mercredi 28 mai 2008

Palme d'or

Alors que les profs pestent contre la Palme d'Or à Cannes qui selon eux encourage une vision négative de leur métier et les élèves à ne pas être sérieux -entre parenthèse j'obéirai à mon célèbre principe "quand je ne sais pas je ne dis rien", étant donné que je n'ai pas vu le film je ne le jugerai pas-, j'ai décerné hier la Palme d'Or du consternant à un de mes élèves qui lui ne fait pas de cinéma, pas de chichis, vous allez voir.
Hier donc un jeune homme de 3ème -16 ans, je précise, toujours très mou, lent, à l'ouest comme on dit, trouve que le cours d'espagnol est mortellement ennuyeux, s'affale sur sa table et s'endort... en suçant son pouce... Déjà, c'est un peu déplacé pour un grand garçon de son âge. Alors que le gros bébé dormait d'un sommeil de plomb, nous avons soudain entendu un son... comment dire... suspect...: le dormeur a lâché un pet, sonore et parfumé... Ses camarades, loin d'être hilares, se sont plutôt montrés... consternés... L'un d'eux, gardant son sang froid face à la situation de crise (l'odeur était quand même forte), rassemble soudain tout son vocabulaire en espagnol et crie: "Señora! Abrir la puerta por favor!". Sur ce une jeune fille réveille son voisin pétomane, lequel, loin de s'excuser, regarde autour de lui en affichant un sourire béat... et se rendort. Et dire que c'est face à ça qu'on travaille. Je demande une prime de risque pour le risque de contamination de nos pauvres poumons d'enseignants par les rejets toxiques de nos élèves!!

vendredi 23 mai 2008

Gelman n'a qu'à bien se tenir!

On rigole on rigole de mon argentin et de son Chiki Chiki... D'accord, n'empêche que les argentins ne sont pas QUE drôles avec leurs tics de langages et leur accent chantant. Tous ne se ridiculisent pas en public au concours de l'Eurovision non plus. Non. Il y a aussi des argentins discrets, poètes à leurs heures pas du tout perdues, et qui nous livrent un peu d'eux dans un coin de blog.
http://www.conversacionesconlaluna.com/
Les mots de Enrique sont simples mais précisément choisis, justes. Parfois dure, parfois légère, sa poésie nous évoque forcément beaucoup de choses, de la grande Histoire à nos petites histoires personnelles aussi. Elle dit toujours quelque chose en tout cas, n'est jamais insignifiante. Et tout en nous rappelant parfois d'autres poètes à travers des thèmes communs -fraternité tissée par l'exil et la nostalgie-, elle sait les évoquer en clin d'oeil tout en restant unique et originale. C'est cela la force de la poésie de Enrique.

jeudi 22 mai 2008

Baila el Chiki Chiki


Cette année pour l'Eurovision, cette sorte de concours hors du temps et de toutes les modes, j'aurai comme favori le représentant de l'Espagne (une fois n'est pas coutume!), Rodolfo Chikilicuatre, argentin d'origine (ceci expliquant peut-être cela!), qui nous fera danser au son du Chiki Chiki qui fait déjà fureur de l'autre côté des Pyérénées. Rien à voir avec le candidat français qui se croit au top de la mode alors qu'il s'enfonce dans le ridicule chaque jour un peu plus (et dire que même la ministre de la culture s'est intéressée au fait que sa chanson soit en partie en anglais! Décidément tout fout le camp). Rodolfo quant à lui ne se prend surtout pas au sérieux et cela fait de lui une personne éminemment sympathique. Alors rendez vous pour le grand soir, avec le célèbre "Chiki chiki"!

mercredi 21 mai 2008

Nos élèves sont des aliens

Une mère d'élève téléphone catastrophée à la Principale Adjointe du collège:
"Figurez-vous que mon fils, vendredi soir, a glissé devant le collège sur une flaque d'eau et est tombé! Il s'est fait très mal, il est tombé sur la tête!
La Principale Adjointe, un peu blasée:
- Ah... mais ce n'est pas grave au moins?
- Il est quand même resté 24 heures dans le coma!!
Réponse ironique:
- 24h! C'est long!
- Et figurez-vous que quand il s'est réveillé, son cerveau était resté au 31 mars!
- Heu... et pourquoi le 31 mars?
La mère, d'un ton marquant une évidence absolue:
- Et bien c'est son anniversaire!"
Avec des parents comme ça, on comprend mieux pourquoi certains élèves ont quelques... difficultés... L'élève en question n'étant toujours pas revenu en cours, je me demande s'il aura des séquelles, si par exemple il arrivera habillé en homme de Cro-Magnon, étant donné la régression temporelle qui s'est opérée dans son cerveau...

