jeudi 27 février 2014

Parfois on tombe


Solène Bakowski, Parfois on tombe, 2014.
Que dire de ce livre en restant objective ? Que c'est bien écrit, très bien même. Que l'histoire accroche, qu'elle nous emporte et qu'on y croit. Que ses personnages sont attachants. Que la protagoniste nous entraîne à sa suite dans son voyage à travers la Chine. Est-ce que je sors de l'objectivité ? Je peux ? Bon, d'accord. J'y vais. 
Alors, ce roman est une bombe. Un bijou. Chaque mot est à sa place, chaque chose arrive au moment où elle doit arriver, naturellement. Aucune phrase, aucune idée n'est en trop, rien n'est superflu. La juste mesure, comme une fresque à l'italienne. La lumière et l'ombre, le suspense et le récit. L'auteur choisit dès le début de nous en dire peu mais suffisamment pour qu'on lise le tout de bout en bout, d'une traite, pour connaître la suite. 
Sarah est une institutrice trentenaire et on la rencontre à un moment crucial : son mari, sa fille, elle vient de les perdre. Elle est enveloppée dans un nuage gris, un flou existentiel dans lequel la douleur brouille ses perceptions du monde et de la vie. Au fil des pages, par bribes, on commence à deviner son histoire. Malgré tout, Sarah décide de faire "comme si", de retourner au travail. Le moment béni de ma lecture ? L'instant où, devant 25 élèves médusés, elle prend ses affaires et sa liberté à bras le corps et s'enfuit de sa classe. Un fantasme, sans doute... Alors, ce sont ses retrouvailles avec la Chine. Récit initiatique, guérison, récit de voyage, c'est comme vous voudrez. Certains pourraient dire que c'est un peu convenu, un peu prévu, un peu couru d'avance. Je proteste ! C'est grandiose ! Solène Bakowski maîtrise son sujet, aime profondément les terres et les gens qu'elle nous décrit, cela change tout. Et ses personnages sont tellement nous, tellement touchants que, forcément, on s'y identifie. Une enseignante qui claque la porte et qui part au bout du monde. Une maman qui passe à côté de sa vie et qui pète les plombs. Ce roman me parle, évidemment, bien sûr. Parce que, comme le dit Solène, parfois, on tombe. Mais, parfois, aussi, la littérature, l'écriture nous soignent et nous libèrent du poids trop lourd que nous nous obligeons à porter sur les épaules, de ces masques derrière lesquels nous planquons notre vraie personnalité, et nos rêves pour faire comme tout le monde. Non, vraiment, il n'est jamais trop tard. 
" La graine doit accepter de tomber et de s'enfoncer si elle veut un jour espérer donner naissance à un arbre."
Merci Solène, message reçu !

1 commentaire:

Solene Bakowski a dit…

Merci beaucoup pour cette très belle recension de "Parfois on tombe". Vous n'imaginez pas le bonheur que j'ai ressenti à la lecture de votre billet. Merci encore, du fond du coeur.
Amitiés,
Solène