi a dit…

Difficile de se mettre à la place des autres Michèle... et puis en effet nous ne sommes pas Ingrid: c'est une femme de combat(s), ses convictions sont plus fortes que tout.

Esteban a dit…

Coucou emi,

Je me lâche ?

Non, je n'en ferais rien, on est trop bien ici. Et dès que l'on rentre c'est comme si l'on rentrait dans un temple, écouter et lire... ;)

Amicalement emi.

emi a dit…

Tu as tout à fait le droit de te lâcher Esteban, ceci est un espace libre et sans censure (nous ne sommes pas en Colombie, non mais!)