dimanche 18 mai 2008

Comme à la maison

Voilà une petite douceur bolivienne qui met à l'épreuve les patiences les plus aiguisées: le "mote". Ce délicieux maïs prend en effet tout son temps pour cuire, vous n'allez pas le croire (j'ai moi-même eu du mal à le voir dans sa casserole pendant si longtemps sans pouvoir le goûter): 4h! Et encore, nous ne sommes pas en altitude, parce que là haut en Bolivie, vu que l'eau met plus de temps à bouillir, il faut toute la nuit pour que le mote soit tendre et prêt à déguster. Bref, malgré tout le résultat est parfait, comme à la maison, et en voici la preuve:
(Photo:emi)
Alors quelques précisions. Le mote peut se manger de différentes façons: comme accompagnement au "chicharron" (viande de porc bien cuite pendant un long moment aussi...), dans le "fricasé" (une sorte de soupe qui tient au tripes avec de la viande de porc), avec le "q'allu" (la salade du pauvre: oignon et tomates), avec le "chorizo", avec du fromage, etc...
En réalité la gourmandise empêche souvent d'avoir le temps de préparer tous ces plats parce que par exemple en moins de 2 je vous assure que ce joli saladier plein de mote qui vous tend les bras aura disparu dans nos estomacs... Nature, c'est encore meilleur!

