mardi 25 mars 2008

Le Tibet d'avant

Alexandra David-Neel, Magie d'amour et magie noire, 1938.
Je vous avais déjà parlé dans un précédent article de l'excellente biographie d'Alexandra David-Neel écrite par Jean Chalon. Je suis allée un peu plus loin et j'ai suivi des conseils avisés d'une "alexandrophile-tibétanophile" (c'est d'actualité mais pas du tout prémédité) en me plongeant dans l'une de ses oeuvres. Il s'agit ici d'un récit autobiographique recueilli au Tibet mais dont Alexandra a voulu faire un roman afin d'y apporter les descriptions et précisions nécessaires à la bonne compréhension du contexte de la part du lecteur. Le livre commence ainsi, par un prologue dans lequel Alexandra introduit la situation dans laquelle cette histoire lui a été contée:
"Un soir (...) le bruit sourd du galop d'un cheval nous arriva des prairies. (...) Quelques instants plus tard, devant nous, un homme se jetait à bas d'une bête essoufflée que la transpiration entourait de vapeur et aidait à mettre pied à terre une jeune fille qui avait chevauché en croupe.
-Il me faudrait deux chevaux robustes et rapides, dit-il précipitemment à notre hôte.
(...)
-On nous poursuit. Il faut que demain matin nous ayons atteint, loin d'ici, un campement où j'ai des amis.(...) Je l'enlève... Elle consent...
(...)
-Voilà, dit simplement le chef. Ce sont de vaillantes bêtes, vous pourrez marcher grand train pendant toute la nuit.
(...)
Quel motif avait pu inciter le propriétaire des chevaux à en offrir un, gratuitement, à des inconnus? (...) Qu'avait vécu cet homme distant et froid? Un roman d'amour? ... un drame? qui expliquait sa manifestation soudaine de sympathie pour le couple en péril."
Et c'est toute cette histoire d'amour dramatique que raconte le récit qui suit, entre paysages aux horizons infinis et esprits des montagnes, espaces immenses peuplés de moines et de brigands. Une magnifique histoire qui nous interpelle tant par sa magie, la tension qui s'en dégage et sa violence parfois, que par sa modernité de conte philosophique sur la vie, la mort et le sens de tout ce qui nous entoure, nous guide et se joue de nous aussi parfois.
Cette histoire est d'autant plus captivante que l'on doit se souvenir au fil des pages de l'avertissement que nous fait Alexandra dans l'Avant Propos:
"Cependant, tout au long des pages suivantes, le lecteur est prié de se rappeler que ce roman a été vécu."
Une intrigante parenthèse dans un monde inconnu, avant que la grande tempête ne se déchaîne sur les steppes du Tibet...

1 commentaire:

metreya a dit…

Certains passages m'avaient particulièrement marqués, comme par exemple la façon d'obtenir l'Elixir de vie des prêtres Bön. Ce livre rappelle que le Tibet est aussi un monde de superstitions, ce qui est logique lorsque l'on vit auprès de ces montagnes-là.