jeudi 28 février 2008

Pourquoi Ingrid est toujours dans la jungle

Alors aujourd'hui je me lance dans une petite explication: chercher à expliquer pourquoi Ingrid Bétancourt n'est toujours pas libérée et pourquoi elle a peu de chance de l'être. Faisons un petit retour en arrière: Ingrid, il y a 6 ans, a été kidnapée par les FARC -les forces armées révolutionnaires de Colombie, un groupe de guerrilla d'orientation marxiste- alors qu'elle était candidate à la Présidence de la République et que son programme était résolument tourné vers la paix et la lutte contre le trafic de drogue. Mais les choses telles qu'elles sont présentées aujourd'hui dans tous les journaux télévisés ne sont pas si simples, et réduire le conflit aux bons d'un côté -le gouvernement, la Démocratie en générale- et aux méchants de l'autre -ici les FARC- est très réducteur.
Cette lutte armée dure en fait depuis la fin des années 40-début des années 50 et s'est rapidement transformée en guerre civile mettant en opposition les FARC -créées en 1964- et les différents gouvernements en place. En 1960 sont créées les milices paramilitaires, entrainées et financées par les Etats-Unis pour lutter de manière forte contre l'agitation communiste. Rappelons au passage que les Etats-Unis ont installé en Amérique Latine ce genre de groupes militarisés partout où le communisme pointait le bout de son nez (en particulier dans les décennies 60-70-80 et l'époque de la "chasse aux sorcières". Ces années correspondent d'ailleurs avec les dictatures les plus sévères en Amérique Latine, il faut faire le parallèle... Bref. Dans les deux camps, FARC et paramilitaires, les méthodes sont plus ou moins les mêmes: enlèvements, séquestrations, pressions de tout type. Il faut cependant signaler qu'au petit jeu du rapt les paramilitaires ont un palmarès beaucoup plus impressionnant que la guérilla et qu'à ceci s'ajoute des méthodes plus radicales: torture, exécutions sommaires de civils dans les villages... Le point névralgique de cette lutte féroce est aujourd'hui le trafic de drogue qui apporte des revenus aux deux camps et donc les rapproche en quelque sorte.
Revenons maintenant à Ingrid Bétancourt. Il y a plusieurs raisons qui font qu'elle se trouve toujours dans la jungle et que sa libération tarde autant. D'abord, elle est le porte parole de la lutte anti drogue et personne n'a intérêt à ce qu'elle sorte, ni les FARC, ni le gouvernement colombien de Uribe -qui contrairement à ce qu'on croit ne prend aucune décision, étant lui-même commandé directement par les Etats-Unis, ce pays étant le plus impliqué dans le trafic de drogue. Mais après 6 ans, pourrait-on dire, il y a peu de chance pour qu'en sortant Ingrid se relance dans le combat politique. Certes, mais elle en est tout de même le symbole, et son maintien en détention représente d'ailleurs bien l'immobilisme à grande échelle qui garde le pays plongé dans un état de guerre permanent, et ceci dû aux conflits d'intérêts des différents camps. Les autres otages sont aussi des politiques, députés et autres militants pour la paix mais ne portent pas autant le poids du symbole comme Ingrid (car au fil des années il s'agit bien d'un poids, et la médiatisation grandissante ne fait qu'accentuer son aura) .
Certains se demandent: pourquoi Hugo Chavez plus que les autres peut faire libérer les otages? Déjà parce que le président vénézuélien est proche des différents mouvements de libération en Amérique Latine et qu'il a donc une communication directe avec les FARC. Deuxièment parce que Nicolas Sarkozy a beau tenter de se faire une place au soleil dans le règlement de ce conflit, il est totalement en dehors des intérêts mis en jeu et est aussi très proche des Etats-Unis, ce qui vous l'aurez compris ne plait pas vraiment aux FARC. Finalement parce que je l'ai dit plus haut, Uribe et à travers lui les Etats-Unis n'ont aucune envie de faire libérer Ingrid.
Voilà, j'ai tenté de remettre les choses à leur place et de nommer les différents acteurs, chose que les médias ne font plus puisque pour la plupart ils rejettent aujourd'hui toute la responsabilité de 50 ans de guerre civile sur les FARC. Vous aurez compris que je suis assez pessimiste en ce qui concerne une éventuelle libération d'Ingrid Bétancourt, même si cela ne veut pas dire que je ne l'espère pas malgré tout.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Je ne sais pas si tu est parisien ou pas, apparemment pas ! Pour ce qui de la grêve, les parisiens et franciliens savent de quoi ils parlent puisque l'ampleur et l'impact des grêves en région, parisienne est colossal. Cela peut faire par exemple que tu perdes une journée de salaire car tu n'as pas pu te rendre à ton boulot. Alors oui le droit de grêve existe. Mais la reconnaissance de la grêve serait d'autant plus grande si elle n'empêchait pas les gens de vivre normalement et surtout de subir les effets néfastes de la grêve alors qu'ils n'y sont pour rien. Dernière chose, tu parles de caractère mal luné, et de l'incohérence de payer une fortune pour venir. Si ces con mal lunés ne venaient pas il n'y aurait tout simplement pas de boulot et donc pas de grêve !!!
A bon entendeur...
Cordialement.
Dominique à Boulogne (92) skieur parisien !!

emi a dit…

Je vois que mon ironie a encore fait des ravages! Vous êtes tombé dans le panneau comme le skieur sur le sapin!

martine a dit…

ahhh Emi ! je crois que tu as touché le parisien mal luné… le seul et l'unique ! Monsieur, certes les montagnards ont besoin des touristes, mais les préfèrent de bonne humeur.
A bon entendeur…
Cordialement
Une professionnelle de tourisme en montagne

aldeaselva a dit…

Le mot "con" utilisé pour qualifier les touristes qui estiment que le personnel prestataire de services de loisirs est corvéable à merci parcequ'il est payé pour cela est particulièrement judicieusement choisi.