vendredi 16 mai 2008

Et Lechin ruina la COMIBOL

Juan Lechin fut le charismatique leader de la COB (Central Obrera Boliviana) et de la FSTMB (Federacion Sindical de Trabajadores Mineros) pendant plus de 30 ans. Mais ce personnage est loin de n'avoir qu'une seule facette. C'est ce que nous décrit Tomas Molina Céspedes dans son livre Triangulo Letal consacré aux trois grandes figures du pouvoir bolivien de la deuxième moitié du 20ème siècle: Victor Paz Estenssoro, Hugo Banzer et Juan Lechin.
Justement dans le chapitre consacré à ce dernier il démontre comment, par ses différentes et habiles manipulations, le célèbre leader a dès la nationalisation des mines après la révolution de 1952 saboté l'entreprise nationale récemment formée, la COMIBOL (Corporacion Minera de Bolivia) en obéissant à des objectifs tout autres que ceux qui auraient permis la pérennisation des mines.
En 1952, au moment de la révolution, les mines boliviennes sont dirigées par des entreprises privées appartenant à de grandes familles et les capitaux générés ne profitent pas à la nation mais sont directement placés sur des comptes à l'étranger. Lorsque Victor Paz arrive au pouvoir, poussé par les ouvriers, il se voit dans l'obligation de nationaliser les mines qui représentent la richesse la plus importante du pays. Evidemment, ceux qui travaillent pour les entreprises privées deviennent des employés de la COMIBOL. Mais ceux qui avaient été licenciés pour leurs activités syndicales alors interdites seront "réintégrés", -selon la proposition de Decret rédigée par Juan Lechin, alors ministre des mines- et seront "indemnisés" de tout le temps de travail qu'ils auraient dû effectuer en restant au sein de leur entreprise, et donc par là même récupèreront leur ancienneté au niveau du salaire. Il est évident que l'annonce de l'indemnisation des ouvriers précédemment licenciés et de leur réintrégration risque de provoquer un afflux de personnes vers les mines en demande d'un emploi. Le problème est évidemment de trouver les fonds nécessaires à ces indemnisations massives, ce qui représenterait un poids énorme pour l'entreprise nationale récemment créée. C'est pour ces raisons que le Décret est rejeté à l'unanimité par une majorité de votes.
Cependant dès le lendemain, Lechin s'exprime publiquement et se félicite de l'adoption de son Décret du 29 avril 1952. Il va par conséquent à l'encontre de la décision de tous les ministres et accélère donc la nationalisation des mines alors que celle-ci méritait encore sans doute d'être étudiée et ses conditions affinées et précisées. Mais Lechin ne s'arrête pas là, et se permet encore d'ajouter un article à cette loi de nationalisation, l'article 17 qui instaure le "contrôle ouvrier total dans l'administration financière, technique et sociale des mines nationalisées". La Nationalisation est finalement signée le 31 octobre 1952 et annoncée par le président Victor Paz dans la ville de Catavi, au coeur de la région des mines d'étain.
Outre le problème des nombreux ouvriers à réintégrer et indemniser, ce qui représente un coût évident pour la COMIBOL, le contrôle ouvrier provoque aussi le fait que de hautes responsabilités soient confiées à des ouvriers pas forcément qualifiés pour les assumer, alors que des cadres des entreprises privées d'avant la révolution avaient proposé de mette leurs capacités au service de l'entreprise nationale. Ce manque de qualification a presque immédiatement comme conséquence la baisse de la productivité. Et l'arrivée massive de nouveaux travailleurs dévie l'intérêt de la COMIBOL de la production de minerai vers la nécessité de trouver des emplois en grand nombre. Quant aux conditions de vie des mineurs dans les campements, elles ne peuvent que se dégrader étant donné que leur nombre augmente. C'est à ce moment que parallèlement au progrès théoriquement apporté par la nationalisation et de manière paradoxale, les conditions de vie vont connaître une régression pour devenir intolérables et inhumaines, étant donné le manque d'infrastructures pour assumer cette surpopulation soudaine. Ici les descriptions apportées par Tomas Molina dans son livre concordent parfaitement avec celles que l'on peut lire dans le témoignage de Domitila de Chungara, femme de mineur de Siglo XX, intitulé Si me permiten hablar et publié en 1976:
"Dans les petites maisons du campement minier, étudiées pour héberger une seule unité familiale de trois à cinq membres, plusieurs familles durent être logées (...) dans une répugnante promiscuité. Et comme premier fruit anachronique de la nationalisation, la famille minière se résigna de nouveau à concentrer son existence dans l'espace misérable de l'habitation collective"
(D'après Tomas Molina, Triangulo Letal, p.301)
Revenons sur l'emploi des ouvriers réintégrés à la COMIBOL. Etant donné que le travail de l'intérieur de la mine est parfaitement contrôlé et organisé, ceux-ci vont entrainer la création de nouveaux postes, et en particulier des milices syndicales, selon une idée de Juan Lechin. Mais d'après Molina, ces milices ne vont en rien servir de protection à la nationalisation. Au contraire, elles vont être les artisans du développement d'une nouvelle "classe", celles des dirigeants syndicaux dont elles seront les gardiens armés, couvrant par la même occasion certaines dérives peu compatibles avec l'esprit du contrôle ouvrier qui selon Lechin devait rendre aux mineurs leurs droits sur les richesses du pays. Et Molina nous donne comme exemple pour illustrer son propos le trafic d'aliments organisés dans les campements miniers. On sait que dans la pulperia, le magasin d'entreprise, les produits se vendent à un prix fixe, bien inférieur à celui du marché bolivien. Et bien grâce aux milices syndicales, les dirigeants peuvent sans crainte se livrer à l'achat de produits à très bas coût à la pulperia et à leur revente à l'extérieur, générant ainsi des bénéfices colossaux mais évidemment personnels.
A peine organisée, l'ombre de la faillite plane déjà sur la COMIBOL. Pourtant Lechin exige que de nouvelles mines, des mines de taille moyenne qui n'étaient pas concernées par le Décret de 1952, soient elles aussi nationalisées, ce qui augmente encore le poids sur l'entreprise nationale déjà aux abois.
Il est évident que l'Etat bolivien, malgré les importantes rentrées d'argent générées par le commerce de minerai, ne pouvait supporter le coût de telles mesures, et en particulier de l'indemnisation de plus de 25 000 travailleurs supplémentaires. Mais le Président Victor Paz, qui se livrait une bataille sans merci avec Lechin dans le but de courtiser les mineurs afin d'entretenir sa popularité, chacun essayant de dépasser l'autre, fit encore une fois preuve d'une démagogie sans égal et apliqua ces mesures inconsidérées, provoquant la dévalorisation de la monnaie et donc une inflation galopante, ce qui plongea la Bolivie dans une profonde crise économique.
Molina en conclue que la nationalisation des mines fut ruinée par ceux là mêmes qui l'avaient imaginée, Lechin en tête, par leur manque certain de "grandeur d'esprit et de vision politique" (p.311), entretenant le développement du culte de leur personnalité bien plus que le souci de voir se développer la COMIBOL.

