dimanche 24 janvier 2010

Haïti, la suite...

Résumé de l'épisode précédent....
Emi: "Tiens, je vais organiser une collecte pour Haïti au travail. Je vais encore sans doute m'en prendre plein la figure...
Bruno: Oui... Allez, tu y crois encore! Vas y, on ne sait jamais!"
Merci pour ces encouragements... On savait bien tous les deux, sous entendu, que je risquais une fois de plus d'être déçue. Mais ce que nous savions aussi, c'est que je ne me laisse pas aller comme ça, et que même si je n'ai pas la prétention de changer le monde, j'essaie de faire que le mien me ressemble. Alors je l'ai fait.
Lundi, il y a une semaine. Petit mot dans les casiers de tous les collègues, qui disait à peu près cela: "Vous avez sûrement entendu parler du tremblement de terre à Haïti. Beaucoup d'associations appellent aux dons. Pour ma part je donne à cette association là (pas de pub, après j'explique!), si vous voulez, on peut faire un don commun, vous pouvez déposer des sous dans mon casier."
Pas d'ordre dans ce mot, pas de pub (je citais une association, mais cela aurait très bien pu en être une autre (enfin pas n'importe laquelle non plus, j'en reparle!), aucune prétention ou leçon à donner, juste une suggestion.
Une semaine... Rien, ou presque. J'exagère à peine. Nous sommes 60 profs à peu près, sur 60 personnes potentiellement adultes et humaines, 3 réponses.
"J'ai vu ton mot, je donne à la Croix Rouge! - Super!"
"Oui, j'ai vu ton papier: j'ai déjà donné. - Ok, très bien!"
Et une réflexion marmonnée du genre:
"Je ne comprendrai jamais comment on peut donner autant de fric à des associations (sous entendu, qui s'en mettent plein les poches)".
Pas de réaction de ma part. Il y a quelques années, Saint Bernard, don Quichotte en puissance, j'aurais foncé dans le tas. Le temps a passé, je me suis calmée, j'ai grandi. C'est mieux pour ma santé.
Je préfère donc aujourd'hui écrire plutôt que de crier. Quelques réflexions. Premièrement, je vois que peu de professeurs, soit se sont sentis concernés, soit on été assez adultes et ouverts pour m'en parler, de ce petit mot, d'entamer une conversation. Rien. Le silence. Coupable peut-être, indifférent je le redoute, moqueur voir même.
J'imagine (parano?) des "pour qui elle se prend, elle veut sauver le monde?", des "n'importe quoi, elle fait de la pub!", ou des "mais elle nous donne des ordres! On est peut-être capable de décider tous seuls", peut-être même des "moi je m'en fous complètement, qu'ils se débrouillent", ou encore des "il y a tellement de gens qui donnent, moi ou un autre...", des "je n'ai pas les moyens" et pourquoi pas des "elle va garder l'argent pour se payer des vacances!"...
Alors, le coup des fins de mois difficiles, avec un salaire de 1500 à 2000 euros minimum, on ne me le fait pas. C'est juste écoeurant. Cependant je comprends que certains ne donnent plus, déçus pas les agissements malhonnêtes de certaines organisations, ou déçus justement par le peu de réaction des gens lorsqu'on les sollicite. Je me permets de citer le cas d'une amie qui a vécu une mésaventure du genre il y a quelques années: tremblement de terre (dans un pays peu touristique, pas bien vu au niveau international, c'est une précision importante), 80 000 morts, pas de médiatisation, presque un "c'est bien fait pour eux" qui plane dans les médias. Elle, qui se rend souvent dans ce pays, organise une collecte de dons qui iront directement à ceux qui en ont besoin (elle a les contacts): aucune réponse, pas de réaction, ou des critiques, des sarcasmes, des soupçons de détournement de fonds pour se payer... ses vacances! Finalement, avec le recul, elle n'a plus envie de se battre encore une fois pour si peu. Je peu comprendre.
Mais le coup des associations qui s'en mettent plein les poches, ça me reste en travers de la gorge, comme une arête. Certes, les grandes associations, les énormes ONG, brassent beaucoup d'argent. Mais elles sont sans doute les plus contrôlées, celles qui ont le plus de comptes à rendre justement, contrairement à d'autres... Qu'en est-il de ces petites associations qui, elles, sont beaucoup moins sous le feu des projecteurs? Et bien figurez-vous que (attention, je ne généralise pas, je constate et tire des conséquences à partir de quelques exemples pourtant très similaires) ces petites organisations qui jouent sur la corde sensible en présentant une image souvent exagérément dramatique de la réalité du pays ou de la région qu'elles sont censées aider, récoltent certes des sommes d'argent importantes de la part d'occidentaux culpabilisés et émotifs, mais ne rendent pas beaucoup de comptes concrets à ces fameux donateurs. Il faut le voir pour le croire. De l'artisanat fabriqué par des employés dévoués à l'association et à son ou sa président(e) vu(e) comme le Messie, payés au salaire minimum local (le moyen de s'assurer de leur fidélité en leur offrant du travail, de les maintenir enfermés dans un cercle vicieux qui fait que, en période de crise, on préfère un salaire faible plutôt que l'insécurité de la recherche d'un nouvel emploi), et revendu à des prix formidables en France ou en Europe.
Pour conclure sur le sujet, et ce n'est que mon avis, mieux vaut donner à de grandes ONG qui ont mis depuis des années les moyens en oeuvre pour être efficaces, médecins, psychologues, gestionnaires, que sur des petites associations pour lesquelles on ignore où passent les bénéfices importants que la vente d'objets ou les dons engendrent. Ou bien, faut-il sans doute aller sur le terrain, se rendre compte par soi-même, écouter et analyser les discours, racoleurs ou sincères, mettre en perspective les sommes manipulées et les améliorations concrètes, avant d'accorder sa confiance.
Et puis pour finir, cette fois vraiment, en parlant des profs, et sans doute des autres: au lieu de refaire le monde autour de la machine à café tous les lundis, il faudrait peut-être penser à se bouger pour changer les choses: chacun à sa mesure, parce qu'un détail, c'est déjà parfois beaucoup...

2 commentaires:

metreya a dit…

c'est juste que j'en ai marre de la soupe aux émotions, le pathos à toutes les sauces… on vit dans un monde qui ne se connaît pas, qui se déteste, mais à qui on sert chaque soir, en mondovision, les émotions les plus inconscientes. J'en ai juste marre qu'on se croit obligé de me faire regarder les yeux des mourants et les pleurs des pauvres enfants survivants. Je fais une overdose du malheur des autres… je suis très heureuse par moi-même et la souffrance des autres, écorchés vifs, je veux la voir, la soutenir, lui venir en aide quand je le veux, quand je le peux et pas sur commande.

emi a dit…

Tu as sans doute raison, la manipulation des images est valable à tous les niveaux...