mardi 26 mai 2009

Festival du charango, deuxième!

Disons que le premier festival aura été l'ébauche du second. Non pas que la première édition ait été mauvaise ou décevante, pas du tout. Mais ce deuxième Festival du charango à Paris restera inoubliable. L'affiche en disait long déjà sur le spectacle qui allait être présenté: Cavour, Coca, Milchberg... Des grands noms impressionnants rien que par l'idée même du talent immense qu'ils véhiculent. Le public ne s'y est pas trompé en venant remplir la grande salle de l'Unesco deux fois plus que l'année dernière. Beaucoup plus de boliviens ont fait le déplacement, et c'est déjà une victoire pour la culture de notre cher pays. L'excitation peu à peu gagnait les rangs et tout le monde, les amis, les frères de musique, se retrouvaient dans la joie de partager ensemble un moment qui s'annonçait comme unique. Et il le fut. Après un discours de madame l'Ambassadrice de Bolivie en France, Luzmila Carpio, qui ne restera pas dans les annales -trop long, trop flou, pas assez captivant, certainement pas à la hauteur de l'attente impatiente du public- le premier charanguiste est arrivé sur scène.
Miguel Osorio, musicien péruvien, nous a fait voyager dans les montagnes de son pays, une entrée en matière réjouissante, accompagnée par la guitare toujours très sûre, virtuose et chaleureuse de César Pimentel, son compatriote de Ayacucho.
Miguel Osorio (Huanchaco) - Photo:Luis Chugar
Puis ce fut le tour de Miguelito et Milena, deux artistes français passionés par la musique andine. Costumes bariolés, sourires larges et accueillants. Certains dans la salle, moi y-compris je le reconnais, ont d'abord eu un moment de surprise et d'interrogation. Deux français, entre Cavour et Coca, cela pouvait sembler incongru. Le fait est que Miguelito, grand collectionneur de charangos, et la guitare de Milena nous ont emportés beaucoup plus loin que ce que l'on aurait pu imaginer, dans la région de Norte Potosi. En fermant les yeux plus de différences, plus de frontières. Nos deux amis ont réalisé une interprétation sans faute, avec en prime ce qu'il manque la plupart du temps au non boliviens pour que leur musique soit "comme là-bas": les tripes, le "sentimiento", les racines sous les pieds qui poussent les notes du plus profond de l'âme vers le coeur du public. J'ai été séduite, les connaisseurs également. C'est la très bonne surprise de ce Festival.

Miguelito y Milena - Photo:Luis Chugar

Soudain le silence. On annonce le "gran maestro Alfredo Coca". Son chapeau éternellement vissé sur la tête, le pas assuré mais paisible, Alfredo s'avance sur la scène. Les respirations se coupent. Premières notes, et comme d'habitude la magie opère. Les doigts du maître lévitent au dessus des cordes et la mélodie s'envole, légère, aérienne, parfaite, sans jamais aucune fraction d'hésitation. Coca maîtrise son art à la perfection, tout en ayant le pouvoir de magnifier les morceaux qu'il interprète dans un style tellement personnel, tellement vrai, tellement sincère, à l'image du personnage. A la fin du troisième morceau, une composition originale, le public a le souffle coupé et se lève en un seul élan d'amour et d'admiration. Alfedo Coca est touché, très ému. La communion entre l'artiste et la salle est totale. Une belle démonstration de fraternité.
Alfredo Coca - Photo:Luis Chugar

Entracte. Impossible de passer après Coca.
De retour dans la salle, c'est le tour de Milchberg. Emotion. Un immense artiste fait son entrée sur scène et vient s'assoeir en face de nous pour nous faire la conversation comme on retrouve un vieil ami. Milchberg, c'est le rénovateur du thème "El Condor Pasa", le célèbre charanguiste de Los Incas. Au fond on ne le présente plus. Il nous raconte son amour pour la musique bolivienne, tout en parsement quelques phrases murmurées par son charango. Quelques morceaux, pas de danses ou de zapateado, nous sommes loin de la fête, du dynamisme de Miguelito. Mais Milchberg nous hypnotise, sa chevelure blanche et sa voix mal assurée, son allure de vénérable vieil homme. Pourtant à quatre-vingt-un ans ses mains ne tremblent pas. C'est un instant de grâce. Un moment unique dont on sait qu'il ne se reproduira pas de sitôt.


Jorge Milchberg - Photo:Luis Chugar

Enfin le Festival se termine sur les chapeaux de roue avec un Ernesto Cavour au top de sa forme, soixante-et onze ans de vie consacrée au charango et une innocence d'enfant jouant avec ses créations insolites -le "charango coeur", le "charango siku", etc...- ou discutant avec son quirquincho, son tatou en peluche. Cavour comme un grain de folie soufflant sur Paris, la folie des grands artistes, de ceux qui sont d'une autre planète. Il fait parler son charango, le fait pleurer, chanter. Il nous raconte avec son instrument des histoires d'aigles volant au-dessus des Andes, de lamas courant dans la montagne, de moustique virevoletant entre les arbres de l'Amazonie.

Ernesto Cavour y el charango Sonqoy - Photo:Luis Chugar

Le deuxième festival du charango se termine par un final où tous les artistes se réunissent sur scène. Une image restera gravée pendant longtemps: celle de Coca, Cavour et Milchberg ensemble, émus, face à un public transporté. Un grand frisson d'admiration nous a fait vibrer ensemble ce soir là. Le partage n'est pas un vain mot. Gracias, maestros.

Los tres maestros - Photo:Luis Chugar

3 commentaires:

aldeaselva a dit…

Honte à moi , j'ai oublié Miguelito dans mon commentaire!
Ensuite,tu as souligné le point certainement majeur qui est que les boliviens ont fait le déplacement.

Anonyme a dit…

bonjour, une simple question : y aura-t-il un troisième festival???
si oui où et quand et comment s'inscrire pour y participer MERCI

emi a dit…

Bonjour anonyme, il y aura peut-être un prochain festival l'année prochaine mais l'incertitude règne quant aux participants et au lieu où il se déroulera. Je vous tiendrai au courant sur le blog. Voulez vous y participer en tant que spectateur ou en tant que musicien? Si c'est le deuxième cas qui vous concerne, contactez moi par mail:
chaskahuma@hotmail.fr