mercredi 14 mai 2008

Evo tient bon, Manfred se ridiculise

Après l'échec du pseudo référendum sur l'autonomie dans le département de Santa Cruz (je parle d'échec étant donné le taux élevé d'abstention, le bourrage des urnes et la manipulation des médias), Evo assène un bon coup sur la tête de l'opposition en promulgant une loi pour un référendum de révocation du mandat du Président, du Vice président et des préfets, vote qui se déroulera le 10 août prochain dans tout le pays. D'après les estimations (officielles, qui diffèrent évidemment de celles de l'opposition dont on peut maintenant se permettre de douter), le parti de Evo Morales, le MAS, devrait largement gagner dans la majorité des Départements, et un tel cas de figure signerait la déroute définitive de l'opposition qui connaît déjà en son sein les prémices bien avancées de la discorde. C'est notamment le cas dans le parti PODEMOS dont les membres s'accusent mutuellement d'avoir freiné le référendum sur l'autonomie. Quant au Préfet de Cochabamba, surtout connu pour ses aptitudes hors du commun à la corruption, au népotisme et autres faits peu glorieux, le célèbre Manfred Reyes Villa, voyant ce référendum populaire d'un mauvais oeil étant donné le peu de considération que lui portent ses concitoyens, essaie par tous les moyens, en grand opportuniste qu'il est, de rester en bon terme avec le gouvernement et avec l'opposition. Comment retourner sa veste pour ne pas devoir baisser son pantalon! Et pour une fois le très bon caricaturiste de Opinion, Javier, se moque d'autre chose que de Evo Morales et du gouvernement, une fois n'est pas coutume, et ridiculise Manfred dans une critique en règle de son attitude très indécise et si peu courageuse. Ah, qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour le pouvoir...

jeudi 8 mai 2008

Premier de cordée

Premier de cordée, Frison Roche, 1963.
Pour avoir lu plusieurs récits d'ascensions en haute-montagne, qui étaient plutôt ennuyeux et du type "nous sommes montés au camp supérieur, mais le mauvais temps nous a pris, alors nous sommes redescendus au camp de base, il faisait très froid...", j'avais peur que Premier de Cordée soit du même genre. Mais à ma grande satisfaction le roman de Frison Roche est totalement différent, captivant dans ses récits d'ascension, simple mais vrai lorsqu'il évoque les peurs et les joies des habitants de la montagne, les inquiétudes et le courage sans borne des guides. Récit qui se fait soudain lyrique quand il décrit les sommets, nous les dépeignant tel un monde merveilleux, énigmatique et à la beauté parfois cruelle.
L'histoire quant à elle touche au plus profond de l'être humain qui face à l'immensité de la montagne et malgré ses colères qui lui ont pris un être cher, ne peut s'empêcher d'être irrémédiablement attiré par elle. C'est l'histoire de Pierre, fils d'un guide de Chamonix qui, mise à part des études d'hôtellerie et un avenir prometteur, entretient une passion sans limites pour la montagne, nourrissant en secret le désir fou d'être un jour guide comme son père Jean. Cependant cette montagne qui le séduit tant décide un jour de le mettre à l'épreuve: son père, lors d'une course, meurt foudroyé au Dru. Pas question pour ses amis et collègues de laisser seul là-haut son corps frigorifié. Très vite une expédition s'organise pour aller le chercher, mais l'ascension se révèle plus difficile que prévu et Pierre fait une chute impressionnante. C'est là qu'à mon avis le récit prend toute son envergure, lorsque Pierre, sujet au vertige depuis son accident, commence une chute dans les abîmes du doute et du désespoir, redoutant plus que la mort le fait de ne plus pouvoir être guide. On lit alors des pages magnifiques sur sa rééducation à la vie et sa lente guérison dans cette montagne qu'il réapprivoise peu à peu. Et la dernière ascension qu'il entame avec son ami Georges, qui a eu les pieds gelés lors de sa course mortelle avec Jean, le père de Pierre, est à elle seule une thérapie pour les deux jeunes hommes meurtris par la montagne mais définitivement amoureux éperdus de sa magie. C'est une ode à la montagne et à ses gens en somme que nous livre là Frison Roche, un hommage vibrant d'humanité et d'humilité à ces hommes là (avec en particulier un hommage rendu au célèbre guide chamoniard Joseph Ravanel dit "le Rouge" dont le nom apparaît disséminé tout au long des pages)
"Au grondement des avalanches avait succédé le calme vespéral. Le soleil disparu, longtemps la montagne refléta une lumière rose venue de l'au delà des horizons. Puis les Aiguilles, les premières, sombrèrent dans l'ombre; ce fut ensuite le tour des grands satellites: le Géant, la Verte, les Jorasses, le Mont Maudit. Il ne restait plus sur l'immensité des Alpes que deux points éclairés brutalement: la calotte du Mont Blanc et un pan du Dôme du Goûter; on pouvait suivre la montée des ombres, l'assaut des ténèbres à l'ultime source de clarté. D'habitude, cette lutte se poursuivait avec lenteur, et longtemps, longtemps, le jour s'attardait sur la cime. Mais il y eut tout à coup, ce soir là, comme une cassure brutale; sans attendre la dernière caresse du soleil, la cime du Mont Blanc s'effaça brusquement dans la nuit. Et, comme la lumière ne retenait plus le froid, ce dernier envahit subitement la gorge, les arêtes, les glaciers, prenant possession de son domaine, caressant comme une brûlure perfide, inattaquable. La montagne frissonna tout à coup de vent. Ce fut tout."

