samedi 26 novembre 2011

Paris, Paris...

"Je marche dans tes rues, qui me marchent sur les pieds..."
Paris. Il y a dix ans, c'était pour moi l'expression de l'horreur absolue. Trop de monde et de pollution, la conviction que la beauté pouvait aussi être ailleurs que dans cette capitale prétentieuse. Ensuite, je m'en suis rapprochée, pour finalement venir y vivre. Alors ce fut le métro-boulot-dodo. Cinés? Expos? Concerts? Tu n'en profites pas? Pas le temps, pas les moyens, pas l'énergie de me replonger dans la pieuvre après une journée de travail. Parce qu'il faut le dire, une journée à Paris compte double. Rendez-vous en enfer sans passer par la case départ, sans toucher 10 000 non plus, d'où la frustration. Quand même, il faut le dire, la belle a de quoi séduire. Mais elle est duale, pauvre et sale d'un côté, riche et élégante de l'autre. Entre les deux, des frontières oscillantes, des pays rabougris comme des têtes réduites, des mélanges ethniques superposés, tourbillon étouffant, cassures épuisantes, grands écarts, sans cesse. Puis j'en suis partie. Ouf de soulagement. Quelques kilomètres ont suffit à m'arracher des griffes de la possessive. Va te faire voir Paris! Plus jamais, c'est ce qu'on dit, c'est ce que disent tous ceux qui sont partis. Elle nous a ruinés, usés, remplis d'illusions puis trompés, bousculés, jetés. Tromperie sur la marchandise. Remboursés! Le temps passe. J'y suis revenue. En touriste, incognito. Parce que moi je ne suis pas exactement comme les japonais au Nikon king size en bandoulière, ces affolés des tours Eiffel en porte clés. Je ne suis pas de ceux-là, moi, je te connais ma belle. Tu ne me la fais plus. Je les connais, tes clochards sous le pont des Arts, tes merdes de chiens place des Vosges, tes détritus planqués dans les coins où ne vont pas les visiteurs d'un jour. Tu as beau planquer les moutons sous le tapis, moi je les connais, tes airs de princesse maquillée qui cache ses mains sales derrière son dos. Arnaqueuse, va. Mais je l'avoue tu m'envoûtes c'est évident. Et maintenant que je ne te rends visite que pour mon plaisir, je choisis mes coins, je joue ton jeu et évite les désagréments fâcheux. Je marche à pas lents, trace mon sillon sur l'Ile de la Cité, me perds dans le marché aux fleurs, pose mes valises (celles de la vie) à Saint Louis en l'Ile pour repartir avec d'autres (celles du voyage), faute de pouvoir effacer celles qui se creusent sous mes yeux... Allez, chaque fois que je reviens à toi je me dis que t'as de beaux restes. Tu as beau être parfois ridiculeusement précieuse (qui achètera tes glaces de chez Berthillon au mois de novembre?), tu me plais. Mais restons amies simplement. Toi comme moi savons bien que la vie commune n'est pas faite pour nous. C'est ce qu'on dit quand on ne veut pas gâcher une histoire d'amour.




(photos: emi)

3 commentaires:

enjoy a dit…

J'en suis encore à ma période amants se détestant... Je te comprends, je me comprends et je me comprendrais comme tu t'es compris. PArIs, la belle vache!
La bise, Ju.

Anonyme a dit…

L'ile Saint Louis, quel endroit plein de charme... je me souviens m'y être promenée un jour de février (j'avais prévu de suivre une visite guidée que j'ai raté à cause des embouteillages), et j'ai eu la chance d'assister à une répétition d'orgue dans l'église Saint Louis, quel moment merveilleux ! J'ai la chance de venir à Paris en touriste, je garde un regard complètement émerveillé, je pousse des "oh !" des "ah !" comme une gamine ! A l'occasion, va voir le musée Delacroix dans le 6ème, rien que pour la place Furstenberg, ça vaut le détour.¨PCR

PS. j'ai bcp aimé ta façon d'écrire cet article

emi a dit…

Merci!