(Photo:maman de emi)
"Vers l'est, les Alpes suisses s'étagent jusqu'à l'infini de l'horizon, comme des chaînons séparés par des mers de nuages. Voici le Grand Combin, si proche et si gigantesque, qui monte la garde aux confins du Val d'Aoste, et, plus loin, le Weisshorn, magnifique de pureté, et la Dent Blanche, crochetée comme une canine, et la Dent d'Hérens, aux rochers noirs striés de glace, et, tout là-bas, le Cervin, aigu comme un défi, bosselé par son nez de Zmutt, tout bleu dans l'ombre des montagnes; et aussi les étendues polaires du Mont Rose, qui flottent au-dessus de la terre, et, plus au nord, l'Oberland, tout entier ramassé et confondu avec son enchevêtrement de sommets, de pics et de glaciers et plus bas les ridicules collines bleutées du Faucigny et du Chablais, qui, vues d'ici, ne semblent plus que de simples rides sur la surface de la terre; et, tout près, si près qu'il semble qu'on pourrait y jeter une pierre, le trou profond de la vallée de Chamonix, dessinant ses sentiers et ses bois, ses villages et ses routes comme une immense carte géographique. Mais le paysage des lointains grandioses n'efface en rien la beauté des premiers plans extrardinaires, toutes ces cimes si proches et séparées par des couloirs infranchissables où roulent et tempêtent les avalanches, et toujours le regard revient vers la grande pente qui s'incurve vers le glacier, toute lisse et brillante."

La Pierre Avoi, dans le Valais suisse. En bas le village de Verbier

(Photo:emi)

lundi 5 mai 2008

Démocratie? Liberté? Impartialité?

Trois mots abondamment utilisés par le Comité pro Santa Cruz, des valeurs qu'ils revendiquent comme leurs. Et une idée erronnée amplement relayée par la presse (photos et titres vite relevés à l'instant dans le journal Los Tiempos de Cochabamba, que nous avons connu moins orienté...)
"Yapacaní sin referéndum, sitiaron colegios y quemaron ánforas"
("Yapacani sans référundum, on a encerclé les collèges et brûlé des urnes")


"Ardieron las urnas en San Julián"
("Les urnes ont brûlé à San Julian")
Il va sans dire que ces photos ont toutes des légendes disant que les sauvages qui ont brûlé les urnes et provoqué des incidents dans le pays sont les partisans du gouvernement et les affiliés au MAS, le parti de Evo Morales.
Autres titres, tout aussi révélateurs du parti pris choisi par la presse:
"Cruceños acuden a las urnas pese a violencia"
("Les Cruceños se rendent aux bureaux de vote, malgré la violence")

"El Sí al estatuto logró el 85,4%, según proyección en boca de urna"
("Le Oui à l'autonomie atteint 85,4% des voix, selon les estimations")

"Observadores elogian el referéndum cruceño"
("Les observateurs félicitent le référendum cruceño")

Entre parenthèses, mais qui sont donc ces "observateurs" qui trouvent le moyen de se féliciter du bon déroulement d'un vote illégal et anti-démocratique où encore une fois, comme au bon vieux temps des dictatures, le bourrage des urnes a été de mise et au cours duquel les journalistes non accrédités par le Comité Santa Cruz n'ont pas été autorisés à se rendre dans les points de vote?
Et en couverture, loin de ces résultats truqués, la une titre:
"Santa Cruz golpea a Evo, ese no lo admite"
("Santa Cruz atteint durement Evo, celui ci ne l'admet pas")

Avec en prime une magnifique photo illustrant le soit disant résultat du vote.

Cependant en comptant le nombre d'abstentions et le nombre de votes "non", l'opposition au référendum s'élève à plus de 5O%. Bourrage des urnes, abstention, manipulation des médias, complaisance des observateurs internationaux... Démocratie disiez vous? Liberté disiez vous? Impartialité?
Mais oui, bien sûr, et moi je suis Charlemagne...

dimanche 4 mai 2008

Les reines des alpages

Je sais, vous avez l'impression que je passe en ce moment ma vie sur le blog... vous n'avez pas tort sur toute la ligne. C'est la fin des vacances, il fait beau mais sortir dans Paris, manque la nature, et en plus on est dimanche et j'aime pas les dimanches, surtout quand c'est la veille de la rentrée! Bon, suffit de râler, je ne fais pas que ça, je lis aussi, je comble les cratères de ma culture. Fausse modestie? Si je vous dis que je n'avais pas encore lu Premier de Cordée de Frison Roche, vous souscrivez au terme de cratère, non?! Bon je n'ai pas encore terminé le roman, je le savoure page après page parce qu'il m'emmène dans mes chères montagnes. Je n'en suis pas encore par conséquent à vous donner mon avis, seulement à vous faire partager ces passages passionnants concernant les combats de vaches dans les alpages au printemps -c'est en plus de saison!-. On s'y croirait!
"Que ceux qui ne connaissent des vaches que les lourdes bêtes idiotes et ruminantes des plaines, aux mamelles rasant terre, n'aillent pas se faire la même idée des vaches de montagne. Dans tous ces alpages qui vont du Mont Blanc jusqu'au Mont Leone, tout près du Simplon, est élevée une race spéciale, issue du terroir et qui dans les temps anciens devait sans doute vivre à l'état sauvage au pied des glaciers. Une race solide, à la robe noire tranchée de feu sur les reins et sous le ventre, aux puissantes cornes bien ouvertes comme celles des taureaux de combat; elles en ont d'ailleurs l'allure avec leur encolure courte, leur garrot musclé, leurs jambes fines et nerveuses comme celles des coursiers de race et leurs sabots petits et ramassés, faits pour courir dans les éboulis, sur les gazons raides et sur les corniches vertigineuses de la montagne.
Chaque été, lorsque des quatre coins de la vallée les bêtes se rassemblent à l'alpage, leur première rencontre est marquée par des combats épiques, des combats au "finish", où les vaches se choisissent entre elles une reine. Et l'élue conduira désormais le troupeau au pâturage, combattra les nouvelles venues des troupeaux voisins, rassemblera ses compagnes pour les mener à l'abreuvoir, le long du torrent qui cascade joyeusement au milieu des ardoisières; c'est elle également qui, l'automne venu, et les premières neiges tombées, prendra la tête du long cortège qui reviendra en carillonnant dans les vallées.
De ces moeurs bien spéciales est née, dans le canton du Valais, une passion extraordinaire qui oppose les propriétaires en des paris homériques et leur fait dépenser des fortes sommes pour le seul orgueil de posséder dans leur écurie la reine à cornes de l'alpage. Cette passion s'est infiltrée dans la vallée de Chamonix, et les combats de vaches de chaque début d'été attirent la foule des amateurs sur la montagne."
"On approchait de la fin et Boucle [la reine de l'année précédente] paraissait ne pas vouloir, cette année encore, se laisser ravir son titre de reine. On pouvait la voir aller fermement d'une combattante à l'autre, provocante et hargneuse, et chaque fois c'était la même tactique: l'autre prenait son élan, la Boucle attendait le choc, bien ramassée sur ses quatre pattes, et laissant l'adversaire s'épuiser et se blesser à chaque charge nouvelle sur les dangereuses cornes. Elle semblait enracinée dans l'argile et attendait son heure; puis, d'un seul coup de tête, elle prenait l'autre à revers et lui tordait le cou jusqu'au sol. Alors, tandis que la vaincue fuyait et se perdait dans le troupeau, la Boucle restait immobile, tête basse, cornes horizontales, et son large poitrail se gonflait et se dégonflait au rythme précipité de sa respiration. Puis elle grattait sauvagement la terre de ses sabots de devant, petits et droits; les mottes d'herbes volaient à distance, et dans sa rage destructrice, comme un buffle sauvage dans la brousse, elle s'agenouillait, creusait le sol avec ses cornes, se recouvrait de boue, mêlait son sang à la glaise."

(Photo:emi)

Belle description d'un combat à suspense dont je ne vous livre ici qu'un extrait mais qui nous plonge dans cette ambiance particulière des alpages au printemps... (soupir nostalgique)...

Les "Superman" du monde

La liste des Superman du monde qui se prennent pour les nouveaux Messie s'allonge encore aujourd'hui. En effet, on apprend ce matin dans la presse bolivienne (Los Tiempos de Cochabamba) que ce cher Alan Garcia, actuel président du Pérou, se propose comme médiateur entre l'Equateur et la Colombie (rappelons que le gouvernement colombien avait fait une incursion en territoire équatorien pour aller y assassiner le numéro 2 des FARC, ce qui avait déclenché un incident diplomatique). Ce cher Alan! Rappelons ses états de services: proche du Sentier Lumineux dans sa jeunesse, élu président en 1985, 5 années de corruption intense et d'assassinats ciblés de ses anciens amis de l'APRA, planqué aux Etats-Unis pendant des années pour échapper à la justice, réélu président en 2006 (c'est fou ce que ça peut faire comme dégâts, l'amnésie) et maintenant favorable à la peine de mort.
Après l'avion blanc de Sarkozy, les mains sales de Garcia...
Et dire que pendant ce temps là les otages pourrissent dans la jungle... Je ne suis pas sure que ce petit jeu de "moi d'abord" les fasse beaucoup rire...

samedi 3 mai 2008

Trop c'est trop

Jusque là je m'étais un peu retenue d'en parler, alors que sur d'autres blogs certains décrivaient la situation depuis des semaines, mais aujourd'hui je me décide à sortir de mon silence et à affirmer mes idées, qui certes ne sont pas du tout objectives, mais que j'assume totalement et que j'exprime au nom de la liberté d'expression, n'en déplaise à ceux qui ne seraient pas d'accord (j'espère éviter ainsi les commentaires sybillins et "fleuvesques" de certains...)
Demain 4 mai le Département de Santa Cruz en Bolivie organise un référendum qui aura pour thème l'accès à l'autonomie des régions de la Media Luna, l'Oriente du pays. Ce référendum est totalement illégal puisqu'il n'a pas été organisé par le gouvernement ni voté par une quelconque instance de celui-ci. Or à Santa Cruz la propagande va bon train, incitant à voter en faveur de l'autonomie, excluant ainsi la voix de tous ceux qui seraient éventuellement contre cet avis et respecteraient quant à eux l'unité du pays. Censure dans la presse de toute opposition au référendum, négation de toute la population indigène, originaire de la région ou immigrés kollas des hauts plateaux. Bref, comme toujours les blancs se croient seuls à pouvoir décider sur ces territoires qu'ils ont économiquement dominés et humainement écrasés depuis des siècles.
Quelle idée est donc à l'origine de ce référendum et de ce désir d'autonomie? Pour cela faisons nécessairement un bond en arrière.
Conquête espagnole. Les espagnols parviennent à soumettre les populations indigènes. C'est le début de l'exploitation des richesses et des hommes avec le sentiment que ces derniers n'en sont en réalité pas, des sous hommes tout au plus.
1825. Indépendance de la Bolivie. Cepdendant les structures socio économiques archaïques perdurent, les blancs, criollos, sont toujours les détenteurs des richesses -en particulier dans les mines et les haciendas (c'est le cas dans l'Oriente). De plus, les espagnols sont partis mais l'oligarchie trouve un second allié, et pas des moindres, en la personne des Etats-Unis.
Période des dictatures. Les blancs sont plus que jamais au pouvoir en Bolivie, avec l'aide inconditionnelle des Etats-Unis qui comptent bien, en appuyant les régimes autoritaires successifs, défendre leurs intérêts économiques sur le territoire bolivien. Il sont donc les alliés sans faille des blancs, de l'oligarchie.
Election de Evo Morales. Les indiens, pour la première fois depuis des siècles, prennent le pouvoir et relèguent l'ancienne élite à un rôle plus que second. Le nouveau Président démocratiquement élu opère des nationalisations (encore le 1er mai 2008 celle de ENTEL, entreprise de télécommunications aux mains des Italiens, et celle des hydrocarbures, secteur pour lequel les entreprises privées américaines et européenes avaient refusé la renégociations des contrats avec le gouvernement bolivien).
L'opposition se radicalise. Les blancs, l'oligarchie, les grands propriétaires, voient d'un mauvais oeil le départ du territoire et la perte d'hégémonie des Etats-Unis qui jusque là avaient protégé leurs magouilles. (soulignons que l'OEA, même si elle appuie l'unité de la nation bolivienne, ne condamne absolument pas le référendum) Par ailleurs, étant habitués à squatter le pouvoir sans forcément l'avoir atteint de manière légitime, et persuadés de leur supériorité intellectuelle -idée entretenue depuis la Conquête-, ils ne supportent pas de se voir gouvernés par des indigènes, jugés d'office incapables. Seulement à leur grande surprise ils ne peuvent que se rendre à l'évidence: les indigènes au pouvoir ont tous une formation solide, savent s'exprimer intelligemment et n'ont par conséquent rien à leur envier. Par ailleurs, leur légitimité est totale puisqu'ils ont été élus et non "placés" à des postes à responsabilités sous pretexte qu'ils appartiennent à de grandes familles, comme cela avait été le cas jusque là.
Bref, la seule solution qu'ont trouvé les Cruceños est de demander leur autonomie, pour avoir le sentiment de se réapproprier le pouvoir aux dépens des indigènes qu'ils méprisent, mais aussi et surtout pour jouir de nouveau des bénéfices tirés de l'exploitation des richesses présentes sur leur territoire, niant ainsi toute idée de Démocratie et d'Unité de la Nation.
Soyons clairs pour conclure, le résultat du référendum de demain -illégal je le répète- n'aura absolument aucune signification ni aucune portée, puisqu'on peut supposer que le taux d'abstention ne sera pas pris en compte et que par conséquent on ne considèrera que les votants, qui on le sait seront ceux qui auront opté pour le oui à l'autonomie. Vaste mascarade donc qui aura tout de même lieu dans un climat de tension extrême puisque malgré ce que Santa Cruz crie haut et fort, ils ne sont qu'une minorité dans le pays et l'opposition à leur point de vue existe et est prête à s'exprimer, par tous les moyens.

vendredi 2 mai 2008

REVELATION SCIENTIFIQUE!!!!

Dans le cadre de fouilles dans le sous-sol russe jusqu'a 100m de profondeur, les scientifiques russes ont trouvé des vestiges de fil de cuivre qui dataient d'environ 1000 ans.
Les Russes en ont conclu que leurs ancêtres disposaient déjà il y a 1000 ans d'un réseau téléphonique.
Les Américains, pour faire bonne mesure, ont également procédé à des fouilles dans leur sous-sol jusqu'à une profondeur de 200 m. Ils y ont trouvé des restes de fibre de verre. Il s'est avéré qu'elles avaient environ 2000 ans.
Les Américains en ont conclu que leurs ancêtres disposaient déjà il y a 2000 ans d'un réseau de fibre de verre numérique. Et cela, 1000 ans avant les Russes !
Une semaine plus tard, à Annecy, en Haute Savoie on a publié le communiqué suivant :
"Suite à des fouilles dans le sous-sol de la vallée du Giffre jusqu'a une profondeur de 500 m,les Scientifiques n'ont rien trouvé du tout.
Ils en concluent que les Anciens Savoyards disposaient déjà il y a 5000 ans d'un réseau sans fils Wifi."

jeudi 1 mai 2008

Dégâts des eaux

Voici un lien vers deux très bons articles d'un blog de Libération qui parle de l'eau et ici en particulier de la Bolivie, articles très clairs et donc très intéressants:
http://aventure.blogs.liberation.fr/eautour_du_monde/2008/04/cochabamba---ap.html